DR n°7- Le PTB et la rupture avec l’Union Européenne

Un lecteur nous interroge : « vous vous prononcez pour la rupture avec l’Union européenne, que pensez-vous de l’article du responsable PTB Marc Botenga intitulé Les illusions du ‘Lexit’ ? (1) »


Lorsque nous nous prononçons pour la rupture avec l’Union européenne, nous insérons ce mot d’ordre dans la perspective des Etats-Unis socialistes d’Europe, c’est-à-dire l’expropriation du capital dans un nombre suffisant mais non limité de pays industriels afin d’assurer la victoire des travailleurs, à l’opposé de la conception stalinienne du socialisme dans un seul pays dont le caractère frauduleux ne fait plus de doute.

La rupture avec l’Union européenne, c’est par essence la rupture avec les institutions du capital. C’est donc l’affirmation de l’indépendance politique du mouvement ouvrier.
La rupture avec l’U.E., c’est le premier pas indispensable vers la constitution de gouvernements ouvriers à l’échelle nationale qui se fédéreraient librement à l’échelle du continent. C’est pour cette raison qu’en termes transitoires, nous disons : pour l’union libre et fraternelle des peuples et des nations libres de l’Europe ! L’Union européenne est une prison des peuples. Elle détruit les acquis ouvriers pour réaliser la baisse du coût du travail. Elle organise l’effondrement des services publics, impose les privatisations, les « réformes » du marché du travail (précarité, flexibilité). Elle encadre la désindustrialisation, etc.


Son oeuvre dévastatrice répond aux besoins du capital spéculatif qui recherche les moyens de prélever la plus-value malgré les difficultés croissantes à trouver des marchés rentables, ce qui passe désormais par la destruction des organisations ouvrières indépendantes, et donc de la démocratie. L’Union européenne est liée indissociablement à la situation de putréfaction que présente la survie du système de la propriété privée des moyens de production incapable de développer les forces productives, depuis l’avènement de l’impérialisme, stade final du capitalisme.


De ce point de vue, l’article de Marc Botenga développe une position sur l’état du capitalisme sensiblement différente. Lorsqu’il avertit des dangers de la sortie de l’Union européenne, il emploie une série d’arguments liés à la puissance presque triomphante du capitalisme. L’Union européenne est-elle elle-même définie comme « un appareil d’État pour obtenir des parts plus importantes du butin mondial ». Ce qui voudrait dire que l’UE aurait la possibilité de ravir à l’impérialisme US des parts de marché. C’est pourtant l’inverse que l’on constate.


A propos des traités européens, il écrit : « Or, malgré tous leurs défauts, ces traités ont peu de pouvoir en soi. Pas plus que la Constitution américaine ne fait obstacle à un État socialiste du Vermont (Etat du sénateur Bernie Sanders que M. Botenga soutient – ndr), ce ne sont pas les traités européens qui bloquent les politiques de gauche. Ils ne font qu’exprimer et, dans une certaine mesure, renforcer les rapports de force existant entre Capital et Travail. S’il existait d’autres rapports de force, ces textes seraient ignorés ou
bouleversés. » Autrement dit, le rapport de forces serait favorable au capital. Voilà pourquoi nous devrions
continuer à subir l’application des Traités en attendant qu’un tel rapport de force se construise à l’échelle
européenne. Il n’y aurait plus d’autodétermination des peuples à l’échelle nationale. Tout serait devenu
une question supranationale.


Tout au long de son exposé, l’auteur s’insurge contre ceux qui entendraient défendre les conquêtes
ouvrières arrachées dans le cadre des Etats-Nations et détruites par la mise en concurrence européenne : «
Loin d’être des bastions de protection contre le Capital, les États-nations européens renforcent et
protègent constamment les intérêts des grandes entreprises. (…) D’un point de vue quantitatif, le Capital
dispose peut-être d’un rapport de force plus intéressant au niveau européen que dans certains États
nationaux. En termes de caractère fondamental de classe, toutefois, il n’y a pas de différence qualitative
entre l’État supranational européen émergent et les États membres individuels. Tant que le capital
international et les sociétés transnationales fixeront l’ordre du jour politique, une Belgique, une Allemagne
ou une Italie indépendante ne sera pas réellement sociale ou démocratique.»


M. Botenga se prononce contre la sortie de l’Union européenne au nom du combat contre le capitalisme. Il
dit en quelque sorte : puisque la sortie de l’Union européenne n’apporte pas en elle-même l’avènement de
la société socialiste, les dangers sont nombreux.


Il additionne les références au programme révolutionnaire. Le changement par les urnes est illusoire face à
la réaction des capitalistes. Ainsi : « S’il est parfaitement logique de prévoir l’éventualité d’une sortie
lorsqu’on se prépare à gouverner, les mesures économiques de gestion d’une telle sortie viendront
probablement trop tard. La fuite des capitaux, par exemple, commencera dès la probabilité d’une victoire
électorale alors que le gouvernement de gauche ne pourra — logiquement — l’entraver au plus tôt
qu’après son élection. La nationalisation est un instrument essentiel, mais pas toujours la panacée,
notamment lorsque certaines usines ne sont que des maillons d’une chaîne de production. » Si la
nationalisation n’est pas la panacée, que dire alors du maintien de la propriété privée ?


M. Botenga nous prévient : « La sortie seule ne permet pas d’échapper au capitalisme mondial ou à la
concurrence féroce. » Il nous instruit sur les dangers de la machine de l’Etat (dont on sait depuis Lénine
qu’il faut la briser) : « Un gouvernement de gauche ne pourra en effet même pas compter sur ses hauts
fonctionnaires. » (Il cite les exemples du gouvernement grec de Syriza ou encore du chantage pesant sur
Corbyn en Grande-Bretagne.) Les menaces de coup d’Etat ou de mutineries de l’armée nous obligeraientelles
à rester dans le cadre de l’Union européenne ? En réalité, le terrain sur lequel se situe l’auteur est
celui de la volonté de tel ou tel dirigeant. Il ne fait pas confiance aux masses pour résoudre la situation
d’affrontement entre les classes qu’ouvrirait la sortie de l’UE.


Selon lui, « compte tenu des conséquences économiques désastreuses, il est peu probable qu’une sortie
puisse convaincre les gens que c’est la voie à suivre. L’effondrement économique potentiel de l’État
sortant, même si ce n’est qu’à court terme, pourrait renforcer chez les citoyens des autres États membres
le sentiment qu’il n’y a pas d’alternative. » Peu importe si l’Union européenne organise elle-même
l’effondrement économique… comme indiqué plus haut ? Pour autant, les travailleurs savent que la lutte
des classes n’est pas un chemin pavé de roses. Mais en même temps, en quoi la démoralisation est-elle un
facteur de mobilisation en faveur du socialisme ?


Pour M. Botenga, l’Union européenne est « un champ de bataille qu’on ne peut pas fuir » : « Penser que
l’on peut contourner les rapports de force européens est une illusion. Les économies européennes sont
fortement et de plus en plus intégrées. En valeur, environ les deux tiers des biens et services exportés de
n’importe quel État membre vont vers d’autres États membres. En 2010, environ 70 % du stock
d’investissements directs étrangers entrant dans les États membres de l’UE provenaient d’autres pays européens.
Mais surtout, il y a l’intégration au niveau de la production et des ventes. À court terme, une
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sortie aurait des conséquences dramatiques. (…) Ni la dévaluation rapide de la nouvelle monnaie ni le
contrôle de capitaux n’empêcheront les pénuries. Quels que soient les avantages que l’annulation
unilatérale de la dette peut apporter, ils n’aideront pas beaucoup au cours des premiers mois suivants la
sortie. » Autrement dit, puisque le marché est européen, le maintien dans l’Union européenne est
inévitable.


M. Botenga pose la question de l’effet d’entraînement qu’aurait la sortie de l’Union européenne par la
classe ouvrière d’un pays sur les autres classes ouvrières. La réponse est sans appel : aucun effet bénéfique
! « Une campagne de sortie pourrait ainsi même aggraver les rapports de force en focalisant sur des
intérêts nationaux plutôt que sur des intérêts sociaux. La campagne pour l’indépendance catalane l’illustre
bien. » La mobilisation du peuple catalan pour la République catalane ouvre la voie au démantèlement des
institutions de la monarchie espagnole (institutions soutenues avec acharnement par l’Union européenne),
ce qui pose la question d’une union des républiques libres et indépendantes d’Espagne, comme condition à
l’unité de la classe ouvrière. Pour l’auteur de l’article, cette mobilisation populaire s’identifie avec les
orientations réactionnaires d’une partie des dirigeants bourgeois catalans, lesquels se sont d’ailleurs
montrés incapables de traduire en actes la proclamation d’indépendance, précisément parce qu’ils veulent
que l’indépendance catalane soit subordonnée à un accord avec l’Union européenne et avec l’impérialisme
en général.


Alors face à toutes ces illusions dangereuses, quelle est la solution pour M. Botenga? La réponse est : «
sensibiliser à la nécessité d’un contre-pouvoir ». Qu’est-ce à dire ? « Construire un contre-pouvoir
demandera une participation active à une myriade de mouvements syndicaux et de luttes sociales. Cette
participation est essentielle aussi pour faire comprendre qu’une Europe totalement différente est
nécessaire. Des revendications concrètes et des campagnes de sensibilisation sur le fonctionnement et la
nature de classe du système actuel sont nécessaires. » En bref, la seule perspective qui nous est offerte ici
est celle d’une propagande électorale avec de questions simples et pédagogiques. Avec comme corolaire,
la fusion des organisations syndicales avec les ONG.


On remarquera que les arguments avancés contre la rupture avec l’Union européenne (effondrement,
menaces militaires, chauvinisme, etc.) pourraient être tout aussi bien opposés à la rupture avec le
capitalisme en général. Et on doit ajouter qu’à aucun moment, M. Botenga ne mentionne le rôle des Etats-
Unis (ses gouvernements) dans la construction de l’Union européenne et ses interventions pour défendre
l’UE face aux mobilisations des peuples.


Le texte de M. Botenga date d’avril 2018. Depuis, le PTB a été obligé de préciser son point de vue, sous la
pression des travailleurs qui estiment à raison qu’ils ont besoin d’un gouvernement à leur service, donc en
rupture avec les traités européens. Mais pour éviter de parler de rupture, le PTB a été amené à prôner la «
désobéissance » à l’égard des directives européennes. Or, l’UE ne tolèrera pas une telle désobéissance.
Chacun comprendra que la situation d’un gouvernement qui participe aux décisions des sommets
européens tout en refusant de les appliquer est intenable. Un exemple parmi tant d’autres : l’ouverture à
la concurrence du transport ferroviaire des passagers. Que va faire un gouvernement s’il refuse cette
ouverture ? Soit il cèdera tôt ou tard, soit il rompt avec cette machine à tout démolir qu’est l’Union
européenne.


Bien entendu, si le PTB s’engageait réellement pour une rupture même partielle avec l’application des
traités européens, nous le soutiendrions sans hésiter. Mais tout se passe comme si le PTB jouait sur les
mots et se préparait à retomber sur ses pattes au nom de prétendues alliances progressistes, agissant dans
le cadre du système actuel.

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(1) https://lavamedia.be/fr/les-illusions-du-lexit/ – Le Lexit est la sortie à gauche (Left) de l’Union européenne

DR n°5: La Catalogne et la NVA.

« Le 1er octobre dernier, le peuple de Catalogne a décidé, lors d’un référendum, d’exprimer sa volonté de se constituer en une République indépendante et il l’a fait dans des conditions de répression brutale de la part de la police nationale espagnole et de la Garde civile (…). Deux jours après, le 3 octobre, une grève générale contre la répression et pour les libertés paralysait le pays et mobilisait massivement la société catalane, une grève générale dans laquelle – car il ne peut pas en être autrement – la classe travailleuse est devenue la force sociale la plus active et la plus décisive. » Ainsi s’exprime un des comités catalans de défense du référendum et de la République.

Malgré la répression, malgré le saccage des urnes, malgré la violence policière, le 1er octobre 2017, le peuple catalan s’est mobilisé et a imposé par son vote – dont le caractère majoritaire est indiscutable – le processus d’établissement de la République. La République, c’est la fin de la monarchie et la fin des institutions d’oppression des peuples de l’Etat espagnol mises en place par la dictature de Franco durant quarante ans et prolongées par la monarchie franquiste quarante ans supplémentaires.

La République en Catalogne, c’est la porte ouverte au processus constituant par lequel le peuple – et tout particulièrement la majorité que constituent les travailleurs des villes et des campagnes et la jeunesse – aurait le pouvoir de décider ce que doit être le contenu social et les formes politiques de la République.  La République en Catalogne, c’est la brèche ouverte pour les Républiques dans toutes les régions de l’Espagne, la brèche ouverte pour l’union des Républiques libres de tout l’État espagnol.

Et ce que tous les gouvernements ont compris, c’est le fait que la classe sociale qui a le plus grand intérêt à la proclamation de la République et à la chute de la monarchie, c’est la classe ouvrière.

L’Union européenne et les capitalistes ont clairement exprimé leur hostilité à la République catalane. Ils ont bien compris que leurs intérêts de classe étaient menacés par le surgissement de la mobilisation de centaines de milliers pour jeter à bas la monarchie. Ils l’ont bien compris et, avec eux, toute la sainte-alliance des dirigeants des différents gouvernements des pays d’Europe et de l’Union européenne.

Les travailleurs de Catalogne n’ont rien à attendre des dirigeants, qui, après avoir organisé le référendum, ont réaffirmé leur allégeance à l’Union européenne et au capital financier. La mobilisation populaire a conduit à la constitution  des comités de défense du référendum (CDR) et de la République.

Les travailleurs et le peuple catalans sont en danger. Ils ne doivent pas rester isolés. La responsabilité des organisations se réclamant du mouvement ouvrier et de la démocratie est totalement engagée. Ou bien avec le peuple de Catalogne et la République, ou bien avec l’Union européenne et la monarchie franquiste. Se taire, c’est se rendre complice de la répression, c’est appuyer l’offensive antidémocratique contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le 1er octobre, le peuple a voté oui à la République, oui à l’indépendance. Son action ouvre la voie pour en finir avec la monarchie héritière du franquisme. De toutes parts, on cherche à faire disparaître le vote du peuple. Seules seraient légitimes les élections ayant reçu l’aval préalable de Rajoy et du roi. Nous disons : « Ne touchez pas au peuple catalan ! Halte à la répression ! Libération des prisonniers politiques ! Arrêt des poursuites ! Que vive la République catalane ! »

Pour couvrir la répression néo-franquiste contre le peuple catalan, une intense propagande s’est développée au lendemain du référendum. Les Catalans sont accusés de tous les maux. Il s’agirait d’un nationalisme qui ferait le jeu de la monarchie. La décision de proclamer la République catalane aurait la grave faiblesse d’être « unilatérale » (1). Ou encore, puisque la direction catalane est bourgeoise, pro-capitaliste et pro-Union européenne, il ne faudrait pas soutenir la proclamation de la République. Enfin, comble du comble, puisqu’en Belgique, la NVA soutient le gouvernement catalan, aucun travailleur ne pourrait s’associer à une telle funeste entreprise.

D’abord, il serait totalement erroné d’identifier le peuple catalan, la classe ouvrière de Catalogne, avec ses dirigeants. Les travailleurs catalans ont leurs propres intérêts face aux capitalistes catalans ou autres. Les dirigeants bourgeois du parti de Puidgemont ont cru que leur projet d’indépendance catalane était compatible avec l’Union européenne et le bon fonctionnement des entreprises privées.

C’était leur programme. Force est de constater que ce programme n’est plus à l’ordre du jour. L’Union européenne a rejeté la République catalane et le capital organise le sabotage de l’économie de la région. Il en est ainsi parce que les masses populaires se sont saisies de la question de l’oppression nationale et en ont fait leur affaire. Cette mobilisation crée la panique chez tous les représentants de la bourgeoisie à l’intérieur comme à l’extérieur. Nous ne sommes plus à l’époque où les bourgeoisies renversaient les rois, les armes à la main !

Puigdemont a été contraint de proclamer la République parce que des centaines de milliers, des millions se sont mobilisés, d’abord pour imposer que le référendum du 1er octobre se tienne malgré les interdictions et les menaces, et ensuite pour lui imposer qu’il proclame la République. Effrayé par son audace, il laisse le peuple catalan désorienté face à la répression, et il légitime les « élections » du 21 décembre qui n’ont d’autre but que de faire reculer la République et « normaliser » la situation.

La situation en Catalogne, ce sont depuis des semaines, des centaines de milliers d’anonymes qui se sont mis en mouvement. Ils ont commencé à prendre leurs propres affaires en main. Ils demandent que soient satisfaites leurs aspirations les plus élémentaires : le droit d’un peuple à disposer de son sort, le droit de ne plus vivre sous la tutelle d’un roi. Ces aspirations démocratiques et nationales élémentaires se mêlent étroitement aux aspirations sociales qui sont celles de tous les travailleurs de l’État espagnol, et au-delà, en Europe. C’est l’aspiration à en finir avec les plans d’austérité de la troïka que tant le gouvernement central de Madrid que le gouvernement « régional » de Catalogne ont appliqué. C’est l’aspiration à en finir avec les privatisations, avec le chômage, avec les plans capitalistes.

C’est pourquoi il eut été naturel que ce soit le mouvement ouvrier, les organisations ouvrières – politiques et syndicales, traditionnellement puissantes en Catalogne comme on l’a vu pendant la révolution en 1936 –, qui se mettent à la tête de ce mouvement, et non Puigdemont. Mais les dirigeants des organisations ouvrières, de « gauche », en se rangeant du côté de la monarchie, contre la République, portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle extrêmement difficile,  où le peuple catalan a été isolé des travailleurs de l’État espagnol et de ceux d’Europe et du monde. En Catalogne et dans tout l’État espagnol, comme dans notre pays dans des conditions différentes, les travailleurs ont plus que jamais besoin d’un parti à eux, d’un authentique parti ouvrier indépendant qui combatte pour la République, la démocratie et le socialisme.

Alors que vient faire la NVA dans cette affaire ? Les origines de la NVA plongent dans l’histoire de la Belgique. La Belgique est une nation bourgeoise créée en 1831 par une classe capitaliste qui se rallie à la monarchie par crainte du peuple. Cette classe capitaliste est exclusivement francophone. La lutte des travailleurs de Flandre passe par la reconnaissance de leurs droits linguistiques. La social-démocratie (POB, ancêtre du PS), alliée à la bourgeoisie, se refuse à soutenir réellement cette reconnaissance, ce qui laisse le champ libre au nationalisme bourgeois flamand pour utiliser la question nationale à son avantage. La 1ère Guerre mondiale qui voit la social-démocratie soutenir la guerre et trahir les travailleurs, renforce le nationalisme bourgeois en Flandre et également le syndicalisme chrétien. Les traditions pacifistes du peuple flamand trouvent des soutiens en dehors des grandes organisations ouvrières. 100 ans plus tard, le succès de la NVA trouve ses racines dans cette situation de crise du mouvement ouvrier et démocratique.

La NVA cherche à utiliser cette situation historique au profit de la classe capitaliste. Si son programme est celui de la République, il s’agit d’une « République » fondée sur la destruction des conquêtes de la classe ouvrière, à travers l’explosion de l’Etat belge garant de ces conquêtes. On mesure ainsi la différence qui existe entre la Catalogne et la NVA. Certes, Puidgmeont et la NVA pensent qu’il est possible de trouver des solutions à la crise du capitalisme dans le cadre d’une Europe des régions qui consacrerait le morcellement des droits sociaux et les privatisations. Même si la NVA tente de faire croire que l’indépendance de la Catalogne favoriserait l’indépendance de la Flandre, il y a loin de la coupe aux lèvres. En fait, la NVA se retrouve sur un terrain très glissant. D’abord, la NVA se heurte constamment à l’obstacle de l’unité de la classe ouvrière de Belgique, unie dans des syndicats puissants, dont les affiliés continuent à défendre les conquêtes sociales fédérales (Sécurité sociale, droit du travail, etc.).

Le « nationalisme » catalan est la forme que prend le mouvement du peuple pour rejeter les institutions anti-démocratiques de la monarchie. La mobilisation des travailleurs et des jeunes de Catalogne démontre qu’il n’est pas question de faire exploser les droits des travailleurs mais de remettre en cause un régime qui assure précisément l’exécution des diktats de l’Union européenne dans toute l’Espagne. De ce point de vue, parce qu’elle est précisément une vitrine politique du patronat flamand (le Voka), la NVA est totalement étrangère à la classe travailleuse qui est devenue « la force sociale la plus active et la plus décisive » à la défense de la République catalane.

Aujourd’hui, parce qu’il s’est mis en mouvement, mettant en péril les institutions de la monarchie, le peuple catalan est en péril. L’unité la plus large est nécessaire pour barrer la route à la répression.

(1) Ne faisant pas exception, le PTB s’est prononcé pour le « dialogue », comme si le maintien de la tutelle de la monarchie sur la Catalogne était la réponse correcte aux exigences du peuple. Par ailleurs, le PTB adopte le langage de la peur : « Certains espèrent qu’une Catalogne indépendante pourrait rompre avec la logique du marché et de la concurrence. Cependant, cela demanderait un changement énorme dans les rapports de force actuels au sein de la Catalogne. La nouvelle république se trouverait alors isolée au milieu de pays hostiles. » (https://ptb.be/articles/catalogne-ce-que-la-crise-nous-apprend-sur-l-independantisme-l-etat-espagnol-et-la)