DR n°12 – Pour l’unité des travailleurs de la base au sommet, les ministres socialistes doivent quitter le gouvernement De Croo ! _ Voor de eenheid van werknemers van de basis tot aan de top, Socialistische ministers moeten de regering-de Croo verlaten!

Déclaration de l’Organisation Socialiste Internationaliste

Les 5 premiers mois du gouvernement De Croo
Le gouvernement De Croo (appelé au début la coalition Vivaldi) a été formé début octobre 2020. Il réunit les partis socialistes (PS et SP.A.) avec les partis de droite (MR, Open VLD et CD&V) et les partis écologistes.

Quelle a été la politique de ce gouvernement ?  Alors qu’on fête cette année le 150ème anniversaire de la Commune de Paris qui a jeté les bases d’un gouvernement pour en finir avec l’ordre bourgeois, on peut affirmer que la fonction du gouvernement De Croo est, au contraire, de préserver l’ordre bourgeois dans une situation de crise économique d’une ampleur sans précédent et qui ne pourra que s’aggraver suite à la pandémie.

D’emblée, l’accord de gouvernement signé par les partis socialistes comprend plusieurs points essentiels du point de vue des travailleurs : le nouveau gouvernement maintiendra l’âge de la pension à 67 ans, il ne remettra pas en cause les mesures de flexibilité des précédents gouvernements ni le saut d’index de 2015 et il confirmera les baisses de cotisations sociales décidées dans le tax-shift. Ajoutons que l’accord gouvernemental garantit le maintien de la loi de 1996 sur la compétitivité qui impose un carcan aux négociations salariales.

Ainsi, en fin de compte, pour l’ordre bourgeois, la présence au gouvernement des partis socialistes doit servir à bloquer toute mobilisation pour faire annuler les mesures prises par la coalition de Charles Michel qui a sévi de 2014 à 2018.  

Mais ce n’est pas tout, l’actuel gouvernement a comme objectif de préparer une révision de la Constitution pour ouvrir dès 2024 – ou plus tôt encore – la voie à une nouvelle réforme de l’Etat.

Quel en est l’objectif ? Transformer la Belgique en un Etat composé de 4 régions aux pouvoirs élargis pour casser en quatre morceaux le droit du travail, les conventions collectives, la politique sociale, la Sécurité sociale, etc. Le gouvernement De Croo ne fait pas que maintenir nos salaires et nos pensions à leur bas niveau, il prépare une grande offensive pour briser la force de la classe ouvrière de Belgique, force qui découle de l’unité nationale de ses organisations et de ses conquêtes.

Et dans cette préparation, les dirigeants des partis socialistes jouent un rôle de premier plan. Ce sont eux qui mettent en avant avec le plus d’entêtement ce « modèle » d’une Belgique à 4 régions qui aboutit à disloquer les droits sociaux fédéraux et qui, pour ce faire, distille le poison de la division.

La classe capitaliste belge a grandement besoin de cette aide des dirigeants socialistes pour porter un coup mortel à l’unité de la classe ouvrière. Sans eux, elle serait bien faible pour affronter seule la classe des travailleurs qui ont des intérêts opposés aux besoins de profit des patrons. La bourgeoisie a besoin de s’appuyer sur les dirigeants socialistes pour aggraver la politique de dislocation des conquêtes ouvrières fédérales.

Pendant les 5 mois de la coalition Vivaldi, les travailleurs et les jeunes se sont mobilisés pour défendre leurs intérêts.
Les travailleurs ont eu recours à la grève pour rejeter les plans de licenciements : chez FEDEX aéroport de Liège, Ashland à Doel, …
Et puis, il y a eu le jugement condamnant 17 syndicalistes, dont Thierry Bodson, actuel président de la FGTB, qui remet en cause concrètement le droit de grève et le droit de manifester. Un arrêt de justice, dont le caractère politique ne fait aucun doute et qui est rendu possible précisément parce que le gouvernement actuel le permet.
Les travailleurs se battent aussi pour les augmentations de salaire. Des grèves ont éclaté dans les grands magasins (Carrefour, Makro) pour obtenir l’annulation du carcan des 0,4% de rattrapage octroyés par la loi.

Que signifie une politique d’unité de la classe ouvrière ?
Face à cette mobilisation, une proposition de loi a été déposée au Parlement par le député PS Marc Goblet (ancien secrétaire général de la FGTB) et par le député PTB Raoul Hedebouw. Cette proposition vise à modifier la loi de 1996 en rendant la norme salariale simplement indicative, pour qu’elle ne soit plus un plafond, ce qui permettrait de libérer la négociation sur les salaires.

Or, comme l’écrit le site rtbf.be, « le problème, c’est que l’accord de gouvernement prévoit explicitement de ne pas revoir cette loi sur les salaires. C’est un des grands acquis du gouvernement précédent. »

Dès lors, à partir de cette proposition de loi, deux possibilités se présentent. Soit il s’agit d’une manœuvre politique, décrite par l’article cité comme « un acte de particip-opposition. C’est-à-dire une stratégie qui vise à s’opposer à un gouvernement dont on fait partie. » Soit, il s’agit du point de départ d’une réelle mobilisation. Mais puisqu’elle est contradictoire avec le Pacte du gouvernement, c’est à ce Pacte qu’il faut mettre fin, ce qui soulève le mot d’ordre adressé aux ministres PS & SP.A., sortez immédiatement du gouvernement De Croo !

A la base, les travailleurs sont unis contre le patronat et aussi… contre la politique du gouvernement fédéral. Quelle que soit leur affiliation syndicale, les travailleurs ont besoin d’augmentations massives des salaires.

La presse syndicale le relève : « Le secteur du commerce alimentaire a, à titre d’exemple, enregistré 500 millions excédentaires en 2020 par rapport à l’année précédente. Les travailleurs ont joué un rôle crucial pour approvisionner la population ; ils ont travaillé dur, dans des conditions dangereuses. Le carcan de 0,4% proposé par le banc patronal est largement insuffisant. (…) Pour un travailleur qui gagne 10,42 €/h brut, cela représente une augmentation de 10,46 € brut par mois, soit environ la moitié en net. (…) Pour les titres-services, métier particulièrement pénible, le montant s’élève à 11,35 € en plus par mois pour une aide-ménagère en début de carrière. Pour Anna Garganis, travailleuse titres-services en Wallonie-Picarde qui est à 30,5 h/semaine, cela représente 6,64 €. « C’est se moquer de nous. C’est comme si on mendiait pour pouvoir travailler » réagit-elle. « Dans le secteur, trois quarts des travailleurs sont des femmes seules avec des enfants à leur charge. Le salaire actuel ne suffit pas ; il faut payer le loyer, les charges, les frais liés aux enfants… D’autant plus qu’il s’agit d’un métier aux conditions de travail très compliquées. Moi-même je suis actuellement en mi-temps médical ; je souffre d’une hernie discale. A force de porter des choses lourdes, de répéter des gestes compliqués, notre santé en prend un coup. Nous méritons mieux que 0,4% d’augmentation. Nous méritons une vraie reconnaissance salariale ! »« 

Si la base est unie pour défendre ses revendications, les ministres qui prétendent parler au nom des travailleurs, eux, sont unis avec les ministres bourgeois, les représentants des actionnaires.

En réalité, la sortie du PS et du SP.A. du gouvernement représenterait un affaiblissement pour les partis de droite qui ne trouvent leur force que grâce à l’appui des dirigeants socialistes qui mettent tout leur poids pour intégrer et associer les organisations syndicales dans la politique des contre-réformes antisociales.

Contre l’union contre-nature au sommet qui dresse un obstacle à la mobilisation des travailleurs pour s’émanciper du capitalisme, nous opposons la perspective d’un gouvernement des organisations ouvrières, un gouvernement d’unité PS-SP.A.-PTB, s’appuyant sur les syndicats, dont la FGTB en-tête.

Pour cela, les ministres socialistes doivent d’abord sortir du gouvernement De Croo. Il s’agit de créer une position de force, une position de combat pour les travailleurs, pour empêcher la nouvelle réforme de l’Etat, pour obtenir la satisfaction des revendications : augmentation des salaires, interdiction des licenciements, pas de répercussions de la pandémie sur les travailleurs, etc.

Comme le mentionne le programme de transition qui fonde notre courant : « L’accusation capitale que la IVè Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prolétariat, c’est qu’elles ne veulent pas se séparer du demi-cadavre politique de la bourgeoisie. » Aujourd’hui comme hier, les travailleurs ont toujours besoin en 2021 d’une politique de rupture avec les partis capitalistes.

L’OSI invite toutes celles et tous ceux qui veulent mener ce combat, pour aider à résoudre la question du pouvoir au service des travailleurs, à la rejoindre.

Réunion Vidéo – Zoom
mardi 30 mars 2021 – 20 h
150ème anniversaire de la Commune de Paris, premier gouvernement ouvrier
https://us02web.zoom.us/j/84018874603

De eerste 5 maanden van de regering-de Croo

De regering-De Croo (aanvankelijk de Vivaldi-coalitie genoemd) werd begin oktober 2020 opgericht. Het brengt de socialistische partijen (PS en SP.A.) samen met de rechtse partijen (MR, Open VLD en CD&V) en de ecologische partijen.    

Wat was het beleid van deze regering? Nu we dit jaar de 150e verjaardag vieren van de Parijse Commune, die de fundamenten legde van een regering om een einde te maken aan de burgerlijke orde, kunnen we bevestigen wat de functie van de regering-De Croo juist is: het behoud van de burgerlijke orde in een situatie van economische crisis van ongekende omvang en die alleen maar erger zal worden als gevolg van de pandemie.

Allereerst bevat het, door de socialistische partijen ondertekende regeringsakkoord, een aantal essentiële punten vanuit het standpunt van de arbeiders: De nieuwe regering zal de pensioenleeftijd op 67 jaar behouden, zal de flexibiliteitsmaatregelen van eerdere regeringen of de indexsprong van 2015 niet in twijfel brengen en zal de besparingen op de sociale premies die in de taks-shift zijn besloten, bevestigen. Bovendien garandeert het overheidsakkoord de handhaving van de concurrentiewet van 1996, die een dwangbuis oplegt voor loononderhandelingen.

Zo moet de aanwezigheid in de regering van de socialistische partijen uiteindelijk, voor de burgerlijke orde, dienen om iedere mobilisatie te blokkeren om de maatregelen te annuleren die de coalitie van Charles Michel heeft genomen, die van 2014 tot 2018 woedde.

Maar dat is nog niet alles, de huidige regering heeft als doel om een herziening van de Grondwet voor te bereiden die al in 2024 – of zelfs eerder – de weg naar een nieuwe hervorming van de staat moet openen.

Wat is het doel? België veranderen in een staat bestaande uit 4 regio’s met uitgebreide bevoegdheden om arbeidsrecht, collectieve overeenkomsten, sociaal beleid, sociale zekerheid, etc. in vier delen te breken. De regering-De Croo houdt niet alleen onze lonen en pensioenen laag, het bereidt een groot offensief voor om de kracht van de arbeidersklasse van België te doorbreken, een kracht die voortkomt uit de nationale eenheid van zijn organisaties en veroveringen.

In deze voorbereiding spelen de leiders van de socialistische partijen een leidende rol. Zij zijn degenen die dit «model» van een België met 4 regio’s met de grootste koppigheid naar voren brengen. Dit leidt tot de ontwrichting van de federale sociale rechten en die, om dit te doen, stilaan de giftige verdeeldheid invoeren.

De Belgische kapitalistische klasse heeft grote behoefte aan deze hulp van de socialistische leiders om de eenheid van de arbeidersklasse een dodelijke slag te geven. Zonder hen zouden ze heel zwak zijn om het alleen op te nemen tegen de arbeidersklasse die belangen hebben om zich te verzetten tegen de winstbehoeften van de bazen. De bourgeoisie moet op de socialistische leiders vertrouwen om het beleid van ontwrichting van de veroveringen van de federale arbeiders te verergeren.

Tijdens de 5 maanden van de Vivaldi-coalitie mobiliseerden arbeiders en jongeren zich om hun belangen te verdedigen.

Werknemers hebben beroep gedaan tot actie om ontslagplannen af te wijzen: Op de luchthaven van FEDEX Luik, Ashland in doel, enz.

Daarna was er het arrest waarin 17 vakbondsleden werden veroordeeld, waaronder Thierry Bodson, de huidige president van de FGTB die het stakingsrecht en het recht op protest concreet uitdaagt. Een uitspraak van het Hof, die zeker politiek is en juist mogelijk is gemaakt omdat de huidige regering dat toestaat.

Werknemers vechten ook voor loonstijgingen. Er braken stakingen uit in grootwarenhuizen (Carrefour, Makro) om de annulering te verkrijgen van de 0.4% inhaalslag die wettelijk is toegestaan.

Wat betekent een beleid van eenheid van de arbeidersklasse?

Geconfronteerd met deze mobilisatie werd in het Parlement een wetsvoorstel ingediend door PS-parlementslid Marc Goblet (voormalig secretaris-generaal van de FGTB) en PTB-parlementslid Raoul Hedebouw. Dit voorstel wil de wet van 1996 wijzigen door de loonstandaard slechts indicatief te maken, zodat deze niet langer een plafond is. Hierdoor worden onderhandelingen over lonen weer vrijgelaten.

Maar zoals de website van rtbf.be schrijft: “Het probleem is dat de overheidsovereenkomst het niet herzien van deze loonwet expliciet voorziet. Dit is één van de grote successen van de vorige regering.”

Op basis van dit wetsvoorstel ontstaan er dus twee mogelijkheden. Ofwel is het een politieke manoeuvre, die in het artikel wordt beschreven als “een daad van participatie-oppositie. Dat wil zeggen een strategie die erop gericht is een regering te bestrijden waarvan we deel uitmaken.” Ofwel is dat het uitgangspunt voor een echte mobilisatie. Maar omdat het tegenstrijdig is met het Pact van de regering, moeten we aan dit Pact een einde maken. Dit ontwerpt de slogan die gericht is aan de ministers PS & SP.A., kom onmiddellijk uit de regering-De Croo!

In principe zijn de arbeiders verenigd tegen de werkgevers en ook… tegen het beleid van de federale overheid. Ongeacht hun vakbond hebben werknemers enorme loonstijgingen nodig.

De vakbondspers wijst erop: « De voedselhandelssector heeft bijvoorbeeld, in 2020, een overschot van 500 miljoen ten opzichte van het voorgaande jaar geboekt. Werknemers hebben een cruciale rol gespeeld in de voorziening van de bevolking. Ze hebben hard gewerkt, onder gevaarlijke omstandigheden. Het door de werkgeversbank voorgestelde dwangbuis van 0.4% is grotendeels onvoldoende. (…) Voor een werknemer die € 10.42/uur bruto verdient, betekent dit een stijging van € 10.46 bruto per maand, of ongeveer half netto. (…) Voor dienstencheques, een bijzonder moeilijke baan, bedraagt het bedrag €11.35 meer per maand voor een huishoudelijke hulp aan het begin van een carrière. Voor Anna Garganis, een dienstenchequemedewerkster in het Picardisch Wallonië die 30.5 uur per week bedraagt, vertegenwoordigt dit €6.64.” “Dit is ons belachelijk maken. Het is alsof je voor het werk smeekt,” zegt ze. “In deze sector zijn ¾ van de werknemers alleenstaande vrouwen met kinderen ten laste. Het huidige salaris is niet genoeg; je moet de huur betalen, de kosten, de kosten die verbonden zijn aan de kinderen… Vooral omdat dit een milieu is met zeer moeilijke arbeidsomstandigheden. Ik ben zelf, op dit moment, in medische parttime; ik heb last van hernia. Doordat we zware dingen dragen, ingewikkelde gebaren herhalen, krijgt onze gezondheid een klap. We verdienen beter dan een stijging van 0.4%. We verdienen echte loonerkenning!”

Als de basis verenigd is om zijn eisen te verdedigen, zijn de ministers die beweren namens de arbeiders te spreken verenigd met de burgerlijke ministers, de vertegenwoordigers van de aandeelhouders.

In werkelijkheid zou het verlaten van de PS en de SP.A van de regering een verzwakking betekenen voor de rechtse partijen. Zij  vinden hun kracht alleen maar dankzij de steun van de socialistische leiders. Ze leggen hun gewicht in de schaal om de vakbonden te integreren en te associëren met de antisociale, contrapolitieke hervormingen.

Tegen de onnatuurlijke unie aan de top die een obstakel vormt voor de mobilisatie van werknemers om zich te bevrijden van het kapitalisme, verzetten we ons tegen het vooruitzicht van een regering van werknemersorganisaties, een regering van eenheid PS-SP.A.-PTB, die zich baseert op de vakbonden, inclusief de FGTB als leider.

Daarvoor moeten socialistische ministers eerst de regering-De Croo verlaten. Het gaat erom een machtspositie, een positie van strijd voor de werknemers te creëren. Om de nieuwe staatshervorming te voorkomen en de eisen te vervullen: verhoging van de lonen, verbod op ontslag, geen gevolgen van de pandemie voor de werknemers, enz.

Zoals vermeld in het overgangsprogramma die onze basis vormt, « de belangrijkste beschuldiging die de Vierde Internationale aanvoert tegen de traditionele organisaties van het proletariaat is dat zij zich niet willen scheiden van het politieke halve lijk van de bourgeoisie. » Vandaag de dag en zoals het altijd is geweest, hebben de arbeiders in 2021 nog steeds een breukbeleid  met de kapitalistische partijen nodig.

Het OSI nodigt iedereen die deze strijd wil leiden uit om de kwestie van de macht in dienst van de werknemers op te lossen, om zich bij het probleem aan te sluiten.

DR n°11 – Waarom zouden we een politieke partij vormen om het kapitalisme van vandaag in België om te gooien? Waarom zouden we bij het gevecht voor de IV° Internationaal aansluiten?

Wat gebeurd er met onze wereld?
De website “economiematin.fr” postte op 25 april 2020 een artikel omtrent de mondiale schuld:
“ Met schulden zoals we nog nooit hebben gezien, bevinden onze economieën zich in de ergste crisis ooit sinds de Tweede Wereldoorlog. In 2007 bedroeg onze schuld 282% va het mondiale BBP (168.000 miljard dollars). We eindigden het jaar 2019 op 322% (255.000 miljard dollars). De schuld zou 342% van het BBP bedragen op het einde van dit jaar als we een recessie van 3% verwachten op wereldschaal.”

Eind 2019 kwam 45% van de mondiale schuld van niet-financiële ondernemingen (“bedrijfsschuld”). Gedurende het jaar 2019 maakte het Internationaal Monetair Fonds (IMF) zich zorgen over de stijging van de schuld bij ondernemingen. In april 2019 schreven ze: “In de Verenigde Staten reikte de verhouding schulden van bedrijven/BBP een recordniveau. In verschillende Europese landen beschikken de banken van een excessief aantal overheidsobligaties. In China daalt het rendement van de banken en het eigen vermogen van de kredietverstrekkers, van kleine en middelmatige grootte, blijft laag. (Deze kwetsbaarheidsfactoren) zouden de schokken voor de wereldeconomie versterken. Hierdoor wordt de kans op een uitgesproken krimp van de economische activiteit over een paar jaar groter.”

In tegenstelling tot wat sommigen beweren, heeft de coronavirus-crisis niet geleid tot de huidige crisis van de kapitalistische economie, maar eerder de krimp van de economische activiteit opgejaagd en gematerialiseerd. De coronavirus-crisis maakt de tegenstrijdigheden die inherent zijn aan het kapitalistische regime scherper. Ze blijken niet in staat te zijn de mensheid te organiseren om hen van een pandemie te redden, als om een einde te maken aan zijn ellendige levensomstandigheden.

De website “rtl.lu” heeft op 4 mei een update verstrekt over de situatie in Haïti : “Haïti: Verhongeren vandaag of sterven aan het coronavirus morgen. Het ontstaan van het coronavirus in Haïti heeft de autoriteiten en de humanitaire gemeenschap in paniek gebracht. Rekening houdend met de extreme zwakheid van het gezondheidszorgsysteem van het land, zouden de economische gevolgen van de pandemie voor de arme meerderheid van de bevolking dodelijk kunnen zijn. (…) Granen maken deel uit voor twee derde van de dagelijkse voeding van de armste Haïtianen.  De prijs van rijst is echter in 2019 verdubbeld op sommige provinciale markten. (…) Arme arbeiders met zeer kleine boerderijen zien vandaag de dag hun inkomen smelten in het midden van het seizoen. Hun moeilijkheden bij de voorbereiding op de volgende oogst, die in sommige regio’s al door de droogte bedreigt wordt, worden hierdoor nog groter.”

Het is noodzakelijk een partij voor de socialistische revolutie op te bouwen.
Geconfronteerd met het faillissement van het kapitalisme en de dreigementen van een destructieve ineenstorting voor de mensheid, is de omverwerping van het kapitalistische systeem noodzakelijk.

Om een einde te maken aan de heerschappij van het kapitaal op de planeet is de spontane mobilisatie van arbeiders en volkeren echter niet genoeg. Om twee voorbeelden te noemen: Vóór de crisis van de COVID-19 was de situatie revolutionair in Chili en Algerije.

In Chili wouden de massa’s onmiddellijk een einde maken aan de instellingen die ze van de dictatuur van Pinochet hadden geërfd. Alle officiële politieke partijen, gaande van rechts tot het zogenaamde radicale links, hebben echter een overeenkomst met de regering gesloten tegen de wil van het volk. Hoewel het volk zich duidelijk voor een wetgevende vergadering heeft uitgesproken, hebben de officiële partijen besloten om een voorafgaand referendum te organiseren (voorzien in april en uitgesteld naar oktober 2020). Het doel hiervan is om de revolutionaire mobilisatie te kanaliseren in het kader van een herontwerp van het huidige regime.

Vandaag worden de inperkingsmaatregelen die in Chili door de regering Piñera bepaald worden zonder enige begeleidende maatregel afgekondigd. Miljoenen werklozen en werknemers die onder de informele sector werken drongen de inwoners van de gemeente El Bosque (ten zuiden van Santiago de Chile) aan om naar buiten te gaan om te manifesteren en hun frustratie tegen de regering uit te drukken. “We moeten de elektriciteit betalen, we moeten het water betalen, we moeten het gas betalen en voor de meerderheid onder ons moeten we ook de huur betalen. Met welk geld gaan we dat betalen als we niet meer mogen werken? De lockdown is niet het probleem, het probleem is de afwezigheid van een regering die zich zorgen maakt voor zijn eigen volk”, legde een inwoner uit. De regering stuurde karabiniers om de demonstraties te herdrukken, zoals zij systematisch doet sinds het begin van de opstand in oktober 2019 tegen het hele regime dat geërfd was van de dictatuur van Pinochet.

In Algerije heeft het volk zich door tientallen massale demonstraties uitgesproken voor de bijeenroeping van een constituerende vergadering. Maar wat is er gebeurd? Het Socialistische Front van de krachten (SFK) aangesloten bij de Socialistische Internationale, één van de belangrijkste partijen van het Democratisch Alternatieve Pact (DAP, groepering van partijen waaronder de Arbeiderspartij van Algerije), heeft een oproep gelanceerd voor “een inclusief, uitgebreide en oprechte dialoog om ons land voor eens en altijd te redden”, met name gericht op het terugbrengen van “de besluitvormers van dit land naar rede en wijsheid”. Op 10 november heeft het democratisch Alternatieve Pact een verklaring uitgegeven waarin werd opgeroepen tot “een nationale conferentie die al zijn krachten samenbrengt (die van het democratisch alternatief … en anderen, meer “naar rechts”, nvdr) zal een plechtig moment zijn om de oplossing van de democratische overgang te bevestigen die gewijd is aan een soeverein constituerend proces voor een breuk met het systeem.” Deze ingewikkelde formuleringen hebben tot doel te doen alsof ze de Constituerende Vergadering oproepen om deze in werkelijkheid te blokkeren ten gunste van politieke combinaties voor het behoud van instellingen.

Het resultaat: In Algerije is het regime nog steeds van kracht en maakt gebruik van de gezondheidscrisis om repressie op de bevolking uit te oefenen. Laten we eens naar de actuele situatie van het land kijken. Terwijl de Hirak, de volksbeweging die in februari 2019 begon met de vrijlating van het “regime ga weg”, afgelopen maart werd opgeschorst als gevolg van een pandemie, zet het Algerijnse regime de onderdrukking voort tegen activisten, burgers en mediakanalen. En dit op een moment dat de aanvullende financieringswet, die in het “Parlement” wordt herzien, brutale bezuinigingsmaatregelen aankondigt. Maar liefst 104 burgers of activisten werden door de politie in drieëndertig wilayas (departementen) opgeroepen simpelweg omdat ze hun mening over een sociaal netwerk hebben geuit. Een permanente intimidatie die aan de oorsprong lag van verschillende bijeenkomsten, ondanks de inperkingsmaatregelen, bijvoorbeeld in Tizi Gheniff (wilaya de Tizi Ouzou). Op 18 mei werden twee activisten, waaronder Abdelouahab Fersaoui, president van de Rassemblement action jeunesse (RAJ), en Ibrahim Daouadji, vrijgelaten uit de gevangenis van El Harrach (Algiers).

Ze waren veroordeeld tot zware gevangenisstraffen. Wat vandaag de dag in Algerije centraal staat, is de strijd voor de vrijlating van alle gewetensgevangenen.

In Chili en Algerije is de bouw van een partij die de gemobiliseerde massa’s helpt politieke obstakels te overwinnen een cruciale noodzaak. Wat wil dat zeggen? In Chili, net als in Algerije en elders, ontbreekt een massapartij die het volk helpt de samenroeping van een Constituerende Vergadering op te leggen. Er is een gebrek aan zo’n partij omdat we zien dat degenen die beweren met het volk en de werknemers te zijn overeenkomsten sluiten om zich daartegen te verzetten. Zij doen er alles aan om te voorkomen dat het volk de Constituerende Vergadering in het proces van permanente revolutie gebruikt om via democratie socialistische oplossingen voor de crisis te kiezen.

En in België?
Ontbreekt er ook geen partij om naar een socialistische oplossing te gaan? Laten we de vraag stellen: In de huidige periode hebben werknemers vitale behoeften. Zij hebben essentiële sociale eisen. Moeten we geen partij opbouwen om deze eisen te helpen verwezenlijken?

Wat doen degenen die beweren werknemers te zijn? De Socialistische Partij, lid van de Socialistische Internationale, gaat in gesprek met de NV-A en/of andere rechtse partijen om een federale regering te vormen in naam van het beleid van de “Nationale Unie”.

Laten we de discussie die vanaf 17 maart in het Belgische Parlement heeft plaatsgevonden in herinnering roepen. Die dag deed Sophie Wilmès, liberaal premier, een beroep op de Nationale Unie: « wij moeten nu eendrachtig, schouder aan schouder samenwerken, niet alleen in deze Assemblee. Het hele land moet nu pal staan. Nationale eenheid kan men niet op een zondagavond zomaar afkondigen, die eenheid moet dag na dag, uur na uur, gesmeed worden in deze moeilijke tijden die ons te wachten staan. De politieke partijen moeten nu naar het akkoord dat werd gesloten handelen, en systematisch kiezen voor de dialoog, een constructieve aanpak en gepaste, proportionele maatregelen. »

De PS reageert op de oproep door : « Wij zullen u zonder aarzelen het vertrouwen schenken om de noodzakelijke maatregelen te nemen tegen het coronavirus, want dat is ook een keuze voor de solidariteit. We moeten de vitale belangen van de Natie vrijwaren. (…)
We zullen onze representatieve democratie, die bepaalde bevoegdheden aan de regering overdraagt, moeten ondersteunen via de sociale democratie. De sociale partners, waaronder de vakbonden, zullen betrokken moeten worden bij het proces. »

Kortom, de rechtse partijen roepen de leiders van de arbeidersorganisaties om te voorkomen dat werknemers hun belangen afzonderlijk verdedigen omdat deze belangen tegen de belangen van de kapitalisten ingaan.

Zoals Léon Trotsky het in zijn Transitie Programma zegt : « De centrale taak van de Vierde Internationale bestaat hierin, het proletariaat van de oude leiding te bevrijden, wier conservatisme geheel in tegenspraak is met de catastrofale toestand van het ondergaande kapitalisme, en die de voornaamste hindernis van de historische vooruitgang vormt. De voornaamste beschuldiging, die de Vierde Internationale tegen de traditionele organisaties van het proletariaat richt, is dat ze zich niet van de politiek-halfdode bourgeoisie los wil rukken. »

Het electorale succes van de PTB in 2018 (communaal) en in 2019 (wetgevend) is zeker te verklaren door de afwijzing van een deel van de kiezers van de PS van dit “permanente” beleid van de Nationale Unie. Maar wat heeft de PTB nu beantwoord aan de oproep van Sophie Wilmès?
« De federale regering heeft de koe bij de horens gevat. Het is goed dat er nu maar één enkele kapitein op het schip is en op dat vlak steunt de PVDA de eerste minister.
(…) U vraagt ons de regering blindelings te vertrouwen: dat kunnen wij echter niet doen. We moeten een constructieve oppositiepartij blijven in dit debat. » (Debat in de plenaire vergadering van de Kamer op 19 maart)

Met andere woorden, de PTB voert geen frontaal gevecht tegen de regering Wilmès. Als ze weigeren om aan haar een vertrouwensstemming te geven, is het omdat ze het parlementaire spel willen respecteren. Ze moeten de rol van een officiële oppositie spelen.

Hebben de werknemers geen recht op vertegenwoordigers die een ander frontaal beleid voeren, een beleid van verdediging van de belangen van de werknemers, tegen het beleid van de Nationale Unie?

Het beleid van de Nationale Unie van de Wilmès-regering, gesteund door de PS en SP.A, en waar de PTB zich slechts formeel tegen heeft verzet, had onmiddellijk effect: het is de beslissing om een garantiefonds van 50 miljard euro op te richten ten gunste van de banksector om de winsten te garanderen die verloren zouden gaan door het te voorzien faillissement (of het in gebreke blijven) van een reeks van in schulden geraakte ondernemingen.

De PS stemde ten gunste van deze fondsen met als uitleg: « Tegelijk neemt de Staat een kolossale waarborg op zich: gewaarborgde kredieten ten belope van 50 miljard! (…) Strekt deze waarborg ten belope van 50 miljard er niet toe een solvabiliteits- of zelfs liquiditeitsprobleem bij de banken te vermijden? (…) Wij zullen dit wetsvoorstel tot machtiging, dat verregaande bevoegdheden toekent aan de regering, goedkeuren, maar de tenuitvoerlegging van deze wet zal terdege gemonitord moeten worden. »

Wat het PTB betreft, beweren ze : « We zijn blij met het akkoord tussen de overheid en de bankensector en de mogelijkheid die wordt geboden aan veel gezinnen, zelfstandigen en kmo’s. Dit akkoord trekt de banken mee in bad, waardoor ze misschien iets zullen teruggeven aan de gemeenschap die hen in 2008 met tientallen miljarden euro’s heeft behoed voor een financieel fiasco. Overigens is het nu blijkbaar mogelijk om op een halve dag de volledige parlementaire procedure te doorlopen voor 50 miljard euro zodat de banken verder leningen kunnen verstrekken. (…) Omdat we het niet eens zijn met de beslissingsvrijheid van de regering en het gebrek aan garanties voor de tewerkstelling, zullen we het voorstel niet steunen. » (Debat in plenaire vergadering van de Kamer op 26 maart)

Is het overdreven te zeggen dat de PTB, ook al hebben ze zich onthouden, het principe van overeenstemming met de banken steunt? Is deze onthouding, wanneer tegenstem duidelijk is,  geen toegeving dat de leiding van de PTB heeft besloten geen strijd te voeren tegen deze maatregel die gunstig is voor het voortbestaan van het kapitalistisch systeem en tegen de belangen van de arbeiders ingaat. Is dit geen verborgen vorm van hetzelfde beleid van de Nationale Unie dat de partijen van rechts en van links informeert?

Is het overdreven dat dit rampzalig beleid, waarin niemand meer weet wat er gebeurd, de oorzaak is van de opkomst van extreem rechts, in het bijzonder in Vlaanderen?

Is het niet overduidelijk dat extreemrechts de situatie in zijn voordeel probeert te benutten, in de hoop dat al degenen die van ver of dichtbij betrokken zijn bij het ondersteunen van het beleid van de federale regering van Sophie Wilmès vroeg of laat door de arbeiders zullen worden gesanctioneerd?

Wij geloven dat meer dan ooit de tijd is gekomen voor de onafhankelijkheid van de arbeidersklasse, haar onafhankelijkheid als sociale klasse die verschilt van de kapitalistische klasse. Wat betekent dat? De komende crisis zal honderdduizenden banen vernietigen; gezinnen zullen in armoede moeten leven zoals de autoriteiten van dit land al hebben aanvaard.

Het lijdt geen twijfel dat de kapitalisten zullen proberen de arbeiders en hun winsten voor de crisis te laten betalen. Werknemers zullen organisaties nodig hebben om zich te verdedigen tegen het beleid van vernietiging die eraan komt. Dit is het tegenovergestelde van het beleid van de Nationale Unie die erop gericht is de tegenstellingen tussen de sociale klassen te laten zwijgen om het kapitalistische systeem beter te kunnen behouden.

Het beleid van het “volksfront” dat bestaat in het maken van een onderscheid binnen de kapitalistische klasse, tussen een reactionair deel en een zogenaamd “progressief” deel waarmee men bondgenoten zouden moeten zijn, is trouwens even gevaarlijk voor de arbeidersklasse. De ervaringen uit het verleden hebben ons geleerd dat de regeringen van het “volksfront”, die onteigening van kapitaal vermijden (omdat deze regeringen kapitalistische vertegenwoordigers omvatten), elke keer de triomf van het reactionair deel van de bourgeoisie hebben voorbereid. Zulke allianties tussen de arbeiderspartijen en een fractie van de bourgeoisie brengen de ergste nederlagen tot stand. In de jaren 1930 heeft het Volksfront de weg vrijgemaakt voor Franco in Spanje, voor Pétain in Frankrijk, en recenter in de VS, in één of andere vorm, was de steun van de vakbondsleiders aan H. Clinton grotendeels betrokken bij de overwinning van Trump. De onderschikking van de leiders aan de behoeften van het kapitaal veroorzaakt demoralisatie en demobilisatie van de arbeiders.

Dit zal in België het geval zijn als een “Volksfront”-regering tegen het Vlaams Belang zou worden gevormd. In dat geval zou het een regering zijn die het economische systeem in stand houdt zoals het is. Onder het voorwendsel van de afwijzing van extreemrechts zullen de behoeften van de bazen dus worden beloond ten koste van de behoeften van de werknemers.

Geconfronteerd met dit beleid van de “Nationale Unie” of “Volksfront” moet het beleid van de eenheid van onafhankelijke werknemers worden voorgesteld.

En op internationale schaal?
Dit beleid van de “Nationale Unie”, dat wereldwijd wordt gevoerd, krijgt een ondubbelzinnige vorm bij onze Franse buurland. In feite, bij een unanieme stemming in de Nationale Vergadering op 19 maart, hebben de afgevaardigden van de PS, PCF, France insoumise, samen met de pro-Macron afgevaardigden, van rechts en extreemrechts, voor een plan gestemd om 343 miljard euro ter beschikking te stellen van banken en werkgevers om het kapitalistische systeem te behouden dat gebaseerd is op het particuliere eigendom van de productiemiddelen; en dit in de oorverdovende stilte van alle andere politieke organisaties.

In België, in Frankrijk en zoals overal ter wereld is het bouwen van de Arbeiders Internationale noodzakelijk omdat de arbeiders van alle landen zich moeten verenigen in het licht van het toenemende kapitalistische barbarisme. We sluiten ons aan bij al degenen die de basis kiezen voor de onafhankelijkheid van de arbeidersklasse, in verwijzing naar de Eerste Internationale die door Marx en Engels is opgericht. Dit is de bedoeling van een bijeenroeping in november dit jaar van de Wereldconferentie tegen oorlog en uitbuiting, voor de Internationale Arbeiderstroepen, op verzoek van het Internationale Arbeiderscomité.

Laten we volgende regels van het overgangsprogramma in herinnering brengen voor degenen die zich afvragen of de situatie bevorderlijk is voor een verandering van het systeem: « Al het gepraat, dat de historische voorwaarden voor het socialisme nog “niet rijp” zouden zijn, is slechts een product van onwetendheid of van bewust bedrog. De objectieve voorwaarden voor de proletarische revolutie zijn niet slechts “rijp”, maar zijn al aan het rotten. Zonder socialistische revolutie en wel in de eerstvolgende historische periode, wordt de hele menselijke beschaving met een catastrofe bedreigd. Alles hangt af van het proletariaat, d.w.z. in de eerste plaats van haar revolutionaire voorhoede. De historische crisis van de mensheid is terug te voeren op de crisis van de revolutionaire leiding. »

Vanuit ons standpunt geloven we dat het programma van de Vierde Internationale, dat in 1938 werd opgericht door Trotski en zijn volgelingen, geldig blijft. We nodigen u uit om te discussiëren en deel te nemen aan de strijd om de Vierde Internationale en haar secties te versterken.

Wat moeten we in België doen?
De activisten die zijn gegroepeerd in de Socialistische Internationalistische Organisatie (SIO), het Belgische deel van het Organisatiecomité voor de reconstitutie van de Vierde Internationale (ORVI), nodigen u uit om samen met hen een politieke macht te vormen die onafhankelijk van enig leiderschap van politieke of vakbondsorganisatie is en onder de moeilijke omstandigheden van vandaag wil vechten :

  • Voor de eenheid van de Belgische arbeidersklasse, in al haar taalkundige componenten, betekent dit de eenheid van de arbeiders, van hun organisaties en de eenheid van sociale veroveringen op federaal niveau (sociale zekerheid, arbeidsrecht, enz. )
  • Voor de verdediging van banen, statuten, collectieve overeenkomsten, lonen en sociale premies (tegen giften aan bazen)
  • Voor de annulering van de overeenkomst met de banken en de teruggave van 50 miljard euro aan de werknemers
  • Om de onmisbare onafhankelijkheid van de vakbonden van elke politieke partij te bevestigen en te strijden tegen elke poging om ze in het bestuur van de staat te integreren.
  • Om werknemers aan te spreken die stemmen voor PS-SP.A of PTB en hen te zeggen dat: we ons samen moeten mobiliseren zodat uw partijen zich verenigen en een ontbindende anti-kapitalistische regering vormen, gesteund door de mobilisatie van de aangesloten partijen van de ABVV en de andere vakbonden, in dienst van de belangen van de arbeiders (bijvoorbeeld een regering die Brussels Airlines nationaliseert)

Het gaat erom de strategie van de eenheidsfront van de arbeiders, die in 1917 door de bolsjewieken werd gedefinieerd, uit te voeren: zij hebben herhaaldelijk herhaald dat de meest economische weg die van de Arbeidersregering was samengesteld uit meerderheidspartijen onder de arbeiders en boeren die zeggen: “Breek met de bourgeoisie, neem de macht in uw handen!”. Het was als gevolg van deze afwijzing dat de arbeiders massaal achter de bolsjewieken (toen in ultraminderheid) en hun slogans begonnen te verzamelen.

De afgelopen jaren heeft het SIO eenheid voorgesteld in concrete gevechten: de strijd tegen de puntenpensioen (sinds 2014), de strijd voor de val van de regering Michel (doorlopend van 2014 tot 2019), de strijd voor de opheffing van de maatregelen die door de regering Michel zijn genomen (pensioen op 67 jaar, indexsprong, taks-shift, …) de strijd om tegen de “Pacte d’excellences” in het onderwijs te gaan en deze te laten ontbinden.

Andere organisaties waren niet aanwezig (of sporadisch aanwezig). Wat ons betreft zijn wij van mening dat een revolutionair beleid moet uitgaan van de behoeften van de situatie. Het beleid moet zich ook richten op een volledige onafhankelijkheid ten opzichte van de burgerlijke organisaties, de regering, de Europese Unie en al degenen die, in de wereld namens de arbeidersklasse spreekt, worden “betrokken” bij het beleid van deze instellingen van de kapitalistische klasse.

Neem contact op met de Internationalistische Socialistische Organisatie (ISO), het Belgische deel van het Organisatiecomité voor de reconstitutie van de Vierde Internationale (ORVI), door op dit e-mailadres te antwoorden om een lidmaatschap te vragen of als u één of meerdere opmerkingen heeft over bovenstaande punten.

DR n°11 – Pourquoi construire un parti pour renverser le capitalisme aujourd’hui en Belgique? Pourquoi rejoindre le combat pour la IV° Internationale?

Où va le monde ?

Le site ‘economiematin.fr’ publiait le 25 avril dernier un article sur la dette mondiale :

« Endettées comme jamais, nos économies pénètrent dans la plus terrible récession qu’elles aient connue depuis la Seconde Guerre mondiale. En 2007, la montagne de dette se montait à 282% du PIB mondial (168.000 milliards de dollars). Nous avons clôturé l’année 2019 à 322% (255.000 milliards de dollars), et la dette mondiale devrait atteindre les 342% du PIB d’ici la fin de l’année, si l’on table sur une récession de 3% à l’échelle du globe. »

Fin 2019, 45% de l’endettement mondial était le fait des entreprises non-financières (‘dette corporate’). Tout au long de l’année 2019, le Fonds monétaire international (FMI) s’est alarmé de l’augmentation de la dette des entreprises. En avril 2019, il écrivait : « Aux États-Unis, le ratio dette des entreprises/PIB atteint un niveau record. Dans plusieurs pays européens, les banques détiennent des quantités excessives d’obligations d’État. En Chine, la rentabilité des banques diminue et les volumes de fonds propres des prêteurs de taille petite et moyenne restent faibles. (Ces facteurs de vulnérabilité) pourraient amplifier les chocs pour l’économie mondiale, augmentant ainsi la probabilité d’une contraction prononcée de l’activité économique dans quelques années. »

Contrairement à ce que certains affirment, la crise du coronavirus n’a pas créé la crise actuelle de l’économie capitaliste mais précipite et concrétise plus tôt que prévu la contraction de l’activité économique. La crise du coronavirus rend plus aigües et plus tranchantes les contradictions inhérentes au régime capitaliste qui s’avère incapable d’organiser l’humanité tout autant pour la sauver d’une pandémie que pour mettre fin à ses conditions de vie misérables.

Le site ‘rtl.lu’ faisait le point le 4 mai sur la situation en Haïti : « Haïti : mourir de faim aujourd’hui ou du coronavirus demain. L’apparition du coronavirus en Haïti a fait paniquer autorités et communauté humanitaire, compte tenu de l’extrême faiblesse du système de santé du pays, mais les conséquences économiques de la pandémie pourraient être davantage meurtrières auprès de la majorité pauvre de la population. (…) Les céréales constituent deux tiers des apports énergétiques quotidiens des Haïtiens les plus pauvres. Or le prix du riz a plus que doublé sur certains marchés de province par rapport à 2019. (…) Travailleurs pauvres possédant de très petites exploitations, les paysans haïtiens voient aujourd’hui leurs revenus fondre en pleine période de soudure ‑entre deux récoltes-, aggravant leurs difficultés à préparer la prochaine récolte, déjà menacée par la sécheresse dans certaines régions. »

Construire un parti pour la révolution socialiste est une nécessité.

Face à la faillite du capitalisme et aux menaces d’effondrement destructeur pour l’humanité, le renversement du système capitaliste est nécessaire.

Mais pour mettre fin au règne de la domination du capital sur la planète, la mobilisation spontanée des travailleurs et des peuples ne suffit pas. Pour pendre deux exemples, avant la crise du covid-19, la situation était révolutionnaire au Chili et en Algérie.

Au Chili, les masses voulaient en finir immédiatement avec les institutions héritées de la dictature de Pinochet. Or, tous les partis officiels, allant de la droite à la gauche dite radicale, ont conclu avec le gouvernement un accord contre la volonté du peuple. Alors que le peuple s’est exprimé clairement pour une Assemblée constituante, les partis officiels ont décidé d’un référendum préalable (prévu en avril et repoussé en octobre 2020) dont l’objectif est de canaliser la mobilisation révolutionnaire dans le cadre du remaniement du régime actuel.

Aujourd’hui, au Chili, les mesures de confinement décrétées par le gouvernement Piñera sans aucune mesure d’accompagnement des millions de chômeurs et de travailleurs qui relèvent du secteur informel ont poussé les habitants de la commune d’El Bosque (au sud de Santiago du Chili) à sortir manifester leur exaspération contre le gouvernement. « Il faut payer l’électricité, il faut payer l’eau, il faut payer le gaz et, pour la plupart d’entre nous ici, il faut payer un loyer. Mais avec quel argent si on ne peut plus travailler ? Le problème, ce n’est pas le confinement, le problème, c’est l’absence d’un État qui ne se soucie pas de son propre peuple », a expliqué un habitant. Le gouvernement a envoyé les carabiniers réprimer les manifestations, comme il le fait systématiquement depuis le soulèvement commencé en octobre 2019 contre l’ensemble du régime hérité de la dictature de Pinochet.

En Algérie, le peuple s’est exprimé à travers des dizaines de manifestations massives pour la convocation d’une Assemblée constituante. Mais que s’est-il passé ? Le Front des forces socialistes (FFS), affilié à l’Internationale socialiste, l’un des partis piliers du Pacte de l’Alternative démocratique (PAD, regroupement de partis dont le Parti des travailleurs d’Algérie) lançait un appel « à un dialogue inclusif, global et sincère pour sauver définitivement notre pays » destiné en particulier à ramener « les décideurs de ce pays à la raison et à la sagesse ». Le 10 novembre, le Pacte de l’Alternative démocratique se prononçait, dans un communiqué, pour « une conférence nationale regroupant l’ensemble de ces forces (celles de l’alternative démocratique… et d’autres, plus « à droite », ndlr) sera un moment solennel pour affirmer la solution de la transition démocratique vouée à un processus constituant souverain pour une rupture avec le système. » Ces formulations alambiquées visent à faire mine d’évoquer la Constituante pour, en réalité, lui barrer la route au profit de combinaisons politiciennes de préservation des institutions.

Résultat : en Algérie, le régime est toujours en place et il profite de la crise sanitaire pour exercer la répression contre le peuple. Regardons la situation actuelle dans le pays. Alors que le Hirak, le mouvement populaire engagé en février 2019 pour que le « régime dégage », a été suspendu en mars dernier pour cause de pandémie, le régime algérien poursuit la répression contre les militants, les citoyens et les organes de presse. Et cela au moment où le projet de loi de finances complémentaire, en examen au « Parlement », annonce de brutales mesures d’austérité. Pas moins de 104 citoyens ou militants ont été convoqués par la police dans trente-trois wilayas (départements) simplement pour avoir exprimé leur opinion sur un réseau social. Un harcèlement permanent qui a été à l’origine de plusieurs rassemblements, malgré le confinement, par exemple à Tizi Gheniff (wilaya de Tizi Ouzou). Le 18 mai, deux militants, dont Abdelouahab Fersaoui, le président de Rassemblement action jeunesse (RAJ), et Ibrahim Daouadji ont été libérés de la prison d’El Harrach (Alger).

Ils avaient été condamnés à de lourdes peines de prison ferme. Ce qui est au centre aujourd’hui, en Algérie, c’est le combat pour la libération de tous les détenus d’opinion.

Au Chili comme en Algérie, la construction d’un parti qui aide les masses mobilisées à surmonter les obstacles politiques est une nécessité cruciale. Qu’est-ce à dire ? Au Chili comme en Algérie et ailleurs, il manque un parti de masse qui aide le peuple à imposer la convocation d’une Assemblée constituante. Il manque un tel parti puisqu’on constate que ceux qui se réclament du peuple et des travailleurs passent des accords pour s’y opposer. Ils font tout pour éviter que le peuple ne se serve de la Constituante, dans le processus de la révolution permanente, pour décider, grâce à la démocratie, des solutions socialistes à la crise.     

Et en Belgique ?

Ne manque-t-il pas également un parti pour avancer vers une issue socialiste ? Posons la question : dans la période actuelle, les travailleurs ont des besoins vitaux. Ils ont des revendications sociales essentielles. Ne faut-il pas construire un parti pour aider à la réalisation de ces revendications ?

Que font ceux qui se revendiquent des travailleurs ? Le Parti socialiste, membre de l’Internationale socialiste, s’engage dans des discussions avec la N-VA et/ou les autres partis de droite pour former un gouvernement fédéral, au nom de la politique de l’ « Union nationale ».

Rappelons la discussion qui a eu lieu au Parlement belge à partir du 17 mars. Ce jour-là, Sophie Wilmès, première ministre libérale, en appelle à l’Union nationale : « L’heure est à l’unité et au rassemblement. Ce rassemblement dépasse les rangs de cette Assemblée. C’est tout un pays qui doit s’allier dans cette épreuve. L’union nationale ne se décrète pas un dimanche soir, elle se construit chaque jour et chaque heure en ces temps difficiles qui s’annoncent. Les formations politiques doivent se montrer dignes de l’accord conclu, en optant systématiquement pour le dialogue, des approches constructives et le sens de la mesure des événements. »

Le PS répond à l’appel en ces termes : « L’union fait la force. Au cours des épreuves traversées dans l’histoire, notre devise nationale nous appelle à l’unité et au rassemblement. Le premier antidote à cette crise sanitaire, c’est la solidarité. Les vaines querelles ne peuvent être de mise. (…) Nous vous accorderons sans hésiter notre confiance pour prendre les mesures contre le coronavirus car c’est, là aussi, le choix de la solidarité. Et parce que l’heure est à la sauvegarde des intérêts vitaux de la Nation. (…) Il faudra soutenir notre démocratie représentative qui concède certains de ses pouvoirs au gouvernement par l’apport de la démocratie sociale. Il faudra impliquer les partenaires sociaux dont les syndicats. »

En clair, les partis de droite appellent les dirigeants des organisations liées à la classe ouvrière à empêcher les travailleurs de défendre de manière distincte leurs intérêts, lesquels intérêts s’opposent aux intérêts des capitalistes.

Comme le dit Léon Trotsky dans le Programme de Transition : « La tâche centrale de la IV° Internationale consiste à affranchir le prolétariat de la vieille direction, dont le conservatisme se trouve en contradiction complète avec la situation catastrophique du capitalisme à son déclin et constitue le principal obstacle au progrès historique. L’accusation capitale que la IV° Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prolétariat, c’est qu’elles ne veulent pas se séparer du demi-cadavre politique de la bourgeoisie. »

Le succès électoral du PTB en 2018 (communales) et en 2019 (législatives) s’explique certainement par le rejet d’une partie de l’électorat du PS de cette politique « permanente » d’Union nationale. Or, qu’a répondu le PTB à l’appel de Sophie Wilmès ?

« Le gouvernement fédéral a pris le taureau par les cornes. Il est positif d’avoir une seule ligne de commandement, et le PTB soutient, en cela, la première ministre. (…) Vous demandez le vote d’une confiance aveugle : nous ne pouvons pas vous la donner. Nous devons rester une voix d’opposition constructive dans ce débat. » (débat en séance plénière de la Chambre le 19 mars)

Autrement dit, le PTB n’engage pas le combat frontal contre le gouvernement Wilmès. S’il refuse de lui voter la confiance, c’est pour respecter le jeu parlementaire. Il lui faut jouer le rôle d’une opposition officielle.

Les travailleurs ne sont-ils pas en droit d’avoir des représentants mettant en œuvre une autre politique de choc frontal, une politique de défense des intérêts des travailleurs, contre la politique d’Union nationale ?

La politique d’Union nationale du gouvernement Wilmès, soutenu par le PS et le SP.A., et à laquelle le PTB ne s’oppose que de manière formelle, a eu un effet immédiat : c’est la décision prise de constituer un fonds de garantie de 50 milliards d’euros en faveur du secteur bancaire, afin de lui garantir les profits qui seraient perdus par la faillite prévisible (ou le défaut de paiement) d’une série d’entreprises endettées.

Le PS a voté en faveur de ce fonds en expliquant : « L’État prend un engagement colossal : 50 milliards d’euros ! (…). Cette garantie de 50 milliards n’a-t-elle pas vocation à éviter un problème de solvabilité voire de liquidités dans le chef des banques ? (…) Nous voterons tout de même pour cette loi d’habilitation qui donne un grand pouvoir au gouvernement, mais il faudra assurer un suivi de la mise en œuvre de cette loi d’habilitation »

De son côté, le PTB affirme : « Nous nous félicitons de l’accord intervenu entre l’État et le secteur bancaire… Les banques sont ainsi contraintes de se mouiller et cette implication sera peut-être l’occasion de renvoyer l’ascenseur après que la communauté a injecté plusieurs dizaines de milliards d’euros dans le système bancaire en 2008 pour éviter un fiasco financier. Par ailleurs, il est apparemment possible, à présent, de parcourir l’ensemble de la procédure parlementaire en une demi-journée pour débloquer un montant de 50 milliards d’euros en vue de permettre aux banques de continuer à octroyer des crédits. (…) Nous ne soutiendrons pas la proposition en raison de la liberté de décision laissée au gouvernement et du manque de garanties pour l’emploi. » (débat en séance plénière de la Chambre le 26 mars)

Est-il exagéré de dire que le PTB, même s’il s’abstient, soutient le principe de l’accord avec les banques ? Cette abstention, en lieu et place d’un votre contre sans équivoque, n’est-elle pas un aveu que la direction du PTB a décidé de ne pas mener le combat contre cette mesure favorable à la survie du système capitaliste, contre les intérêts des travailleurs ? N’est-ce pas là une forme cachée de cette même politique d’Union nationale qui englobe dans un magma informe les partis de droite et de gauche ?

Est-il exagéré que cette politique désastreuse, dans laquelle plus personne ne se retrouve, est la principale cause de la montée de l’extrême-droite, en Flandre en particulier ?

N’est-il pas évident que l’extrême-droite cherche à exploiter la situation à son avantage, en espérant que tous ceux qui sont impliqués de loin ou de près dans le soutien à la politique du gouvernement fédéral de Sophie Wilmès soient tôt ou tard sanctionnés par les travailleurs ?

Pour notre part, nous estimons que plus que jamais, l’heure est à l’indépendance de la classe ouvrière, à son indépendance en tant que classe sociale distincte de la classe capitaliste. Qu’est-ce à dire ? La crise économique qui s’avance va détruire les emplois par centaines de milliers ; elle va plonger les familles dans la pauvreté, comme cela est déjà admis pas les autorités de ce pays.

Il ne fait pas de doute que les capitalistes vont chercher à faire payer la crise aux travailleurs et à leurs acquis. Les travailleurs auront besoin d’organisations pour se défendre contre la politique de destruction qui s’annonce. C’est tout le contraire de la politique d’Union nationale qui vise à faire taire les oppositions entre classes sociales pour mieux préserver le système capitaliste.

Au passage, la politique de « front populaire » qui consiste à faire des distinctions au sein de la classe capitaliste, entre une aile réactionnaire et une aile prétendument « progressiste » avec laquelle il faudrait s’allier, est une politique tout aussi dangereuse pour la classe ouvrière. L’expérience du passé nous a appris que les gouvernements de « front populaire », en évitant d’exproprier le capital (puisque ces gouvernements englobent des représentants capitalistes), ont préparé à chaque fois le triomphe de l’aile réactionnaire de la bourgeoisie. De telles alliances entre les partis ouvriers et une fraction de la bourgeoisie amènent les pires défaites. Dans les années 30, le Front populaire a ouvert la voie à Franco en Espagne, en France à celle de Pétain, et plus récemment aux USA, sous une certaine forme le soutien des dirigeants syndicaux à H. Clinton a participé largement de la victoire de Trump. La subordination des dirigeants aux besoins du capital provoque la démoralisation et la démobilisation des travailleurs.

Il en sera ainsi en Belgique si un gouvernement de « front populaire » contre le Vlaams Belang devait un jour se former. Dans cette hypothèse, ce serait un gouvernement qui maintiendrait le système économique en l’état. De ce fait, sous prétexte du rejet de l’extrême-droite, ce seront les besoins des patrons qui seront primés au détriment des besoins des travailleurs.

Face à ces politiques d’« Union nationale » ou de « Front populaire », c’est la politique d’unité ouvrière indépendante qui doit être mise en avant.

Et à l’échelle internationale ?

Cette politique d’ « union nationale » menée dans le monde entier prend une forme sans équivoque chez nos voisins français. En effet, par un vote unanime à l’Assemblée Nationale, le 19 mars, les députés du PS, PCF, France insoumise, aux côtés des députés pro-Macron,de droite et d’extrême droite, ont voté un plan mettant 343 milliards d’euros à disposition des banques et des patrons pour préserver le système capitaliste fondé sur la propriété privée des moyens de production ; dans le silence assourdissant de toutes les autres organisations politiques.

En Belgique, en France et comme partout dans le monde, construire l’Internationale ouvrière est nécessaire parce que les travailleurs de tous les pays ont besoin de s’unir face à la barbarie capitaliste qui monte. Nous nous engageons aux côtés de tous ceux et celles qui choisissent le terrain de l’indépendance de la classe ouvrière, en référence à la Première Internationale fondée par Marx et Engels. Tel est le sens de la convocation en novembre prochain de la Conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière, à l’appel du Comité ouvrier international.

Pour ceux qui se demanderaient si la situation est propice à un changement de système, rappelons ces quelques lignes du Programme de Transition :
« Les bavardages de toutes sortes selon lesquels les conditions historiques ne seraient pas encore « mûres » pour le socialisme ne sont que le produit de l’ignorance ou d’une tromperie consciente. Les prémisses objectives de la révolution prolétarienne ne sont pas seulement mûres ; elles ont même commencé à pourrir. Sans révolution socialiste, et cela dans la prochaine période historique, la civilisation humaine tout entière est menacée d’être emportée dans une catastrophe. Tout dépend du prolétariat, c’est-à-dire au premier chef de son avant-garde révolutionnaire. La crise historique de l’humanité se réduit à la crise de la direction révolutionnaire. »

De notre point de vue, nous estimons que le programme de la IVème Internationale, fondée en 1938 par Trotsky et ses partisans, garde toute sa validité. Nous vous invitons à en discuter et à rejoindre le combat pour renforcer la IVème Internationale et ses sections.     

Que faire en Belgique ?

Les militants regroupés dans l’Organisation socialiste internationaliste (OSI), section belge du Comité d’organisation pour la reconstitution de la IVème Internationale (CORQI) vous invitent à les rejoindre pour forger ensemble une force politique qui, indépendamment de toute direction d’organisations politiques ou syndicales et dans les circonstances difficiles d’aujourd’hui, veut se battre :

  • Pour l’unité de la classe ouvrière belge, dans toutes ses composantes linguistiques, ce qui veut dire l’unité des travailleurs, de leurs organisations et l’unité des conquêtes sociales au niveau fédéral (Sécurité sociale, droit du travail, etc.)
  • Pour la défense des emplois, des statuts, des conventions collectives, des salaires et des cotisations à la Sécurité sociale (contre les cadeaux aux patrons)
  • Pour l’annulation de l’accord avec les banques et la restitution des 50 milliards d’euros aux travailleurs
  • Pour affirmer l’indispensable indépendance des syndicats de tout parti politique et combattre contre toute tentative de les intégrer à la gestion de l’Etat
  • Pour nous adresser aux travailleurs qui votent PS – SP.A ou PTB, en leur disant : mobilisons-nous ensemble pour que vos partis s’unissent et forment un gouvernement de rupture anti-capitaliste, appuyé sur la mobilisation des affiliés de la FGTB et des autres syndicats, au service des intérêts des travailleurs (par exemple un gouvernement qui nationalise Brussels Airlines) 

Il s’agit de mettre en œuvre la stratégie du front unique ouvrier définie par les bolcheviks en 1917 : ils n’ont cessé de répéter que la voie la plus économique était celle du gouvernement
ouvrier composé des partis majoritaires auprès des ouvriers et paysans affirmant « Rompez avec la bourgeoisie, prenez dans vos mains le pouvoir! ». C’est suite à ce refus que les travailleurs ont commencé à se regrouper massivement derrière les bolcheviks (alors ultra-minoritaires) et leurs mots d’ordre.

Ces dernières années, l’OSI a proposé l’unité dans des combats concrets : le combat contre la pension à points (dès 2014), le combat pour la chute du gouvernement Michel (de manière continue de 2014 à 2019), le combat pour l’annulation des mesures prise par ce gouvernement Michel (pension 67 ans, saut d’index, tax-shift,…), le combat pour faire échec au « Pacte d’excellences » dans l’enseignement.

D’autres organisations n’ont pas été au rendez-vous (ou elles l’ont été de manière sporadique). Pour ce qui nous concerne, nous pensons qu’une politique révolutionnaire doit partir des besoins de la situation et axer sa politique en toute indépendance vis-à-vis des organisations bourgeoises, du gouvernement, de l’Union européenne et de tous ceux qui, dans les appareils politiques ou syndicaux parlant au nom de la classe ouvrière, sont « impliqués » dans la politique de ces institutions de la classe capitaliste. Prenez contact avec l’Organisation Socialiste Internationaliste, section belge du Comité d’organisation pour la reconstitution de la IVème Internationale (CORQI), en nous envoyant par retour sur cette adresse mail une demande d’adhésion, une demande de discussion sur un ou des points à approfondir ou un commentaire.

DR n°10 – Pas de gouvernement fédéral ? Oui, il faut un gouvernement au service des travailleurs

Un gouvernement PS – SP.A – PTB, appuyé sur la FGTB, en rupture avec les partis capitalistes

Le PTB appelle à manifester ce 1er mars sur les mots d’ordre : « pension minimum à 1.500 euros net – diviser les salaires des ministres par deux – non à la scission, oui à la coopération ». Selon ses organisateurs, cette manifestation entend « secouer ce pays » et exprimer un sentiment de colère : « La colère contre les politiciens qui sont plus préoccupés par eux-mêmes que par les besoins sociaux. »

Aux dernières élections, le PTB a obtenu dans tout le pays 584.621 voix et 12 sièges sur 150 à la Chambre (8,64% nationalement, soit +4,9% par rapport à 2014).

La manifestation du 1er mars sera un succès parce que de nombreux travailleurs vont s’en saisir pour faire avancer les revendications sociales contre le patronat et les gouvernements en place et certainement pour s’opposer aux tentatives de scission de la Sécurité sociale qui reviennent sur le tapis.

Mais il y a une question à laquelle il faut répondre : peut-on espérer quelque chose de positif de la part des politiciens qui ont été élus il y a un an, aux élections du 26 mai 2019 ?

Les partis qui se réclament des travailleurs sont représentés au Parlement. Le PS a 20 députés, le SP.A a 9 députés et le PTB 12, soit au total 41 sur 150. C’est insuffisant pour former une majorité ouvrière au niveau parlementaire.

A partir de là, il y a deux possibilités.

Soit on accepte cette situation parlementaire et on appelle au compromis avec les partis de droite pour former un gouvernement, soit on se positionne pour

refuser toute alliance avec les partis de droite et on mobilise les travailleurs sur un programme politique conforme aux intérêts des travailleurs.

Jusqu’à présent, un tel accord entre le PS et les partis de droite n’a pas été possible, mais chacun peut observer que le PS discute avec la N-VA, même si à la base du PS, on ne veut pas de cette alliance. Pour contourner la contestation, les dirigeants du PS voudraient que les partis de droite de Flandre acceptent de former un gouvernement sans la N-VA. Sans succès pour l’instant.

Et pour les travailleurs ? Nous le disons clairement : former un gouvernement avec les partis de droite, avec ou sans la N-VA, c’est renoncer à la revendication fondamentale des travailleurs : annuler ce que le gouvernement Michel a pris comme mesures de destruction sociale.

C’est renoncer au retour à la pension à 65 ans. C’est renoncer à supprimer les réductions de cotisations sociales (tax shift) en refinançant la Sécurité sociale via le seul salaire brut. Et bien d’autres mesures…

On notera qu’accepter de gouverner avec la droite, c’est aussi accepter qu’un compromis soit passé sur les droits démocratiques et renoncer à la sortie (complète) de l’avortement du code pénal.

En 1847, Marx et Engels s’adressaient aux travailleurs en formulant leur programme dans le Manifeste du Parti communiste :

« Quelle est la position des communistes par rapport à l’ensemble des prolétaires ?

Les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers.

Ils n’ont point d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat.

Ils n’établissent pas de principes particuliers sur lesquels ils voudraient modeler le mouvement ouvrier.

Les communistes ne se distinguent des autres partis ouvriers que sur deux points : 1. Dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. 2. Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité.

Pratiquement, les communistes sont donc la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien.

Le but immédiat des communistes est le même que celui de tous les partis ouvriers : constitution des prolétaires en classe, renversement de la domination bourgeoise, conquête du pouvoir politique par le prolétariat.

Les conceptions théoriques des communistes ne reposent nullement sur des idées, des principes inventés ou découverts par tel ou tel réformateur du monde.

Elles ne sont que l’expression générale des conditions réelles d’une lutte de classes existante, d’un mouvement historique qui s’opère sous nos yeux. »

Ces lignes sont toujours d’actualité ! Mais essayons de transposer à la situation d’aujourd’hui.

Un parti communiste n’a pas d’intérêts qui les séparent de l’ensemble du prolétariat. Aujourd’hui, un parti communiste doit s’adresser à tous les travailleurs, quel que soit le parti pour lequel ils votent.

Un parti communiste se distingue aujourd’hui des autres partis qui se réclament des travailleurs parce qu’il représente les intérêts du mouvement dans sa totalité.

Les travailleurs qui se mobilisent actuellement dans les prisons, dans les soins de santé, dans les entreprises en restructuration, etc., ces travailleurs ont besoin d’unité. Il faut en finir avec la division par secteur, par entreprise. Chaque mobilisation n’a de chance de succès que si elle fait partie d’une mobilisation d’ensemble.

Un parti communiste doit se comporter comme la fraction la plus résolue des partis ouvriers du pays, la fraction qui stimule les autres partis.

Que signifie « stimuler » les autres fractions du mouvement ouvrier ?

Cela signifie par exemple d’exiger sans relâche du PS qu’il renonce à ses alliances avec le MR à la Région wallonne de manière à montrer la voie de la mobilisation pour en finir avec la domination des capitalistes.  

De cette manière, le parti communiste porterait la contradiction entre les besoins des travailleurs et la politique des dirigeants.

Cela signifie également que le parti communiste propose fermement à la fraction des travailleurs votant pour le PS une alliance contre les capitalistes, pour défendre les conquêtes sociales et pour reconquérir celles qui ont été détruites.

C’est pour cette raison que pour notre part, nous qui nous revendiquons, en tant que militants de la IVème Internationale, de l’héritage politique de Marx et d’Engels, nous appelons le PTB et les partis socialistes à s’unir pour ouvrir une perspective positive à la classe ouvrière de Belgique.

Chacun peut mesurer que le succès des partis d’extrême-droite – qui se prononcent pour l’éclatement de la Belgique – ne s’explique que parce que les partis, qui sont supposés représenter socialement la majorité de la population, mènent une politique de subordination aux besoins du capital.

Cela ne peut pas continuer. Les dirigeants du PTB sont en capacité de proposer aux partis de la famille socialiste de constituer une unité mobilisatrice pour conquérir le pouvoir au nom des travailleurs, en rupture avec la politique de l’Union européenne.

Il ne s’agit pas pour le PTB de s’aligner sur la politique du PS, il s’agit de proposer l’unité classe contre classe.

Le but des   communistes est le même que celui de toute la classe ouvrière : abolir la propriété privée des moyens de production. Les dirigeants socialistes s’opposent à ce but, mais on voit aujourd’hui que les travailleurs partagent ensemble le même avis : se débarrasser  du capitalisme n’est plus une option, c’est une nécessité.

Si le capitalisme n’est pas renversé, ce sont tous nos droits sociaux qui vont y passer. Ce n’est pas acceptable.

Pourquoi rejoindre aujourd’hui l’OSI, l’Organisation socialiste internationaliste, section belge du Comité d’organisation pour la reconstitution de la IVème Internationale ?

1) Pour aider à l’unité de tous les travailleurs sur la base de leurs revendications, contre la destruction des droits sociaux

2) Pour prendre place dans la construction d’une organisation qui défend l’unité du pays et des conquêtes sociales fédérales (nationales)

3) Pour engager le combat pour un gouvernement d’unité PS – SP.A – PTB, appuyé sur la mobilisation des travailleurs de la FGTB

4) Pour construire l’Internationale ouvrière parce que les communistes « dans les différentes luttes nationales des prolétaires, ils mettent en avant et font valoir les intérêts indépendants de la nationalité et communs à tout le prolétariat. »

Rejoignez-nous ! Prenez contact !

DR n°9 – Pour l’indépendance des syndicats, pour l’unité des travailleurs, pour la rupture avec les partis capitalistes

Après les élections du 26 mai

Le 29 mai, la direction de la FGTB fédérale a publié un communiqué dans lequel elle se prononce pour que “les partis politiques assument leurs responsabilités et fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour former rapidement des gouvernements viables” et en particulier pour “la formation rapide d’un gouvernement fédéral” (1).

Or, comme chacun peut le constater, les résultats des élections ne permettent en aucun cas de mettre en place un gouvernement conforme aux intérêts des travailleurs. Pour qu’un gouvernement « viable » se mette en place, soit les partis socialistes doivent accepter de s’allier à la NVA (ce qui constitue le scénario « le plus plausible » selon le journal bourgeois La Libre du 1/6/19), soit ils doivent former une large coalition avec les partis de droite, libéraux en tête.

Force est de constater qu’en adoptant une telle position politique, ces dirigeants mettent gravement en danger l’indépendance de la FGTB vis-à-vis de tout gouvernement qui se mettrait en place. Qu’est-ce qui explique le soutien du sommet de la FGTB aux manœuvres et combines destinées à éviter un retour aux urnes ?

Le constitutionaliste Marc Uyttendaele s’est déclaré en faveur de nouvelles élections : “Le résultat du scrutin produit une multitude d’impossibilités au fédéral”. La situation “force presque tous les autres (partis) à se mettre ensemble pour faire une politique qui deviendra une sorte de magma informe parce qu’ils ne pourront pas s’entendre sur la mise en œuvre réelle des engagements promis aux électeurs”. Pour autant, Uyttendaele se dit partisan d’une discussion sur l’Etat belge : “Il faut retourner aux élections et ouvrir le débat institutionnel”, précise-t-il (2).

Ainsi, les travailleurs seraient placés devant ce dilemme : soit un gouvernement avec les partis de droite, étrangement soutenu par les dirigeants syndicaux, soit des élections ouvrant la voie à une révision de la constitution pour pousser plus loin la régionalisation et donc la dislocation des conquêtes ouvrières fédérales (Sécurité sociale, conventions collectives, etc.).

Certes, la situation est grave mais les travailleurs, avec leurs organisations, n’ont pas dit leur dernier mot. Le communiqué de la FGTB est bien obligé de tenir compte –de manière très déformée–  des aspirations des travailleurs à une politique ouvrière annulant les mesures antisociales prises ces dernières années : “Nous rappelons que les engagements pris par les différents partis progressistes dans la perspectives des élections doivent être concrétisés et enregistrés dans les accords des gouvernements flamands, wallons, bruxellois et fédéraux. Des accords qui devraient aboutir  à une politique qui prenne réellement en compte les demandes de changement économique, social…”

Nous savons que ces “changements” sont incompatibles avec la politique imposée par l’Union européenne au profit des capitalistes. Ces “changements” exigent la rupture avec l’Union européenne.

Avec beaucoup d’ambiguïtés voulues, le PTB a mené campagne, comme en octobre dernier lors des élections communales, contre les traités de l’Union européenne. Aujourd’hui (3), il cherche à se montrer “constructif” en proposant par exemple d’appliquer un point du programme du PS, à savoir une réforme du  calcul du déficit autorisé par la Commission européenne.

Le PS a pris en effet l’engagement de “réformer fondamentalement les règles budgétaires et comptables européennes en faveur des investissements, afin de sortir les investissements créateurs de patrimoine et de richesses ou ayant un impact environnemental et social positif du calcul de l’équilibre budgétaire”.

Aujourd’hui, tout investissement public est compté par l’Union européenne comme s’ajoutant aux déficits puisque financé par la dette (emprunts). Or cette dette doit être réduite à zéro selon les contraintes européennes. L’idée du PS et du PTB est simplement de considérer que les investissements ne compteraient pas dans l’augmentation de la dette, du moins en partie.

Mais l’intention du PS est d’attendre que les règles européennes soient d’abord modifiées et elle n’est certainement pas de prendre les devants en rejetant les règles européennes actuelles.

Le programme de fondation de la IVème Internationale, écrit en 1938, affirme ceci : “De tous les partis et organisations qui s’appuient sur les ouvriers et les paysans et parlent en leur nom, nous exigeons qu’ils rompent politiquement avec la bourgeoisie et entrent dans la voie de la lutte pour le gouvernement ouvrier et paysan. Dans cette voie, nous leur promettons un soutien complet contre la réaction capitaliste. En même temps, nous déployons une agitation inlassable autour des revendications transitoires qui devraient, à notre avis, constituer le programme du « gouvernement ouvrier et paysan ». (…) L’agitation, sous le mot d’ordre du « gouvernement ouvrier et paysan », garde dans toutes les conditions une énorme valeur éducative. Et ce n’est pas par hasard : ce mot d’ordre généralisateur suit tout à fait la ligne du développement politique de notre époque (banqueroute et désagrégation des vieux partis bourgeois, faillite de la démocratie, montée du fascisme, aspiration croissante des travailleurs à une politique plus active et plus offensive). C’est pourquoi chacune de nos revendications transitoires doit conduire à une seule et même conclusion politique : les ouvriers doivent rompre avec tous les partis traditionnels de la bourgeoisie pour établir, en commun avec les paysans, leur propre pouvoir.”

Un mot d’ordre à valeur éducative

Pour notre part, nous estimons ces lignes d’une actualité brûlante. Nous savons que les partis parlant au nom des travailleurs ne veulent pas rompre avec les capitalistes. S’ils le faisaient, ce ne serait d’ailleurs certainement que momentané.

Mais nous aidons les travailleurs à se dégager des illusions qui demeurent vis-à-vis de ces partis. Nous voulons construire un parti qui rassemble les travailleurs quel que soit le parti qu’ils soutiennent aujourd’hui.

Dans ce sens, nous ne partageons pas le point de vue de ceux qui pensent qu’il est secondaire de savoir si des ministres socialistes siègent ou non en compagnie des représentants des partis capitalistes.

Pour les travailleurs, le fait que les partis, qui parlent en leur nom, participent avec les partis de droite à la poursuite et à l’aggravation de l’application de la politique de l’Union européenne, est capital.

Le fait que les dirigeants de leurs organisations syndicales appuient ces gouvernements est encore plus déterminant pour les travailleurs parce que leur liberté d’agir contre ces gouvernements est mille fois plus entravée que si l’inverse se produisait.

Il ne suffit pas de dire : “Avec ou sans gouvernement fédéral, la lutte des classes continuera, menée par le grand patronat et les gouvernements contre le monde du travail.” (Lutte ouvrière). Ou encore : “Quelle que soit la manière dont les gouvernements sont formés, nous devons mettre nous-mêmes nos revendications et nos préoccupations à l’ordre du jour en les défendant en masse.” (Parti Socialiste de Lutte)

La lutte des classes sera facilitée si aucun gouvernement fédéral à participation socialiste ne se met en place et si le mouvement ouvrier belge, dans son ensemble, se réorganise – au niveau national – sur un axe de rupture avec l’Union européenne et les partis capitalistes.

Laisser les socialistes former tranquillement un gouvernement avec les partis contre lesquels les travailleurs se sont battus pendant 5 ans, c’est renoncer à aider les travailleurs à résister aux énormes pressions pour les freiner et les empêcher d’agir et de défendre leurs intérêts.

Avant les élections, un appel de soutien au PTB avait été lancé par de nombreuses personnalités, dont Carine Russo. Sans partager le contenu de cet appel quant à sa demande de voir le PTB s’intégrer dans des majorités prétendument “progressistes” (4), il faut relever ce qui est dit à propos du PS : “Il est nécessaire à la fois de barrer la route à la droite libérale et d’empêcher que, comme dans le passé, des coalitions hétéroclites finissent par appliquer l’essentiel de son programme. Il faut s’opposer aux traités européens – acceptés par tous les autres partis- qui imposent les politiques d’austérité. (…) Nous partageons la volonté de la FGTB wallonne de voir se constituer une majorité progressiste si elle s’avère possible. Mais force est de constater que le PS nous a habitués à mener des campagnes électorales à gauche et à appliquer ensuite des politiques sociale-libérales.”

Nous y sommes. Aider les travailleurs à rompre avec les partis bourgeois, c’est en effet aujourd’hui empêcher l’alliance entre le PS et le SP.A. avec les partis réactionnaires rejetés le 26 mai. En premier lieu, c’est aider les militants syndicaux à se démarquer de la position des dirigeants en faveur de la constitution rapide d’un gouvernement fédéral.

Contre les dangers de voir de nouveau à l’ordre du jour la scission de la Sécurité sociale et du droit du travail, les organisations syndicales doivent se remettre en ordre de bataille, comme en 2007. Rappelons à cet égard la résolution du congrès de la FGTB en 2010, (publiée dans Syndicats du 11 juin 2010).

Non à toute coalition des socialistes avec le MR ou la N-VA ! Non à toute discussion sur la scission des conquêtes ouvrières nationales !

1) www.fgtb.be/-/elections-2019-le-temps-d-une-veritable-politique-sociale-est-venu-

2) www.rtbf.be/info/article/detail_marc-uyttendaele-il-faut-retourner-aux-elections-et-ouvrir-le-debat-institutionnel?id=10233503

3) Ce  numéro a été rédigé avant la rupture des “négociations” entre le PS et le PTB à la Région wallonne.  Il reste à voir si le PS va s’allier avec le MR.

4) Nous ne confondons pas l’aspiration légitime des travailleurs de voir se former un gouvernement PS-PTB en rupture avec la politique d’austérité, avec les tentatives de ramener le PTB dans la norme, en lui imposant le respect des règles européennes.

DR n°8 bis: Mobilisation des jeunes sur le climat; mettre au pouvoir un gouvernement qui prendra les mesures conformes à la volonté des travailleurs et des jeunes.

En Belgique, des dizaines de milliers de jeunes manifestent pour sauver la planète, pour que des solutions soient sérieusement mises en oeuvre pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, considérées officiellement comme responsables du dérèglement climatique et des menaces de destruction de l’habitat humain.

Une situation contradictoire

La situation est contradictoire. D’un côté, les gouvernements, sous l’égide l’Union européenne, annoncent des objectifs climatiques pour une économie utilisant moins de carbone et de l’autre, les jeunes
constatent que ces objectifs ne sont pas atteints. On assiste à toutes sortes de manoeuvres et d’effets d’annonces. Une chose est absolument certaine: toutes les mesures qui sont mises en avant respectent le sacro-saint principe de la propriété privée des moyens de production et de financement. Dans cet esprit, les plus déterminés estiment que la solution est d’influencer, via la taxe-carbone, les comportements des citoyens-consommateurs supposés être en capacité d’imposer à l’industrie de
nouveaux produits de consommation sans carbone. Mais dans la réalité, rien ne se passe. Un site d’informations sur l’Union européenne indiquait : « Après 3 ans de stagnation, les émissions de CO2 repartent à la hausse. Les chances de limiter la hausse des températures à +1,5° sont de plus en plus minces : la trajectoire actuelle mène vers une planète réchauffée de 3,2° en 2100. La catastrophe climatique s’emballe, mais elle peut s’inverser si on taxe le carbone. (…) L’écart entre les émissions réelles, et le niveau de CO2 qui permettrait de ne pas réchauffer la planète se
creuse de plus en plus. La plupart des pays continuent de voir leurs émissions grimper…

Non seulement les émissions de CO2 dévient du chemin qu’elles devraient emprunter, mais quasiment aucun
pays signataire de l’Accord de Paris ne tient ses engagements. » (1)
Face à l’impasse, certains avancent qu’il faut un « changement de système » sans plus de précision sur
la nature de ce changement. D’autres se voulant plus audacieux souhaiteraient imposer des « contraintes
climatiques » aux grandes entreprises, comme si celles-ci pouvaient librement renoncer à ce pourquoi elles
existent, à savoir la garantie du plus grand profit pour leurs propriétaires.


Faire pression sur les gouvernements ?


Posons-nous donc la question avec le plus de clarté possible : pouvons-nous trouver la solution au
problème des gaz à effet de serre d’origine humaine en maintenant le système des entreprises privées, de
l’économie de marché, des fonds spéculatifs, de l’industrie de guerre, etc. ?
Autrement dit, pouvons-nous avoir confiance dans ces gouvernements et institutions qui servent à perpétuer
le système capitaliste fondé sur l’exploitation de l’homme par l’homme ?
Alors que ces gouvernements sont responsables de plans d’austérité et de remise en cause des droits
démocratiques depuis de nombreuses années, nous n’aurions d’autre porte de sortie que de faire
« pression » sur eux, c’est-à-dire que de dépendre de leur bon vouloir ?

Pour notre part, nous répondons : qu’il s’agisse de l’environnement ou de n’importe quel aspect de la vie
humaine : guerre et paix, travail, logement, instruction, les travailleurs et les jeunes ne peuvent avoir la
moindre confiance dans les gouvernements capitalistes pour régler ces problèmes.
Nous affirmons que c’est un même mal qui menace l’homme et son environnement. Ce mal s’appelle le
système capitaliste, fondé sur la propriété privée des moyens de production. N’a-t-on pas vu, le 25 janvier au
Brésil, l’effondrement d’un barrage de la société Vale (privatisée il y a vingt-deux ans) ravager tout à la fois les
travailleurs, les habitants et leur environnement en les inondant de boues polluées ? C’est bien la privatisation
qui tue l’homme comme son environnement !

La privatisation engendre la barbarie


La mobilisation des jeunes pour des mesures sur le climat exprime une inquiétude plus générale. Les
enfants de travailleurs sont inquiets pour leur avenir tout court, car le système capitaliste leur interdit tout
avenir, et détruit l’humanité tout comme il détruit son environnement.

Les menaces d’une barbarie généralisée se font chaque jour plus grandes. Les guerres que les gouvernements
Trump, Macron, May et aussi « notre » gouvernement Michel, mènent en Afghanistan, en Irak, en Syrie, au
Yémen, en Afrique… et demain peut-être au Venezuela, précipitent l’humanité dans l’abîme. Ces
guerres, débouchés obligés du marché mondial de l’armement, détruisent pourtant tout autant l’homme
que son environnement !
La perspective que nous proposons consiste à arracher la propriété des moyens de production aux capitalistes
afin de mettre en place tous les moyens que la technologie moderne permettrait pour limiter et
éliminer la pollution et les dangers de l’effet de serre.
L’humanité a besoin du socialisme en tant que régime social guidé par la satisfaction des besoins humains, à
moyen et long terme, ce qui inclut la défense de l’environnement dans les besoins humains. C’est une
société qui élimine toute forme de profit.

A l’inverse, tant que le système sera fondé sur le profit de la minorité, chaque capitaliste mettra sur le dos de
l’autre le coût des mesures à prendre et chaque capitaliste continuera à prélever le maximum d’argent,
quitte à ce que l’humanité disparaisse. On le voit avec la déforestation perpétrée pour le profit immédiat.

Non à l’union sacrée patrons-ouvriers !


La défense de la planète n’est donc pas une affaire d’union sacrée entre gouvernements-entreprises-syndicats.
On constate pourtant que les syndicats des travailleurs sont priés de soutenir les actions des
gouvernements, de soutenir le capitalisme vert. Mais c’est là un prétexte. En fait, on veut empêcher les
travailleurs d’utiliser leurs organisations syndicales pour combattre les patrons dont le seul objectif est de
diminuer le coût du travail, à savoir la masse salariale, le pouvoir d’achat des travailleurs dans leur ensemble
(y compris les pensionnés et les jeunes). Pour le patron, toute dépense sociale est une dépense de trop.


Alors, aujourd’hui, les organisations n’appellent pas les jeunes à manifester sur la perspective d’un
gouvernement au service des travailleurs et des jeunes, fondé sur la démocratie du mandat.

Au contraire, on les appelle à manifester pour soutenir les partis gouvernementaux qui se prononcent pour la
révision de la Constitution pour y introduire l’objectif de la loi-climat, qui n’est qu’une nouvelle annonce
d’objectifs sous l’égide de l’Union européenne.

Le PTB a déposé un projet de loi début février qui se voulait plus radical : « Le PTB soutient le projet de loi climat qui a été mis sur la table par une série d’experts et d’académiques. Nous regrettons que les autres partis aient déposé une version rabotée pour plaire aux libéraux. Nous redéposerons le texte avec l’objectif de diminuer les émissions de 65 % d’ici 2030. » (2) Le projet de loi déposé par le PTB indique que « la présente loi vise en particulier à mettre en oeuvre le
Règlement (UE) 2018/1999 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 sur la gouvernance de
l’union de l’énergie et de l’action pour le climat ».


Consensus avec l’Union européenne ?


En d’autres termes, les jeunes se mobilisent (3) mais la réponse qui leur est donnée est à peu près celle-ci :
« mobilisez-vous, c’est très bien, mais tout doit rester dans le cadre de l’Union européenne ». L’Union
européenne est une institution qui n’accepte qu’un seul système économique, celui de la concurrence libre
et non faussée. Elle ne peut pas prendre des mesures qui pénaliseraient la compétitivité des entreprises. D’où
la mise en oeuvre de mesures qui aboutissent finalement à diminuer le pouvoir d’achat des travailleurs
et des jeunes, avec de plus en plus de taxes qui ne sont pas compensées par l’indexation des salaires.

Face à cette tromperie, nous opposons l’objectif de la prise du pouvoir par la classe ouvrière, incluant les
couches de la jeunesse qui ont tout intérêt à la rejoindre. Un gouvernement des travailleurs et des
jeunes sera à même de dégager des possibilités d’une recherche scientifique libérée de l’exigence du profit et
de dégager les mesures techniques et économiques correspondant aux besoins de l’humanité.

Préserver l’humanité et son environnement – car les deux sont inséparables – ne peut faire l’économie du
combat pour le renversement du système capitaliste qui, comme le disait déjà Karl Marx, « épuise en même
temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur » (Le Capital) !

En conclusion, le seul programme politique qui permet d’avancer est celui de la nationalisation de l’industrie, de l’énergie, des transports et de la finance, comme un pas vers les Etats-Unis socialistes d’Europe et au-delà la République universelle des conseils ouvriers.

Rejoignez-nous ! Prenez contact !

(1) https://www.euractiv.fr/section/energie/news/apres-3-ans-destagnation-les-emissions-de-co2-repartent-a-la-hausse/ (27/11/2018)
(2) Le projet gouvernemental ne précisait pas d’objectif pour 2030 et renvoie tout à 2050 (-95%).
(3) Les jeunes devraient être appelés par les organisations à se mobiliser aussi contre le Pacte d’excellence qui organise en
Fédération Wallonie-Bruxelles le démantèlement de l’école, au nom des objectifs budgétaires imposés par l’Union européenne.

DR n°7- Le PTB et la rupture avec l’Union Européenne

Un lecteur nous interroge : « vous vous prononcez pour la rupture avec l’Union européenne, que pensez-vous de l’article du responsable PTB Marc Botenga intitulé Les illusions du ‘Lexit’ ? (1) »


Lorsque nous nous prononçons pour la rupture avec l’Union européenne, nous insérons ce mot d’ordre dans la perspective des Etats-Unis socialistes d’Europe, c’est-à-dire l’expropriation du capital dans un nombre suffisant mais non limité de pays industriels afin d’assurer la victoire des travailleurs, à l’opposé de la conception stalinienne du socialisme dans un seul pays dont le caractère frauduleux ne fait plus de doute.

La rupture avec l’Union européenne, c’est par essence la rupture avec les institutions du capital. C’est donc l’affirmation de l’indépendance politique du mouvement ouvrier.
La rupture avec l’U.E., c’est le premier pas indispensable vers la constitution de gouvernements ouvriers à l’échelle nationale qui se fédéreraient librement à l’échelle du continent. C’est pour cette raison qu’en termes transitoires, nous disons : pour l’union libre et fraternelle des peuples et des nations libres de l’Europe ! L’Union européenne est une prison des peuples. Elle détruit les acquis ouvriers pour réaliser la baisse du coût du travail. Elle organise l’effondrement des services publics, impose les privatisations, les « réformes » du marché du travail (précarité, flexibilité). Elle encadre la désindustrialisation, etc.


Son oeuvre dévastatrice répond aux besoins du capital spéculatif qui recherche les moyens de prélever la plus-value malgré les difficultés croissantes à trouver des marchés rentables, ce qui passe désormais par la destruction des organisations ouvrières indépendantes, et donc de la démocratie. L’Union européenne est liée indissociablement à la situation de putréfaction que présente la survie du système de la propriété privée des moyens de production incapable de développer les forces productives, depuis l’avènement de l’impérialisme, stade final du capitalisme.


De ce point de vue, l’article de Marc Botenga développe une position sur l’état du capitalisme sensiblement différente. Lorsqu’il avertit des dangers de la sortie de l’Union européenne, il emploie une série d’arguments liés à la puissance presque triomphante du capitalisme. L’Union européenne est-elle elle-même définie comme « un appareil d’État pour obtenir des parts plus importantes du butin mondial ». Ce qui voudrait dire que l’UE aurait la possibilité de ravir à l’impérialisme US des parts de marché. C’est pourtant l’inverse que l’on constate.


A propos des traités européens, il écrit : « Or, malgré tous leurs défauts, ces traités ont peu de pouvoir en soi. Pas plus que la Constitution américaine ne fait obstacle à un État socialiste du Vermont (Etat du sénateur Bernie Sanders que M. Botenga soutient – ndr), ce ne sont pas les traités européens qui bloquent les politiques de gauche. Ils ne font qu’exprimer et, dans une certaine mesure, renforcer les rapports de force existant entre Capital et Travail. S’il existait d’autres rapports de force, ces textes seraient ignorés ou
bouleversés. » Autrement dit, le rapport de forces serait favorable au capital. Voilà pourquoi nous devrions
continuer à subir l’application des Traités en attendant qu’un tel rapport de force se construise à l’échelle
européenne. Il n’y aurait plus d’autodétermination des peuples à l’échelle nationale. Tout serait devenu
une question supranationale.


Tout au long de son exposé, l’auteur s’insurge contre ceux qui entendraient défendre les conquêtes
ouvrières arrachées dans le cadre des Etats-Nations et détruites par la mise en concurrence européenne : «
Loin d’être des bastions de protection contre le Capital, les États-nations européens renforcent et
protègent constamment les intérêts des grandes entreprises. (…) D’un point de vue quantitatif, le Capital
dispose peut-être d’un rapport de force plus intéressant au niveau européen que dans certains États
nationaux. En termes de caractère fondamental de classe, toutefois, il n’y a pas de différence qualitative
entre l’État supranational européen émergent et les États membres individuels. Tant que le capital
international et les sociétés transnationales fixeront l’ordre du jour politique, une Belgique, une Allemagne
ou une Italie indépendante ne sera pas réellement sociale ou démocratique.»


M. Botenga se prononce contre la sortie de l’Union européenne au nom du combat contre le capitalisme. Il
dit en quelque sorte : puisque la sortie de l’Union européenne n’apporte pas en elle-même l’avènement de
la société socialiste, les dangers sont nombreux.


Il additionne les références au programme révolutionnaire. Le changement par les urnes est illusoire face à
la réaction des capitalistes. Ainsi : « S’il est parfaitement logique de prévoir l’éventualité d’une sortie
lorsqu’on se prépare à gouverner, les mesures économiques de gestion d’une telle sortie viendront
probablement trop tard. La fuite des capitaux, par exemple, commencera dès la probabilité d’une victoire
électorale alors que le gouvernement de gauche ne pourra — logiquement — l’entraver au plus tôt
qu’après son élection. La nationalisation est un instrument essentiel, mais pas toujours la panacée,
notamment lorsque certaines usines ne sont que des maillons d’une chaîne de production. » Si la
nationalisation n’est pas la panacée, que dire alors du maintien de la propriété privée ?


M. Botenga nous prévient : « La sortie seule ne permet pas d’échapper au capitalisme mondial ou à la
concurrence féroce. » Il nous instruit sur les dangers de la machine de l’Etat (dont on sait depuis Lénine
qu’il faut la briser) : « Un gouvernement de gauche ne pourra en effet même pas compter sur ses hauts
fonctionnaires. » (Il cite les exemples du gouvernement grec de Syriza ou encore du chantage pesant sur
Corbyn en Grande-Bretagne.) Les menaces de coup d’Etat ou de mutineries de l’armée nous obligeraientelles
à rester dans le cadre de l’Union européenne ? En réalité, le terrain sur lequel se situe l’auteur est
celui de la volonté de tel ou tel dirigeant. Il ne fait pas confiance aux masses pour résoudre la situation
d’affrontement entre les classes qu’ouvrirait la sortie de l’UE.


Selon lui, « compte tenu des conséquences économiques désastreuses, il est peu probable qu’une sortie
puisse convaincre les gens que c’est la voie à suivre. L’effondrement économique potentiel de l’État
sortant, même si ce n’est qu’à court terme, pourrait renforcer chez les citoyens des autres États membres
le sentiment qu’il n’y a pas d’alternative. » Peu importe si l’Union européenne organise elle-même
l’effondrement économique… comme indiqué plus haut ? Pour autant, les travailleurs savent que la lutte
des classes n’est pas un chemin pavé de roses. Mais en même temps, en quoi la démoralisation est-elle un
facteur de mobilisation en faveur du socialisme ?


Pour M. Botenga, l’Union européenne est « un champ de bataille qu’on ne peut pas fuir » : « Penser que
l’on peut contourner les rapports de force européens est une illusion. Les économies européennes sont
fortement et de plus en plus intégrées. En valeur, environ les deux tiers des biens et services exportés de
n’importe quel État membre vont vers d’autres États membres. En 2010, environ 70 % du stock
d’investissements directs étrangers entrant dans les États membres de l’UE provenaient d’autres pays européens.
Mais surtout, il y a l’intégration au niveau de la production et des ventes. À court terme, une
Editeur responsable : G. Coucke, rue Arsenal 158 – 6230 Pont-à-Celles
sortie aurait des conséquences dramatiques. (…) Ni la dévaluation rapide de la nouvelle monnaie ni le
contrôle de capitaux n’empêcheront les pénuries. Quels que soient les avantages que l’annulation
unilatérale de la dette peut apporter, ils n’aideront pas beaucoup au cours des premiers mois suivants la
sortie. » Autrement dit, puisque le marché est européen, le maintien dans l’Union européenne est
inévitable.


M. Botenga pose la question de l’effet d’entraînement qu’aurait la sortie de l’Union européenne par la
classe ouvrière d’un pays sur les autres classes ouvrières. La réponse est sans appel : aucun effet bénéfique
! « Une campagne de sortie pourrait ainsi même aggraver les rapports de force en focalisant sur des
intérêts nationaux plutôt que sur des intérêts sociaux. La campagne pour l’indépendance catalane l’illustre
bien. » La mobilisation du peuple catalan pour la République catalane ouvre la voie au démantèlement des
institutions de la monarchie espagnole (institutions soutenues avec acharnement par l’Union européenne),
ce qui pose la question d’une union des républiques libres et indépendantes d’Espagne, comme condition à
l’unité de la classe ouvrière. Pour l’auteur de l’article, cette mobilisation populaire s’identifie avec les
orientations réactionnaires d’une partie des dirigeants bourgeois catalans, lesquels se sont d’ailleurs
montrés incapables de traduire en actes la proclamation d’indépendance, précisément parce qu’ils veulent
que l’indépendance catalane soit subordonnée à un accord avec l’Union européenne et avec l’impérialisme
en général.


Alors face à toutes ces illusions dangereuses, quelle est la solution pour M. Botenga? La réponse est : «
sensibiliser à la nécessité d’un contre-pouvoir ». Qu’est-ce à dire ? « Construire un contre-pouvoir
demandera une participation active à une myriade de mouvements syndicaux et de luttes sociales. Cette
participation est essentielle aussi pour faire comprendre qu’une Europe totalement différente est
nécessaire. Des revendications concrètes et des campagnes de sensibilisation sur le fonctionnement et la
nature de classe du système actuel sont nécessaires. » En bref, la seule perspective qui nous est offerte ici
est celle d’une propagande électorale avec de questions simples et pédagogiques. Avec comme corolaire,
la fusion des organisations syndicales avec les ONG.


On remarquera que les arguments avancés contre la rupture avec l’Union européenne (effondrement,
menaces militaires, chauvinisme, etc.) pourraient être tout aussi bien opposés à la rupture avec le
capitalisme en général. Et on doit ajouter qu’à aucun moment, M. Botenga ne mentionne le rôle des Etats-
Unis (ses gouvernements) dans la construction de l’Union européenne et ses interventions pour défendre
l’UE face aux mobilisations des peuples.


Le texte de M. Botenga date d’avril 2018. Depuis, le PTB a été obligé de préciser son point de vue, sous la
pression des travailleurs qui estiment à raison qu’ils ont besoin d’un gouvernement à leur service, donc en
rupture avec les traités européens. Mais pour éviter de parler de rupture, le PTB a été amené à prôner la «
désobéissance » à l’égard des directives européennes. Or, l’UE ne tolèrera pas une telle désobéissance.
Chacun comprendra que la situation d’un gouvernement qui participe aux décisions des sommets
européens tout en refusant de les appliquer est intenable. Un exemple parmi tant d’autres : l’ouverture à
la concurrence du transport ferroviaire des passagers. Que va faire un gouvernement s’il refuse cette
ouverture ? Soit il cèdera tôt ou tard, soit il rompt avec cette machine à tout démolir qu’est l’Union
européenne.


Bien entendu, si le PTB s’engageait réellement pour une rupture même partielle avec l’application des
traités européens, nous le soutiendrions sans hésiter. Mais tout se passe comme si le PTB jouait sur les
mots et se préparait à retomber sur ses pattes au nom de prétendues alliances progressistes, agissant dans
le cadre du système actuel.

Rejoignez-nous ! Prenez contact !

(1) https://lavamedia.be/fr/les-illusions-du-lexit/ – Le Lexit est la sortie à gauche (Left) de l’Union européenne

DR n°6-Chute de l’URSS, pourquoi ?

Le Cercle d’Etudes et de Débats, animé par les militants du CORQI, organisait ce samedi 17 mars une conférence avec les historiens Jean-Jacques Marie et Eric Aunoble, sur le thème : « De la Révolution d’Octobre 1917 à la chute de l’U.R.S.S., comment et pourquoi ? ». La conférence a réuni une centaine de personnes.

Eric Aunoble a abordé deux questions : les rapports entre le sentiment national ukrainien et son utilisation par le pouvoir bureaucratique et la situation réelle de la classe ouvrière en URSS. Jean-Jacques Marie a exposé les causes de l’effondrement du pouvoir soviétique. Pour faire bref, il a expliqué que cet effondrement était le résultat de la combinaison entre l’incapacité de la bureaucratie à continuer d’empêcher les travailleurs soviétiques de s’exprimer politiquement, face aux mouvements de grève qui tendaient à se généraliser dès 1989, et l’aspiration toujours plus forte des couches bureaucratiques à vendre librement sur le marché mondial le produit de leur détournement de la propriété sociale.

J-J Marie est revenu sur l’origine de la montée de la bureaucratie et de son excroissance démesurée. C’est l’isolement international de la révolution d’Octobre, dont les sociaux-démocrates sont les principaux responsables, qui a créé les conditions politiques de cette émergence. La guerre provoquée par l’intervention militaire impérialiste contre la révolution dès 1918 a décimé les militants révolutionnaires, malgré la victoire de l’Armée rouge. L’absence d’extension de la révolution dans les pays européens développés a nourri le développement d’une couche sociale nationale n’ayant, à son tour, aucun intérêt au développement révolutionnaire international.

Retenons de la discussion qui a suivi ces exposés deux remarques défavorables à cet exposé exprimées par des participants. La première remarque a consisté à reprocher aux orateurs d’avoir occulté les bienfaits de l’industrialisation (plans quinquennaux) et d’avoir oublié l’importance de la victoire soviétique sur le régime nazi.

Les orateurs ont répondu que les plans quinquennaux ont développé de manière extraordinaire la production dans un pays exsangue et ont multiplié par dix le nombre d’ouvriers, mais que cela ne doit faire oublier d’aucune manière que ce progrès s’est effectué parallèlement au développement d’une couche de privilégiés, au train de vie nettement supérieur à celui du reste de la population. Tout au long de l’histoire de l’URSS, les travailleurs de l’URSS ont mené une grève passive contre les inégalités salariales. La bureaucratie n’a jamais été capable de surmonter la contradiction et toutes ses tentatives d’empêcher la décomposition du régime ont échoué.

Quant à la guerre, gagnée contre les nazis grâce à la volonté acharnée du peuple à défendre les conquêtes d’Octobre, Jean-Jacques Marie a rappelé les décisions de Staline et de sa couche bureaucratique contre les veuves de guerre. A partir de 1947, pendant que les hauts dignitaires abusaient de leurs privilèges d’Etat (voitures de luxe, etc.), des centaines de milliers de veuves furent envoyées dans les camps, condamnées pour avoir chapardé un peu de blé ou quelques pommes de terre pour nourrir leurs enfants.

Jean-Jacques Marie illustre là ce qu’il exprime de façon beaucoup plus explicite dans ces nombreux ouvrages, à savoir que le résultat des plans quinquennaux et la victoire contre le nazisme sont des actifs dont le mérite revient aux peuples et non à la bureaucratie qui a surtout alourdi la tâche.

La deuxième remarque se voulait polémique en reprochant aux orateurs de ne pas tenir compte de la corruption dans le système capitaliste. Autrement dit, si la corruption a mené à l’effondrement de l’URSS, pourquoi n’en serait-il pas de même pour le capitalisme ? On peut aussi penser que dans ces interventions, il était reproché aux orateurs de ne pas défendre le système soviétique face au système capitaliste, selon la vieille conception des deux camps opposés : d’un côté, le camp de l’impérialisme et de l’autre,  le camp de l’Union soviétique, en réalité le camp du stalinisme.

Jean-Jacques Marie est revenu en détail sur la corruption de la bureaucratie érigée en système généralisé. Un capitaliste ne s’enrichit pas à cause de la fraude ou du vol mais grâce à l’extorsion de la plus-value. Le bureaucrate, lui, vole le produit du travail social. La corruption est la seule voie pour le bureaucrate de s’enrichir.

Mais les bénéfices rapportés par cette corruption étaient limités par toute une série de dispositions liées au maintien de la propriété sociale. Ainsi, la richesse personnelle des bureaucrates ne pouvait pas être réinvestie pour obtenir des profits. Les privilèges étaient des privilèges sur la consommation. Il n’y avait pas de transmission par héritage. Ce sont ces limitations que les bureaucrates ont fait sauter au moment de l’explosion de l’URSS. Les bureaucrates, organisés en clans mafieux, se sont intégrés dans le marché mondial en s’appropriant chacun des morceaux de la propriété sociale. A l’inverse, dans le système capitaliste, même si la corruption est répandue, elle est dominée par le régime de la propriété privée des moyens de production. Au passage, on peut ajouter que le régime capitaliste est au bord de l’effondrement, non pas à cause de la corruption, mais bien à cause de ses contradictions profondes qui le conduisent dans une impasse. Pour surmonter sa crise, le capitalisme menace d’enfoncer toute l’humanité dans la guerre et la barbarie.

En revenant à la question posée par la conférence, Jean-Jacques Marie a ironisé sur ceux qui prétendent que l’URSS s’est effondrée uniquement parce que Gorbatchev a été payé par les USA et qu’il a trahi les intérêts de travailleurs. L’histoire est certes faite par les hommes mais jamais par des individus isolés. La cause de l’effondrement est à rechercher à l’intérieur de l’URSS. L’URSS a été minée de l’intérieur par la bureaucratie qui devait se tourner vers l’impérialisme pour aller jusqu’au bout de ses intérêts.

J-J Marie a d’ailleurs rappelé le « pronostic » de Trotsky dès 1936, en pleine ascension du régime stalinien : « Deux tendances opposées grandissent au sein du régime : développant les forces productives — au contraire du capitalisme stagnant — il crée les fondements économiques du socialisme ; et poussant à l’extrême, dans sa complaisance envers les dirigeants, les normes bourgeoises de la répartition, il prépare une restauration capitaliste. La contradiction entre les formes de la propriété et les normes de la répartition ne peut pas croître indéfiniment. Ou les normes bourgeoises devront, d’une façon ou d’une autre, s’étendre aux moyens de production, ou les normes socialistes devront être accordées à la propriété socialiste. La bureaucratie redoute la révélation de cette alternative. » Autrement dit, l’alternative est : ou bien le socialisme par la révolution politique, ou bien la restauration du capitalisme par le truchement de la bureaucratie agissant comme courroie de transmission de l’économie de marché mondiale.

On peut au passage évoquer la manière dont le PTB explique l’effondrement de l’URSS. Dans un article paru dans le journal Comactu de fin 2017, il est dit que la révolution de 1917 est « le début d’une première tentative dans le monde de construire le socialisme, faite de réalisations mais aussi de sérieuses erreurs, qui va marquer l’histoire du 20ème siècle » et « Evidemment, l’expérience socialiste soviétique a été marquée de sérieuses erreurs mais la révolution d’octobre reste un événement majeur… ». Cet article s’adresse aux jeunes sympathisants du PTB. Certes, il s’agit d’un article court qui se veut didactique sans entrer dans les détails. Néanmoins, le lecteur ne saura pas de quelles « erreurs » parle-t-on à deux reprises.

Il y a 20 ans, le PTB, stalinien, expliquait la chute de l’URSS par les positions politiques de la direction du parti communiste. Il aurait suffi que les dirigeants rejettent le « révisionnisme » de Khroutchev et le socialisme eût été sauvé. « La révision du marxisme-léninisme a détruit le pouvoir ouvrier de l’intérieur. (…) La bureaucratie et la dégénérescence idéologique et politique à la direction de l’appareil d’Etat et du parti, la révision du marxisme-léninisme effectuée à partir des 20ème et 22ème congrès du PCUS, et portée à son apogée dans la politique de la perestroïka, le rejet des principes fondateurs du communisme dans la théorie et la pratique, ont conduit à la contre-révolution et, avec l’aide de l’impérialisme international, au renversement du socialisme en URSS.» (1). Aujourd’hui, le discours est différent : « Ces régimes-là (URSS, Chine, etc.) ne sont pas nos modèles de société. Nous sommes complètement opposés aux méthodes non démocratiques utilisées dans ces pays. C’est une évolution majeure du PTB : depuis notre congrès de 2008, nous avons tourné la page et nous nous tournons vers l’avenir pour créer un marxisme du XXIe  siècle. Donc, non, le PTB ne veut pas instaurer un régime soviétique en Belgique. » (2) La chute de l’URSS s’expliquerait-elle par une question de « méthode » dans la réalisation du socialisme ?

L’ancien dirigeant du PTB, Ludo Martens, écrivait en 1992 : « Trotski répondait que la restauration capitaliste était impossible sans une insurrection armée de la bourgeoisie et sans une guerre civile prolongée. Sa thèse de l’impossible restauration servait à détruire toute vigilance politique et idéologique et à promouvoir une attitude de conciliation envers l’opportunisme à l’intérieur du parti et envers l’ennemi de classe dans la société. » (3) Ainsi, la restauration du capitalisme en URSS serait due au manque de vigilance politique sous l’influence de Trotsky. Comment renverser les rôles à bon compte !

Après la chute de l’URSS, certains ont  voulu critiqué le point de vue de Trotsky en 1936 qui écrivait : « l’évolution des contradictions accumulées peut aboutir au socialisme ou rejeter la société vers le capitalisme ; la contre-révolution en marche vers le capitalisme devra briser la résistance des ouvriers. » Ces critiques affirment que puisque le capitalisme a été restauré sans résistance des travailleurs, Trotsky s’est trompé et d’une certaine manière, les travailleurs sont responsables.

Or, une conclusion importante a été tirée par Jean-Jacques Marie : si la chute de l’URSS a ramené le pays à l’époque du capitalisme, le processus n’est pas achevé. La propriété d’Etat est encore très importante. Par exemple, la compagnie Aeroflot n’est toujours pas privatisée (on reporte d’année en année). Si les « Occidentaux » n’aiment pas Poutine, ce n’est pas à cause de la Syrie, mais en raison de leur volonté d’en finir complètement avec la propriété sociale. De leur point de vue, Poutine n’est pas leur homme pour détruire ce qui reste des Conquêtes d’Octobre. Ces conquêtes sociales sont toujours vivantes et représentent un obstacle majeur pour les capitalistes.

Toujours est-il que la question qui demeure est celle de l’organisation indépendantes des travailleurs, celle du parti politique qui doit rassembler les travailleurs de Russie et d’ailleurs, non seulement pour la défense des conquêtes  d’Octobre mais aussi pour réaliser l’autre branche de l’alternative : « Supposons la bureaucratie soviétique chassée du pouvoir par un parti révolutionnaire ayant toutes les qualités du vieux bolchevisme et enrichi, en outre, de l’expérience mondiale de ces derniers temps. Ce parti commencerait par rétablir la démocratie dans les syndicats et les soviets. Il pourrait et devrait rétablir la liberté des partis soviétiques. Avec les masses, à la tête des masses, il procéderait à un nettoyage sans merci des services de l’état. Il abolirait les grades, les décorations, les privilèges et ne maintiendrait de l’inégalité dans la rétribution du travail que ce qui est nécessaire à l’économie et à l’état. Il donnerait à la jeunesse la possibilité de penser librement, d’apprendre, de critiquer, en un mot, de se former. Il introduirait de profondes modifications dans la répartition du revenu national, conformément à la volonté des masses ouvrières et paysannes. » (La Révolution trahie, L. Trotsky, 1936)

Légende : Mineurs du Kouzbass, 11 juillet 1989 – Sur la banderole : « Nous tiendrons jusqu’au bout » 1er jour de la grève des mineurs à Mejdouretchensk, dans la région de Kemerovo.

(1) http://www.communisme-bolchevisme.net/documents_mouvement_communiste_internationnal.htm

(2) http://www.lesoir.be/archive/recup/494435/article/actualite/belgique/2014-03-14/raoul-hedebouw-crise-resulte-l-essence-meme-du-capitalisme-il-y-une-alternative

(3) http://www.marx.be/fr/content/le-trotskisme-au-service-de-la-cia-contre-les-pays-socialistes

DR n°5: La Catalogne et la NVA.

« Le 1er octobre dernier, le peuple de Catalogne a décidé, lors d’un référendum, d’exprimer sa volonté de se constituer en une République indépendante et il l’a fait dans des conditions de répression brutale de la part de la police nationale espagnole et de la Garde civile (…). Deux jours après, le 3 octobre, une grève générale contre la répression et pour les libertés paralysait le pays et mobilisait massivement la société catalane, une grève générale dans laquelle – car il ne peut pas en être autrement – la classe travailleuse est devenue la force sociale la plus active et la plus décisive. » Ainsi s’exprime un des comités catalans de défense du référendum et de la République.

Malgré la répression, malgré le saccage des urnes, malgré la violence policière, le 1er octobre 2017, le peuple catalan s’est mobilisé et a imposé par son vote – dont le caractère majoritaire est indiscutable – le processus d’établissement de la République. La République, c’est la fin de la monarchie et la fin des institutions d’oppression des peuples de l’Etat espagnol mises en place par la dictature de Franco durant quarante ans et prolongées par la monarchie franquiste quarante ans supplémentaires.

La République en Catalogne, c’est la porte ouverte au processus constituant par lequel le peuple – et tout particulièrement la majorité que constituent les travailleurs des villes et des campagnes et la jeunesse – aurait le pouvoir de décider ce que doit être le contenu social et les formes politiques de la République.  La République en Catalogne, c’est la brèche ouverte pour les Républiques dans toutes les régions de l’Espagne, la brèche ouverte pour l’union des Républiques libres de tout l’État espagnol.

Et ce que tous les gouvernements ont compris, c’est le fait que la classe sociale qui a le plus grand intérêt à la proclamation de la République et à la chute de la monarchie, c’est la classe ouvrière.

L’Union européenne et les capitalistes ont clairement exprimé leur hostilité à la République catalane. Ils ont bien compris que leurs intérêts de classe étaient menacés par le surgissement de la mobilisation de centaines de milliers pour jeter à bas la monarchie. Ils l’ont bien compris et, avec eux, toute la sainte-alliance des dirigeants des différents gouvernements des pays d’Europe et de l’Union européenne.

Les travailleurs de Catalogne n’ont rien à attendre des dirigeants, qui, après avoir organisé le référendum, ont réaffirmé leur allégeance à l’Union européenne et au capital financier. La mobilisation populaire a conduit à la constitution  des comités de défense du référendum (CDR) et de la République.

Les travailleurs et le peuple catalans sont en danger. Ils ne doivent pas rester isolés. La responsabilité des organisations se réclamant du mouvement ouvrier et de la démocratie est totalement engagée. Ou bien avec le peuple de Catalogne et la République, ou bien avec l’Union européenne et la monarchie franquiste. Se taire, c’est se rendre complice de la répression, c’est appuyer l’offensive antidémocratique contre le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le 1er octobre, le peuple a voté oui à la République, oui à l’indépendance. Son action ouvre la voie pour en finir avec la monarchie héritière du franquisme. De toutes parts, on cherche à faire disparaître le vote du peuple. Seules seraient légitimes les élections ayant reçu l’aval préalable de Rajoy et du roi. Nous disons : « Ne touchez pas au peuple catalan ! Halte à la répression ! Libération des prisonniers politiques ! Arrêt des poursuites ! Que vive la République catalane ! »

Pour couvrir la répression néo-franquiste contre le peuple catalan, une intense propagande s’est développée au lendemain du référendum. Les Catalans sont accusés de tous les maux. Il s’agirait d’un nationalisme qui ferait le jeu de la monarchie. La décision de proclamer la République catalane aurait la grave faiblesse d’être « unilatérale » (1). Ou encore, puisque la direction catalane est bourgeoise, pro-capitaliste et pro-Union européenne, il ne faudrait pas soutenir la proclamation de la République. Enfin, comble du comble, puisqu’en Belgique, la NVA soutient le gouvernement catalan, aucun travailleur ne pourrait s’associer à une telle funeste entreprise.

D’abord, il serait totalement erroné d’identifier le peuple catalan, la classe ouvrière de Catalogne, avec ses dirigeants. Les travailleurs catalans ont leurs propres intérêts face aux capitalistes catalans ou autres. Les dirigeants bourgeois du parti de Puidgemont ont cru que leur projet d’indépendance catalane était compatible avec l’Union européenne et le bon fonctionnement des entreprises privées.

C’était leur programme. Force est de constater que ce programme n’est plus à l’ordre du jour. L’Union européenne a rejeté la République catalane et le capital organise le sabotage de l’économie de la région. Il en est ainsi parce que les masses populaires se sont saisies de la question de l’oppression nationale et en ont fait leur affaire. Cette mobilisation crée la panique chez tous les représentants de la bourgeoisie à l’intérieur comme à l’extérieur. Nous ne sommes plus à l’époque où les bourgeoisies renversaient les rois, les armes à la main !

Puigdemont a été contraint de proclamer la République parce que des centaines de milliers, des millions se sont mobilisés, d’abord pour imposer que le référendum du 1er octobre se tienne malgré les interdictions et les menaces, et ensuite pour lui imposer qu’il proclame la République. Effrayé par son audace, il laisse le peuple catalan désorienté face à la répression, et il légitime les « élections » du 21 décembre qui n’ont d’autre but que de faire reculer la République et « normaliser » la situation.

La situation en Catalogne, ce sont depuis des semaines, des centaines de milliers d’anonymes qui se sont mis en mouvement. Ils ont commencé à prendre leurs propres affaires en main. Ils demandent que soient satisfaites leurs aspirations les plus élémentaires : le droit d’un peuple à disposer de son sort, le droit de ne plus vivre sous la tutelle d’un roi. Ces aspirations démocratiques et nationales élémentaires se mêlent étroitement aux aspirations sociales qui sont celles de tous les travailleurs de l’État espagnol, et au-delà, en Europe. C’est l’aspiration à en finir avec les plans d’austérité de la troïka que tant le gouvernement central de Madrid que le gouvernement « régional » de Catalogne ont appliqué. C’est l’aspiration à en finir avec les privatisations, avec le chômage, avec les plans capitalistes.

C’est pourquoi il eut été naturel que ce soit le mouvement ouvrier, les organisations ouvrières – politiques et syndicales, traditionnellement puissantes en Catalogne comme on l’a vu pendant la révolution en 1936 –, qui se mettent à la tête de ce mouvement, et non Puigdemont. Mais les dirigeants des organisations ouvrières, de « gauche », en se rangeant du côté de la monarchie, contre la République, portent une lourde responsabilité dans la situation actuelle extrêmement difficile,  où le peuple catalan a été isolé des travailleurs de l’État espagnol et de ceux d’Europe et du monde. En Catalogne et dans tout l’État espagnol, comme dans notre pays dans des conditions différentes, les travailleurs ont plus que jamais besoin d’un parti à eux, d’un authentique parti ouvrier indépendant qui combatte pour la République, la démocratie et le socialisme.

Alors que vient faire la NVA dans cette affaire ? Les origines de la NVA plongent dans l’histoire de la Belgique. La Belgique est une nation bourgeoise créée en 1831 par une classe capitaliste qui se rallie à la monarchie par crainte du peuple. Cette classe capitaliste est exclusivement francophone. La lutte des travailleurs de Flandre passe par la reconnaissance de leurs droits linguistiques. La social-démocratie (POB, ancêtre du PS), alliée à la bourgeoisie, se refuse à soutenir réellement cette reconnaissance, ce qui laisse le champ libre au nationalisme bourgeois flamand pour utiliser la question nationale à son avantage. La 1ère Guerre mondiale qui voit la social-démocratie soutenir la guerre et trahir les travailleurs, renforce le nationalisme bourgeois en Flandre et également le syndicalisme chrétien. Les traditions pacifistes du peuple flamand trouvent des soutiens en dehors des grandes organisations ouvrières. 100 ans plus tard, le succès de la NVA trouve ses racines dans cette situation de crise du mouvement ouvrier et démocratique.

La NVA cherche à utiliser cette situation historique au profit de la classe capitaliste. Si son programme est celui de la République, il s’agit d’une « République » fondée sur la destruction des conquêtes de la classe ouvrière, à travers l’explosion de l’Etat belge garant de ces conquêtes. On mesure ainsi la différence qui existe entre la Catalogne et la NVA. Certes, Puidgmeont et la NVA pensent qu’il est possible de trouver des solutions à la crise du capitalisme dans le cadre d’une Europe des régions qui consacrerait le morcellement des droits sociaux et les privatisations. Même si la NVA tente de faire croire que l’indépendance de la Catalogne favoriserait l’indépendance de la Flandre, il y a loin de la coupe aux lèvres. En fait, la NVA se retrouve sur un terrain très glissant. D’abord, la NVA se heurte constamment à l’obstacle de l’unité de la classe ouvrière de Belgique, unie dans des syndicats puissants, dont les affiliés continuent à défendre les conquêtes sociales fédérales (Sécurité sociale, droit du travail, etc.).

Le « nationalisme » catalan est la forme que prend le mouvement du peuple pour rejeter les institutions anti-démocratiques de la monarchie. La mobilisation des travailleurs et des jeunes de Catalogne démontre qu’il n’est pas question de faire exploser les droits des travailleurs mais de remettre en cause un régime qui assure précisément l’exécution des diktats de l’Union européenne dans toute l’Espagne. De ce point de vue, parce qu’elle est précisément une vitrine politique du patronat flamand (le Voka), la NVA est totalement étrangère à la classe travailleuse qui est devenue « la force sociale la plus active et la plus décisive » à la défense de la République catalane.

Aujourd’hui, parce qu’il s’est mis en mouvement, mettant en péril les institutions de la monarchie, le peuple catalan est en péril. L’unité la plus large est nécessaire pour barrer la route à la répression.

(1) Ne faisant pas exception, le PTB s’est prononcé pour le « dialogue », comme si le maintien de la tutelle de la monarchie sur la Catalogne était la réponse correcte aux exigences du peuple. Par ailleurs, le PTB adopte le langage de la peur : « Certains espèrent qu’une Catalogne indépendante pourrait rompre avec la logique du marché et de la concurrence. Cependant, cela demanderait un changement énorme dans les rapports de force actuels au sein de la Catalogne. La nouvelle république se trouverait alors isolée au milieu de pays hostiles. » (https://ptb.be/articles/catalogne-ce-que-la-crise-nous-apprend-sur-l-independantisme-l-etat-espagnol-et-la)

DR n°4- Le Portugal et l’U.E.

Interview d’un militant membre de la section portugaise du CORQI. :

En Belgique, la presse fait état du redressement de l’économie du Portugal en écrivant que cela met à mal le discours de ceux qui prônent la rupture avec l’Union européenne. Les syndicats ont largement relayé l’idée qu’on peut mener des politiques de relance dans le cadre européen. On lit que ce « redressement économique et social prend Bruxelles à contre-pied ». On lit aussi que le gouvernement portugais est parvenu à réduire le déficit sans baisse des dépenses publiques, sans réformes structurelles du travail et sans réduction des protections sociales, à l’inverse de la politique de l’UE. Quelle est la réalité de ces affirmations ?

Prenons ces affirmations une à une. Y a-t-il des “politiques de relance” de la part du gouvernement PS/PCP/BE (1)?

Les deux budgets du gouvernement PS/PCP/BE pour 2016 et 2017 étaient des budgets d’austérité et de “rétrécissement” économique en stricte conformité avec les indications et les restrictions imposées par l’UE : réduction du déficit public, augmentation de l’“excédent primaire” (soit recettes moins dépenses publiques hormis les intérêts de la dette).

Même en ce qui concerne la prétendue non obéissance stricte du gouvernement aux injonctions de Bruxelles, il faut savoir qu’en 2016, le ministre des finances a eu massivement recours à la constitution de “réserves budgétaires” qu’il n’a finalement jamais libérées, appliquant par là-même, sans le dire, les “efforts additionnels” exigés par la troïka après le budget approuvé initialement par le parlement.

Les seules mesures “de relance” prises par le gouvernement ont consisté dans la levée (très progressive) de certaines des inimaginables restrictions appliquées par le gouvernement de droite précédent sous la botte de la troïka, y compris des coupes sèches des salaires de la fonction publique et de toutes les pensions allant jusqu’à 30% et l’allongement des horaires de travail de la fonction publique sans compensation. Des mesures jamais mises en œuvre en aucun pays européen sauf la Grèce. Des mesures dont le gouvernement de droite avait lui-même dit qu’elles n’étaient que provisoires et annulées dès que les circonstances le permettraient.

Sans baisse des dépenses publiques? Faux. En 2016 l’investissement public est tombé à moins de 2% du PIB, soit le pourcentage les plus bas de toute l’UE. L’investissement public contient naturellement des composantes fondamentales de ce qu’on est en droit de considérer comme du “salaire collectif” arraché par les luttes ouvrières après la révolution de 1974 : les systèmes de transports publics, les hôpitaux, les écoles publiques, etc. Les usagers qui vivent l’écroulement des transports publics dans les grandes villes (aucun bus n’a moins de vingt ans d’âge, des ferrys dont dépend un énorme pourcentage des travailleurs à Lisbonne bricolés, fréquences et fiabilité de tous les moyens de transport en chute absolue), ou encore l’impossibilité de recourir à des soins de santé en temps utile et les écoles fermées à cause de la pluie sont le prix que payent les travailleurs pour le nouveau modèle d’austérité. Ainsi que le pays en feu tout l’été, faisant plus d’une centaine de morts, alors que les moyens de combat sont limités et la forêt est à l’abandon et en proie au négoce de la pâte à papier.

Par ailleurs, le gouvernement s’est engagé à ce que “à l’horizon 2021 la gestion budgétaire sera basée sur la réduction de la dépense (-3 points de pour-cent du PIB par rapport à 2017) accompagnée d’une réduction des recettes, surtout des recettes fiscales (-0.6 p.p. du PIB). (cf. Plan de stabilité et croissance)”. Le gouvernement s’est engagé jusqu’en 2021 à réduire nominalement de 10% la dépense publique des salaires (par rapport à 2017).

Sans réformes structurelles du travail? Faux. Le gouvernement refuse de révoquer les “réformes structurelles” du travail mises en œuvre par le gouvernement précédent, notamment la “caducité des conventions collectives” et la précarisation croissante du marché du travail. Le patronat a d’ailleurs accepté l’augmentation du salaire minimum à condition que le gouvernement ne touche pas aux dites “réformes”!

Sans réduction des protections sociales? Le démantèlement de la santé publique, de l’école publique et des transports et de nombreux autres services publics par soustraction de tout investissement public parle une autre langue, voir plus haut.

Politique de relance, redressement de l’économie?  Il faut savoir que l’économie portugaise (mesuré par le PIB per capita) a atteint au deuxième trimestre 2017 (2) pour la première fois une valeur équivalente à celle qu’elle avait en 2010. Elle avait certes auparavant chuté profondément sous le coup des politiques de la troïka UE/FMI/BCE.

Si le gouvernement a accepté d’augmenter très légèrement le salaire minimum (désormais à la hauteur de pas moins de 557€/mois…) après plusieurs années de gel, c’est désormais 20% des travailleurs qui le touchent (en 2008 ils étaient seulement environ 7%). Ceci est la conséquence du gel de salaires dans le public et le privé depuis dix ans, qui tire de plus en plus de travailleurs vers le niveau du salaire minimum. Il n’est pas inutile d’indiquer que la valeur actuelle du salaire minimum est inférieure de 7%, en termes réels, au premier salaire minimum créé au Portugal, en 1974, juste après la révolution. En outre le salaire mensuel moyen actuel est supérieur d’à peine 5% en termes réels à celui d’il y a 43 ans. En sachant que l’éventail des salaires s’est significativement élargi, cela veut dire que la plupart des travailleurs portugais a des salaires réels égaux ou inférieurs à ceux que touchaient leurs parents et grands-parents il y a 43 ans. La conséquence : ces dernières années, plus de 400.000 jeunes travailleurs portugais ont émigré. Cette fois-ci, pas les paysans illettrés des années 1960, mais des jeunes souvent hautement qualifiés, dont la formation a coûté des millions au pays. Voilà les merveilles de l’adhésion à la CEE en 1986!

Le rapport FMI du 15 septembre 2017, dans le cadre des consultations annuelles, explique : « L’amélioration budgétaire en 2016 résulte principalement de la baisse de la consommation et de l’investissement publics, ce qui va probablement s’avérer difficile à reproduire dans les années à venir. Depuis 2012, les dépenses publiques d’investissement au Portugal sont au-dessous de la moyenne de zone euro (2,1% comparés aux 2,7 du PIB) et sont tombées à un niveau historiquement bas en 2016 (1,5% du PIB) alors que les dépenses courantes ont en grande partie évincé l’investissement public. » Le même rapport poursuit : « Augmenter le potentiel de croissance de l’économie exigera aussi que de nouvelles réformes structurelles en finissent avec les obstacles toujours importants à l’investissement privé à long terme. Les réformes structurelles devraient se concentrer sur les goulots d’étranglement qui impactent défavorablement la perception de l’environnement des affaires par les investisseurs, y compris les rigidités dans le marché du travail, les procédures juridiques inefficaces, un environnement réglementaire imprévisible et des retards dans les paiements dans le secteur public. » Que penses-tu de ce tableau du Portugal dressé par le FMI ?

Le FMI a évidemment “raison”. Alors que l’économie portugaise telle que mesurée par les indices traditionnels continue de s’éloigner de plus en plus des économies plus développées d’Europe, le gouvernement PS/PCP/BE a utilisé un procédé étonnant pour, tout en atteignant les objectifs du Pacte de croissance et stabilité de l’UE, donner l’impression qu’il “préservait” les petits revenus broyés par l’inimaginable casse de la troïka : il a pratiquement cessé tout investissement public!

Attentif aux directives du FMI et de la Commission, le gouvernement (soutenu par le patronat et la droite) refuse en outre d’abroger les dispositions destructrices du Code du travail introduites par le gouvernement précédent, notamment la “caducité” des conventions collectives, qui a introduit un droit de véto patronal sur toute renégociation des conventions collectives en vigueur, gelant en pratique toute augmentation de salaires.

La politique d’austérité du gouvernement actuel est légèrement masquée par les effets d’une croissance économique assez limitée en 2016/17 (à un rythme de 1,5 à 2% annuels) après des années de contraction. Cette croissance est notamment tirée par un accroissement très important du tourisme, qui bénéficie de l’effet de réduction des flux habituels vers des pays désormais considérés dangereux par les autorités européennes. Cela a permis une réduction du taux de chômage, largement grâce à du travail saisonnier et précaire payé au salaire minimum voire moins.

Le gouvernement portugais est dirigé par le Parti socialiste et est soutenu par d’autres formations « de gauche ». En Belgique, un ancien dirigeant du PC, se revendiquant de l’« éco-socialisme », a écrit récemment : « On rêverait par exemple que le PS puisse s’inspirer du modèle portugais, qu’il mette à sa tête un président marqué à gauche et qui réfléchisse à la possibilité de gouverner réellement à gauche (en ce compris avec le PTB).  Toute la gauche en serait transformée. » Au sein de la FGTB, des dirigeants vantent également le « modèle portugais » qui apparaît aux yeux de nombreux travailleurs,  comme une formule politique possible de résistance à l’Union européenne. Quel est ton point de vue sur cette question ?

Il n’y a aucune résistance gouvernementale au modèle européen. Les budgets 2016 et 2017 ont mérité les éloges de la Commission et du FMI. Le gouvernement a sauvé la plus grande banque portugaise de la faillite (BES) en y injectant des milliards d’euros et en la “vendant” ensuite à un groupe de fonds vautours américain (Lone Star) ; l’UE vient de bénir la vente, acceptant qu’il ne s’agit pas là d’‘aides d’État’ anti-concurrentielles. Cette opération a par ailleurs été approuvée par le parlement par une coalition de circonstance PS-partis de droite avec les voix contre de la gauche.

C’est une caractéristique intéressante du “modèle portugais”: pour les mesures “sérieuses” d’imposition et continuation des politiques de réformes structurelles, privatisations, etc., il se forme une coalition PS – Président de la République (de droite) – partis de droite. Pour les mesures de routine, les quelques mesures de rétablissement des droits des travailleurs, ainsi que pour l’approbation des budgets d’austérité, il y a une coalition PS-PCP-BE. Le gouvernement s’appuie donc sur une coalition à géométrie variable qui couvre toutes les fractions parlementaires…

Vous vous demanderez: mais comment la “gauche parlementaire” accepte-t-elle de jouer ce rôle? Et bien, elle l’accepte. Un journaliste de droite commentait récemment dans Público, le principal quotidien du pays: “Quelqu’un s’est-il rendu compte du pompeux Plan national de réformes et du crucial Programme de stabilité, pièces-maîtresses de la politique fiscale jusqu’en 2021? Oui, mais pas vraiment. Pourquoi donc?” Il y répondait lui-même: “Le Bloc et le PCP sont à ce point dociles qu’ils en arrivent à avaler un programme politique de moyen terme appuyé sur une orthodoxie financière qui fait les délices du FMI, calme Francfort et sanctifie le gouvernement aux yeux des marchés.”

Dans ce sens, la prévision faite par votre dirigeant éco-socialiste est tout à fait juste : avec le “modèle portugais”, “toute la gauche en serait transformée”. Transformée en machine à dire des platitudes le week-end sur le besoin absolu de “renégocier la dette” et machine à voter docilement pendant la semaine les budgets bénis par la Commission et le FMI. “Transformée” en cinquième roue de Bruxelles en somme.

Le Premier ministre portugais socialiste Antonio Costa, aux côtés de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne (18 février 2016).
  1. BE : Bloco de Esquerda, rassemblement de partis issus de la crise du stalinisme avec l’appui de groupes se revendiquant du trotskisme.
  2. source Eurostat: http://appsso.eurostat.ec.europa.eu/nui/images/ext_site5_header.png).
  3. source : https://www.imf.org/en/Publications/CR/Issues/2017/09/15/Portugal-2017-Article-IV-Consultation-Press-Release-Staff-Report-and-Statement-by-the-45254