Déclaration du CORQI – TROUPES RUSSES : HORS D’UKRAINE ! DÉMANTÈLEMENT DE L’OTAN !

Ni Poutine, ni Biden et ses alliés : aucune union sacrée avec les gouvernements fauteurs de guerre!

1 La guerre déclenchée en Ukraine par l’invasion des troupes russes soulève l’indignation légitime des travailleurs du monde entier.
Dès les premières minutes de ce conflit, le Comité d’organisation pour la reconstitution de la IVe Internationale (CORQI) a condamné l’agression et exigé le retrait immédiat des troupes russes. Fidèle aux principes de l’indépendance de la classe ouvrière, le CORQI a, dans le même temps, appelé les travailleurs et les organisations à refuser de se ranger dans l’union sacrée qui, dans chaque pays, prétend unir les organisations ouvrières aux capitalistes et aux gouvernements au motif de la condamnation du seul gouvernement russe. Les faits établissent que, si la responsabilité criminelle du régime de Poutine est une évidence, elle s’inscrit dans un contexte marqué par l’escalade militaire depuis des mois et des mois, et les provocations dont l’impérialisme américain et son bras armé l’OTAN, et tous les gouvernements capitalistes rangés sous cette bannière, portent la responsabilité. Les partisans de la reconstitution de la IVe Internationale, fidèles au drapeau de l’internationalisme prolétarien, refusent de suivre les dirigeants des organisations ouvrières qui ont accepté et acceptent de se placer dans le cadre de l’union sacrée derrière les gouvernements fauteurs de guerre. Les partisans de la reconstitution de la IVe Internationale considèrent que le principal ennemi de la classe ouvrière dans chaque pays, c’est son propre gouvernement. La mise en œuvre de cette orientation s’est traduite par exemple dans l’appel lancé en France par le Parti ouvrier indépendant démocratique (dont sont membres les militants du CORQI). Appel intitulé : «À bas la guerre !» qui déclare :
«Nous, travailleurs et jeunes en France, nous ne voulons pas de la guerre, nous sommes aux côtés des travailleurs d’Ukraine victimes de l’invasion de Poutine, aux côtés des travailleurs russes qui manifestent contre la guerre, aux côtés des travailleurs du monde entier épris de paix et de liberté. Nous ne faisons aucune confiance à Macron qui mène la guerre à l’extérieur contre les peuples, notamment en Afrique et, à l’intérieur, une guerre sociale contre les travailleurs et les jeunes. L’issue n’est ni derrière Poutine, ni derrière Biden, ni derrière Macron, tous fauteurs de guerre. L’issue est dans l’unité des peuples et des travailleurs du monde entier contre la guerre et l’exploitation. Troupes russes : hors d’Ukraine ! Troupes françaises : hors d’Afrique ! Troupes US et de l’OTAN : hors d’Europe!»

Le CORQI se félicite d’apprendre qu’en l’espace de trois jours des milliers de travailleurs et de jeunes ont signé cet appel du POID, manifestant qu’en France, comme dans tous les grands pays impérialistes, les travailleurs refusent de suivre les consignes des dirigeants des organisations ouvrières qui les appellent à s’unir derrière leur propre bourgeoisie.

2 Préfaçant sa brochure L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, Lénine, en 1917, fixe comme objectif de permettre aux travailleurs de saisir « un problème économique capital sans l’étude duquel il est impossible de rien comprendre à ce que sont la guerre d’aujourd’hui et la politique d’aujourd’hui, je veux parler de la nature économique de l’impérialisme ». Dans le même ouvrage, Lénine précise : « Les guerres impérialistes sont absolument inévitables aussi longtemps qu’existera la propriété privée des moyens de production. » La guerre déclenchée par l’entrée des troupes russes en Ukraine ne peut se comprendre sans l’inscrire dans le contexte de l’époque de l’impérialisme décadent et décomposé. Dans un contexte évidemment différent, ce qui est vrai pour la première guerre impérialiste mondiale de 1914- 1918 est vrai pour la guerre en cours. Certes, ce n’est pas une guerre mondiale, mais elle a des traits de guerre mondiale parce qu’en réalité, sur le terrain ukrainien où s’affrontent de manière directe la Russie et l’Ukraine, il y a derrière l’Ukraine les principales puissances impérialistes réunies dans l’OTAN et, même si ce n’est pas aussi direct, l’offensive impérialiste contre la Russie vise aussi la Chine.

3 Quelles sont les racines économiques de la guerre ? C’est la crise majeure du régime capitaliste, fondé sur la propriété privée des moyens de production.
Régime dont la survie se fait au prix de procédés qui s’éloignent de plus en plus de la sphère de la production de la plusvalue pour y revenir ensuite dans les conditions d’une pression accentuée sur la classe ouvrière et ses organisations. Rappelons- le : en 1971, lorsque l’impérialisme américain décide la déconnexion du dollar de l’or, Nixon pose la question : quoi faire après ? Depuis, la classe dirigeante a provoqué toutes les manipulations spéculatives, monétaires et financières qui ont débouché sur les bulles spéculatives et les crises successives notamment de 2000, 2007-2008 et plus récemment à l’occasion de la pandémie. Ils ont, après la chute du mur de Berlin, généralisé les guerres sans fin, dépeçant les nations en faisant payer aux peuples la nécessité de développer une industrie d’armement en expansion constante. Finalement on en revient à la formule de Marx pour qui le capital, c’est de « l’argent toujours bourgeonnant ». Et pour qu’il bourgeonne par tous les moyens, il doit bourgeonner même quand les moyens de valorisation du capital dans la production directe de marchandises est rendue de plus en plus difficile. D’où le fait qu’aujourd’hui les actionnaires sont de plus en plus des investisseurs institutionnels d’une puissance financière considérable : fonds d’investissement, fonds souverains, etc., qui drainent des montagnes de capitaux et les déplacent, compte tenu de la déréglementation, avec une agilité remarquable et où, du jour au lendemain, des branches entières de l’industrie sont décrétées « obsolètes » parce qu’insuffisamment rentables, et donc liquidées.

4 La crise du régime fondé sur la propriété privée des moyens de production se manifeste dans la tendance à la généralisation de « la transformation des forces productives en forces destructrices » décrites par Marx et qui prend au stade impérialiste une place grandissante. Et parmi ces forces destructrices, la place toujours croissante occupée par l’une d’entre elles : l’industrie d’armement, le « militarisme » pour reprendre l’expression de Rosa Luxemburg au début du XXe siècle. Un marché en constant développement, engloutissant des milliers de milliards de dollars du budget des États, qui a comme particularité que la consommation des marchandises qu’il produit – les armes – exige de provoquer toujours plus de conflits et de guerres. Un marché que dominent sans partage les grandes multinationales des États-Unis : sur les 100 principales entreprises d’armement, 51 sont nord-américaines, dont les cinq premières. Quant à l’administration Biden, elle a fait voter en décembre 2021 le budget militaire le plus élevé de toute l’histoire des États-Unis, 778 milliards de dollars.

5 L’origine de la crise actuelle en Ukraine, c’est l’offensive dirigée par l’impérialisme américain pour le renforcement de la présence de l’OTAN à l’est de l’Europe.
« Les Alliés ont mis en œuvre les décisions prises au sommet de Varsovie, en 2016, à savoir établir une présence avancée de l’OTAN en Estonie, en Lettonie, en Lituanie et en Pologne, et développer une présence avancée adaptée dans la région de la mer Noire » : l’OTAN elle-même (sur son site, janvier 2022) revendique cette politique d’encerclement et de pression militaire sur la Russie. Une politique qui est inséparable de sa politique d’ensemble visant à l’encerclement militaire et à l’offensive contre la Chine.

6 Depuis un an, l’offensive particulière de l’impérialisme américain contre la Chine s’est considérablement accentuée. Pourquoi ?
D’abord parce que c’est un immense marché qui, en partie, n’est pas disponible pour le capital financier des États-Unis. Et même dans la partie de ce marché disponible pour le capital, celui-ci doit se conformer aux conditions posées par la bureaucratie au pouvoir en Chine, entravant les conditions d’exploitation directe de la force de travail chinoise conformément aux exigences du capitalisme américain. La pandémie a mis au grand jour le fait que le maintien du monopole du pouvoir politique du Parti communiste chinois et de son contrôle sur l’économie, le maintien du monopole du commerce extérieur et de la création monétaire, font que le Parti communiste chinois a pu, durant la pandémie, emprunter une voie différente de celle de l’impérialisme américain et des autres impérialismes. Écrire cela n’est pas donner un signe plus au pouvoir chinois, c’est énoncer un fait objectif. La bureaucratie a pu le faire parce qu’elle avait entre les mains ce pouvoir politique et économique concentré, en contradiction avec la «loi du marché» et de la «libre entreprise.»

7 Cela n’enlève rien au caractère intégralement contre-révolutionnaire et anti-ouvrier de la bureaucratie chinoise.
Elle l’a montré ces derniers mois, avec l’interdiction et la liquidation des syndicats ouvriers à Hong Kong, avec la répression contre les travailleurs et les grèves en Chine continentale, etc. Mais l’offensive de l’impérialisme américain contre la Chine est l’expression du fait que, même confisquée par la bureaucratie, la propriété d’État reste intolérable pour l’impérialisme. C’est pourquoi, depuis un an, il y a eu un changement qualitatif dans la nature des déclarations de l’impérialisme vis-à-vis de la Chine. Ce que Biden a exprimé le 31 août, après le départ du dernier soldat américain d’Afghanistan, quand il a annoncé la « nouvelle stratégie des États-Unis », désormais « engagés dans une compétition sérieuse avec la Chine ». Ce qui pendant des années relevait de critiques, de déclarations s’est désormais transformé en menaces de guerre. Pas seulement en paroles: en actes. On ne compte plus les modifications du dispositif militaire de l’impérialisme américain préparant l’affrontement avec la Chine : des manœuvres en mer de Chine et au large de Taïwan aux nouvelles alliances militaires (Aukus avec l’Australie et le Royaume-Uni, Quad avec l’Australie, l’Inde et le Japon), à la création d’un centre de la CIA spécialement dédié à la Chine, etc. Derrière tout cela, on en revient à la question fondamentale de l’extorsion de la plus-value par l’exploitation capitaliste.

8 L’oligarchie russe (issue de la décomposition de la bureaucratie) est née des privatisations-pillages de la propriété d’État en URSS engagés il y a plus de trente ans, lorsque la bureaucratie a été jusqu’au bout de sa nature « restaurationniste » en liquidant les rapports sociaux issus d’Octobre 1917, réalisant le pronostic de Léon Trotsky dans La Révolution trahie : « La chute de la dictature bureaucratique actuelle sans son remplacement par un nouveau pouvoir socialiste annoncerait ainsi le retour au système capitaliste avec une baisse catastrophique de l’économie et de la culture. » Le pillage des capacités productives du pays, héritées de l’URSS, donnent à cette couche oligarchique une puissance parasitaire sur l’économie russe autant qu’une certaine place à l’échelle mondiale (dont l’économie mafieuse devient un secteur toujours plus important). Elle a notamment sous son contrôle de grandes entreprises qui produisent et exportent du gaz et du pétrole. L’oligarchie russe est de nature capitaliste, au sens où elle est insérée dans l’économie capitaliste mondiale. Mais elle n’est pas l’égale des vieilles puissances impérialistes, ce qu’elle a appris à ses dépens en perdant des milliers de milliards en 2008. Elle est prête à s’allier à qui voudra s’allier avec elle pourvu que cela lui permette de préserver, ou tenter de préserver sa position à l’échelle nationale et régionale sans jamais remettre en cause l’ordre mondial dominé par l’impérialisme américain. Ces dernières années, en maintes circonstances, l’oligarchie russe s’est trouvée côte à côte avec l’impérialisme américain contre les peuples. Par exemple en Syrie au nom de la prétendue « lutte contre Daech ». Plus récemment, c’est au compte de la préservation des intérêts des grandes multinationales nord-américaines et européennes qui pillent les gigantesques ressources naturelles du pays que le régime de Poutine a envoyé début janvier 2022 les troupes russes écraser le soulèvement ouvrier au Kazakhstan.

9 Dans le conflit, qui pour l’instant n’est pas ouvert sur le plan militaire entre la Chine et les États-Unis, l’oligarchie russe a, pour ses propres raisons et jusqu’à présent, joué la carte de la Chine.
Mais cela peut bien sûr changer demain. L’objectif de Poutine et de son entourage était de toute évidence qu’en jouant la carte de la Chine il parviendra à desserrer un peu l’étau par rapport à l’impérialisme américain. Pour les raisons qui lui sont propres, la Chine, elle, a joué la carte de la Russie jusqu’à un certain point. Notons que depuis l’invasion de l’Ukraine le soutien de la Chine à la Russie est très modéré. Dans son offensive générale de militarisation de la planète et la tentative de rétablir son contrôle pour préparer les conditions d’une offensive contre la Chine, l’impérialisme américain a saisi la position russe comme un prétexte pour provoquer l’escalade, tendant, d’une certaine manière, un piège à Poutine dans lequel celui-ci est tombé.

10 L’impérialisme américain saisit ici l’occasion de liguer les autres impérialismes derrière lui et de les placer étroitement sous sa direction militaire, cela en dépit des contradictions qui sont bien réelles : il n’y a pas de « super-impérialisme ». Ainsi, l’impérialisme allemand a ses propres raisons de ne pas suivre l’impérialisme américain jusqu’au bout, notamment parce que ce sont les capitalistes allemands qui ont le plus d’intérêts économiques et commerciaux en Russie, et le plus à perdre, à commencer par le gazoduc Nord Stream 2 qui livre l’industrie allemande en gaz russe bon marché, et dont le gouvernement allemand vient de « suspendre » la licence d’opération. Les sanctions prises sur le plan économique contre la Russie rejailliront sur les pays qui prennent les sanctions, mais pas tous dans la même proportion : c’est l’Allemagne qui sera la première touchée par les conséquences des sanctions contre la Russie, et dans une moindre mesure la France et d’autres. Contradiction aussi pour Macron et les institutions de l’Union européenne, parce que plus la crise se développe, plus « l’Europe » apparaît comme une « Europe-OTAN » et non pas comme une « Europe-Union européenne ». Or Macron, dans le jeu politique qui est le sien et la place qu’il voudrait occuper, a intérêt à jouer la carte de l’Union européenne plus que celle de l’OTAN, la carte de la diplomatie plus que celle de la guerre. Mais la politique de l’impérialisme américain s’impose à tous, et contraint les capitalistes allemands, français, etc., à se ranger derrière lui.

11 Ainsi s’exprime le délitement de que l’on appelait la « construction européenne » et ses institutions. Toutes les puissances impérialistes européennes, y compris l’Allemagne et la France, se trouvent toujours plus « à la remorque » des États-Unis. En conséquence, c’est le Premier ministre britannique, Boris Johnson, qui s’est fait le plus entendre dans les circonstances actuelles, car n’étant pas lié à la préservation du carcan de l’Union européenne il apparaît comme le représentant quasi officiel et direct des intérêts américains sur le continent européen.

12 À l’heure où cette déclaration est écrite, les combats font rage aux abords de Kiev. Il pourrait sembler qu’après des mois de tractations, d’escalade et de provocations de part et d’autre, c’est le régime de Poutine qui est en position de force. Mais n’est-ce pas l’apparence des choses ? Comme nous l’avons écrit, citant un militant antiguerre des États-Unis il y a plusieurs semaines : et si, finalement, c’était Biden qui avait intérêt à ce que la Russie envahisse l’Ukraine, par exemple pour justifier une augmentation constante du budget militaire américain, l’expansion de son dispositif militaire, la remise en cause des accords commerciaux de ses concurrents impérialistes en Europe, etc. N’est-ce pas cela qui est en train de se passer ? Reproduisant un schéma qui a déjà été le sien en de nombreuses circonstances, l’impérialisme américain (et derrière lui tous les autres impérialismes) a poussé à l’éclatement de la guerre et il entend bien que cette guerre puisse permettre d’épuiser les belligérants, et en particulier la Russie, soumise, en outre, aux sanctions économiques. L’impérialisme américain a, comme il l’a fait à de nombreuses reprises dans le passé, pour projet de retirer les marrons du feu en s’impliquant le moins possible dans le conflit lui-même, et tant pis pour les peuples d’Ukraine et de Russie qui en paieront les conséquences au prix lourd, c’est la logique de l’impérialisme. Comme le note un universitaire français : « Le conflit entre l’Ukraine et la Russie renforce la position des Américains et de l’OTAN face à la Chine » (25 février).

13 Un aspect majeur de la situation actuelle dont l’impérialisme a bien l’intention de tirer profit, c’est l’union sacrée que chaque gouvernement appelle à sceller autour de lui.
C’est le soutien apporté à la politique de Biden par les principaux dirigeants du mouvement syndical aux États-Unis. C’est la déclaration de Starmer, leader du Labour Party britannique, se rangeant au garde-à-vous derrière Johnson parce que « Poutine veut voir de la division entre nos alliés, entre nos membres de l’OTAN et entre les partis politiques ici au Royaume-Uni. Et nous n’allons pas être divisés. » C’est la politique de Scholz et des dirigeants du SPD dans le gouvernement de coalition avec la bourgeoisie en Allemagne. Ce sont, en France, les députés du Parti socialiste, du Parti communiste et de La France insoumise, participant le 25 février à la standing ovation au Parlement, pour saluer le discours « va-t-en-guerre » de Macron. Discours que commente ainsi Jean-Luc Mélenchon : « Le président n’a rien dit de particulier. On peut le comprendre. Il demande l’unité du pays. S’il est sincère il doit s’en donner les moyens » (24 février)*. Le même jour, Mélenchon, qui s’est prononcé pour « soutenir les sanctions » contre la Russie (francetvinfo.fr, 25 février) affirme : « Pour l’Union européenne, le temps de la protection mutuelle est venu » (communiqué, 24 février). Sous d’autres formes, c’est l’appui à l’intervention militaire en Ukraine apporté par Ziouganov, du Parti « communiste » de la Fédération de Russie, un mois et demi après avoir soutenu l’intervention militaire contre la révolte ouvrière au Kazakhstan.

14 Dans chaque pays, cette union sacrée vise à permettre une offensive brutale et immédiate contre la classe ouvrière, contre le mouvement ouvrier, au nom de « tous contre la Russie ». Déjà, on annonce qu’à la hausse vertigineuse des prix de ces derniers mois vont s’ajouter inévitablement un envol des prix du gaz et du pétrole, et des prix du blé, donc du pain, des pâtes, etc. L’offensive contre le pouvoir d’achat des masses dans le monde entier, déjà extrêmement brutale depuis des mois, va trouver là un argument apparemment « incontournable » pour s’aggraver.

15 Le CORQI condamne les responsables des souffrances imposées au peuple ukrainien:
l’agression militaire russe et la guerre. Il condamne les responsables des souffrances qui seront imposées au peuple russe par l’effet des sanctions économiques, sans parler de l’aggravation de la répression contre les travailleurs et le peuple de Russie que le régime ne manquera pas de déchaîner. Comme il vient de le faire en arrêtant par milliers les participants aux manifestations contre la guerre. Pour le CORQI, si la réponse guerrière de Poutine résulte de la provocation de l’impérialisme, elle n’en est pas moins intégralement réactionnaire. Quels que soient les circonstances et le contexte d’ensemble, l’agression militaire russe contre l’Ukraine s’inscrit dans la continuité de l’oppression séculaire chauvine « grandrusse » contre le peuple ukrainien. Celle de l’empire tsariste, « prison des peuples », celle du stalinisme ressuscitant l’oppression nationale, notamment contre le peuple ukrainien. C’est la nature contre-révolutionnaire de l’oligarchie russe qui s’exprime à nouveau, comme elle s’est exprimée il y a un mois et demi dans l’écrasement dans le sang la révolte ouvrière du Kazakhstan.

16 Notons que dans son discours du 22 février justifiant l’intervention, Poutine a dénoncé l’existence de l’Ukraine comme une conséquence de la révolution d’Octobre 1917. Elle devrait être rebaptisée « l’Ukraine Vladimir Ilitch Lénine », a-t-il ironisé, appelant à la «décommunisation» de l’Ukraine sous la botte de son armée. Hommage involontaire à la révolution ouvrière en Russie rendu par cet ancien agent de la police politique du stalinisme reconverti aux privatisations mafieuses. Car c’est bien la révolution d’Octobre 1917 qui a libéré les nationalités opprimées de l’ancien empire tsariste et ouvert la voie à une Ukraine indépendante. Par ce rappel, Poutine dit aux puissances capitalistes occidentales : « Nous sommes dans le même camp, celui de l’oppression des peuples et des anti-communistes, ne vous trompez pas d’adversaire. »

17 Combattant pour la reconstitution de la IVè Internationale, le CORQI revendique la politique de Lénine sur la question nationale: « Nous nous en tenons fermement à ce qui est incontestable : le droit de l’Ukraine à constituer un tel État. Nous respectons ce droit. Nous ne soutenons pas les privilèges du Grand-Russe par rapport aux Ukrainiens ; nous éduquons les masses dans l’esprit de la reconnaissance de ce droit, dans l’esprit de la répudiation des privilèges d’État de quelque nation que ce soit » (Du droit des nations à disposer d’elles mêmes, 1914). Le CORQI est aux côtés des travailleurs et du peuple ukrainien agressés, aux côtés des milliers de travailleurs et de jeunes en Russie qui, dès le 24 février, sont sortis dans les rues au cri de « Non à la guerre ! », aux côtés des organisations de travailleurs qui, en Russie et en Ukraine, ont courageusement condamné l’intervention russe. C’est pourquoi la IVè Internationale avance les mots d’ordre de «Retrait des troupes russes d’Ukraine !» et de «Respect de la souveraineté de l’Ukraine», car cette souveraineté ne se réalisera ni sous la botte de l’armée russe ni sous l’actuel gouvernement ultra-réactionnaire et vendu à l’impérialisme.

18 Condamnant l’intervention russe, la IVè Internationale ne peut participer à quelque forme d’« union sacrée » que ce soit. Tous ceux qui dénoncent l’intervention russe mais se taisent sur la responsabilité criminelle de l’impérialisme, de l’OTAN et de leur propre gouvernement capitaliste sont dans l’union sacrée. Les organisations du CORQI affirment: «Ni Poutine, ni Biden, ni Macron, Scholz, Johnson, etc.», et relient l’exigence de «retrait des troupes russes d’Ukraine» à l’exigence de «pas un soldat de notre pays pour l’OTAN à l’est de l’Europe», «démantèlement de l’OTAN!», «non aux sanctions contre la Russie!», en France, par exemple, au mot d’ordre «troupes françaises, hors d’Afrique !». Le combat contre toute forme d’union sacrée exige dans chaque pays d’aider les travailleurs à réaliser leur propre lutte de classe, de combattre pour la préservation de l’indépendance des organisations ouvrières. C’est combattre pour l’unité des travailleurs et de leurs organisations contre leur propre gouvernement impérialiste. Telle est la seule position ouvrière internationaliste conforme aux intérêts des travailleurs du monde entier. C’est sur ces mots d’ordre que les organisations du CORQI seront partie prenante des mobilisations ouvrières contre la guerre. C’est sur cette orientation qu’elles préparent la conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière (Paris, 29-30 octobre 2022).

* Notons que le centre révisionniste qui a provoqué la scission de la IVè Internationale en 2015 et dont les partisans en France sont intégrés à l’Union populaire de Mélenchon, dont ils appliquent la politique, ont osé, le 26 février, publier une déclaration frauduleusement signée d’un «secrétariat international de la IVè Internationale» dans laquelle ils prennent position contre l’union nationale de manière générale, sans évoquer (et encore moins dénoncer) le positionnement des députés de l’Union populaire dans l’union nationale !

Non à la guerre américaine en Ukraine ! Dehors l’OTAN ! Une déclaration du Comité d’organisation pour la reconstitution de la IVè Internationale (CORQI)

L’année 2022 commence sous le signe d’une marche à la guerre au cœur de l’Europe.
De part et d’autre de la frontière entre la Russie et l’Ukraine, de gigantesques moyens militaires sont accumulés, qui peuvent, demain, entraîner une confrontation entre les États-Unis et la Russie, deux grandes puissances dotées de l’arme atomique.

Le responsable principal de cette escalade militaire inédite sur le continent depuis 1945, c’est l’impérialisme, et singulièrement l’impérialisme américain.

C’est l’administration Biden qui, dans la continuité de toutes les précédentes, pousse à l’élargissement à l’est de son alliance militaire, l’OTAN, et a donné son feu vert à une possible adhésion de l’Ukraine.

C’est l’administration Biden qui, dans la continuité de toutes les précédentes, a fait voter un budget militaire d’un montant jamais atteint de 768,2 milliards de dollars, dans un consensus complet entre démocrates et républicains. Ce sont les administrations américaines successives qui ont livré au gouvernement ukrainien 2,7 milliards de dollars d’aide militaire depuis 2014.

C’est l’administration Biden qui agite la menace d’une « invasion russe » de l’Ukraine pour justifier l’accumulation de troupes et de matériel militaire en Ukraine et dans les pays de l’est de l’Europe. Beaucoup de travailleurs se souviennent du mensonge de l’administration Bush sur les prétendues « armes de destruction massive » pour justifier son invasion de l’Irak.

C’est l’administration Biden qui, comme toutes les précédentes, prétend faire prévaloir par tous les moyens la domination de l’impérialisme américain et de Wall Street sur tous les continents, aujourd’hui contre la Russie, demain contre la Chine.

Dénoncer la responsabilité de l’impérialisme américain dans cette marche à la guerre ne signifie en aucun cas apporter un quelconque soutien politique au régime de Poutine. Régime issu de la décomposition de la bureaucratie après la chute de l’Union soviétique, constituant une couche mafieuse d’oligarques enrichis par le pillage de la propriété d’État, il s’est inséré dans le marché mondial capitaliste, tout en y défendant ses propres intérêts.

Les travailleurs du monde entier noteront l’hypocrisie des gouvernements des États-Unis et de l’Union européenne qui agitent aujourd’hui la menace d’une « invasion russe en Ukraine ». Les mêmes gouvernements n’ont rien trouvé à redire, bien au contraire, lorsque le régime de Poutine a envoyé ses troupes, début janvier, écraser la révolte ouvrière au Kazakhstan, protégeant ainsi les intérêts des grandes multinationales américaines et européennes.

La politique de Biden, dans la continuité de celle de Trump, a réduit l’Union européenne et ses principaux membres au seul rôle qu’elle leur reconnaît : celui de supplétifs de Washington. Johnson comme Macron se sont immédiatement inclinés. Mais la marche à la guerre de Biden a fait s’exprimer des réticences dans la bourgeoisie allemande. Et cela parce que l’impérialisme allemand est celui qui a le plus d’intérêts économiques et commerciaux en Russie, et donc le plus à perdre dans une confrontation avec elle.

La classe ouvrière et les peuples du monde entier n’ont aucun intérêt à cette guerre. Comme l’affirme l’appel à la conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière (Paris, octobre 2022), lancé par 601 militants ouvriers de 57 pays : « Toutes les interventions militaires de l’impérialisme, menées au nom de la “démocratie”, se sont traduites par un chaos sanglant, la dislocation de nations entières. Les peuples du monde veulent la paix. » L’expérience tragique des peuples d’Afghanistan, d’Haïti, d’Irak, de Libye, de Syrie et des nombreux pays d’Afrique subsaharienne, qui ont été victimes d’ingérence et d’interventions impérialistes, est là pour le rappeler.

En particulier, les aspirations légitimes du peuple ukrainien à la souveraineté ne seront pas plus satisfaites sous la botte de l’OTAN qu’elles ne l’ont été sous le joug du stalinisme.

Les travailleurs d’Ukraine, de Russie et des pays de l’Est de l’Europe n’ont aucun intérêt à cette guerre.

Pas plus que les dizaines de milliers de réfugiés parqués aux frontières orientales de l’Union européenne, dont une guerre dans la région aggraverait encore plus le sort.

Pas plus que les travailleurs des États-Unis, du Canada et ceux de France, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, d’Espagne ou d’Italie qui savent qu’une telle guerre serait un nouveau prétexte pour tenter d’imposer de nouvelles mesures contre la classe ouvrière et pour tenter d’imposer « l’union sacrée » avec les gouvernements qui viennent de déverser des milliers de milliards de dollars et d’euros dans les poches des capitalistes.

Aux États-Unis, en particulier, les organisations ouvrières ne peuvent d’aucune manière soutenir la politique militariste de Biden, ce qui pose une nouvelle fois l’urgence de la rupture du mouvement syndical avec le Parti démocrate, l’un des deux partis jumeaux de la bourgeoisie.

Dans chaque pays d’Europe, les organisations qui se réclament des travailleurs doivent refuser toute union sacrée, tout soutien à leurs gouvernements engagés dans cette marche à la guerre.

Le Comité d’organisation pour la reconstitution de la IVe Internationale (CORQI) se prononce
– Contre la guerre de Biden-Macron-Johnson !
– Pour le retrait immédiat de toutes les troupes de l’OTAN d’Ukraine et des pays de l’est de l’Europe !
– Pour le retrait de l’OTAN des pays qui en sont membres et pour sa dissolution !
– Pour la confiscation immédiate des budgets militaires et leur affectation aux hôpitaux, aux écoles, à l’emploi !
– Pour l’indépendance des organisations ouvrières vis-à-vis des gouvernements fauteurs de guerre !
– Aucun soutien aux gouvernements fauteurs de guerre !

Le CORQI appelle à redoubler d’efforts pour le succès de la conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière (Paris, octobre 2022).

Le 27 janvier 2022

BlackRock : un danger méconnu.

Il existe dans le monde une entreprise multinationale aux conséquences destructrices beaucoup moins connue que Google ou Total : BlackRock, dont le statut est un fonds de gestion d’actifs.

La société BlackRock a été fondée en 1988 par Larry Finck. Elle collecte des fonds de particuliers ou de professionnels, via des fonds de pension, afin de les placer sur des actifs financiers. Inconnue il y a encore dix ans, la société BlackRock est devenue le plus grand gestionnaire d’actifs au monde. Dans son rapport annuel pour l’année 2019, BlackRock annonçait gérer plus de 7.429 milliards de dollars (soit le troisième PIB mondial après celui de des USA et de la Chine) d’actifs avec un bénéfice de 4,48 milliards dollars.

Cette croissance faramineuse s’explique par la crise financière de 2008. Les Etats n’ayant plus confiance dans les banques se sont tournés sur les investissements de BlackRock qui se sont avéré plus solides.

Derrière l’image d’une société humaine et altruiste ( BlackRock s’est engagée à respecter des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance qui en réalité ne suivent que sa propre politique interne), se cache une société possédant un petit nombre de parts dans presque toutes les grandes sociétés de la planète. Cette stratégie permet à BlackRock de siéger dans tous leurs conseils d’entreprises et d’influencer les décisions des dirigeants dans le sens de ses intérêts propres.

De nombreux spécialistes de l’économie et du domaine de la finance s’inquiètent de la position de ce géant mondial. Ils soupçonnent BlackRock d’investir dans plusieurs entreprises concurrentes d’un même secteur. On appelle cela « la propriété commune ». Cette méthode permet à BlackRock de maximiser ses bénéfices et de diminuer les risques. De cette façon, un seul centre de décision orchestre la rivalité entre société concurrentes, ce qui peut accélérer les faillites et les licenciements massifs.

Un autre aspect du géant mondial est sa filiale de “consulting” et son outil créé tout spécialement dans ce but, le logiciel Aladdin (Asset Liability Debt and Derivative Network). Ce logiciel utilisant algorithmes et intelligence artificielle de pointe pour analyser et prévoir les risques des investissements, est la pierre angulaire de BlackRock.

Aladdin est un monstre analysant des quantités phénoménales de données et piochant parmi tous les clients de la société mère. Or, depuis 2018, BlackRock est mandaté par la Banque Centrale Européenne pour gérer les capitaux européens. Cette situation crée un conflit d’intérêt où des données sensibles publiques sont utilisées à des fins privées, avec la bénédiction des institutions de l’Union européenne.

A ce sujet, BlackRock rétorque en invoquant ses “Murailles de Chine”, c’est à dire des séparations étanches entre la filiale de gestion des actifs et la division de gestion des risques. Nous savons pourtant que les grands patrons sont très doués pour contourner les règles. De nombreux exemples prouvent l’inefficacité de ces mesures comme lors de la crise grecque de 2010, où BlackRock avait investi massivement dans l’immobilier peu de temps avant que le gouvernement grec ne soit obligé, par l’Union Européenne, de privatiser ses bâtiments publics pour éponger sa dette.

BlackRock a ainsi pu mettre main basse sur l’immobilier grec et bénéficier d’une privatisation à bas coût. Or, la société mère de BlackRock analysait depuis plusieurs mois la situation grecque pour le compte de la BCE. Les conflits d’intérêt sont si flagrants que les promesses d’y mettre fin sont très fréquentes mais toujours sans lendemain.

Concernant l’environnement, à nouveau, les mensonges sont nombreux et la société ne respecte pas ses critères ESG (environnement, social et gouvernance). Elle investit massivement dans de nombreuses entreprises extrêmement polluantes telles que Total ou Vinci mais aussi dans des banques comme BNP Paribas (première banque française dans l’investissement du charbon). Pour maximiser ses profits, en bon capitaliste, BlackRock est donc occupé à détruire les travailleurs et leur environnement.

Emmanuel Macron avec, à sa droite, Larry Fink, patron de BlackRock, 10 juillet 2019.

Sans que cela ne dérange, BlackRock est toujours en place et pèse énormément sur les décisions de l’Union Européenne. Par exemple, depuis l’arrivée du président Macron en France, le représentant français de BlackRock, Jean-François Cirelli, participe activement aux « réformes » pour remplacer progressivement la pension par répartition par un système de capitalisation individuelle.

En guise de conclusion, contre un capitalisme par nature insensible à l’avenir des travailleurs, il est essentiel d’exiger un gouvernement qui protège la classe ouvrière et qui donc, exproprie la société BlackRock.

BR

DR n°2- L’Islande et le capital financier.

Dans de nombreux débats sur la situation politique, l’Islande est souvent citée comme exemple dans la question du rapport entre la population et les banques. En particulier, en Belgique, le CADTM (1) a propagé l’idée selon laquelle  « sous la pression des mobilisations citoyennes, l’Islande a refusé de rembourser une dette engendrée par une crise bancaire privée dont le gouvernement n’était pas responsable. » » (newsletter, 22 avril 2016) Ou encore : « Ce petit pays de 320 000 habitants a, en effet, démontré qu’il est tout à fait possible de poursuivre en justice les responsables de la crise financière et de les condamner à des peines d’emprisonnement. » (newsletter, 20 février 2016) L’Islande est également mise en évidence dans le film Demain qui vante l’expérience de la « constitution citoyenne ».

En réalité, l’Islande n’est pas ce pays révolutionnaire qui nous est présenté. Cette idée selon laquelle le peuple islandais a affirmé sa volonté face aux banques accorde de fait une importance démesurée aux référendums des 6 mars 2010 et 9 avril 2011 qui ont refusé un plan de remboursement aux gouvernements des Pays-Bas et du Royaume-Uni de 3,8 milliards de dollars perdus par la banque Landsbanki. Il se fait, d’une part, que les épargnants anglais et néerlandais avaient été couverts par leur gouvernement respectif et d’autre part, que la banque islandaise elle-même a commencé par la suite à rembourser les gouvernements anglais et néerlandais, en liquidant ses actifs.

Par ailleurs, ce règlement financier favorable aux gouvernements anglais et néerlandais s’opère avec le soutien de l’Association européenne de libre-échange (AELE) à laquelle est soumise l’Islande (l’AELE est de fait une instance soumise à l’Union européenne via l’accord sur l’Espace économique européen de 1994). En bref, les référendums islandais ont été contournés et le système financier national a pu continuer à tourner comme avant, sous le contrôle du FMI.

Le journal patronal français LaTribune.fr du 1er juillet 2016 expliquait : « Lorsque la crise financière mondiale éclate en septembre 2008, l’Islande est en première ligne. Les trois grandes banques du pays, Kaupthing, Glitnir et Landsbanki, ne peuvent plus se refinancer. Elles sont virtuellement en faillite. (…) Le gouvernement islandais se contente de garantir les dépôts des Islandais dans les banques islandaises. (…) Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’Islande n’a donc pas refusé de sauver les banques, elle a choisi ce qu’elle voulait sauver dans son secteur bancaire. Le pays a choisi de préserver sa demande intérieure plutôt que ses créanciers internationaux. Elle a réduit un fardeau qui, de toute façon, eût été intenable pour l’économie islandaise. Ce choix était donc inévitable. (…) Ce choix dans les créanciers n’a pas permis d’éviter l’austérité. Pour renflouer la partie « saine » des banques et la banque centrale du pays, l’Etat a dû emprunter 3,2 milliards d’euros au FMI et à ses voisins scandinaves. La dette publique est passée de 28,5 % du PIB en 2007 à 96,4 % en 2015. Les dépenses publiques ont aussi été réduites en conséquence. » 

A la suite de leur participation à la conférence ouvrière mondiale de Mumbai (novembre 2016), les militants du parti politique islandais Front du peuple ont organisé en janvier une réunion de compte-rendu. Comme le rapportait le numéro du 1er février de La Tribune des travailleurs, hebdomadaire du Parti ouvrier indépendant (France), cette réunion s’est tenue dans une situation marquée par la grève des marins pêcheurs employés sur les bateaux usines. « Cette grève a commencé il y a sept semaines. Les marins demandent une augmentation de salaire, le paiement de leurs repas et de leurs vêtements de travail lorsqu’ils sont en mer. La pêche représente 17 % de l’activité économique nationale. Les pêcheurs – syndiqués à 90 % comme le reste des salariés – ont rejeté une première proposition d’accord jugée inacceptable. Les négociations sont gelées et tous les bateaux de plus de quinze tonnes bloquées dans les ports. Les familles sont payées par le fonds de grève.

La situation dans l’enseignement est marquée par un mécontentement profond. L’accord qui a été récemment signé sur le contrat de travail – nombre d’heures de cours et augmentation de salaires – qui lie chaque enseignant aux municipalités n’est que provisoire. Des négociations décisives sont en cours sur le système de fonds de pension car les retraites sont menacées. Par tous les moyens il s’agit ici de faire payer aux travailleurs Islandais la note de la faillite de 2008 alors que le gouvernement ose annoncer la tenue d’un référendum en 2020 pour ou contre l’adhésion à l’UE. »

Thorvaldur Thorvaldsson, président du Front du Peuple, charpentier : « Ici de plus en plus de travailleurs ont le statut d’auto-entrepreneur, c’est mon cas. C’est l’individualisation, c’est une arme contre la solidarité, contre l’action collective de la classe ouvrière. » Tamila, institutrice d’école maternelle : « Oui il faut être indépendant et rompre avec les institutions militaires comme l’Otan ou du capital comme l’UE. L’indépendance de classe est essentielle. Moi je ne veux pas que l’on me dise ce que je dois faire chez moi. Avec l’UE, c’est la souveraineté nationale qui est en cause. » Thorvaldur : « L’Union européenne est une institution du capital, et pas plus que le capital, l’UE ne peut être réformée. Je partage tout ce qui a été dit sur l’UE, le Brexit. Nous avons ici une bataille importante avec le référendum sur l’adhésion à l’UE que le gouvernement a programmé pour 2020. »

On peut donc se poser la question : quel est l’intérêt de présenter l’Islande comme un paradis du progressisme ? La réponse à cette question est politique. Il s’agit de faire croire que des solutions positives peuvent être trouvées dans le cadre du maintien du régime capitaliste, sans devoir mettre à terre ses institutions que sont l’Union européenne ou le Fonds monétaire international. En clair, il s’agit de demander aux militants ouvriers et aux jeunes de renoncer à la nécessité de la révolution.

Dans Contribution à la critique de l’économie politique (1859), Marx écrivait : « À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est qu’une expression juridique, avec les rapports de propriété à l’intérieur desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports se changent en entraves pour ces dernières. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. »

Dans les 20 dernières années du 19ème siècle, le capitalisme passe au stade impérialiste. Le capital industriel fusionne avec le capital bancaire pour devenir le capital financier. L’argent fait de l’argent sans passer le parcours contraignant du cycle de production et de la vente des marchandises. Mais comme seul le travail humain peut créer une valeur nouvelle, ce circuit financier, apparemment autonome, a nécessairement un caractère parasitaire. Il ouvre la voie au développement de la spéculation.

La fusion du capital bancaire et du capital industriel provoque la constitution d’oligarchies financières gigantesques qui finissent par dominer toutes les autres formes de capital. Le parasitisme du capital financier prend également la forme d’une part grandissante des dépenses d’armement et du militarisme dans l’économie capitaliste. 

En 1916, Lénine établit que le stade final du capitalisme (final parce qu’ayant épuisé sa mission historique de développement des forces productives) est devenu un capitalisme parasitaire et putréfié. Cela veut dire qu’au terme d’une longue période relativement pacifique (relativement parce que, dans les colonies, ce n’était pas du tout pacifique), plus exactement au terme d’une longue période de ‘paix armée ‘, le capitalisme entre dans l’ère des guerres et des révolutions (1ère guerre mondiale et révolutions russe et allemande). Cent ans sont passés, nous sommes toujours dans cette même ère.

(1) http://www.cadtm.org/Islande?lang=fr. Le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM) est une association créée en 1990, à l’initiative de responsables du courant « 4ème Internationale – Secrétariat unifié ». Le CADTM prône les audits pour déterminer « les dettes illégitimes ». Dans un appel lancé en février 2017 à son initiative, il est indiqué : « Il y a des pays européens où la suspension des remboursements est une mesure de nécessité absolue et prioritaire, comme dans le cas de la Grèce dans le but de répondre avant tout aux besoins sociaux et de garantir les droits humains fondamentaux. C’est aussi un élément clé d’une stratégie d’autodéfense. En Espagne, au Portugal, à Chypre, en Irlande, cela dépend du rapport de forces et de la conjoncture. Dans d’autres pays, il est possible de réaliser d’abord l’audit et ensuite décider de la suspension des remboursements. Ces mesures doivent être mises en œuvre en tenant compte de la situation spécifique de chaque pays. » Il est donc question de « suspensions des paiements », soit une mesure temporaire qui s’accompagne forcément de « négociations avec les banques », ce qui n’a rien à voir avec l’instauration d’un nouveau régime économique fondé sur l’expropriation du capital.

(2)http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-islande-ne-donne-pas-des-lecons-qu-en-football-mais-aussi-en-economie-583941.html