DR n°5: La Catalogne et la NVA.

« Le 1er octobre dernier, le peuple de Catalogne a décidé, lors d’un référendum, d’exprimer sa volonté de se constituer en une République indépendante et il l’a fait dans des conditions de répression brutale de la part de la police nationale espagnole et de la Garde civile (…). Deux jours après, le 3 octobre, une grève générale contre la répression et pour les libertés paralysait le pays et mobilisait massivement la société catalane, une grève générale dans laquelle – car il ne peut pas en être autrement – la classe travailleuse est devenue la force sociale la plus active et la plus décisive. » Ainsi s’exprime un des comités catalans de défense du référendum et de la République.

Malgré la répression, malgré le saccage des urnes, malgré la violence policière, le 1er octobre 2017, le peuple catalan s’est mobilisé et a imposé par son vote – dont le caractère majoritaire est indiscutable – le processus d’établissement de la République. La République, c’est la fin de la monarchie et la fin des institutions d’oppression des peuples de l’Etat espagnol mises en place par la dictature de Franco durant quarante ans et prolongées par la monarchie franquiste quarante ans supplémentaires.

La République en Catalogne, c’est la porte ouverte au processus constituant par lequel le peuple – et tout particulièrement la majorité que constituent les travailleurs des villes et des campagnes et la jeunesse – aurait le pouvoir de décider ce que doit être le contenu social et les formes politiques de la République.  La République en Catalogne, c’est la brèche ouverte pour les Républiques dans toutes les régions de l’Espagne, la brèche ouverte pour l’union des Républiques libres de tout l’État espagnol.

Et ce que tous les gouvernements ont compris, c’est le fait que la classe sociale qui a le plus grand intérêt à la proclamation de la République et à la chute de la monarchie, c’est la classe ouvrière.

L’Union européenne et les capitalistes ont clairement exprimé leur hostilité à la République catalane. Ils ont bien compris que leurs intérêts de classe étaient menacés par le surgissement de la mobilisation de centaines de milliers pour jeter à bas la monarchie. Ils l’ont bien compris et, avec eux, toute la sainte-alliance des dirigeants des différents gouvernements des pays d’Europe et de l’Union européenne.

Les travailleurs de Catalogne n’ont rien à attendre des dirigeants, qui, après avoir organisé le référendum, ont réaffirmé leur allégeance à l’Union européenne et au capital financier. La mobilisation populaire a conduit à la constitution  des comités de défense du référendum (CDR) et de la République.

Les travailleurs et le peuple catalans sont en danger. Ils ne doivent pas rester isolés. La responsabilité des organisations se réclamant du mouvement ouvrier et de la démocratie est totalement engagée. Ou bien avec le peuple de Catalogne et la République, ou bien avec l’Union européenne et la monarchie franquiste. Se taire, c’est se rendre complice de la répression, c’est appuyer l’offensive antidémocratique contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le 1er octobre, le peuple a voté oui à la République, oui à l’indépendance. Son action ouvre la voie pour en finir avec la monarchie héritière du franquisme. De toutes parts, on cherche à faire disparaître le vote du peuple. Seules seraient légitimes les élections ayant reçu l’aval préalable de Rajoy et du roi. Nous disons : « Ne touchez pas au peuple catalan ! Halte à la répression ! Libération des prisonniers politiques ! Arrêt des poursuites ! Que vive la République catalane ! »

Pour couvrir la répression néo-franquiste contre le peuple catalan, une intense propagande s’est développée au lendemain du référendum. Les Catalans sont accusés de tous les maux. Il s’agirait d’un nationalisme qui ferait le jeu de la monarchie. La décision de proclamer la République catalane aurait la grave faiblesse d’être « unilatérale » (1). Ou encore, puisque la direction catalane est bourgeoise, pro-capitaliste et pro-Union européenne, il ne faudrait pas soutenir la proclamation de la République. Enfin, comble du comble, puisqu’en Belgique, la NVA soutient le gouvernement catalan, aucun travailleur ne pourrait s’associer à une telle funeste entreprise.

D’abord, il serait totalement erroné d’identifier le peuple catalan, la classe ouvrière de Catalogne, avec ses dirigeants. Les travailleurs catalans ont leurs propres intérêts face aux capitalistes catalans ou autres. Les dirigeants bourgeois du parti de Puidgemont ont cru que leur projet d’indépendance catalane était compatible avec l’Union européenne et le bon fonctionnement des entreprises privées.

C’était leur programme. Force est de constater que ce programme n’est plus à l’ordre du jour. L’Union européenne a rejeté la République catalane et le capital organise le sabotage de l’économie de la région. Il en est ainsi parce que les masses populaires se sont saisies de la question de l’oppression nationale et en ont fait leur affaire. Cette mobilisation crée la panique chez tous les représentants de la bourgeoisie à l’intérieur comme à l’extérieur. Nous ne sommes plus à l’époque où les bourgeoisies renversaient les rois, les armes à la main !

Puigdemont a été contraint de proclamer la République parce que des centaines de milliers, des millions se sont mobilisés, d’abord pour imposer que le référendum du 1er octobre se tienne malgré les interdictions et les menaces, et ensuite pour lui imposer qu’il proclame la République. Effrayé par son audace, il laisse le peuple catalan désorienté face à la répression, et il légitime les « élections » du 21 décembre qui n’ont d’autre but que de faire reculer la République et « normaliser » la situation.

La situation en Catalogne, ce sont depuis des semaines, des centaines de milliers d’anonymes qui se sont mis en mouvement. Ils ont commencé à prendre leurs propres affaires en main. Ils demandent que soient satisfaites leurs aspirations les plus élémentaires : le droit d’un peuple à disposer de son sort, le droit de ne plus vivre sous la tutelle d’un roi. Ces aspirations démocratiques et nationales élémentaires se mêlent étroitement aux aspirations sociales qui sont celles de tous les travailleurs de l’État espagnol, et au-delà, en Europe. C’est l’aspiration à en finir avec les plans d’austérité de la troïka que tant le gouvernement central de Madrid que le gouvernement « régional » de Catalogne ont appliqué. C’est l’aspiration à en finir avec les privatisations, avec le chômage, avec les plans capitalistes.

C’est pourquoi il eut été naturel que ce soit le mouvement ouvrier, les organisations ouvrières – politiques et syndicales, traditionnellement puissantes en Catalogne comme on l’a vu pendant la révolution en 1936 –, qui se mettent à la tête de ce mouvement, et non Puigdemont. Mais les dirigeants des organisations ouvrières, de « gauche », en se rangeant du côté de la monarchie, contre la République, portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle extrêmement difficile,  où le peuple catalan a été isolé des travailleurs de l’État espagnol et de ceux d’Europe et du monde. En Catalogne et dans tout l’État espagnol, comme dans notre pays dans des conditions différentes, les travailleurs ont plus que jamais besoin d’un parti à eux, d’un authentique parti ouvrier indépendant qui combatte pour la République, la démocratie et le socialisme.

Alors que vient faire la NVA dans cette affaire ? Les origines de la NVA plongent dans l’histoire de la Belgique. La Belgique est une nation bourgeoise créée en 1831 par une classe capitaliste qui se rallie à la monarchie par crainte du peuple. Cette classe capitaliste est exclusivement francophone. La lutte des travailleurs de Flandre passe par la reconnaissance de leurs droits linguistiques. La social-démocratie (POB, ancêtre du PS), alliée à la bourgeoisie, se refuse à soutenir réellement cette reconnaissance, ce qui laisse le champ libre au nationalisme bourgeois flamand pour utiliser la question nationale à son avantage. La 1ère Guerre mondiale qui voit la social-démocratie soutenir la guerre et trahir les travailleurs, renforce le nationalisme bourgeois en Flandre et également le syndicalisme chrétien. Les traditions pacifistes du peuple flamand trouvent des soutiens en dehors des grandes organisations ouvrières. 100 ans plus tard, le succès de la NVA trouve ses racines dans cette situation de crise du mouvement ouvrier et démocratique.

La NVA cherche à utiliser cette situation historique au profit de la classe capitaliste. Si son programme est celui de la République, il s’agit d’une « République » fondée sur la destruction des conquêtes de la classe ouvrière, à travers l’explosion de l’Etat belge garant de ces conquêtes. On mesure ainsi la différence qui existe entre la Catalogne et la NVA. Certes, Puidgmeont et la NVA pensent qu’il est possible de trouver des solutions à la crise du capitalisme dans le cadre d’une Europe des régions qui consacrerait le morcellement des droits sociaux et les privatisations. Même si la NVA tente de faire croire que l’indépendance de la Catalogne favoriserait l’indépendance de la Flandre, il y a loin de la coupe aux lèvres. En fait, la NVA se retrouve sur un terrain très glissant. D’abord, la NVA se heurte constamment à l’obstacle de l’unité de la classe ouvrière de Belgique, unie dans des syndicats puissants, dont les affiliés continuent à défendre les conquêtes sociales fédérales (Sécurité sociale, droit du travail, etc.).

Le « nationalisme » catalan est la forme que prend le mouvement du peuple pour rejeter les institutions anti-démocratiques de la monarchie. La mobilisation des travailleurs et des jeunes de Catalogne démontre qu’il n’est pas question de faire exploser les droits des travailleurs mais de remettre en cause un régime qui assure précisément l’exécution des diktats de l’Union européenne dans toute l’Espagne. De ce point de vue, parce qu’elle est précisément une vitrine politique du patronat flamand (le Voka), la NVA est totalement étrangère à la classe travailleuse qui est devenue « la force sociale la plus active et la plus décisive » à la défense de la République catalane.

Aujourd’hui, parce qu’il s’est mis en mouvement, mettant en péril les institutions de la monarchie, le peuple catalan est en péril. L’unité la plus large est nécessaire pour barrer la route à la répression.

(1) Ne faisant pas exception, le PTB s’est prononcé pour le « dialogue », comme si le maintien de la tutelle de la monarchie sur la Catalogne était la réponse correcte aux exigences du peuple. Par ailleurs, le PTB adopte le langage de la peur : « Certains espèrent qu’une Catalogne indépendante pourrait rompre avec la logique du marché et de la concurrence. Cependant, cela demanderait un changement énorme dans les rapports de force actuels au sein de la Catalogne. La nouvelle république se trouverait alors isolée au milieu de pays hostiles. » (https://ptb.be/articles/catalogne-ce-que-la-crise-nous-apprend-sur-l-independantisme-l-etat-espagnol-et-la)

DR n°3- L’ONU et la guerre.

Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, vient de se rendre au Mali et au Tchad pour annoncer le renforcement de la place de l’armée belge dans le dispositif de l’ONU de maintien de troupes étrangères. Le communiqué indique que le Ministre a rendu visite à « la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), quatrième plus importante opération onusienne de maintien de la paix dans le monde. Son commandement militaire est actuellement assuré par le général-major belge Jean-Paul Deconinck, ancien patron de la composante Terre de la Défense. » Le Mali est un pays qui a plongé dans la guerre comme effet direct de l’intervention impérialiste en Lybie, intervention menée avec l’aval de l’ONU.

Par ailleurs, sous couvert de l’ONU, les grandes puissances organisent la présence militaire de troupes étrangères en  Centrafrique, au Congo, au Soudan, au Libéria, à Haïti, en Afghanistan, au Kosovo, au Sud Liban,… A propos de cette dernière occupation, Israël et les Etats-Unis viennent d’obtenir une modification du mandat de l’ONU pour permettre à ses forces de lutter contre l’approvisionnement en armes pour le Hezbollah libanais, soutenu par l’Iran.

L’ONU est née après la Deuxième guerre mondiale comme un cadre de collaboration entre l’impérialisme US et la bureaucratie du Kremlin. L’acte fondateur de l’ONU est la naissance d’Israël, fondée sur l’expulsion de 800.000 Arabes palestiniens de leurs terres et villages (Al-Nakba). C’est la résolution 181 de novembre 1947 sur « le partage de la Palestine » qui déclenche immédiatement la guerre. Son vote n’a été possible que par l’appui de Staline. Le 15 mai 1948, la partition décidée par l’ONU est concrétisée. Néanmoins, 70 ans après, la révolution palestinienne n’est pas vaincue. La revendication du droit au retour est plus que jamais vivante (1).

Une grande partie des descendants des réfugiés de 1948 se trouve dans la bande de Gaza, où plus de deux millions d’habitants – en majorité entassés dans les camps de réfugiés – sur 365 kilomètres carrés. La bande de Gaza est étranglée par le blocus imposé depuis l’été 2014 par l’État d’Israël, avec la complicité des grandes puissances et du régime égyptien du maréchal al-Sissi. Récemment, l’ONU s’est distinguée à propos de la décision d’Israël de réduire l’approvisionnement en électricité. Le coordinateur humanitaire dans les territoires occupés en 1967, Robert Piper a, le 14 juin, « appelé l’Autorité palestinienne, le Hamas et Israël à faire passer le bien-être de la population gazaouie avant tout et de prendre les dispositions pour prévenir des souffrances supplémentaires ». Car pour lui, « le gouvernement israélien a donné son accord pour réduire la fourniture d’électricité à la bande de Gaza, conformément à une décision de l’Autorité palestinienne ». Cette déclaration de l’ONU a suscité une indignation justifiée de nombreux Palestiniens. Car si le peuple palestinien a bien des choses à reprocher à ceux qui disent le représenter – qu’ils siègent à Ramallah ou à Gaza – c’est bel et bien les grandes puissances et l’ONU qui permettent à l’État d’Israël d’étrangler à petit feu deux millions de Palestiniens assiégés dans Gaza.

Concernant la Palestine, le PTB se réfère positivement à l’ONU : « La résolution 2334 qui a encore été votée à l’ONU le 23 décembre 2016 exhorte ainsi à nouveau Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est ». (…) Il faut que la colonisation et les lois qui la permettent cessent. Il faut obtenir le respect immédiat des résolutions des Nations Unies à ce propos. (…) » (proposition de résolution déposée par le PTB à la Chambre en juin 2016).

Or l’ONU a toujours été le cadre international au service des intérêts du gouvernement américain. En 1948, la bureaucratie stalinienne collaborait avec l’impérialisme pour écraser le peuple palestinien car elle escomptait qu’en retour elle préserverait ses intérêts propres. Aujourd’hui, alors que la bureaucratie a fait place à une couche mafieuse liée au marché international, le gouvernement américain continue à utiliser l’ONU quand ce cadre lui permet de mettre en œuvre sa politique. Si un accord n’y est pas possible, il passe outre et envoie ses troupes, comme cela a été le cas en Irak en 2003.

Outre Israël, l’impérialisme US compte sur le régime saoudien pour la défense de ses intérêts au Proche-Orient, et en particulier pour l’aider dans ses guerres de décomposition des Etats de la région. L’Arabie saoudite est un allié-pivot pour le gouvernement américain quelle qu’en soit sa couleur.

Lorsque l’ONU a décidé en avril dernier d’élire un représentant du gouvernement de Ryad à sa commission des droits de la femme, la Belgique a voté pour. La vraie raison était que la Belgique est alignée sur la politique américaine. Par la suite, le ministre Reynders a pris sur lui en invoquant une erreur du diplomate belge qui a voté pour l’Arabie saoudite sans en référer à Bruxelles et a juré que cela se reproduirait plus.

A la Chambre, cette polémique a débouché sur une résolution adoptée le 8 juin intitulée : « Résolution visant à reconsidérer la politique étrangère de la Belgique à l’égard du Royaume d’Arabie saoudite. » Cette résolution est supposée montrer l’indépendance de la Belgique vis-à-vis de la politique du régime saoudien dans la guerre en Syrie.  Le PTB s’est abstenu sur cette résolution après avoir déposé des amendements.

Il nous a semblé intéressant d’en faire un commentaire. Le PTB a déposé d’abord un amendement qui demande au gouvernement fédéral « de mettre immédiatement fin à toute participation militaire aux côtés de l’Arabie saoudite, notamment en Syrie où le chaos nourrit le terrorisme, et donc de retirer la Belgique immédiatement de toute opération militaire conjointe avec l’Arabie saoudite, dont la Combined Joint Task Force – Operation Inherent Resolve (CJTF–OIR) en Syrie ». Doit-on comprendre que la Belgique pourrait intervenir en Syrie ou ailleurs dans le monde à condition que l’Arabie saoudite ne soit pas impliquée ?

Un deuxième amendement déposé par le PTB demande au gouvernement Michel « de s’opposer à l’approfondissement de la coopération militaire entre le Conseil de coopération du Golfe et l’OTAN au vu du rôle prépondérant que joue l’Arabie saoudite dans celui-ci, et exiger la suspension de cette coopération ». Doit-on comprendre que l’on reconnaît à l’OTAN un rôle positif à condition que l’Arabie saoudite ne soit pas impliquée ?

Un troisième amendement demande au gouvernement Michel « de travailler au sein de l’ONU à une condamnation des crimes de guerre commis par les bombardements saoudiens et occidentaux en Syrie, en Irak, et au Yémen, sachant que chaque victime innocente est susceptible de renforcer le terrorisme ».

Dans le débat général (séance du 8 juin), les élus du PTB ont déclaré : « Voilà des années que nous réclamons un débat sur nos relations avec l’Arabie saoudite. Nous l’avons demandé dès le lendemain des attentats en France en novembre 2015 et cela faisait partie intégrante de la résolution pour une lutte efficace contre le terrorisme que nous avons déposée en janvier 2016 déjà. (…) Nous avons donc déposé plusieurs amendements en commission qui visaient à rompre les liens effectifs d’alliance que nous avons comme État au niveau fédéral avec l’Arabie saoudite (…). Par ailleurs, nous sommes très attachés aux principes de la Charte des Nations unies, y compris à ses articles traitant de la souveraineté de tous les États et de l’ordre international basé sur la paix et l’égalité entre nations. Si nous voulons revoir la politique à l’égard de l’Arabie saoudite, c’est bien au regard des violations de celle-ci des règles du droit international et des principes de la Charte de l’ONU. C’est en ce sens que nous avons proposé ces mesures élémentaires via nos amendements. »

Succédant à celle de Yalta, la conférence de Potsdam en août 1945, réunissant Staline et Truman (avec la Grande-Bretagne en troisième larron), jette les bases de la collaboration entre l’impérialisme et la bureaucratie du Kremlin, pour aboutir à la création de l’ONU et d’Israël.

Clairement, l’horizon politique du PTB, c’est le lien de subordination à l’ONU, cadre dans lequel pourrait être « condamnée » l’atroce guerre menée par les USA contre le peuple yéménite via ses auxiliaires régionaux,  comme si une condamnation de l’ONU contestant la politique des gouvernements liés à l’Administration américaine pouvait entraîner des résultats positifs pour les peuples qui en sont les victimes.            

A la différence du PTB, un parlementaire réellement attaché à la défense de la souveraineté des peuples et à la solidarité ouvrière internationale, plutôt que de s’abstenir, aurait voté contre la résolution du gouvernement qui, amendée ou non, ne peut que servir à faire diversion et à camoufler les enjeux de la situation actuelle. Il s’en serait justifié comme suit :« La Belgique doit se retirer de l’OTAN et de toutes les instances similaires. Nous exigeons le retrait inconditionnel des troupes belges hors de Syrie, d’Irak et de tous les pays où elles interviennent au compte de l’OTAN. Ces guerres ne sont pas les nôtres. Le chaos au Proche-Orient n’est pas de la seule responsabilité de l’Arabie saoudite sur laquelle il est bien hypocrite de faire porter le chapeau. Le premier responsable du chaos est le gouvernement des Etats-Unis qui a décidé de mener des guerres, directement ou par l’intermédiaire de ses supplétifs, afin de disloquer les nations et détruire les peuples à coup de milliards de dollars d’armes meurtrières afin de renforcer l’économie d’armement, première économie mondiale, condition essentielle à la survie du capitalisme. La Belgique doit se doter d’un gouvernement qui respecte la souveraineté des peuples, seule véritable garante de la paix. »

(1) Lire le dossier « La IVe Internationale contra la partition de la Palestine » dans L’Internationale n° 7, revue du CORQI (4 euros), à commander à l’adresse mentionnée ci-dessus.

DR n°2- L’Islande et le capital financier.

Dans de nombreux débats sur la situation politique, l’Islande est souvent citée comme exemple dans la question du rapport entre la population et les banques. En particulier, en Belgique, le CADTM (1) a propagé l’idée selon laquelle  « sous la pression des mobilisations citoyennes, l’Islande a refusé de rembourser une dette engendrée par une crise bancaire privée dont le gouvernement n’était pas responsable. » » (newsletter, 22 avril 2016) Ou encore : « Ce petit pays de 320 000 habitants a, en effet, démontré qu’il est tout à fait possible de poursuivre en justice les responsables de la crise financière et de les condamner à des peines d’emprisonnement. » (newsletter, 20 février 2016) L’Islande est également mise en évidence dans le film Demain qui vante l’expérience de la « constitution citoyenne ».

En réalité, l’Islande n’est pas ce pays révolutionnaire qui nous est présenté. Cette idée selon laquelle le peuple islandais a affirmé sa volonté face aux banques accorde de fait une importance démesurée aux référendums des 6 mars 2010 et 9 avril 2011 qui ont refusé un plan de remboursement aux gouvernements des Pays-Bas et du Royaume-Uni de 3,8 milliards de dollars perdus par la banque Landsbanki. Il se fait, d’une part, que les épargnants anglais et néerlandais avaient été couverts par leur gouvernement respectif et d’autre part, que la banque islandaise elle-même a commencé par la suite à rembourser les gouvernements anglais et néerlandais, en liquidant ses actifs.

Par ailleurs, ce règlement financier favorable aux gouvernements anglais et néerlandais s’opère avec le soutien de l’Association européenne de libre-échange (AELE) à laquelle est soumise l’Islande (l’AELE est de fait une instance soumise à l’Union européenne via l’accord sur l’Espace économique européen de 1994). En bref, les référendums islandais ont été contournés et le système financier national a pu continuer à tourner comme avant, sous le contrôle du FMI.

Le journal patronal français LaTribune.fr du 1er juillet 2016 expliquait : « Lorsque la crise financière mondiale éclate en septembre 2008, l’Islande est en première ligne. Les trois grandes banques du pays, Kaupthing, Glitnir et Landsbanki, ne peuvent plus se refinancer. Elles sont virtuellement en faillite. (…) Le gouvernement islandais se contente de garantir les dépôts des Islandais dans les banques islandaises. (…) Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’Islande n’a donc pas refusé de sauver les banques, elle a choisi ce qu’elle voulait sauver dans son secteur bancaire. Le pays a choisi de préserver sa demande intérieure plutôt que ses créanciers internationaux. Elle a réduit un fardeau qui, de toute façon, eût été intenable pour l’économie islandaise. Ce choix était donc inévitable. (…) Ce choix dans les créanciers n’a pas permis d’éviter l’austérité. Pour renflouer la partie « saine » des banques et la banque centrale du pays, l’Etat a dû emprunter 3,2 milliards d’euros au FMI et à ses voisins scandinaves. La dette publique est passée de 28,5 % du PIB en 2007 à 96,4 % en 2015. Les dépenses publiques ont aussi été réduites en conséquence. » 

A la suite de leur participation à la conférence ouvrière mondiale de Mumbai (novembre 2016), les militants du parti politique islandais Front du peuple ont organisé en janvier une réunion de compte-rendu. Comme le rapportait le numéro du 1er février de La Tribune des travailleurs, hebdomadaire du Parti ouvrier indépendant (France), cette réunion s’est tenue dans une situation marquée par la grève des marins pêcheurs employés sur les bateaux usines. « Cette grève a commencé il y a sept semaines. Les marins demandent une augmentation de salaire, le paiement de leurs repas et de leurs vêtements de travail lorsqu’ils sont en mer. La pêche représente 17 % de l’activité économique nationale. Les pêcheurs – syndiqués à 90 % comme le reste des salariés – ont rejeté une première proposition d’accord jugée inacceptable. Les négociations sont gelées et tous les bateaux de plus de quinze tonnes bloquées dans les ports. Les familles sont payées par le fonds de grève.

La situation dans l’enseignement est marquée par un mécontentement profond. L’accord qui a été récemment signé sur le contrat de travail – nombre d’heures de cours et augmentation de salaires – qui lie chaque enseignant aux municipalités n’est que provisoire. Des négociations décisives sont en cours sur le système de fonds de pension car les retraites sont menacées. Par tous les moyens il s’agit ici de faire payer aux travailleurs Islandais la note de la faillite de 2008 alors que le gouvernement ose annoncer la tenue d’un référendum en 2020 pour ou contre l’adhésion à l’UE. »

Thorvaldur Thorvaldsson, président du Front du Peuple, charpentier : « Ici de plus en plus de travailleurs ont le statut d’auto-entrepreneur, c’est mon cas. C’est l’individualisation, c’est une arme contre la solidarité, contre l’action collective de la classe ouvrière. » Tamila, institutrice d’école maternelle : « Oui il faut être indépendant et rompre avec les institutions militaires comme l’Otan ou du capital comme l’UE. L’indépendance de classe est essentielle. Moi je ne veux pas que l’on me dise ce que je dois faire chez moi. Avec l’UE, c’est la souveraineté nationale qui est en cause. » Thorvaldur : « L’Union européenne est une institution du capital, et pas plus que le capital, l’UE ne peut être réformée. Je partage tout ce qui a été dit sur l’UE, le Brexit. Nous avons ici une bataille importante avec le référendum sur l’adhésion à l’UE que le gouvernement a programmé pour 2020. »

On peut donc se poser la question : quel est l’intérêt de présenter l’Islande comme un paradis du progressisme ? La réponse à cette question est politique. Il s’agit de faire croire que des solutions positives peuvent être trouvées dans le cadre du maintien du régime capitaliste, sans devoir mettre à terre ses institutions que sont l’Union européenne ou le Fonds monétaire international. En clair, il s’agit de demander aux militants ouvriers et aux jeunes de renoncer à la nécessité de la révolution.

Dans Contribution à la critique de l’économie politique (1859), Marx écrivait : « À un certain stade de leur développement, les forces productives matérielles de la société entrent en contradiction avec les rapports de production existants, ou, ce qui n’en est qu’une expression juridique, avec les rapports de propriété à l’intérieur desquels elles s’étaient mues jusqu’alors. De formes de développement des forces productives qu’ils étaient, ces rapports se changent en entraves pour ces dernières. Alors s’ouvre une époque de révolution sociale. »

Dans les 20 dernières années du 19ème siècle, le capitalisme passe au stade impérialiste. Le capital industriel fusionne avec le capital bancaire pour devenir le capital financier. L’argent fait de l’argent sans passer le parcours contraignant du cycle de production et de la vente des marchandises. Mais comme seul le travail humain peut créer une valeur nouvelle, ce circuit financier, apparemment autonome, a nécessairement un caractère parasitaire. Il ouvre la voie au développement de la spéculation.

La fusion du capital bancaire et du capital industriel provoque la constitution d’oligarchies financières gigantesques qui finissent par dominer toutes les autres formes de capital. Le parasitisme du capital financier prend également la forme d’une part grandissante des dépenses d’armement et du militarisme dans l’économie capitaliste. 

En 1916, Lénine établit que le stade final du capitalisme (final parce qu’ayant épuisé sa mission historique de développement des forces productives) est devenu un capitalisme parasitaire et putréfié. Cela veut dire qu’au terme d’une longue période relativement pacifique (relativement parce que, dans les colonies, ce n’était pas du tout pacifique), plus exactement au terme d’une longue période de ‘paix armée ‘, le capitalisme entre dans l’ère des guerres et des révolutions (1ère guerre mondiale et révolutions russe et allemande). Cent ans sont passés, nous sommes toujours dans cette même ère.

(1) http://www.cadtm.org/Islande?lang=fr. Le Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde (CADTM) est une association créée en 1990, à l’initiative de responsables du courant « 4ème Internationale – Secrétariat unifié ». Le CADTM prône les audits pour déterminer « les dettes illégitimes ». Dans un appel lancé en février 2017 à son initiative, il est indiqué : « Il y a des pays européens où la suspension des remboursements est une mesure de nécessité absolue et prioritaire, comme dans le cas de la Grèce dans le but de répondre avant tout aux besoins sociaux et de garantir les droits humains fondamentaux. C’est aussi un élément clé d’une stratégie d’autodéfense. En Espagne, au Portugal, à Chypre, en Irlande, cela dépend du rapport de forces et de la conjoncture. Dans d’autres pays, il est possible de réaliser d’abord l’audit et ensuite décider de la suspension des remboursements. Ces mesures doivent être mises en œuvre en tenant compte de la situation spécifique de chaque pays. » Il est donc question de « suspensions des paiements », soit une mesure temporaire qui s’accompagne forcément de « négociations avec les banques », ce qui n’a rien à voir avec l’instauration d’un nouveau régime économique fondé sur l’expropriation du capital.

(2)http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/l-islande-ne-donne-pas-des-lecons-qu-en-football-mais-aussi-en-economie-583941.html