Coronavirus : le secteur de la culture confronté au gouvernement Wilmès.

En Belgique le secteur culturel représente 250.000 emplois et 5% du PIB. En dehors de la richesse matérielle qu’il représente, il est aussi un patrimoine immatériel indispensable. Au-delà des travailleurs du monde artistique, ce sont, plus généralement, tous les travailleurs intermittents qui subissent aujourd’hui une situation critique. Nous avons voulu savoir comment ces travailleurs sont traités en situation de crise.

Questions posées à Manon, accompagnatrice de projets.

Peux-tu décrire ton travail brièvement ?

Je suis accompagnatrice de projet dans une coopérative d’emploi à finalité sociale. Cette coopérative propose un outil de facturation permettant à des travailleurs freelance et autonomes de facturer leurs prestations ou de vendre leurs services. Cette facturation est ensuite transformée en salaire net et en remboursement de frais. Chaque coopérateur est engagé par un CDD de salarié : il est donc salarié de cette entreprise mutualisée. En somme, mon boulot est d’essayer d’accompagner au quotidien ces travailleurs freelances. Administrativement, économiquement, socialement.

Tu accompagnes des travailleurs aux statuts particuliers et aux rentrées irrégulières. Peux-tu décrire leur situation en période de confinement ?

Au-delà du secteur culturel et artistique directement touché par les mesures gouvernementales, c’est l’ensemble des travailleurs intermittents qui sont touchés par cette crise sanitaire : métiers du bien-être, esthétique, formation, animateurs, Horeca, designers, coach sportif, métiers du bois,… Ces travailleurs, assimilés à la sécurité sociale des travailleurs salariés, n’ont pas forcément accès à l’assurance-chômage « classique ». L’irrégularité de leurs prestations et de leurs revenus ne suffit pas forcément à bénéficier de cette protection sociale pour laquelle ils cotisent.

Les règles d’accès au chômage valorisent un emploi stable, contrat CDI, un temps de travail environnant les 4/5ième. Or, ces réalités économiques et professionnelles ont fortement changé ces dernières années. Et force est de constater que cette réalité intermittente n’est toujours pas considérée aujourd’hui comme une norme.

Dans cette période de confinement, nous rencontrons beaucoup de cas différents : des personnes qui n’ont droit à rien (ni chômage, ni CPAS); certain.e.s à un chômage minimum (chômage de cohabitant (+/- 400€), ou chômage isolé au plafond minimum (+/- 850€) ; d’autres encore bénéficient d’un petit chômage temporaire grâce à un autre emploi qu’ils prestent par ailleurs (par exemple un mi-temps se traduit par +/- 750€ de chômage temporaire), certains voient simplement leur temps de travail diminué sans possibilité d’aide en parallèle. Ce chômage temporaire mis en place pour les salariés « classiques » ne fonctionne que pour un petit nombre de ces travailleurs freelance.

Des aides ont été apportées à certaines entreprises et aux banques ; les travailleurs que tu côtoies ont-ils bénéficié d’un soutien ?

La seule aide gouvernementale mise en place pour les travailleurs salariés est le chômage temporaire. Ce chômage temporaire est octroyé à condition d’être sous contrat de travail et d’être dans l’impossibilité de prester son contrat – ceci, en raison de la crise sanitaire.

Qu’en est-il des travailleurs salariés freelance ? Comme ces travailleurs déclarent leurs prestations au jour le jour, bon nombre de contrats ou de projets sont conclus à l’oral, ou reconduits de façon tacite. Ces travailleurs – non protégés par un contrat écrit de longue durée – éprouvent des difficultés à prouver les promesses d’engagement… Peu d’entre eux peuvent donc prétendre à ce revenu de remplacement.

Ne doit-on pas se baser sur l’incapacité à prester son contrat de travail ? Si tel est le cas, chacun de ces travailleurs intermittents devraient pouvoir bénéficier d’une aide.  Que ce travail soit irrégulier, fluctuant et souvent précaire. Au-delà des aides qui seront ou non octroyées au secteur artistique et au tissu associatif belge, ce sont plusieurs milliers de travailleurs qui se retrouvent aujourd’hui sans statut. Sans parler de l’agonie financière que cela implique souvent…

La plate-forme « No culture – No Future » réclame le maintien des droits pour l’obtention ou le renouvellement du « statut » dit de l’artiste, ainsi que le chômage temporaire pour les artistes et les techniciens ayant des contrats annulés ou reportés.

Selon toi, quelles mesures auraient dû être prises pour éviter cette situation difficile des travailleurs que tu côtoies ?

En Belgique, il n’existe que deux statuts : celui de salarié et d’indépendant (les fonctionnaires étant un cas à part).

Beaucoup de mesures auraient dû ou auraient pu être différentes, distribuées plus équitablement selon les secteurs, etc.

Dans le cas que je présente ici, on peut simplement parler de respecter l’octroi de cette aide de chômage temporaire à TOUS les travailleurs salariés privés de leur travail. Tout travailleur salarié – peu importe le secteur, le type de contrat, le montant de la rémunération –  doit pouvoir accéder au chômage temporaire. Il n’y a pas lieu de scinder « employé classique sous CDI » et les autres. Encore une fois, ce sont les travailleurs les plus précaires qui peinent à valoriser leurs droits.

Qu’en est-il des personnes sous le statut d’artiste en cette période ?

Le statut d’artiste en Belgique est un statut de chômeur. La particularité de ce statut est que le chômeur ne voit pas son allocation de chômage diminuer : il est protégé par la protection de l’intermittence. Cette exception – « maintien du montant de l’allocation » – est accordée à la condition que l’artiste preste un certain nombre de jours artistiques par an. Un artiste bénéficiant de ce « statut » reste donc un chômeur tenu d’adopter un comportement actif de recherche d’emploi.

En ces temps de crise sanitaire, le gouvernement a mis en place un « chômage temporaire ou dit de force majeure ». Ce chômage temporaire représente 70% du brut journalier.

A l’heure actuelle, les personnes sous « statut d’artiste » restent, comme tous les jours de l’année, des chômeurs. Lorsqu’ils ne sont pas sous contrat, ils perçoivent leur allocation de chômage. Du coup, ceux-ci n’ont pas souvent d’intérêt à demander le chômage temporaire ou dit de ‘force majeure’ : cela reviendrait à passer d’une allocation de chômage à une allocation de chômage ‘de force majeure’ – avec toutes les justifications que cela implique.

En somme, c’est la différence de montant entre leur allocation journalière et l’allocation de chômage de force majeure qui motive certains à valoriser leurs contrats perdus. Et encore, pour que celui-ci soit accepté, l’ONEM doit valider des preuves « probantes ».

Pour ceux qui y renoncent, les contrats ne sont simplement pas déclarés et ils se disent souvent « j’ai déjà le chômage classique, c’est déjà ça… » mais cela ne correspond pas à la réalité.

Ce statut, bien que précaire, est-il menacé ?

Au regard des autres pays européens, le « statut d’artiste » belge est souvent convoité par nos voisins. On entend souvent « c’est difficile de l’obtenir mais une fois qu’on l’a obtenu, ce n’est pas compliqué de le garder ». Effectivement, les règles d’octroi sont lourdes et strictes et les règles de maintien – aussi appelées « Protection de l’intermittence » – le sont peu.

Il s’agit de rappeler que si le statut d’artiste apparaît aujourd’hui comme une sécurité, c’est parce que le chômage en Belgique est garanti à vie. Une fois que l’on a ouvert ses droits au chômage, c’est-à-dire que la Sécurité Sociale considère qu’ils ont suffisamment cotisé, ces allocations de remplacement sont garanties à vie. Dès que le travailleur se retrouve sans revenu involontairement, il recevra une allocation de chômage. L’insécurité : que le gouvernement fédéral change cette prescription. Imaginons que les allocations de chômage soient octroyées pendant un temps limité : dès lors, ce sont des milliers d’artistes qui seront sur la sellette.

Rappelez-vous le gouvernement Di Rupo (2012) qui a décidé de limiter les allocations d’insertion à 3 ans maximum dès le 1er janvier 2015. Pour rappel, tout jeune adulte ayant suivi un parcours scolaire pouvait, après son stage d’attente de 12 mois, percevoir ces « allocations d’insertion » sans limite de temps (entendez « insertion dans le monde réel du travail »).

Depuis 2015 donc, toutes les personnes bénéficiant de ce revenu de remplacement et n’ayant pu valoriser 312 jours de travail sur 21 mois (pour les plus jeunes) se sont vus perdre du jour au lendemain ce revenu mensuel. Les médias se félicitaient alors d’une baisse du nombre de chômeurs et parallèlement à cela, les demandes aux CPAS explosaient les records…

Elio Di Rupo, ministre-président de la Région wallonne, et   Sophie Wilmès, première ministre du gouvernement fédéral, lors d’une présentation du Conseil national de sécurité.

Article extrait du Bulletin Unité 51

Brussels Airlines : Pourquoi aucun parti ne propose la nationalisation immédiate ?

La direction de Brussels Airlines, compagnie d’aviation devenue une filiale à 100% de la société Lufthansa depuis 2017, a annoncé le 13 mai un plan de restructuration qui supprimerait 1000 emplois (25% du personnel). La direction compte profiter de l’impact du coronavirus pour obtenir l’accord des organisations syndicales. De son côté, le gouvernement belge compte garantir l’avenir de la filiale en apportant des fonds à la compagnie (on parle de 290 millions). Pour l’instant, les représentants syndicaux conditionnent leur accord à la décision du gouvernement d’aider l’entreprise. Pour rappel, Brussels Airlines a été vendue par l’Etat belge pour une bouchée de pain (67,6 millions).

Dans pareille situation, l’exigence de la renationalisation de Brussels Airlines s’impose comme une évidence tant pour garantir l’emploi que l’offre de transport sur Bruxelles-Zaventem (Lufthansa veut supprimer 30% des vols). Quelle est la position des partis de « gauche » dans cette affaire ?

Le PS s’est déclaré solidaire des travailleurs et de leurs familles. Mais concrètement, le PS soutient l’aide du gouvernement Wilmès à condition que l’accord porte des garanties sur l’emploi restant et sur l’entrée de l’Etat belge dans le capital avec minorité de blocage (c’est-à-dire un droit de veto destiné à protéger les intérêts des actionnaires minoritaires). En clair, les représentants du PS laissent le plan de restructuration se mettre en place avec l’aide de l’argent public.

En réalité, la maison-mère Lufthansa est en faillite virtuelle et demande une aide (un prêt) de 9 milliards auprès du gouvernement allemand. La question de la nationalisation se pose des deux côtés de la frontière.

Le PTB a exprimé la position suivante : « Le maintien des emplois doit être au centre des préoccupations chez Brussels Airlines. La Belgique doit garder une possible nationalisation comme moyen de pression et alternative. Notre gouvernement ne devrait pas se mettre à plat ventre comme il l’a fait par le passé. » (https://www.ptb.be/le_gouvernement_doit_refuser_la_suppression_d_emplois_brussels_airlines)

Posons la question simplement : comment la nationalisation pourrait être un moyen de faire peur aux fonds de pension qui sont actionnaires de la Lufthansa ? Si on doit faire dépendre l’avenir des travailleurs des décisions du gouvernement Wilmès, on n’est pas sortis de l’auberge.

Si la nationalisation est possible, pourquoi devrait-elle servir de menace dans les négociations ? Cette menace ne serait-elle pas plus efficace pour sauver tous les emplois si elle était mise à exécution sans tenir compte d’éventuelles négociations avec les requins de la finance ?

Le PTB ne se prononce vraiment pas pour la nationalisation immédiate de Brussels Airlines. Il écrit : « L’aide d’État belge de 290 millions d’euros doit être un tremplin pour l’acquisition d’une part importante de Brussels Airlines dans le groupe groupe Lufthansa. » Autrement dit, point d’avenir sans la Lufthansa  qui est pourtant elle-même au bord du gouffre ! (https://www.ptb.be/et_si_on_prenait_en_main_l_avenir_de_notre_aviation)

On nous dit d’ailleurs : « D’autres préconisent de nationaliser la compagnie, mais alors là, bonne chance, car cela risque d’être un gouffre financier pour les finances de l’État belge. » (Ahmid Faljaoui, consultant tenant une chronique économique sur la rtbf) On constate que l’argument du gouffre financier n’est jamais valable quand il s’agit de renflouer les banques et les actionnaires privés (non plus quand il est question d’armement). En revanche, les capitalistes s’offusquent quand il s’agit de sauver l’emploi et le service public.

On ne peut pas exclure qu’à l’occasion de la catastrophe économique en cours, les gouvernements s’engagent dans la voie de la nationalisation temporaire au sens de l’Union européenne, c’est-à-dire avec indemnité de rachat et dans l’attente d’une prochaine privatisation. Il en est question en France et en Italie.

Pour notre part, la renationalisation de Brussels Airlines doit être définitive et sans indemnité de rachat. Il nous faut un gouvernement au service des travailleurs qui s’engage dans ce sens.

            RG

Lors des grèves du personnel de Brussels Airlines en 2018.

Les travailleurs de la STIB : »Qu’attendez-vous ? »

Le 11 mai au matin, de très nombreux chauffeurs de bus et de tramway de la Société des transports intercommunaux bruxellois (Stib) ont invoqué leur droit de retrait, estimant que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies, pour eux comme pour les passagers des transports en commun. Les réseaux bus et tramway ont été fortement perturbés.

Jeudi 14 mai, syndicats et direction présentent un protocole actant un certain nombre de mesures, accord qui ne devrait être concrétisé qu’en cas de reprise du travail. Un accord massivement jugé insatisfaisant par les travailleurs qui maintenaient leur refus de se rendre au travail le vendredi 15 mai.

Dans une lettre ouverte qui revendique plus de 500 signataires, les chauffeurs interpellent la ministre bruxelloise de la

Mobilité, Elke Van den Brandt (Groen/Verts), et son ministre-président, Rudi Vervoort (Parti socialiste), au sujet de l’absence de mesures de protection au sein de leur entreprise. « Qu’attendez-vous pour exiger de la Stib qu’elle nous accorde enfin ces mesures de prévention pour préserver notre santé, celle de notre famille et celle des voyageurs ? », interpellent les chauffeurs.

« Nous ne voulons pas conduire un bus ou un tram plein à craquer, sans la moindre distanciation sociale, ce qui pourrait nous contaminer ou contaminer les voyageurs », écrivent les travailleurs, qui déplorent « trop de voyageurs sans masque et pas assez de contrôles sur le réseau pour faire respecter cette obligation, ainsi que la distanciation sociale ». Ils revendiquent, entre autres, « une paroi hermétique en Plexiglass dès que possible ».

Les dirigeants du Parti socialiste auxquels s’adressent les travailleurs des transports siègent au gouvernement régional de Bruxelles et ont voté au Parlement les pouvoirs spéciaux au gouvernement Wilmès (dominé par les libéraux). Mais les revendications des travailleurs, que ce soit à la Stib, dans les hôpitaux ou ailleurs, accentuent les contradictions internes au PS sur le soutien qu’apportent ses dirigeants au gouvernement de droite.

En attendant, les travailleurs bruxellois – usagers des transports en commun – sont de plus en plus nombreux à manifester leur sympathie aux chauffeurs qui exercent leur droit de retrait. À l’instar de ces enseignants d’un établissement de la région bruxelloise, avec leur syndicat, qui, « réunis en assemblée générale ce vendredi 15 mai 2020 :

• soutiennent les travailleurs de la Stib présents sur le terrain depuis le début de l’épidémie,

• soutiennent ces derniers dans leur combat pour travailler dans des conditions assurant leur sécurité, celle de leur famille ainsi que celle des usagers,

• déplorent que la direction de la Stib n’ait pas accédé à l’ensemble des revendications avancées,

• soutiennent les travailleurs de la Stib dans leur initiative de s’adresser donc au ministre-président Rudi Vervoort (PS) et à la ministre de la Mobilité Elke Van den Brandt (Groen),

• demandent que les travailleurs ayant fait usage de leur droit de retrait touchent l’entièreté de leur salaire,

• appellent les organisations syndicales à soutenir toutes les actions que les travailleurs jugeront utiles de mener afin d’obtenir la satisfaction de leurs revendications légitimes, • appellent l’ensemble de la population à les soutenir dans leur combat pour le bien de tous. »

Palestine – La vallée du Jourdain annexée le 1er juillet ?

Le 17 mai, le nouveau gouvernement israélien est entré en fonction, rassemblant l’ex-Premier ministre Netanyahou et son rival Benny Gantz. Au centre de son programme : l’annexion par Israël, le 1er juillet, de la vallée du Jourdain. C’està- dire d’un tiers de la Cisjordanie, actuellement « territoire palestinien » prétendument « autonome ». C’est la mise en oeuvre de l’« accord du siècle » de Trump (janvier 2020) qui vise à franchir un nouveau cran dans l’expulsion du peuple palestinien de ses terres.

En visite en Israël pour superviser les opérations, le secrétaire d’État américain, Pompeo, a appelé ses interlocuteurs à accélérer : « Cela fait maintenant quelques mois que vous êtes venus à Washington (…). Il reste du travail à faire, et nous devons encore progresser, mais je suis impatient. » Trump a besoin de brandir ce « succès » dans sa campagne pour l’élection présidentielle de novembre.

Mais des inquiétudes ont commencé à s’exprimer, y compris dans la haute hiérarchie militaire israélienne. Fin avril, un groupe de 220 anciens généraux et officiers supérieurs de l’armée et des services de sécurité a rendu publique une déclaration s’inquiétant de ce que l’annexion pourrait « compromettre la coopération en matière de sécurité avec la Jordanie et avec les forces de sécurité palestiniennes ». La hiérarchie militaire sait que l’absence de « coopération sécuritaire » avec l’Autorité palestinienne et les régimes arabes réactionnaires (notamment la monarchie jordanienne et la junte militaire égyptienne) pourrait provoquer, explique la déclaration, « une réaction en chaîne sur laquelle Israël n’aura aucun contrôle ». D’autant que ces mêmes généraux et officiers s’inquiètent que l’annexion de nouvelles portions de territoire palestinien – et donc de leurs habitants – remettra en cause « le caractère juif de l’État ».

Le 15 mai, dans un communiqué consacré au soixante-douzième anniversaire de la Nakba (1), le groupe « Un État Laïque et Démocratique de Palestine » écrit :
« Après soixante-douze ans d’échecs consécutifs des plans sionistes pour briser la volonté du peuple palestinien, et malgré la complicité arabe et internationale officielle, ainsi que celle de la direction politique palestinienne, la lutte palestinienne quotidienne continue à résister pour effacer les conséquences catastrophiques de la Nakba (…).
Des années d’occupation, d’expulsion, de déplacement, d’expropriation des terres palestiniennes et d’expansion des colonies n’ont pas réussi à affaiblir la détermination de notre peuple à libérer sa terre et à revendiquer le droit des réfugiés au retour et à l’indemnisation pour les soixante-douze années de souffrance. (…) Nous affirmons notre confiance en notre peuple et en sa capacité à mener sa bataille pour corriger les choix politiques adoptés par l’OLP et ces organisations qui nous ont menés à l’impasse (…).
Il n’y aura pas de solution en dehors du cadre de la lutte pour construire un État unique démocratique et laïque, de la mer au fleuve (2). Un État pour tous ses citoyens garantissant le retour de tous les réfugiés dans leurs foyers d’origine et leur permettant de recouvrer leurs droits d’indemnisation et de citoyenneté. Un État de la citoyenneté est l’État de la justice, de l’égalité et de la liberté sans aucune discrimination sur la base de la religion, de la couleur de la peau et du sexe. Un État qui inclut les Palestiniens et les résidents actuels à l’abri de l’idéologie sioniste (3). »


Dominique Ferré


(1) Le Nakba (la catastrophe), c’est-à-dire l’expulsion de 800 000 Palestiniens de leurs villes. et villages, le 15 mai 1948, en vertu du plan de l’ONU de partition de la Palestine (novembre 1947) qui allait donner naissance à l’État d’Israël.
(2) De la mer Méditerranée au fleuve Jourdain, c’est-à-dire sur le territoire historique de la Palestine.
(3) C’est-à-dire les populations juives émigrées en Palestine.

Inde – la législation du travail suspendue dans quatre Etats.

Les gouvernements de quatre États de l’Inde (1), appartenant tous au BJP, le parti nationaliste hindouiste du Premier ministre Narendra Modi, viennent de suspendre brutalement toute la législation du travail, au nom de la lutte contre la pandémie. Le camarade Nambiath Vasudevan, coordinateur du Comité ouvrier international, transmet à La Tribune des travailleurs les réactions unanimes des organisations syndicales condamnant cette déclaration de guerre contre les travailleurs.

Dans un communiqué daté du 9 mai, intitulé : « Arrêtez cette guerre contre les travailleurs ! », un groupe d’organisations syndicales, dont la New Trade Union Initiative (NTUI), déclare : « Le Premier ministre, Narendra Modi, a une fois de plus versé des larmes de crocodile après la mort de seize travailleurs dans la tragédie ferroviaire d’Aurangabad (2). Ce que M. Modi et son parti BJP font mine de ne pas comprendre, c’est la cause de cet incident. Qu’est-ce qui pousse les travailleurs de ce pays à marcher des centaines de kilomètres par jour et à dormir sur des voies ferrées la nuit ?

Le gouvernement de Modi et son parti refusent de reconnaître que le confinement chaotique qu’ils ont décrété face à l’épidémie de coronavirus a conduit à la misère et au désespoir des centaines de millions de travailleurs. Pour les écraser encore plus, alors qu’ils sont déjà abandonnés et désespérés, et pour les priver de leur dignité, les gouvernements des États membres du BJP viennent de décider de liquider complètement la législation du travail (…).

Les États rivalisent entre eux : qui sera le plus exploiteur ? C’est ce que font les gouvernements de quatre États, dirigés par le BJP : Gujarat, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh et Uttar Pradesh. Le gouvernement du Gujarat propose d’accorder à tout nouvel investisseur dans l’État la suspension de toute législation du travail pendant 1 200 jours, à l’exception de la loi sur le salaire minimum et de celle sur les accidents du travail. Dans l’État d’Himachal Pradesh, le gouvernement a publié un décret autorisant des journées de travail de 12 heures et la semaine de 72 heures, sans le paiement d’heures supplémentaires. Dans l’État de Madhya Pradesh, le gouvernement BJP a déjà publié des décrets déchargeant les employeurs de toutes les responsabilités qui sont les leurs selon la loi industrielle (eau courante et toilettes dans les usines, mesures de santé et de sécurité élémentaires) (…). C’est le gouvernement BJP de l’Uttar Pradesh qui a été le plus loin, par la suspension complète de toutes les lois du travail, à l’exception de la loi sur les accidents du travail, de la loi sur les travailleurs du bâtiment et d’un article de la loi sur les salaires (date du paiement du salaire) et, sous réserve, la loi sur la maternité et celle sur le travail des enfants. »

Ces mesures d’une brutalité sans nom ne procèdent pas de l’initiative particulière des gouvernements régionaux, affirme la déclaration syndicale : elles procèdent des « réformes » du Code du travail engagées par le gouvernement central pour obéir aux injonctions des capitalistes.Comme elles portent atteinte à des lois du travail fédéral, elles doivent maintenant être validées au niveau national par la présidence de la République. En exigeant de la présidence « le rejet de ces mesures », la déclaration conclut : « Pour le BJP et ses gouvernements, la pandémie et ses conséquences ne sont qu’un prétexte pour retirer à la classe ouvrière tous ses droits, pour priver les travailleurs du moindre droit démocratique ou économique. »

Une prise de position qui a été suivie, le 11 mai, par celle de toutes les grandes centrales syndicales de l’Inde qui, dans une déclaration commune, « considèrent ces mesures comme un crime inhumain et une agression contre les travailleurs, en plus d’être une violation flagrante du droit à la liberté d’association (convention 87 de l’Organisation internationale du travail, OIT), du droit de négociation collective (convention 98 de l’OIT) et également de la norme de la journée de travail de huit heures, adoptée par les conventions fondamentales de l’OIT ». Annonçant la possibilité d’une initiative nationale sans plus de précision à ce stade, les centrales « appellent la classe ouvrière à s’opposer à cette tentative d’imposer l’esclavage aux ouvriers et aux employés dans l’intérêt de la classe des employeurs ».

(1) L’Inde est un État fédéral qui compte 29 États fédérés. (2) Le 8 mai 2020 à Aurangabad. (État du Maharashtra), le déraillement d’un train de marchandise a tué seize travailleurs migrants qui dormaient à proximité. Ils faisaient partie des millions de travailleurs migrants chassés des grandes villes par la faim, après que le gouvernement Modi eut décrété un confinement sans aucune préparation.

Etats-Unis : en pleine pandémie, 135.000 travailleurs hospitaliers licenciés !

Incroyable mais vrai :  parmi  les  millions  de  travailleurs  licenciés  ces  dernières  semaines  aux  États-Unis,  un  million  et  demi  travaillaient   dans   le   domaine   de   la   santé,   dont   135. 000 dans les hôpitaux ! L’afflux de patients atteints du Covid-19 a amené les  hôpitaux  à  reporter opérations et examens. Résultat : les hôpitaux, privés du paiement des opérations, ont procédé à des suppressions de poste massives.   La   responsabilité   de   cette   situation   incombe aux administrations républicaines et   démocrates   successives   qui   ont   maintenu  le  monopole  des  assurances  privées  et  refusé  l’instauration  d’un  système  de  sécurité  sociale  universel.

Dans le pays, après une vague de licenciements créant les pertes de 20,5 millions d’emplois, le chômage atteint un taux record de 14,7% soit 33 millions de personnes (1). Les groupes les plus touchés sont les femmes, les jeunes et les personnes racisées. Les demandes d’aide alimentaire explosent comme dans cet exemple de la banque alimentaire d’Omaha (Nebraska) qui s’est vue approchée par 900 personnes en une journée au lieu de 100 en moyenne.(2) Cette situation n’a d’égale que la Grande Dépression de 1929.

Dans ces conditions et vu le manque de soutien concret de la part du gouvernement fédéral, des milliers de locataires de l’Etat de New-York ont décidé de participer à la grève des loyers en ce mois de mai. La Upstate-Downstate Housing Alliance, à l’initiative de cette grève, réclame au gouverneur Cuomo et aux élus fédéraux « l’annulation du payement des loyers pendant quatre mois au moins, et pour toute la durée de la crise sanitaire ; le gel des loyers ; le relogement immédiat et permanent de tous les New-Yorkais sans abri ; l’investissement dans un programme public de construction de logements sociaux dans l’Etat de New-York. » Il s’agit de la plus grande action commune des locataires de l’histoire du pays. 

Dans l’état de New York, des manifestants ont convergé vers le bureau du gouverneur Cuomo à Manhattan demandant la suppression des loyers et le soutien aux travailleurs n’ayant pas droit aux allocations de chômage tels que les travailleurs immigrés sans papiers.  Les affiches étaient claires : « cancel rents » (annulez les loyers) – « make the billionaires pay » (faites payer les milliardaires).

Cuomo avait déjà interdit les expulsions dues au non-paiement de loyer « mais ce n’est pas suffisant pour les personnes sans emploi et les minorités frappées durement par la crise » selon Julissa Bisono, co-directrice de Make The Road New-York. (3)

Des actions similaires se sont répandues dans tout le pays. À San Francisco, le San Francisco Labor Council et la coalition Jobs With Justice exige que les autorités « soulagent immédiatement les locataires en annulant le paiement des loyers, et par la création de logement d’urgence pour ceux qui n’ont pas la possibilité de se loger. » À Los Angeles, les militants des droits des locataires ont exigé au maire que l’on « cesse toutes les expulsions et suspende le paiement de tous les loyers et les versements hypothécaires pendant la pandémie. »

Dans ce contexte de pandémie et de période pré-électorale, la chambre des représentants a accepté le projet de loi Heroes Act introduit par le parti démocrate. Ce Plan de 3000 milliards de dollars a pour but « d’honorer nos héros » a déclaré Nancy Pelosi, porteuse du projet (4). Il y est question de revalorisation des allocations de chômage, d’aides aux états et aux gouvernements locaux, de refinancement des food stamps, mais aussi de fonds pour le service postal et pour permettre de voter par courrier. Un projet qui semble hautement social mais qui a toutes les chances d’être refusé au Sénat et par le Président Donald Trump. S’agirait-il d’une tentative de la part des démocrates de s’assurer les votes des travailleurs aux élections prévues le 3 novembre 2020 ?

Pendant que des citoyens doivent choisir entre se nourrir ou payer leur loyer, l’administration Trump achète des armes anti-émeutes et réinvestit dans la sécurité. (5) De son côté, le Parti démocrate semble se concentrer sur les prochaines élections. Une conclusion apparait : La nécessité d’un parti des travailleurs aux Etats-Unis n’a jamais été aussi évidente. C’est dans cette idée que ce sont réunis en mars dernier différents mouvements ouvriers militants : le Labor Fightback Network (réseau de résistance ouvrière), le Ujima People’s Progress Party (parti dirigé par des travailleurs noirs basé à Baltimor, dans le Maryland) et le Labor and Community for an Independent Parti (coalition de militants ouvriers et d’organisations populaires pour un parti indépendant). (6)

Ils y ont lancé un appel à une conférence nationale qui aura lieu à Baltimore du 31 juillet au 2 août 2020 et qui portera le projet de « briser l’emprise du système bipartite » à savoir le système dirigé par les deux partis de la classe bourgeoise : le parti démocrate et le parti républicain. Comme le dit une militante syndicale, « la  fiction des  deux  partis  politiques  (républicain  et  démocrate)  qui  auraient  une  politique  différente  est  une  vaste blague ».

(1) USA Today – 11 mai 2020. A savoir que des travailleurs momentanément sans emploi pour cause de crise et sensés en retrouver après la crise ne sont pas comptabilisés. En les comptabilisant, le taux est de 20%.

(2) New-York Times – 06 mai 2020

(3) Make The Road New-York – 1 mai 2020

(4) Bloomberg – 12 mai 2020

(5) The Intercept – 17 mai 2020

(6) La Tribune des Travailleurs – 13 mai 2020

Enseignement – la rentrée vers l’inconnu.

Note : texte rédigé le 17 mai 2020.

Ce lundi 18 mai, les écoles francophones rouvriront leurs portes aux élèves de 6è secondaire et de 6è primaire, suivis par les élèves de 1è et 2è primaire et de ceux de 2è secondaire le 25 mai suite à la décision du Conseil National de Sécurité du 24 avril. Deux jours plus tôt, le ministre flamand de l’Enseignement Ben Weyts (NVA) avait déjà annoncé sa décision de renvoyer les élèves du nord du pays sur les bancs de l’école à partir du 15 mai. Le lendemain du CNS, c’est au tour de la ministre de l’enseignement de la FWB Caroline Désir (PS) de confirmer la date du 18 mai comme rentrée partielle des classes. Affirmons d’emblée une chose : cette décision précipitée d’ouvrir les établissements scolaires le 15 et le 18 mai n’obéit à aucune raison sanitaire, ni pédagogique. Il s’agit clairement, en rouvrant les établissements, de « libérer » les parents pour que ceux-ci retournent très vite se faire exploiter dans les entreprises, comme l’exige le patronat du Nord au Sud du pays. Une nouvelle fois, le système capitaliste fondé sur la propriété privée des moyens de production, montre qu’il n’est plus capable que de mettre en danger la santé et la vie de l’immense majorité.

Que disent les enseignants et leurs organisations syndicales ?

La CGSP-Enseignement de Charleroi a organisé une consultation en ligne à laquelle ses affiliés ont répondu à 87%, via un formulaire en ligne, pour dire qu’un retour à l’école avant le 30 juin 2020 n’était pas judicieux.

Et pour cause : suite à la distribution de masques de conforts pour les enseignants et les élèves et répondant à la question « Quelle est la différence entre un masque de confort et un masque FFP2 ou un masque chirurgical ? », la CGSP Enseignement de Liège répond : « Les masques médicaux ou chirurgicaux et les masques FFP2/FFP3 sont des masques de protection respiratoire qui protègent du coronavirus. Les masques de confort sont destinés au grand public et ne sont ni des dispositifs médicaux, ni des équipements de protection individuelle. »

Aussi, suite une série de constations que cette même régionale a pu faire, les secrétaires régionaux font état de leur conviction que « le moment de la rentrée est prématurée ».

A Bruxelles, les sections syndicales de deux athénées bruxellois se sont clairement positionnées pour exiger que « les décisions prises le samedi 25 avril soient annulées afin de maintenir le système actuel jusqu’au 30 juin 2020 avec maintien du salaire », se sont prononcé « en faveur de la santé de tous avant les profits de quelques-uns » et ont dénoncé « les gouvernements qui envoient les travailleurs et les enfants courir un risque irresponsable pour leur santé, celle de leur famille et celle de l’ensemble de la population. »

De telles réactions des enseignants et de leurs organisations syndicales ont également été constatées du côté flamand.

Ces premières réactions d’enseignants et de sections ou régionales syndicales sont parfaitement légitimes !

D’autant que l’on apprend que les « critères » sur la base desquels telle ou telle école devait fermer ou pas se basent sur une circulaire du ministère et sur une check-list élaborée en commun avec ce même ministère mais aussi avec le syndicat libéral (Slfp). Or à ce jour, il existe bel et bien des écoles qui n’ont pas rempli ces conditions sanitaires et qui ont décidé de tout de même ouvrir leur établissement.

Rappelons qu’à l’heure qu’il est, les plus grands spécialistes des maladies virales sont encore dans le flou, que nous apprenons des découvertes scientifiques liées au virus chaque semaine, que l’apport pédagogique d’une telle rentrée est presque insignifiant et que de nombreux parents ont décidé de ne pas renvoyer leurs enfants dans les établissements scolaires.

Rappelons également que plusieurs conseils communaux de différentes villes ont tout simplement décidé de ne pas rouvrir les écoles de leur pouvoir organisateur avant septembre.

Et que dans d’autres pays européens aussi touchés que la Belgique par la pandémie, les autorités ont décidé de ne pas rouvrir les portes des écoles avant le 30 juin. A l’inverse, l’exemple de la France, où Macron obéissant aux mêmes ordres du patronat français, a fait reprendre les écoles le 11 mai, les conditions de la « reprise » nous indiquent ce qui nous attend en Belgique : une école publique disloquée, où ne sont accueillis finalement qu’une minorité d’élèves, pour des activités qui relèvent de la « garderie » et non de l’instruction.

Du côté des partis socialistes PS et SP.a qu’en est-il ? On exprime certes « de vives inquiétudes ». Mais ces partis, prisonniers de leur participation aux coalitions gouvernementales avec les partis bourgeois, et au plan fédéral de leur vote du 26 mars en faveur des pouvoirs spéciaux au gouvernement Wilmès, s’alignent sur les décisions prises en avançant, au mieux, des conditions pour que cette reprise ait lieu.

Dans le cadre d’une réunion organisée le 30 avril par le Comité unité-Eenheidscomité au sujet de l’enseignement, un appel a été adressé aux partis PS-PTB-ECOLO, leur demandant de s’opposer à cette décision aux conséquences dramatiques, au nom du principe de précaution. À ce jour, seule Elisa Groppi (PTB) nous a répondu, nous renvoyant à lire ses différentes interventions au sein du parlement de la FWB qui, à nouveau, conditionnent la reprise des cours. Va-t-on voir, comme lors de la mise en place du « Pacte d’excellence », les directions des organisations qui parlent au nom des travailleurs se positionner à nouveau aujourd’hui pour un accompagnement des décisions gouvernementales qui menacent l’école publique, les élèves et les enseignants ?

Pour notre part, nous appelons les enseignants à signer et à se regrouper autour de l’appel lancé par plus de 100 travailleurs, jeunes, syndicalistes et militants, avec le Comité unité-Eenheidscomité « contre les pouvoirs spéciaux et toute forme d’union nationale ! Pour la réquisition des 50 milliards alloués aux banques et aux patrons ! ».

Gaëtan Coucke

Meeting international du 1er mai à l’initiative du COI : « Trois heures pour l’Internationale ouvrière ».

«Ce meeting du 1er  mai est unique en son genre», indiquait, en introduisant le meeting, Nambiath Vasudevan, l’un des deux coordinateurs, avec Daniel Gluckstein, du Comité ouvrier international contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière (COI). Il ajoutait: «Malgré d’énormes obstacles, les travailleurs et les militants de 45pays ont décidé de se rassembler dans ce meeting en ligne   dans   la   véritable   tradition   de   la   solidarité   internationale   de   la   classe   ouvrière   pour   faire entendre leur voix et s’élever contre le continuel abandon dont sont victimes les classes laborieuses, auxquelles sont refusés les soins les plus élémentaires.»

La pandémie et les mesures de confinement et de restriction de circuler ont imposé d’organiser « en ligne » le meeting international convoqué par le COI. Pendant   trois   heures,   quarante-huit   orateurs   (voir   ci-dessous)   de   45pays   se   sont   succédé, s’inscrivant, par-delà leurs origines et leurs appartenances politiques et syndicales diverses, dans le cadre commun de ce meeting: «Trois heures pour l’Internationale ouvrière. Ce sont les travailleurs, la jeunesse et l’humanité qu’il faut sauver, pas les banques et les capitalistes!».

Les connexions sur le site du COI permettent d’établir que plus de 13.000 travailleurs et jeunes de plusieurs dizaines de pays des cinq continents ont suivi cet événement, retransmis en direct, puis en différé (et toujours disponible pour être visionné à l’adresse coi-iwc.org).

Un point d’appui pour la préparation de la prochaine conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière, convoquée à Paris en novembre prochain. Compte tenu des circonstances, comme l’a indiqué Daniel Gluckstein dans sa conclusion, celle-ci aura lieu, «si ce n’est pas en novembre, en décembre, et si ce n’est pas en décembre, en 2021», parce que «l’heure est venue d’avancer dans la voie de l’Internationale ouvrière afin de combattre pour la réorganisation de l’ensemble de la société et de l’économie, pour répondre aux revendications de la majorité du peuple». Au lendemain du meeting, de nouvelles signatures de soutien à la conférence mondiale parvenaient au COI élargissant encore la préparation de la conférence mondiale pour l’Internationale ouvrière.

Liste des orateurs (par ordre de prise de parole) Introduction de Nambiath VASUDEVAN – INDE (Co-coordinateur du Comité ouvrier international), Chris SILVERA – USA, Ricardo Sonny MARTINEZ – ARGENTINE, Jung SIKHWA – CORÉE, Camille SELLIER – Belgique, Eleni PIERROPOULOU – GRÈCE, Gladys LYRA – Mexique, Rubina JAMIL – PAKISTAN, Jules Souleymane DIALLO – SÉNÉGAL, Mário TOMÉ – Portugal, Youri GLOUSHAKOV –BIÉLORUSSIE, Ross ASHLEY –CANADA, Marat SANTOS HUAMÁN – PÉROU, Workers Tribune – MAROC, Andreas GANGL – Allemagne, Cemal BILGIN –TURQUIE, José Limaico VELA – ÉQUATEUR, Naji AL KHATIB – PALESTINE, MAFA KWANISAI Mafa – ZIMBABWE, Messan LAWSON –TOGO, Christel KEISER – France, Pr. Boanerges ZULMIRES ELIAS NETO – BRAZIL, Milind RANADE – INDE, Paul NKUNZIMANA –BURUNDI, Lorenzo VARALDO – Italie, Marc SIMETE –SUISSE, Monica AGUILERA – AUSTRALIE, Maritzas BASTIAS – CHILI, LEE Cheuk-yan – CHINE, Soulé SALAKO –BÉNIN, Claran CAMPBELL – Irlande, Andrey KALINKIN – RUSSIE, MESSAGES DE: Comité d’Organisation des Socialistes internationalistes (COSI) — ALGÉRIE, Constantin CRETAN – ROUMANIE – LALIT parti politique – MAURICE, des militants ouvriers de CÔTE D’IVOIRE, Berthony DUPONT –,HAÏTI, Gauche radicale d’AFGHANISTAN, Kabu – AFGHANISTAN, Lubone MBOZOMANI –AZANIE / Afrique du Sud, Lotfi – TUNISIE, Angela MATEU –,État Espagnol, Yuk Yuk – CHINE, Randy MIRANDA –PHILIPPINES, Zongo Sibri ABLASSE – BURKINA FASO, John SWEENEY – GREAT BRITAIN, Judit SOMI –,HUNGARY, Parti démocratique des Travailleurs – BANGLADESH, Conclusion de Daniel GLUCKSTEIN – FRANCE (Co-coordinateur du Comité ouvrier international)

SIGNEZ l’appel pour la conférence mondiale en vous rendant sur le site du COI.

Inde : la législation du travail suspendue dans quatre États. Après avoir chassé des millions de travailleurs migrants des villes, le gouvernement Modi s’attaque aux droits ouvriers.

Article extrait du Bulletin Unité 51.

Intervention au meeting du 1er mai de Daniel Gluckstein, co-coordinateur du Comité Ouvrier International.

« Chers amis et camarades

Je m’appelle Daniel Gluckstein. Je suis, avec le camarade Nambiath Vasudevan, l’un des deux coordinateurs du Comité ouvrier international contre la guerre et l’exploitation, contre le travail précaire et pour l’Internationale ouvrière.

Il est incontestable que la crise à laquelle l’humanité est confrontée est la pire crise depuis des dizaines et des dizaines d’années. Autant qu’on le sache, le virus Covid-19 est la conséquence d’un processus naturel, mais la propagation fulgurante de ce virus à travers le monde, les centaines de milliers de morts déjà annoncés officiellement eux, ne sont pas la conséquence d’un processus naturel mais la conséquence de l’absence de recherche sur ce genre de coronavirus au cours des 20 dernières années. C’est la conséquence des fermetures d’hôpitaux, de l’absence de services de santé et de médecins dans le monde entier.

Tous ces phénomènes sont le produit de la recherche avide du profit. De nombreux orateurs qui se sont exprimés avant moi ont souligné le fait que patrons et gouvernements ont saisi l’opportunité ouverte par ce coronavirus pour lancer une nouvelle vague d’attaques contre la classe ouvrière. Depuis le début de la pandémie, des millions de travailleurs ont été licenciés. La faim se répand à travers le monde. Des millions de personnes sont en train d’en mourir.

Différents orateurs ont porté cette accusation et ils ont raison. Il s’agit là de phénomènes dont aucun n’est le produit des lois de la nature, ils découlent de politiques destructrices mises en œuvre dans le monde entier par tous les gouvernements qui sont au service du système capitaliste, système qui repose sur la propriété privée des moyens de production. Pourquoi sommes-nous rassemblés en ce 1er mai 2020 ? Nous sommes rassemblés parce que nous n’acceptons pas l’idée que nous étions condamnés à cette pandémie. Nous n’acceptons pas l’idée fausse selon laquelle nous sommes tous à égalité face à cette pandémie — l’idée que les travailleurs et les patrons, les riches et les pauvres sont à égalité face à la pandémie. Ce n’est pas vrai.

Au contraire, tout ce qui se passe aujourd’hui dans chaque pays montre que, à travers cette pandémie, la lutte entre la classe ouvrière et la classe capitaliste s’aiguise de jour en jour.

Ma camarade Christel, qui est intervenue avant moi, a expliqué ce qui se passe dans mon propre pays, la France. Pouvez-vous imaginer qu’en France, l’un des pays les plus riches au monde, la pandémie a commencé il y a plus de deux mois et que jusqu’à ce jour, il n’y a pas assez de masques, pas assez de tests, pas assez d’équipements de protection pour toute la population. La pandémie a commencé il y a plus de deux mois, et jusqu’à aujourd’hui ce 1er mai, il n’y a pas suffisamment de masques, pas suffisamment de protections pour la population. Même le gouvernement qui a menti sur cette question, doit reconnaitre que dans les deux ou trois semaines à venir tout ce qui est indispensable ne sera pas disponible.

La première décision du gouvernement français a été de demander au parlement de voter une loi qui donne 300 milliards d’euros aux banques et 43 milliards aux capitalistes. Oui, 343 milliards d’euros. Cette somme considérable représente presque l’équivalent du budget annuel de la France. La loi a été adoptée le 19 mars, par tous les députés — de l’extrême droite à l’extrême gauche. Une des conditions pour l’attribution de ces fonds c’est que les patrons prouvent leur détermination à « dégraisser » leurs usines et à licencier leurs travailleurs.

En même temps, le gouvernement a accordé 5 euros à chaque personne demandant une aide alimentaire et il y a de 8 à 10 millions de personnes qui bénéficient l’assistance alimentaire en France. Et dans le même temps, les fonds accordés aux banques et aux capitalistes s’élèvent à 400 milliards.

Ce n’est pas particulier à la France. C’est la situation que connaissent bien les travailleurs dans le monde entier, où tous les gouvernements au cours des 30 à 40 dernières années se sont pliés aux diktats du FMI et de l’Union européenne. Ils s’y sont soumis et ont accepté de fermer les hôpitaux, d’attaquer la Sécurité sociale et les systèmes de santé. Ils ont accepté d’opérer des coupes dans les budgets publics, afin d’aider les patrons à faire plus de profits.

Au cours des quarante dernières années, en France, ces politiques contre la classe ouvrière, contre les services publics, ont été appliquées dans notre pays par des gouvernements dits de droite et par des gouvernements dits de gauche.

Et aujourd’hui au parlement tous les députés qui se prétendent représentants de la classe ouvrière — ou du moins des partis politiques dits de « gauche » — ont accepté de donner 343 milliards d’euros aux patrons et aux banques.

Ceci soulève une autre grave question.

Beaucoup de gens dans mon pays, et il me semble que c’est le cas dans d’autres pays, en appellent à une sorte « d’union nationale » et même « un gouvernement d’union nationale » pour faire face à la pandémie. Nous connaissons l’histoire. Quand les patrons parlent d’union nationale, les travailleurs doivent fouiller dans leurs poches et vérifier que leur argent n’a pas été volé ! Quand les patrons parlent d’union nationale, vous pouvez être sûrs que ce qu’ils veulent dire, c’est que tout le monde doit se rassembler pour défendre les intérêts des patrons et leurs profits. C’est pourquoi notre parti politique, le Parti ouvrier Indépendant Démocratique, en France défend la nécessité d’ouvrir la voie à un gouvernement d’unité ouvrière — en opposition à un gouvernement dit d’union nationale. Notre parti a déclaré publiquement qu’un gouvernement d’unité ouvrière est nécessaire pour prendre les mesures d’urgence qu’appelle la situation.

Cela signifie l’interdiction des licenciements.

Cela signifie le maintien et la garantie de tous les salaires.

Cela signifie la réquisition des 343 milliards offerts aux banques et aux capitalistes — et l’affectation de cette énorme somme à l’application de mesures d’urgence en matière d’emploi, de santé, d’école, de services publics.

Cela signifie la nationalisation sans indemnités ni rachat des banques et de toutes les entreprises à même de développer la production en masse des tests, des masques et de tous les moyens de protection.

Cela signifie la nationalisation afin de planifier la production et la distribution gratuite de nourriture. Et ainsi de suite.

Nous savons que, dans chaque pays, de telles mesures d’urgence devraient être à l’ordre du jour. Mais cela signifie que le combat de la classe ouvrière doit chercher à imposer ce genre de mesures d’urgence — et PAS le genre de mesures appliquées en ce moment dans le seul but de protéger les intérêts des patrons et des banques.

Nous savons que, pour des camarades venant de pays pauvres, il est difficile de croire que même dans les pays les plus riches, tout manque pour défendre la classe ouvrière. Telle est l’expression de l’unité de la classe ouvrière. Pays pauvres, pays riches, pays impérialistes et pays opprimés — nous subissons tous les conséquences de la profonde crise du système capitaliste.

Est-il possible de trouver une solution qui réponde aux besoins vitaux de la classe ouvrière ? Oui c’est possible. Une telle solution doit être indépendante des patrons et de la bourgeoisie. Une telle solution requiert une condition : préserver l’indépendance de la classe ouvrière et de ses organisations.

La priorité doit être de faire tout ce qui est possible pour sauver l’humanité. Les moyens existent, la richesse existe, les ressources existent pour subvenir aux besoins des 8 milliards d’habitants de cette planète, afin qu’ils aient la possibilité d’échapper à la faim, la possibilité d’avoir les moyens de se soigner, la possibilité d’offrir la scolarisation à tous les enfants.

Nous savons que ces ressources existent. Mais nous savons aussi qu’elles ont été confisquées par une infime minorité d’exploiteurs et de spéculateurs.

Rassemblés ici aujourd’hui nous savons que ce que nous avons en commun dépasse ce que nous pourrions éventuellement avoir en commun avec les capitalistes et les gouvernements dans chaque pays.

L’histoire du mouvement ouvrier est celle de tentatives de se rassembler et de construire ensemble. Nous devons garder en mémoire le fait que, il y a un peu plus d’un siècle et demi, la première Internationale — L’Association Internationale des Travailleurs — a été fondée à Londres (Grande Bretagne) rassemblant les courants et tendances qui existaient au sein du mouvement ouvrier.

Les noms de Karl Marx et Friedrich Engels sont bien connus dans le monde entier, mais, dans le cadre de cette première Internationale, un grand nombre ne partageait pas les conceptions de bien d’autres sur ce qu’on entendait par socialisme ou émancipation ouvrière. Beaucoup d’entre eux étaient des syndicalistes, certains appartenaient à différentes sortes de groupes socialistes, d’autres plus ou moins proches des anarchistes. Mais tous partageaient le point de vue suivant : ces différents courants, ces différentes tendances, quels que soient leurs désaccords, étaient membres de la même Association internationale parce qu’ils comprenaient que les intérêts de la classe ouvrière et les intérêts de la classe capitaliste étaient diamétralement opposés.

Par conséquent, tous partageaient l’idée que les organisations ouvrières doivent défendre et préserver leur indépendance. Ils partageaient aussi l’idée que si la classe ouvrière entend se défendre, elle doit mettre en avant la lutte pour chaque revendication particulière, aussi limitée qu’elle soit. Ils comprenaient que la classe ouvrière doit se saisir des revendications de tous les secteurs opprimés confrontés à l’oppression nationale, à l’oppression raciste, à l’oppression envers les femmes et l’oppression sexiste, et à toutes les formes d’oppression et de discrimination.

Les membres de cette Association internationale des travailleurs, il y a un siècle et demi partageaient un autre point de vue — celui que la classe ouvrière avait non seulement le devoir de combattre pour les revendications économiques, mais que les travailleurs devaient combattre pour se libérer du système capitaliste. Ils comprenaient que la revendication la plus importante, c’était que les travailleurs devaient s’emparer du pouvoir afin de réorganiser l’ensemble de la société et l’ensemble de l’économie sur une nouvelle base. Ils comprenaient que la socialisation des moyens de production permettrait que la richesse appartienne à ceux qui produisent cette richesse, c’est-à-dire à la classe des producteurs, la classe ouvrière.

Bien sûr, cela remonte à un siècle et demi, mais nous pensons que construire une Internationale ouvrière est plus que jamais d’actualité. Nous savons que le mouvement ouvrier, le mouvement de la classe ouvrière, a une longue histoire, qu’il a connu beaucoup de luttes, certaines se terminant par des victoires, certaines par des défaites. Nous savons que le mouvement ouvrier a traversé beaucoup de crises, connu beaucoup de désillusions. Mais à notre avis, nous n’avons pas d’autre choix que de suivre ce chemin : l’avenir de l’humanité dépend de la capacité de la classe ouvrière à se préserver de la barbarie du système capitaliste qui conduit l’humanité à la destruction, au nom de l’ère de la « mondialisation ». Que signifie la mondialisation pour la classe capitaliste ? C’est le droit au pillage et à la dislocation. Cela signifie aussi le droit pour les capitalistes de chasser des millions de leurs foyers, les forcer à prendre la route de l’exil pour qu’ils se retrouvent dans des prisons, ou dans des camps ou noyés dans la mer.

La classe ouvrière doit rassembler toutes ses forces. L’heure de l’Internationale ouvrière a sonné. Quelles que soient les différences entre nous, nous comprenons que nous avons un destin commun. Nous comprenons que nous nous battons contre le même ennemi, contre ces gouvernements et ces patrons qui ne cherchent qu’à augmenter leurs profits, à développer l’économie d’armements, en produisant de plus en plus d’armes, en provoquant de plus en plus de guerres contre les peuples, et en construisant de plus en plus de murs pour les diviser.

Mais nous devons comprendre, comme l’a indiqué le camarade des Philippines avant moi, que la crise actuelle donne l’occasion d’ouvrir la voie à des millions et des millions de gens. Nous devons comprendre que le but de la lutte n’est pas de trouver une nouvelle sorte de capitalisme. Le but ne peut pas être de produire un capitalisme plus modéré, plus humain.

La question, ce n’est pas, comme le disent certains, de mener un combat contre le « néolibéralisme ». Nous devons affirmer clairement que les responsables de la crise actuelle ne sont pas ceux qui auraient mal géré le capitalisme. Le coupable : c’est le système capitaliste ! Le coupable c’est la propriété privée des moyens de production est coupable.

Nous savons que la classe ouvrière et les peuples opprimés connaissent à travers le monde des temps difficiles, et nous savons que nous connaîtrons des temps plus difficiles encore dans la prochaine période. Nous comprenons que cette gigantesque crise implique une destruction massive des forces productives, et en premier lieu, la destruction massive de la principale force productive : la force de travail de l’ouvrier exploité. La classe capitaliste fera tout son possible pour faire payer la crise par les travailleurs. Ils ont déjà commencé à faire des discours pour expliquer que la situation alimente une dette qui ne cesse de croître.

Ils expliquent qu’il sera nécessaire de rembourser cette dette, que le peuple, les travailleurs devront endosser le remboursement de la dette.

Nous comprenons que le système capitaliste est condamné ; la crise actuelle démontre que ce système n’a aucun moyen de sauver l’humanité. C’est pourquoi nous avons conscience que quelles que soient nos différences quelle que soit la couleur de notre peau, quelle que soit notre langue, quelles que soient nos croyances, quelles que soient nos traditions nationales avec leurs différences sociales politiques ou religieuses, que nous soyons hommes ou femmes, jeunes ou anciens, nous constituons tous une seule classe ouvrière mondiale. C’est pourquoi dans le respect de ces différences, nous avons la responsabilité d’aller plus loin dans la voie d’une Internationale ouvrière.

Le camarade Vasudevan nous a rappelé que nous nous sommes retrouvés à Mumbai, en Inde, dans une fructueuse conférence à la fin de 2016. Ont pris part à cette conférence de nombreux militants ouvriers dont beaucoup étaient engagés dans les syndicats de leur pays. D’autres délégués étaient plus impliqués dans l’action politique. Beaucoup de participants à cette conférence ne se revendiquaient pas d’un courant politique précis. D’autres ne cachaient pas leur origine politique. Certains se revendiquaient de la tradition socialiste, d’autres, communiste et d’autres étaient membres du courant trotskyste – ce qui est mon cas- et d’autres de courants du mouvement ouvrier en général

Mais tous ensemble, nous avons pris la décision de lancer ce nouveau cadre dans le respect de la diversité de cette conférence sur le socle commun du combat pour l’indépendance de classe et pour l’internationale des travailleurs.

Et comme le camarade Vasudevan nous l’a rappelé aussi la décision que nous avons prise il y a quelques mois de convoquer une nouvelle conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation et pour une Internationale ouvrière.

Cette conférence devait se tenir à Paris en novembre 2020. Personne ne peut dire actuellement si nous serons en mesure d’organiser cette conférence mondiale au moment prévu parce que personne ne sait ce que sera la situation dans les mois qui viennent. Et personne ne sait si les camarades à travers le monde pourront se déplacer et se réunir. Mais, par cette déclaration, nous prenons l’engagement solennel devant ce rassemblement public du 1er mai 2020 que si ce n’est pas en novembre ce sera en décembre, et si ce n’est pas en décembre, ce sera en 2021. Mais cette conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation aura lieu quoiqu’il arrive.

L’heure est venue pour les travailleurs de combattre ensemble côte à côte, dans chaque pays. L’heure est venue d’avancer dans la voie de l’Internationale ouvrière afin de combattre pour la réorganisation de l’ensemble de la société et de l’économie, pour répondre aux revendications de la majorité du peuple. Avant de conclure ce meeting, je tiens à remercier tous les intervenants des différents pays et continents et je veux aussi adresser un remerciement aux dizaines et dizaines de camarades qui ont aidé à l’organisation de cette initiative, les camarades qui nous aidés à surmonter l’épreuve du confinement qui signifie que nous sommes tous contraints à l’isolement chacun chez nous. Je veux aussi remercier tous les techniciens et les traducteurs, tous ceux qui l’ont fait au service de la classe ouvrière et à tous ceux-là disons un grand merci.

Camarades, et amis, frères et sœurs, rassemblons-nous et apportons notre soutien à l’appel à une conférence mondiale. Vous tous qui participez à ce meeting, vous êtes invités à nous rejoindre. Soyez partie prenante de ce processus. Signez l’appel à la conférence mondiale. Vive la classe ouvrière ! Vive l’Internationale ouvrière ! Travailleurs de tous les pays, unissez-vous ! »

Démocratie syndicale : Que s’est-il passé au Setca-FGTB de Bruxelles-Hal-Vilvorde ?

Il y aura dix ans le 1er septembre 2020 que les 5 permanents du secteur industrie du Setca Bruxelles Hall Vilvorde (BHV) se sont fait licencier, prétendument pour faute grave, du jour au lendemain, sans indemnité. L’histoire de ce discret scandale qui éclabousse gravement les 3 principaux responsables du Setca fédéral qui signèrent les lettres de licenciement dépasse l’entendement.

Refusant de céder à une lettre d’intimidation des 3 précités (la tutelle) écrite le 25 août, les 5 permanents expliquent par courriel à tous les membres du comité exécutif du Setca fédéral (le COMEX) les graves préoccupations qu’ils ont par rapport à un projet immobilier promu par la tutelle, impliquant des dons croisés pour contourner une vente, ce qui était illégal, impliquant aussi un bail emphytéotique sur plusieurs décennies dont le montant n’est pas connu, etc, et exprime l’idée que la tutelle fédérale, jusque-là volontaire et dont l’existence a pour origine la nécessité de résorber les dettes du Setca BHV, risque bien, au contraire, de gonfler démesurément ces dettes.

C’en était de trop ; bizarrement le projet immobilier est suspendu, confirmant le caractère pertinent des remarques formulées par les 5 permanents de BHV, dans le même temps que la tutelle volontaire devient, comme par magie par l’approbation immédiate des 35 membres du COMEX, statutaire et, dans la foulée, aussitôt mandatée par ce même COMEX pour licencier pour faute grave les 5 permanents ! Ceux-ci (dont un était à 6 mois de la retraite) reçoivent donc leur lettre et sont empêchés de pénétrer dans leur bureau tout comme à une assemblée qui avait lieu le même jour et où la tutelle comptait bien justifier les licenciements sans que les intéressés ne puissent se défendre.

Voilà le début d’une histoire qui vaut certainement un livre. La tutelle sera condamnée sur toute la ligne, tant en 2013 en 1ère instance qu’en 2016 en appel. La tutelle n’était pas fondée juridiquement pour licencier des permanents qui étaient élus et révocables uniquement par un congrès, tous les salaires sont dus sur toute la période incriminée.

4 Permanents ou leurs héritiers, en fonction de leur scénario de vie, ont préféré obtenir des indemnités amiables avec accord de confidentialité. Avec les salaires qu’ils auraient dû percevoir pour base, la tutelle aura dû débourser au moins un million d’euros. Seule Bernadette Mussche, qui a voulu conserver sa liberté de parole, doit toujours se battre, aussi incroyable que cela puisse paraître pour obtenir justice autrement qu’en parole. (PhM)


Septembre 2010, 5 permanents du Setca BHV sont licenciés abusivement par les instances fédérales de l’organisation syndicale fondée pour la défense des employés. Le début d’un long combat – qui n’est pas terminé – pour imposer le respect du mandat syndical.

Rappel des faits menant au congrès de la section régionale Setca de Bruxelles-Hal-Vilvorde (en abrégé : BHV) du 14 novembre dernier.

2002 : cette section régionale du Setca (syndicat des employés, techniciens et cadre FGTB) est mise sous tutelle par le Setca fédéral. En cause : l’affaire dite « Faust » et son lot de malversations financières. Durant une bonne quinzaine d’années, la tutelle est exercée vaille que vaille par le tuteur Setca fédéral sur la pupille Setca BHV. C’est le temps de la « normalisation » : le Setca fédéral se fait la maison-mère d’un Setca BHV devenu, à ses yeux, une filiale.

La vie démocratique de la régionale BHV, consubstantielle à son existence, est mise en veilleuse. Des dysfonctionnements plus ou moins graves, çà et là, font l’objet de demandes d’explication et de mises en cause exprimées légitimement par certains membres de la base. Les curieux et les « résistants » le paient au prix fort : en septembre 2010, cinq permanents sont licenciés par le pouvoir de tutelle pour une pseudo faute grave. Décision contrée sèchement au niveau judiciaire, en première instance et en appel. Faute donc à la fois professionnelle et morale dans le chef du tuteur licenciant, tuteur qui, rappelle le tribunal, ne devrait même pas l’être.

Après tant d’années d’une tutelle abusant de ses pouvoirs et que plus rien ne justifie, bien au contraire, y mettre fin s’impose. Ce devait être l’objet du Congrès du 14 novembre 2019. Interview d’une militante syndicale.

Pourquoi avez-vous distribué des tracts lors des 2 Congrès SETCa ?

Nous avons distribué un premier tract aux militants « bruxellois » (au sens large) participant au Congrès Régional BHV pour leur communiquer des informations et des explications essentielles sur l’organisation de ce Congrès et sur les enjeux démocratiques qu’il soulève : la violation des statuts régionaux, la non-consultation de la base militante, la pré-sélection des congressistes par l’appareil, le verrouillage des interventions, le parachutage d’un nouveau Secrétaire Général, le fonctionnement déficient du futur Comité Exécutif, la disparition du pouvoir de gestion et de contrôle du Comité Exécutif sur l’organisation, en particulier sur les dépenses ;  bref,  une révision radicale des statuts du SETCa BHV expédiée en une demi-heure sans aucun débat démocratique. Et j’en passe …

Nous avons distribué un deuxième tract lors du Congrès Fédéral, reprenant plus ou moins le même contenu et attirant l’attention de ces congressistes-ci sur le risque que la nouvelle Présidente (celle qui, précisément, a rédigé cette nouvelle mouture des statuts du SETCa BHV) transforme également ceux  du Fédéral (voire y incite d’autres régionales du SETCa) dans le même sens bureaucratique et « centraliste-autoritaire » et donc anti-démocratique.

Quelles décisions ont-elles été prises à ces congrès ?

Selon nos informations – mais nous n’avons reçu aucun document officiel à ce sujet – tout le programme, conçu par le Fédéral, pour Bruxelles HV, de révision systématique du texte des statuts bruxellois et du mode de fonctionnement de cette structure syndicale a été voté à la quasi-unanimité moins quelques abstentions.

Certains nous ont dit avoir accepté difficilement et à contrecoeur, comme un « moindre mal » la modification des statuts « parce que c’était la seule manière de se débarrasser de la tutelle » (1). Selon eux, c’est un peu choisir entre la peste et le choléra.

En réalité, ceux qui ont cru nécessaire de suivre les exigences du SETCa fédéral et de voter en conséquence au Congrès pour s’affranchir de la tutelle fédérale ont fait un mauvais calcul. En effet, dès 2014 et au plus tard en 2016, la Tutelle fédérale était déclarée illégale par deux jugements successifs (en 1ère instance et enfin, en appel). Juridiquement la tutelle n’existait donc déjà plus, était « nulle et non avenue ».

Bref, la contrepartie que des militants chercheraient à obtenir en échange de leur vote de confiance et de complaisance au Congrès, et bien, cette contrepartie leur était déjà acquise et ce, bien avant le Congrès !

Ils ont troqué l’ancienne tutelle contre une néo-tutelle, plus camouflée, sous l’autorité hiérarchique d’un Secrétaire Général, lui-même l’un des trois membres dirigeants affectés durant une quinzaine d’années à la Tutelle Fédérale.

Quelle appréciation portes-tu sur la situation ?

Dans l’immédiat, l’avenir à court terme s’annonce assez sombre mais un mouvement de contestation militant reste toujours possible – dans mon cas, cela commence par la voie judiciaire puisqu’il ne me reste plus actuellement que celle-là.

La situation du SETCa BHV est donc difficile à vivre surtout pour les militants les plus expérimentés qui vont assez démoralisés et démotivés vers les élections sociales de 2020.

Autrement dit, la plupart d’entre eux s’intéressent peu à la gestion de leur organisation, ne s’y impliquent pas et ne cherchent même pas vraiment ni à l’orienter ni même à la contrôler. Ils n’en n’ont pas acquis l’habitude depuis leur arrivée dans une organisation verrouillée par la tutelle fédérale. Pour les plus jeunes qui n’ont pas connu de Congrès régional depuis une quinzaine d’années, l’étendue de leur ignorance quant à l’histoire de leur section régionale, quant aux principes de démocratie syndicale et même simplement quant à un fonctionnement correct et normal d’un syndicat est à la mesure de cette longue période d’hibernation démocratique à l’ombre de la tutelle

Enfin, des échos que je reçois, il se manifeste chez beaucoup, un réflexe de crainte, de survie minimum, de rejet de l’appareil et de repli exclusif sur l’action syndicale dans l’entreprise.

Lorsque le permanent apparaît compétent, combatif et efficace, un lien de confiance, de sympathie voire d’amitié se crée ou se renforce envers sa personne mais, en règle générale, il ne va générer aucun sentiment d’appartenance enthousiaste à leur section régionale.

Mais j’ose espérer que lorsque les militants constateront dans les mois et les années qui viennent l’ampleur des dégâts que provoque un processus de normalisation autoritaire d’un syndicat, ils réagiront positivement et fermement.

Pour plus d’informations sur les évènements récents, envoyez un mail à l’adresse suivante : waakzaamheidcomitevigilance@gmail.com.

Autres informations : http://www.revuepolitique.be/setca-bhv-quelle-transparence-et-democratie-syndicales/ (1) qu’exerce le SETCa fédéral sur la section BHV d’abord suite à l’affaire Faust de 2002 jusqu’en 2005 puis suite à l’affaire Frissen depuis fin 2006.