Enseignement – Pilotes partout, justice nulle part ! Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Article paru dans le Bulletin Unité N°63 de janvier 2022.

Depuis la rentrée scolaire 2017, à doses homéopathiques, décrets par décrets, la réforme de l’enseignement dénommée « Pacte » pour un enseignement « d’excellence » s’impose. Les plans de pilotage à élaborer et contractualiser dans les écoles constituent une des mesures-phares dudit « Pacte ».

Concrètement, de quoi s’agit-il ? Afin de contribuer aux objectifs d’améliorations du système scolaire dans son ensemble, les « équipes » éducatives de chaque école doivent établir un diagnostic de leur établissement, en identifiant les forces et les faiblesses (en tenant compte d’indicateurs tels que la réussite scolaire, l’accrochage, l’implication des membres du personnel, le climat au sein de l’établissement, etc.).

Il s’agit ensuite de se fixer des objectifs (chiffrés, confidentiels pour certains) à atteindre en mettant en place un plan d’actions, ce dernier prenant la forme d’un contrat signé entre l’école et le pouvoir régulateur. À terme, des sanctions envers les établissements et envers les travailleurs sont prévues si une école ne parvient pas à atteindre « ses » objectifs.

Je suis enseignante et déléguée syndicale dans une école secondaire d’un quartier populaire du nord-ouest de Bruxelles. Dans notre école, nous ne sommes pas passés par cette phase « plan de pilotage » classique, nous avons atterri directement, à l’instar d’une vingtaine d’écoles sélectionnées chaque année depuis 2017 par le Gouvernement, à la case EDA ou « école en dispositif d’ajustement ».

Dans ce dispositif spécifique conçu pour les écoles qui, au regard des indicateurs, sont « en écart de performances », l’école n’établit pas son diagnostic et ne fixe pas ses objectifs, c’est le Service général de l’Inspection qui, par un audit, le dresse et ce sont les DCO (délégués au contrat d’objectifs) qui les fixent.

Durant plus d’un an, une mission d’audit a donc eu lieu dans notre école, des documents ont été collectés, des données récoltées lors d’entretiens avec des membres du personnel. Ces auditions ont d’ailleurs été maintenues alors que nous étions frappés par une crise sanitaire sans précédent impactant considérablement nos conditions de travail et d’apprentissage.

Au terme de cet audit, un « diagnostic de la gestion des atouts et des risques liés au fonctionnement de notre école » a été établi et nos objectifs d’ajustement nous ont été communiqués par les DCO. Il nous a alors fallu entamer le long et laborieux travail d’élaboration d’un projet de dispositif d’ajustement – composé d’actions prioritaires – afin de rencontrer les objectifs qui nous avaient été fixés. Des membres du personnel ont dès lors dû se porter volontaires pour « piloter les actions ».

Cette étape s’est déroulée sous la garde rapprochée des DCO qui n’ont eu de cesse, durant des mois, de nous sommer d’adapter notre « projet » (lire « revoir notre copie ») en émettant des « recommandations » (lire « injonctions »). Mouture après mouture, ce lourd travail a fini d’épuiser des travailleurs et des travailleuses déjà sur les rotules, a poussé plusieurs pilotes à démissionner de cette charge et nous a conduits à organiser deux arrêts de travail et à rédiger deux motions en front commun syndical.

Entre autres choses, nous y déplorions la pression infernale et les délais intenables auxquels nous étions soumis, l’inflation des tâches administratives, ainsi que la dictature des chiffres, de l’évaluation permanente, de la performance, et la mise en concurrence des écoles, sans réflexion aucune ni décisions politiques structurelles quant aux causes systémiques à l’origine des inégalités et expliquant les disparités entre les écoles.

Nous y exigions notamment une décharge administrative, du temps pour réfléchir à nos pratiques, à nos besoins de formation et des moyens humains et financiers à hauteur des besoins sur le terrain, pour lutter efficacement contre le décrochage et l’échec scolaire et pour améliorer nos conditions de travail et les conditions d’apprentissage des élèves.

Nous y marquions aussi notre désaccord avec les méthodes managériales imposées dans un secteur public (au même titre que dans les secteurs de la santé, de la justice, des transports, etc.) et pointions du doigt à cet égard la terminologie éclairante quant à l’idéologie qui sous-tend ces plans de pilotage (élèves bénéficiaires, travailleurs partenaires ou collaborateurs, manager de crise intervenant dans les établissements, …).

À ce stade, le « protocole de collaboration » n’a pas été avalisé par les sections syndicales locales, représentantes de la majorité des travailleurs et travailleuses, estimant que « ce plan n’est plus le nôtre ». Pour autant, nous comprenons bien que ce dernier devra être mis en œuvre ces 3 prochaines années, faute de quoi l’école et les membres du personnel eux-mêmes s’exposeraient à des sanctions (1) .

L’expérience que nous sommes en train de vivre dans notre établissement et relatée ici est édifiante puisqu’elle est sans doute un avant-goût de ce qui attend de nombreuses futures écoles identifiées comme « en écart de performance ».

Ne perdons pas de vue que le puissant cabinet américain de conseil en stratégie McKinsey a dicté la majeure partie du Pacte. Ne perdons pas de vue qu’une telle réforme n’est rien de moins qu’une réforme budgétaire dans un contexte d’austérité chronique imposée aux services publics.
On nous demande de piloter et de sauver un avion qui se crashe car non-entretenu, désinvesti, délabré de 30 ans de politiques néo-libérales violentes, d’économies drastiques et de casse des services publics avec des conséquences dramatiques sur les élèves, les patients, les justiciables, etc. – en particulier les publics les plus précarisés – et sur les travailleurs et travailleuses de ces services.

Non, l’École n’a pas à être rentable, les élèves ne sont pas des marchandises, des données à encoder dans des tableaux, les travailleurs ne sont pas des collaborateurs. Non, notre travail n’a pas à être un sacerdoce, au prix de tous les sacrifices. Qu’on nous donne les moyens humains et financiers d’accompagner les élèves dans leurs apprentissages et de faire de l’École un lieu de rencontres et d’émancipation.

Comme en France (2), il est grand temps de battre le pavé ! À cet égard, la journée de grève et de manifestation organisée en front commun le 10 février prochain est une étape nécessaire pour nous faire entendre et créer un rapport de force favorable. Au-delà de cette journée, il nous faudra, sans relâche, continuer à dénoncer le prétendu « Pacte pour un enseignement d’excellence » et, aux côtés des élèves et des parents, nous organiser pour exiger le retrait des plans de pilotage et de toutes réformes liées au « Pacte », ainsi qu’un refinancement massif de l’enseignement et de tous les services publics !

Correspondance

  1. Le prochain décret « Évaluation des personnels de l’enseignement » finira d’entériner ces dispositifs puisque les travailleurs et travailleuses y seront notamment évalués sur leur participation active à la mise en œuvre effective des plans de pilotage ou d’ajustement. Ils auront ainsi des objectifs individuels spécifiques à atteindre et seront suivis de près par les directions par des « entretiens de fonctionnement » réguliers. Au bout de cette procédure, si un membre du personnel ne satisfait toujours pas aux injonctions qui lui sont faites, il pourra être renvoyé ; c’est la mise à mort du statut du personnel enseignant. Par ailleurs, les écoles pourraient se voir mises sous tutelles jusqu’à être privées de subsides.
  2. Le 13 janvier dernier, les personnels de l’éducation nationale étaient nombreux à faire grève (75% dans le primaire et 62% dans le secondaire) et à prendre la rue, dénonçant la gestion calamiteuse de la crise sanitaire dans les écoles, exigeant l’engagement de personnel et le matériel de protection pour les travailleurs et les élèves. Plus structurellement, ils revendiquent une revalorisation salariale, des investissements pour recruter massivement du personnel et réduire les effectifs en classe et un arrêt immédiat de toutes les politiques d’austérité imposées par le gouvernement et le patronat dans les services publics. De nouvelles journées d’actions sont prévues les 20 et 27 janvier.

Les syndicats de l’enseignement appellent à la grève le 10 février

Le front commun syndical appelle à la grève le 10 février pour une revalorisation de l’Enseignement et de ses personnels. A ce stade, la grève n’est pas dirigée contre le Pacte d’excellence, contre les plans de pilotage, contre le projet de décret relatif à l’évaluation des enseignants. Ces revendications sont pourtant essentielles pour les enseignants et aussi… les parents.

Un récent article paru dans L’Ecole démocratique (décembre 2021) démontre le lien entre le Pacte d’excellence et la gestion sur les critères de l’entreprise privée.
« Depuis 2018, une nouvelle obligation est apparue dans les écoles : celles-ci sont désormais tenues de mettre en place des « plans de pilotage », sortes de projets d’établissements, assortis de contrats – établis sous la contrainte, bien évidemment – par lesquels elles doivent s’engager à atteindre une batterie d’objectifs pédagogiques quantifiables (augmentations des taux de réussite, remédiations visant à lutter contre l’échec scolaire, etc.) : ce sont les fameux « contrats d’objectifs ».

Dans le pire des cas, c’est-à-dire « pour les établissements qui montreraient une mauvaise volonté manifeste à atteindre leurs objectifs, des sanctions sont prévues, pouvant aller jusqu’à des réductions, voire de suppression, des moyens de fonctionnement et d’encadrement »


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Non à la loi organisant l’interdiction professionnelle du personnel soignant (non vacciné) !

Article paru dans le Bulletin Unité N°62 de décembre 2021.

Les travailleurs du secteur des soins de santé manifestent ce mardi 7 décembre, à l’appel du front commun syndical, pour le retrait de l’avant-projet de loi « relatif à la vaccination obligatoire contre la COVID-19 des professionnels des soins de santé ».

Point central : le personnel rejette les modifications « cosmétiques » apportées par le PS au projet initial. Le texte instaure une interdiction professionnelle totale : il sera désormais impossible d’exercer sa profession, si l’on n’est pas vacciné totalement (quel que soit, d’ailleurs, le nombre de doses prévu par le schéma officiel). Un tel texte aggravera la pénurie de personnel, augmentera le découragement professionnel et réduira encore la qualité et l’accessibilité des soins.

On remarque aussi que, contradictoirement, le texte n’empêchera pas que des professionnels non soignants pourront continuer à s’occuper des mêmes patients, sans être vaccinés. Mais le gouvernement l’assure, la principale raison pour laquelle l’avant-projet se limite aux professionnels des soins de santé est la répartition des compétences en Belgique. Autrement dit, le gouvernement fédéral laisse la porte largement ouverte à une extension de la mesure via les régions et communautés.

Avec son projet, le gouvernement stigmatise un personnel qui subit les conséquences de la politique menée depuis des années, faite d’austérité et de fermetures de  lits dans les hôpitaux, maisons de repos et de soins, services à domicile, institutions publiques de soins et d’aides aux personnes. On doit avoir en tête que les soignants ont travaillé depuis 21 mois dans des conditions difficiles voire périlleuses pour leur propre santé.

Comme l’indiquent les organisations syndicales, « ce sont les conditions de travail déplorables qui sont le véritable danger en matière de qualité des soins. Et celles-ci sont de la responsabilité des employeurs et du gouvernement, pas des soignants ! »

Si le gouvernement souhaitait vraiment, comme il le prétend, assurer que « la priorité est de protéger autant que possible la santé des patients » et attester que « le professionnel des soins de santé doit tout mettre en œuvre pour ne pas rendre malade le patient dont il a la charge », il devrait faire en sorte de multiplier le nombre de soignants, et spécialement grâce à une augmentation des salaires dans le secteur. Au passage, il devrait démontrer scientifiquement l’importance de cette non-vaccination du personnel soignant dans les chiffres de la pandémie.

Avec cette attaque révoltante contre les travailleurs de la santé, le gouvernement De Croo, à participation socialiste, devient un gouvernement qui frappe les travailleurs. Aujourd’hui, il veut profiter du fait que les infirmier(e)s, les hospitalier(e)s, les médecins, les aides-soignants sont des travailleurs qui, par la force des choses, peuvent difficilement cesser le travail.

On voit bien que le gouvernement souhaiterait diviser, opposer ceux qui sont vaccinés à ceux qui ne le sont pas. Si cette opération de division réussissait, il s’attaquerait à d’autres métiers. La FEB (fédération patronale), qui vient de demander la suspension de l’indexation des salaires, a déclaré (18/11) : « Le débat sur la vaccination obligatoire ne peut être éludé plus longtemps. »

Comment ne pas comprendre que ce qui intéresse les patrons, ce n’est pas la santé de la population, mais bien la possibilité de licencier sous prétexte de vaccination obligatoire ?

Il est important que la FGTB tout entière prenne en charge le combat contre le projet de loi dans le secteur de la santé, en ne laissant pas isolés le SETCA et la CGSP (le même problème se pose à la CSC). Il est important aussi que dans cette mobilisation, il n’y ait aucune place pour les groupements d’extrême-droite ou obscurantistes anti-vaccins. Seul le mouvement ouvrier est à même d’établir la clarté, ce qui passe par l’organisation du combat, non pas contre un aspect particulier de la politique du gouvernement De Croo, mais contre sa politique comprise comme un tout, un tout antisocial.

Roberto Giarrocco

Sommaire du Bulletin Unité 62 :
– Chronique du combat des travailleurs
– Non à la loi organisant l’interdiction professionnelle du personnel soignant (non vacciné) !
– Interview d’une enseignante accompagnante : la réforme de Caroline Désir pour réduire le coût de l’enseignement spécialisé
– Réflexions de l’Association des Enseignants Socialistes quant aux plans de pilotage
– Les organisations syndicales au groupe central du Pacte d’excellence
– RDC – Grève des enseignants : La parole à Thomas MACO BISHUGI : « La grève devrait continuer jusqu’à ce que le gouvernement réalise ses promesses ».
– Le colonialisme au Congo : Quelle valeur donner au rapport des experts?
– Transition énergétique et désindustrialisation : les organisations syndicales doivent-elles s’intégrer dans les politiques de décarbonation ?
– Maroc : « Travailleurs et jeunes manifestent pour le droit au travail »
– « Sommet mondial pour la démocratie » de J .Biden : les contours de futures coalitions militaires ?
– Jordanie : manifestations contre l’accord américano-israélo-jordanien
– Derrière les polémiques, tous les gouvernements sont d’accord pour chasser les migrants

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Quels sont les dangers pour la FGTB si elle venait à défendre le modèle du PS d’une Belgique à 4 régions ?

Article paru dans le Bulletin Unité N°61 d’octobre 2021.

La revue Politique a publié dans son numéro de septembre 2021, un dossier consacré à l’accord du gouvernement sur la 7ème réforme de l’Etat qui « doit entraîner un renforcement de l’autonomie des entités fédérées tout en augmentant la capacité d’action du pouvoir fédéral ». Autrement dit, le pouvoir fédéral serait plus efficace s’il perdait encore plus de compétences !

La revue Ensemble pour la solidarité, contre l’exclusion (septembre 2021) donne un élément d’information : « Au printemps 2020, parallèlement aux contacts établis entre le président du PS et celui de la N-VA, différents experts proches du Parti socialiste travaillaient sur des « scénarios de défédéralisation portant sur les chômeurs complets indemnisés demandeurs d’emploi et les chômeurs à temps partiel volontaires » ». En Belgique, la « défédéralisation » d’une compétence, c’est sa régionalisation !

Le jour de la manifestation du 24 septembre dernier, Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne donnait une interview dans le journal L’Echo. Dans cette interview, le dirigeant syndical s’attaquait à un parti politique, à savoir le PTB, oubliant que de plus en plus d’affiliés de la FGTB votent ou sont près de voter PTB.

L’Echo lui posait la question traditionnelle : « Le PS fait-il la course derrière le PTB ? » La réponse : « Je pointe surtout les déclarations anti-régionalistes faites par le PTB (à travers son manifeste « We are one »). Cela me heurte. (…) Le régionalisme colle à des réalités de terrain dans un cadre de solidarité fédérale. Quand le PTB attaque le courant régionaliste de la FGTB et attaque André Renard – qui est celui qui a amené les réformes de structures anti-capitalistes à la FGTB avant 1960 – il s’en prend au syndicalisme de combat. »

Cette déclaration a été largement utilisée par des responsables du PS pour affirmer que la FGTB se distanciait désormais du PTB. Par ailleurs, on peut faire remarquer que le PS ne fait certainement pas la « course derrière le PTB » en matière de lutte pour le maintien de la Sécurité sociale fédérale et du droit du travail national.

Ce qui pose question, c’est la volonté de certains responsables de la FGTB de vouloir coller de près au programme du PS pour l’extension de la régionalisation.

Mais il n’y a pas de consensus à la FGTB sur cette orientation. Par exemple, on relèvera que lors de la soirée de gala pour présenter la campagne « We are one » du PTB, le 29 septembre, était présente Estelle Ceulemans, secrétaire générale FGTB Bruxelles.

Encore plus significative est la prise de position des travailleurs de l’entreprise Aperam Châtelet (ex Arcelor Mittal, ex Carinox, ex Carlam) qui expriment leur opposition à la « tendance régionaliste à l’intérieur de notre FGTB ».

Dans une motion publiée le 8 octobre, ils déclarent :
« Pourtant notre FGTB défend les Accords Interprofessionnels qui sont l’exemple même de la solidarité entre les différentes couches de travailleurs, les différents secteurs, entre les travailleurs des différentes régions du pays. La lutte des personnels des hôpitaux, la lutte contre la pension à points. Ces différentes luttes ont en commun qu’il s’agit de luttes nationales. Forte de cette solidarité exprimée par la FGTB, la délégation d’Aperam s’oppose à la tendance régionaliste à l’intérieur de notre FGTB. Rappelons-nous que c’est l’unité de tous les travailleurs de Belgique qui a permis de sortir les enfants des mines, de créer la Sécurité Sociale.

Mais surtout face à l’ultra-libéralisme dominant, le monde du travail a besoin d’une unité la plus large et la plus profonde. Il a besoin de rapports de forces internationaux et surtout pas de replis régionaux, communautaires. La délégation FGTB d’Aperam qui défend l’unité des travailleurs de l’usine, quelle que soit leur origine, leurs convictions ou orientation, qui travaille à un front commun, qui a organisé le syndicalisme de réseau actif, en son temps.

La délégation FGTB Aperam fait appel aux instances de la Fédération MWB Hainaut-Namur pour porter notre message à d’autres niveaux de la FGTB et même au dehors. Tous ensemble, tous ensemble ! » (1)

Ce qui guette la FGTB comme syndicat, si jamais elle devait soutenir le projet institutionnel des responsables socialistes, c’est la division en son sein, et cela, à tous niveaux. Si elle renonce à son indépendance vis-à-vis des partis socialistes, la FGTB est en danger. Mais rien n’est joué.

Roberto Giarrocco

1) https://www.facebook.com/FGTBAperampublic2015/

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Régularisation immédiate de tous les sans-papiers !

Article paru dans le Bulletin Unité N°59 de juillet 2021.

Depuis le 23 mai, plusieurs centaines de personnes sans papiers sont en grève de la faim à Bruxelles pour arracher la légalisation des 150.000 migrants présents en Belgique. La régularisation massive des sans-papiers est contradictoire avec l’accord du gouvernement fédéral dans lequel siègent socialistes et écologistes.

L’accord du gouvernement d’octobre 2020 ne prévoit rien en matière de régularisation et poursuit la politique de centres fermés tout en précisant qu’il s’agit « de miser davantage sur le retour volontaire et de renforcer l’accompagnement dans toutes les phases de la procédure ».

A la Chambre, le 1er juillet, le premier ministre, Alexander De Croo, a affirmé qu’il n’y aura pas de régularisation collective. Quelques jours plus tôt, le secrétaire d’Etat à l’Asile et la Migration, Sammy Mahdi, avait affirmé : “Si vous régularisez 2.000 grévistes de la faim, demain 20.000 autres feront de même”. Il faut dire que certains partis veulent limiter la régularisation aux seuls grévistes de la faim.

Ce 5 juillet, le sénateur Ecolo Rodrigue Demeuse argumente dans ce sens : « Il y a eu des grèves de la faim par le passé, que ce soit Maggie De Block, Patrick Dewael ou Melchior Wathelet, des solutions ont pu être trouvées. Il ne faut pas attendre un mort, il faut qu’on puisse trouver des solutions humaines. »

Le journal L’Echo commentait le 30 juin ainsi la situation politique : « (La) demande de conférence interministérielle a été une nouvelle fois exprimée par le PS (…). Sans grand effet jusqu’ici. Il n’est pas question pour les partis de la Vivaldi de mettre un coup de canif à l’accord du gouvernement au risque de créer un « engrenage » qui nuirait à la stabilité de la coalition. PS et Écolo sont aussi pressés sur leur gauche par le problème qu’isolés au sein du gouvernement De Croo. »

Selon le PS, la conférence interministérielle doit aboutir à « l’établissement de critères clairs et objectifs inscrits dans une loi pour une régularisation individuelle des sans-papiers ».

A l’heure où ces lignes sont écrites, rien n’indique que le gouvernement fédéral va céder face à la mobilisation. Cela étant, comme pour la question de la hausse des salaires, constatons une fois de plus que les partis socialistes se sont bloqués dans un accord gouvernemental qui les lie de la tête aux pieds, cette fois-ci contre les intérêts de cette fraction particulièrement exploitée de la classe ouvrière que sont les personnes en situation de séjour illégal.

Une fois de plus, cet accord du gouvernement doit sauter car il assure en fait la continuité du précédent gouvernement avec la N-VA, ce qui ne fait qu’ouvrir la voie à l’extrême-droite.

RG

Aujourd’hui, 23 juillet, malgré que les ministres PS et ECOLO ont menacé de quitter le gouvernement s’il devait y avoir un mort, les sans-papiers mentionnés dans cet article ont décidé d’arrêter leur grève de la faim suite aux risques pour leur santé et surtout suite à de vagues promesses qui ne modifient pas la situation des sans-papiers en profondeur.
Nous ne manquerons pas de revenir sur le sujet dans nos prochains numéros du Bulletin Unité.


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Fin d’année scolaire : bilan et perspectives

Article paru dans le Bulletin Unité N°59 de juillet 2021.

Au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, suite à la situation sanitaire, nous venons à nouveau de terminer une année scolaire chaotique. En effet, pour la deuxième année de suite, rien n’a sérieusement été mis en place pour préserver le cursus scolaire des élèves et le bien-être de tous ceux qui travaillent dans ce but. Pas de dédoublement des classes, pas d’embauche massive de personnel, etc.

Dès lors, à nouveau, pour masquer la catastrophe au niveau des statistiques, la Ministre Désir (PS) a reformulé son envie que les conseils de classe se passent en toute bienveillance pour les élèves. Malheureusement, de fait, la bienveillance signifie pour nos dirigeants qu’il faut laisser passer la quasi-totalité des élèves en première session malgré parfois quatre, cinq échecs et plus encore.
Finalement, nous avons ici un aperçu de l’école du futur présentée dans le Pacte pour un Enseignement d’Excellence dans lequel ses rédacteurs (partis, syndicats, société civile) préconisent un tronc commun pour tous les élèves jusqu’à la fin de 3ème secondaire et où le redoublement deviendrait l’exception.
C’est au bout de ce tronc commun que ceux-ci participeront pour la première fois à une évaluation sommative afin qu’ils puissent soit continuer leur cursus dans l’enseignement général, soit dans l’enseignement qualifiant. Cette manœuvre a pour unique but d’éviter le coût financier d’un redoublement qui sera limité à l’exception. Nul doute qu’une telle école verrait les inégalités sociales s’amplifier davantage.

Dans le même temps, depuis janvier, la Ministre profite de la pandémie pour avancer dans l’élaboration de quatre décrets mortifères pour l’ensemble des « acteurs de l’enseignement » : les réformes de l’évaluation des enseignants (Bulletin Unité n°53 et 54), de l’enseignement qualifiant (n°55 et prochain numéro), des rythmes scolaires (n°56) et des pôles territoriaux (n°58) (1).
Comme nous l’expliquions dans nos précédents numéros, ces quatre projets de décret contenus dans le Pacte visent in fine à faire des économies dans notre système éducatif (pourtant déjà très critiquable) sur le dos des élèves et des travailleurs.

Bien que certains puissent être surpris qu’une telle politique soit menée par le Parti Socialiste (aidé d’une manière ou d’une autre par tous les autres partis institutionnels), nous devons l’analyser dans son contexte d’austérité dans lequel, au nom du « réalisme » et de « prise de responsabilité », le remboursement de la dette et le retour des critères de Maastricht obligent les mandataires politiques qui ne veulent pas œuvrer pour une organisation de la société en opposition aux grands patrons à prendre en main le détricotage de nos acquis sociaux.
C’est dans ce contexte que Frédéric Daerden, le ministre PS du Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles a rappelé ces derniers jours que la situation financière n’était pas tenable. L’enseignement ne sera donc pas épargné.

Dès lors, tout travailleur honnête est en droit de s’interroger sur la signification de l’absence de lutte sérieuse face au Pacte d’Excellence et, notamment, face à ces quatre projets de décrets qui font l’actualité.
De son côté, après avoir mené une campagne contre « la taxe tartine », le PTB a organisé en cette fin d’année scolaire une action à la gare centrale de Bruxelles pour revendiquer « des classes plus petites ». Il semblerait que peu de gens aient été convaincus par la pertinence de ce mot d’ordre puisque seule une poignée de camarades ont fait le déplacement malgré les capacités de mobilisation sérieuses de « la gauche authentique ». D’autres sujets comme la tenue vestimentaire des élèves ou la décolonisation de l’école animent leurs combats mais très peu concernent le Pacte.

Aussi, ces derniers mois, un groupe « école en lutte » s’est mis sur pied et a organisé ses premières réunions auxquelles des membres du Comité Unité ont participé. Là aussi, malgré les nombreuses demandes des participants afin d’y mener une lutte ouverte contre le Pacte d’Excellence, force est de constater dans les publications et autres interventions que celui-ci n’est jamais mentionné.
Nous sommes d’accord avec l’essentiel des revendications qui y sont portées (maximum 15 élèves par classe, rénovation des infrastructures, engagement de personnel, etc.) mais peut-on vraiment espérer de tels changements alors qu’on n’est pas capable d’arrêter les contreréformes contenues dans le Pacte d’Excellence ?

Et pourtant, au niveau syndical, il y a des points sur lesquels nous pouvons nous appuyer. En effet, la pression de la base pousse certains dirigeants syndicaux à sortir de leur silence.
Le vendredi 25 juin au matin, une quarantaine de militants de la CSC-Enseignement Liège-Verviers se sont rassemblés devant le domicile du ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet, afin de dénoncer le « piétinement » de la concertation sociale dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires.
L’après-midi, plusieurs militants de leur régionale bruxelloise ont rencontré la ministre à son cabinet pour lui faire part de leurs vives craintes concernant les conséquences de la réforme annoncée.

Le 28 juin, une délégation de la CGSP Enseignement s’est entretenue avec la Ministre de l’Enseignement afin de lui faire part de leurs inquiétudes concernant la mise en œuvre des pôles territoriaux.
Le lendemain à la radio, le président communautaire de la CGSP enseignement Joseph Thonon a affirmé qu’il « faut concentrer le métier d’enseignant sur son corps de métier. C’est à dire enseigner et qu’on mette un frein à toutes les réformes qui sont en cours. Il faudra réfléchir à savoir si le timing est encore approprié après cette crise sanitaire. »

Certes, toutes ces actions et déclarations ne vont pas dans le sens du rejet pur et simple des quatre décrets en cours et encore moins du Pacte d’Excellence dans son ensemble que pourtant les affiliés tant CGSP que CSC seraient en droit d’attendre de leurs dirigeants mais elles reflètent la pression que les affiliés des syndicats font peser sur leurs dirigeants car ils vivent enfin au jour le jour le côté réactionnaire de cette vision de l’enseignement développée depuis environ six ans.

Les militants du comité unité, considérant qu’il est indispensable de construire l’unité des acteurs de l’enseignement à tous les niveaux pour bloquer le Pacte et toutes les mesures qui en découlent, appellent les lecteurs de ce bulletin à les rejoindre, à leur écrire pour faire part de leurs luttes dans leurs établissements, à faire de ce bulletin l’instrument du combat pour l’unité pour la reconquête d’une école publique qui instruise, conquête de toute la classe ouvrière.

Gaëtan Coucke

L’école en action avant les vacances

Lundi 28 juin dernier, une délégation syndicale a été reçue par la ministre de l’Enseignement Caroline Désir. Une quarantaine de personnes ont fait le déplacement de Liège jusque Bruxelles pour exprimer leur opposition à la réforme sur l’intégration des élèves à besoins spécifiques et au Pacte d’Excellence en général.
La ministre a promis une deuxième entrevue à Liège en octobre pour discuter de l’intégration. Pour rappel, la ville de Liège perdra de 70 à 80 enseignants et logopèdes en intégration d’ici 2022.
Cette action survient suite à des demandes de la base syndicale et d’un groupe de logopèdes qui ont souhaité se mobiliser avant la fin de l’année. La discussion avec la ministre n’a pas diminué la volonté de la base de continuer le mouvement à la rentrée de manière plus intense.

Lionel Briké

Désorganisation de la rentrée scolaire dans le spécialisé

Le site rtl.be publiait le 30 juin le texte suivant : « Les écoles spécialisées ne savent toujours pas le nombre de profs engagés pour la rentrée: « C’est inquiétant » »
« A l’aube des grandes vacances, l’inquiétude grandit déjà dans l’enseignement spécialisé concernant la rentrée scolaire. Il faut savoir que chaque année, ces écoles reçoivent des circulaires pour définir notamment le nombre de professeurs engagés. Sauf que cette fois ces informations ne sont pas encore arrivées. C’est un vrai problème pour les responsables de ces établissements.
(…) Alors, aujourd’hui, Béatrice Barbier est en colère car elle ne sait toujours pas comment sera organisée sa rentrée. « On ne sait rien. Alors on fait des projections mais elles sont très difficiles à faire. (…) C’est vraiment très compliqué. Comment faire pour dire à tel enseignant, tu peux rester, à tel autre tu dois partir », demande la directrice qui est présidente de l’association des directeurs du spécialisé.
« On rumine, on ressasse. Pendant les vacances, c’est sûr on va regarder notre téléphone, on va se demander si on a eu un appel pour savoir si on est repris. C’est inquiétant », confie Florence Boulanger, logopède de l’école.
C’est inquiétant également pour les élèves qui l’année prochaine n’auront peut-être plus les professeurs ou paramédicaux qu’ils ont l’habitude de côtoyer. »
La ministre Désir a répondu aux enseignants que les circulaires seront envoyées «avant leur départ en vacances».


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Enseignement – La ministre Caroline Désir (PS) veut faire des économies dans les projets d’intégration

Article paru dans le Bulletin Unité N°58 de juin 2021.

Le Soir (24/1/2021) présente ainsi la « réforme » (1) de la ministre : « Quatorze millions en 2014… Cent millions en 2020… En six ans le budget consacré à l’accompagnement d’enfants à besoins spécifiques dans l’enseignement ordinaire via le système dit « d’intégration » a été multiplié par sept.  Le nombre de bénéficiaires a suivi la même courbe. Tenable à long terme ? Pas tenable, et philosophiquement, et financièrement. C’est en tout cas le constat que font les auteurs du Pacte d’excellence et le monde politique. Raison pour laquelle la ministre de l’Education Caroline Désir met la dernière main à un projet de décret. »

Ajoutons que pour les prévisions budgétaires reprises dans l’avis 3 du Pacte, les auteurs annoncent, dans la rubrique « Élèves du spécialisé versés dans le tronc commun », une économie annuelle de 29 millions d’euros. (Pour rappel, les syndicats siégeaient au groupe central chargé de rédiger le Pacte.)

C’est clair et net : la ministre veut tout faire pour que le système d’intégration, destiné à aider les élèves de l’enseignement ordinaire (pas l’enseignement spécialisé) souffrant de certains problèmes, ne plombe pas le budget de la Communauté française. C’est proprement scandaleux.

Précisons encore que les moyens attribués à l’enseignement spécialisé seront conservés pour les élèves qui y restent mais dont le nombre va diminuer puisque, comme le dit élégamment le Pacte, beaucoup doivent être « versés » dans l’ordinaire. Et c’est pour ceux-là que les moyens attribués jusqu’ici aux élèves transférés du spécialisé à l’ordinaire (ou gardés dans l’ordinaire pour éviter un transfert vers le spécialisé) vont diminuer drastiquement.

Comment la ministre présente sa mesure ? Elle dit : « Aucun enfant ne sera sacrifié. Tous les enfants aujourd’hui accompagnés vont continuer à l’être. » Traduisons : à l’avenir, les enfants qui auraient dû être accompagnés ne le seront sans doute pas, faute de moyens.

La ministre précise dans ce sens : « Cette réforme est complexe mais elle permettra une répartition plus équitable des moyens dans toutes les zones géographiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles ». Traduisons de nouveau : si globalement, les moyens restent au même niveau, dans certaines régions, les moyens seront diminués et de nombreux emplois seront supprimés.

La ministre ajoute, sans gêne : « Alors oui, ça va diminuer après les cinq années de transition quelque peu les heures d’accompagnement, mais il y aura toujours des unités de temps consacrées à la proximité avec les enfants ». Précisément, les heures d’accompagnement vont diminuer parce que l’enveloppe de financement de 100 millions d’euros dédiés va rester bloquée.

Cette « réforme » s’appelle officiellement « décret portant création des pôles territoriaux ». Comme l’indique la ministre, plus de 11.000 élèves à besoins spécifiques bénéficient aujourd’hui d’un accompagnement dans l’enseignement ordinaire. Il s’agit d’enfants qui présentent un handicap ou qui présentent des troubles d’apprentissage (TDA, TDAH, dyslexie, dyscalculie…). Jusqu’ici, leur accompagnement était prévu par le mécanisme de l’Intégration : lorsqu’un élève passait de l’enseignement spécialisé à l’enseignement ordinaire, il bénéficiait de plusieurs heures de soutien assurées par un enseignant, un kiné ou encore un logopède issu de l’enseignement spécialisé.

La Ministre veut mettre fin au financement par élève et laisse entendre que le secteur privé paramédical sera une composante particulière des pôles, hors personnel de l’enseignement : « Concrètement, les pôles territoriaux seront composés de professionnels du monde de l’enseignement spécialisé et du secteur paramédical (logopèdes, kinés, etc.). Chaque pôle sera placé sous l’autorité d’une école de l’enseignement spécialisé, appelée école siège (…). De leur côté, les écoles de l’enseignement ordinaire devront conclure une convention avec le “pôle territorial” situé dans leur zone (…) On le voit, dans ce nouveau mécanisme, les moyens ne sont plus attachés à un élève mais octroyés à un pôle (…). Le pôle est alors chargé de les affecter au mieux en fonction des besoins des élèves situés sur son territoire. »  Il est prévu de créer 77 pôles.

Ce projet suscite la plus grande inquiétude. Une institutrice explique à la Rtbf : « Cette réforme nous met en colère car depuis 2008 nous avons testé une multitude de choses avec ces enfants. Nous sommes parvenus à tisser des liens avec toute une série d’interlocuteurs pour leur bien-être, mais surtout leur donner une chance de rester dans l’enseignement ordinaire. (…) Nous ne pourrons plus suivre des enfants comme nous le faisons actuellement. »

Il est important que les organisations syndicales, et la CGSP-Enseignement en particulier, mobilisent contre cette réforme pour la mettre en échec. La position des responsables se limite pour l’instant à vouloir amender le projet : sortir le budget de fonctionnement des pôles de l’enveloppe ou encore, tenir compte des indices socio-économiques des élèves dans le calcul des dotations (2).

Certes, ces remarques sont justifiées, mais elles ne s’opposent à la réforme. Les enseignants en colère ne sont pas soutenus. Nous reviendrons dans le prochain numéro du Bulletin Unité sur les mobilisations en cours contre la réforme.

Gaëtan Coucke (et collectif)

(1) – Logiquement, une « réforme » constitue un progrès, une amélioration graduelle d’une situation jusque-là pénible ou insupportable. La « réforme » de la Ministre est tout le contraire de cette définition. Voilà ce qui justifie les guillemets.

(2) – Cette politique ne respecte personne : ni les élèves transférés du spécialisé qui perdront une bonne partie de leur accompagnement, ni ceux de l’ordinaire qui en subiront les conséquences par contrecoup, ni les enseignants contraints de travailler  dans des  conditions encore plus difficiles  mais à qui on demandera  de concocter de beaux plans de pilotage expliquant comment ils vont améliorer leur enseignement tout en réduisant le taux de redoublement.

Cette mesure constitue un exemple de plus qui confirme que le Pacte de prétendue Excellence n’est pas une réforme pédagogique mais un plan financier.

Comme le souligne le pédagogue Dirck Van Damme, directeur du Centre de recherche en éducation de l’OCDE (qu’on ne saurait taxer de sympathies gauchistes), on remarque une tendance à la constitution d’une armée mexicaine. En effet, les moyens retirés à l’accompagnement des élèves seront, du moins en partie, consacrés à rémunérer des coordonnateurs de pôles. Même remarque que pour les Directeurs de zones (DZ) et les Délégués au contrat d’objectifs (DCO) des plans de pilotage.


DERNIERE MINUTE – Des enseignants n’attendent pas la rentrée pour bouger

Dans le cadre de la lutte contre le Pacte d’excellence et en réponse au mépris venant de la ministre de l’Enseignement et de leur pouvoir organisateur, les enseignants de l’ICTIA (Liège) ont décidé en assemblée générale de faire trois arrêts de travail d’ici la fin de l’année.

La réforme sur l’intégration (Pacte d’excellence) leur enlèverait deux logopèdes. Il a d’ailleurs été conseillé à celles-ci de se réorienter professionnellement lors d’une réunion avec la direction de l’Enseignement liégeois. Pour les enseignants de l’ICTIA c’est inadmissible. Pour cette école technique et professionnelle, il faudrait au contraire plus d’intégration vu les difficultés de certains élèves.

« Nous exigeons le maintien des emplois pour l’intégration à Liège », revendiquent les enseignants. En effet, il a été annoncé que 80 postes sur 100 seraient supprimés d’ici 2022 à Liège.

« Ça fait un an qu’on attend des toilettes pour nos élèves, si elles ne sont pas là en septembre, nous ne viendrons pas travailler en octobre », annoncent-ils également, « on en a assez du mépris de la ministre et de notre pouvoir organisateur ».

Ce jeudi 3 juin c’est à la fois contre les prochains décrets du Pacte d’excellence, contre les licenciements et contre le manque de moyens matériels des écoles que l’ICTIA se positionnera.

Réforme des rythmes scolaires : 3 gros mensonges

Ces dernières semaines, tous les journaux ont repris en boucle « C’est officiel, le calendrier scolaire changera à partir de septembre 2022 ».

Premièrement, rien n’est encore officiel. Seul un vote d’intention a recueilli une majorité (PS-MR-Ecolo) au Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles. Aucun décret n’est encore à la table des négociations.

Deuxièmement, aucun consensus scientifique n’établit la nécessité de changer les rythmes scolaires (1).

Et, enfin, les deux semaines de vacances ajoutées au congé d’automne et de carnaval ne concernent que les élèves et non le personnel qui devra « être mis au travail » durant une partie de ces deux semaines.

Dès lors, le combat contre cette enième attaque contenue dans le Pacte d’Excellence ne fait que commencer.

(1) https://www.lepoint.fr/societe/le-calendrier-des-vacances-scolaires-repose-sur-un-mythe-06-01-2017-2095066_23.php.


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Réforme des rythmes scolaires. Pas touche aux grandes vacances !

Article paru dans le Bulletin Unité N°56 de mars 2021.

Depuis quelques semaines, un nouveau dossier du « pacte » pour un enseignement d’ « excellence » anime les débats: la modification des rythmes scolaires.

En effet, sous couvert d’adaptation au rythme biologique d’apprentissage des élèves **, la ministre Caroline Désir (PS) veut modifier le calendrier scolaire proposant des cycles de 7 semaines de cours suivis de 2 semaines de congé ; ce qui implique que les élèves bénéficieront d’une semaine de congé supplémentaire aux vacances d’automne et de carnaval.

Actuellement, pour ce faire, trois scénarios sont en discussion entre la Fédération Wallonie-Bruxelles et les différents « acteurs de l’enseignement », dont les syndicats.

Le scénario 1 est avancé par la ministre et implique que le début de l’année scolaire est avancé au dernier lundi du mois d’août et que la fin de l’année scolaire est reculée au 1er vendredi du mois de juillet. Cette option maintient un seuil minimal de 180 jours de cours.

Le scénario 2 ne modifie pas les dates de début et de fin de l’année scolaire mais voit alors les élèves perdre jusqu’à 10 jours de cours certaines années (170 jours).

Le scénario 3 se veut être une option intermédiaire car il implique d’avancer le début de l’année scolaire au dernier lundi du mois d’août et de la terminer au dernier vendredi du mois de juin. Cette option maintient un seuil minimal de 175 jours d’école.

A titre d’information, un sondage a été réalisé en ligne par la CGSP Enseignement de Bruxelles.
Bien que les résultats doivent être pris avec les précautions adéquates, la proposition de la ministre (scénario 1) a été rejetée massivement par 612 votes contre 167 (78% de votes de rejet). Dans une réelle assemblée générale, le dossier serait clos et le maintien du calendrier actuel devrait alors être la position du syndicat. Néanmoins, le sondage ne s’arrête pas là. En effet, la CGSP Enseignement communautaire propose une alternative reprenant les idées du scénario 3 et qui obtient 72% de votes d’adhésion. Les 78% de rejets de la proposition de la Ministre sont alors divisés, 31% des votants se positionnant pour le maintien du calendrier actuel.

Rappelons ici la position de la CGSP Enseignement de Bruxelles : un syndicat n’a pas vocation à participer à l’écriture des décrets. Refusons cette politique de division !

De plus, ce que le sondage n’explique pas, c’est que « les scénarios 2 et 3, qui réduisent le nombre de jours d’école et donc de cours en présence des élèves, impliquent de prévoir du temps de travail pour les enseignants pendant les congés scolaires des élèves : 10 jours pour le scénario 2 et 5 pour le scénario 3. Plusieurs options sont possibles : en amont ou en aval de l’année scolaire des élèves, pendant les congés d’automne, de détente ou de printemps. Un mix est également possible. »

Ce qui pouvait paraître équitable pour certains (enlever deux semaines de congé en été et rajouter deux semaines en automne et carnaval) n’est, en dernière analyse, qu’une nouvelle attaque contre le personnel de l’enseignement. Il s’agit bel et bien de rajouter une fois de plus du temps de travail et de renforcer l’idée que les travailleurs des écoles ont trop de congés. Le Pacte d’Excellence fut-il mis en place pour revaloriser le métier ? Vraiment ?

Tout ceci ne devrait surprendre personne. Ces éléments figuraient effectivement déjà dans l’avis N°3 pour un Pacte d’Excellence. En page 9, on peut lire « Les jours de formation continuée complémentaires se dérouleront en dehors des périodes où l’enseignant a la charge de sa classe et ils feront l’objet d’une prime ou d’un système de compensation équivalent. Dans le cadre de la réflexion sur une réorganisation des rythmes scolaires de l’année, des possibilités alternatives d’organisation des jours de formation continuée seront envisagées. »

De plus, toucher à juillet et août revient à ouvrir la boîte de Pandore tant convoitée depuis des dizaines d’années. En Angleterre, par exemple, les enseignants travaillent trois semaines en juillet tout en ne gardant qu’une semaine de congé en automne et à carnaval.

La diminution de la période de congés en juillet et août fera que le prix pour partir en vacance augmentera. C’est l’offre et la demande. Il y aura plus de demandes sur une durée plus courte. Les familles les plus fragilisées seront sanctionnées. De plus, la pression pour voir les congés des travailleurs acceptés durant les grandes vacances augmentera étant donné que le nombre de jours sera réduit.

Il faut également prendre en compte que cette réforme ne serait d’application que du côté francophone du pays. Qu’en sera-t-il alors des familles recomposées dont les enfants ne sont pas dans le même type linguistique d’enseignement ? Cette division du temps de congé entre les communautés est aussi une manière pour les régionalistes de conforter leur position et de diviser encore un peu plus la classe ouvrière belge.

Faisons face à la division, restons unis pour rejeter la modification du calendrier scolaire. Pour y arriver, nous sommes d’accord avec la motion syndicale d’une section bruxelloise qui exige que des assemblées générales soient organisées, malgré les restrictions imposées par les autorités ; que soit pris en considération leur rejet du Pacte d’Excellence en ce compris son volet « évaluation des enseignants » et réforme des rythmes scolaires et que leur Président ne prenne aucun engagement sans avoir été mandaté par la base. Une deuxième section syndicale reprend ces réclamations et exige en plus le retrait de tous les décrets liés au Pacte d’Excellence et que leur syndicat se retire de tous les travaux liés au prétendu Pacte d’Excellence.

En effet, il est également nécessaire d’exiger que les dirigeants syndicaux quittent la table car ces nombreuses attaques qui n’ont vu que très peu de résistance depuis quatre ans sont envisageables par les décideurs à cause de la participation des syndicats à la table des négociations et de co-écritures des décrets.

Gaëtan Coucke

* Rappelons encore une fois que les enseignants ne sont pas payés pour les mois de juillet et d’août.

** Qui peut croire que des dirigeants de l’enseignement se soucieraient vraiment des rythmes scolaires alors que toutes les mesures qu’ils prennent sont dictées par des visées exclusivement économiques : instrumentaliser l’enseignement qualifiant sous prétexte de le valoriser, affaiblir gravement l’enseignement spécialisé, faire baisser radicalement les taux d’échec scolaire et d’exclusions sans accorder les moyens nécessaires mais en atténuant fortement les exigences, réduire l’offre des options académiques, etc.

___Au moment de clôturer cet article (24 mars), nous apprenons que malgré les chiffres catastrophiques de contamination à la COVID-19 (notamment dans les écoles), la Ministre Désir s’est efforcée à vouloir garder les écoles ouvertes moyennant des mesurettes de plus en plus intenables pour les élèves et les travailleurs. Celle-ci maintient qu’elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour que les professeurs soient vaccinés en priorité. Il faudrait peut-être lui rappeler que son propre parti est au pouvoir. Face à ce manque de respect et de considération, des dirigeants syndicaux de l’enseignement montent enfin au créneau. Mais faut-il s’étonner du mépris de la Ministre puisque ceux qui sont censés nous défendre ont passé quatre ans à accepter la politique réactionnaire contenue dans le prétendu Pacte d’Excellence ?___


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Communiqué Covid-19 : que ferait un gouvernement au service des travailleurs ?

Les personnels des hôpitaux dénoncent l’effondrement du système des soins de santé. Que leur répond le gouvernement De Croo ? « C’est notre responsabilité politique de prendre des mesures équilibrées. » Autrement dit, les besoins de l’économie capitaliste priment avant toute autre considération.

Les soignants expliquent : « En cas de saturation, des médecins se retrouveront face à la décision terrible de choisir qui soigner. » Nous sommes près de la saturation et que répond le gouvernement ? « Pas question de changer sans cesse de stratégie ! » Mais au nom de quels intérêts particuliers agit ce gouvernement pour mépriser autant la santé de la population?

Et ce ne sont pas les mesures prises par les différents niveaux de pouvoir, dans la plus grande cacophonie, qui vont dédouaner le gouvernement fédéral de ses responsabilités.

Le mouvement ouvrier s’est construit sur le principe suivant : les richesses doivent être la propriété de la collectivité et le moteur de l’économie ne doit plus être le profit des possédants mais l’utilité sociale, c’est-à-dire la satisfaction des besoins sociaux. Ce principe vaut plus que jamais en situation de crise.

Comment agirait un gouvernement qui mettrait en application une politique tendant vers le socialisme ? En premier lieu, il faut remarquer que pendant la période de confinement, de très nombreux capitalistes ont continué à s’enrichir. Ensuite, il faut observer que la politique des gouvernements et de l’Union européenne a été de chercher à garantir les taux de profit en déversant des milliards d’euros aux banques et aux grandes entreprises. Un gouvernement ouvrier réquisitionnerait et mobiliserait ces milliards d’euros destinés à la Bourse pour renforcer le système hospitalier, en annulant dans un premier temps toutes les mesures d’économies prises depuis des décennies, en réouvrant les lits fermés au nom de la réduction de la dette publique.

Le coût de soins de santé fait partie du coût salarial et constitue donc une entrave aux profits. C’est la raison pour laquelle rentabilité du capital rime depuis longtemps avec restrictions budgétaires en Sécurité sociale. Un gouvernement au service des travailleurs organiserait la rupture avec cette politique de réduction du coût du travail.

Chacun comprend qu’un gouvernement au service du capital n’a qu’une boussole pour s’orienter : la rentabilité des investissements, peu importe les conséquences.

Qu’en est-il de l’impact des mesures sanitaires sur l’activité industrielle et des services ? Un gouvernement qui serait l’émanation du monde du travail parviendrait beaucoup plus naturellement à répartir le travail pour rencontrer les nécessités techniques et protéger la santé des travailleurs. On doit rappeler qu’au printemps dernier, ce sont les travailleurs italiens qui ont obligé les patrons à stopper les usines alors que la situation était catastrophique.

En Belgique, la grève à AB Inbev – Jupille a encore démontré la contradiction entre la logique patronale et la logique ouvrière. Ces derniers jours, les travailleurs des grands magasins font valoir leurs exigences pour se protéger. Dans l’enseignement, des premiers arrêts de travail sont organisés tant la situation est chaotique.

Toutes ces mobilisations posent la question : qui doit diriger ce pays ? Dans quel but ?

La pandémie porte atteinte aux conditions de vie des travailleurs qui sont confrontés en plus à une attaque tout aussi grave sur le plan social. Les capitalistes savent mieux que quiconque que toutes les mesures pour protéger la population contre cette crise menacent leurs profits. Ils sont menacés parce que le maintien de ces profits s’oppose aux besoins de la collectivité. En effet, l’Etat a besoin de fonds pour les soins de santé. Il en a besoin pour assurer le maintien des revenus d’une partie de la population réduite au chômage et à la misère.

La contradiction est là entre un régime économique qui entend profiter de la situation pour créer un chômage de masse (cette menace était déjà présente avant la crise sanitaire) et l’exigence des travailleurs et de leurs familles de maintenir leurs conditions de vie. Cette contradiction doit être surmontée via l’interdiction des licenciements que les travailleurs doivent imposer.

Seule leur mobilisation unie et celle de leurs organisations peut forcer les capitalistes à reculer.

Communiqué du Comité Unité – Dans l’intérêt des travailleurs et des allocataires sociaux, ensemble empêchons la formation du gouvernement Vivaldi !

Le PTB a déclaré il y a quelques jours : « Avec ses 12 sièges et sa combativité, le PTB sera le principal parti d’opposition, dans le Parlement et dans la rue, à ce gouvernement des partis traditionnels, s’il devait se confirmer »

Dans ce gouvernement Vivaldi, il y aura les partis de la famille socialiste, le PS et le SP.A. pour lesquels 1,1 millions d’électeurs ont voté aux dernières élections de 2019 (584.000 pour le PTB-PVDA). Le PS a fait campagne pour le retour à la pension à 65 ans. Or, le PS s’apprête à gouverner avec des partis qui ont participé au gouvernement Michel qui est sorti largement battu des élections. Et on apprend que « le retour de la pension à 65 ans n’est pas sur la table » des négociations.

Après l’inacceptable accord PS-NVA de l’été qui heureusement a échoué, les travailleurs sont inquiets. Le prochain gouvernement serait chargé de mettre sur pied une nouvelle réforme de l’Etat après 2024. Le patronat flamand (VOKA) exige « que le marché du travail soit régionalisé ».

Du côté syndical, il y a certainement de l’attentisme. Mais la FGTB a déclaré : « En plus, nous ne sommes pas d’accord d’échanger ces quelques mesures sociales temporaires contre une 7è réforme de l’État définitive, en ce compris des transferts de certains pans de notre sécurité sociale ou d’instruments de solidarité. »

Même le dernier numéro Tribune de l’Interrégionale wallonne (IRW) de la CGSP publie un article favorable au régionalisme et se termine par : « Toutefois, l’IRW-CGSP refuse d’envisager une scission nationale de la Sécurité sociale et soutient depuis 40 ans toutes les formes de solidarité qui, au moyen de services publics performants, garantissent les droits et les aspirations de tous les travailleurs ».

Sur base de ces prises de positions, toutes les conditions sont réunies pour une large mobilisation immédiate des travailleurs pour faire barrage à la constitution du gouvernement Vivaldi, dans l’intérêts des travailleurs, pour l’unité de nos conquêtes sociales, que le patronat et ses représentants veulent détruire.

Qu’on ne nous parle pas des gesticulations de l’extrême-droite en Flandre qui entend profiter d’ores et déjà de l’impopularité du futur gouvernement. Contre le danger fasciste, la défense des intérêts des travailleurs exige l’unité des organisations syndicales.

On sait que le CD&V, appelé à lâcher la NVA pour se lancer dans l’aventure de la coalition Vivaldi, est en pleine crise. Pourquoi ? Parce qu’il doute de la capacité politique de l’éventuel gouvernement à faire le sale travail contre les travailleurs, et en particulier contre les travailleurs de Flandre. Il doute aussi de la force de la direction du PS, autour de Paul Magnette, à imposer dans son parti sa ligne de scission sociale du pays.

Faisons en sorte que ces doutes se transforment en constat d’échec. Pour ce faire, le PTB peut et doit s’adresser au PS et au SP.A. en leur disant non pas que le PTB va être la seule  opposition de gauche mais en leur disant : « Vous allez trahir les travailleurs, vous allez trahir vos électeurs si vous participez au gouvernement Vivaldi avec son programme antisocial. Nous appelons les électeurs du PS et du SP.A. à s’opposer aux dirigeants du PS et SP .A.. Nous appelons à mobiliser contre la trahison du mandat donnée par les travailleurs ! « 
N’est-ce pas la voie la plus simple pour barrer la route à la coalition Vivaldi avant qu’elle ne se mette en place ?

BlackRock : un danger méconnu.

Il existe dans le monde une entreprise multinationale aux conséquences destructrices beaucoup moins connue que Google ou Total : BlackRock, dont le statut est un fonds de gestion d’actifs.

La société BlackRock a été fondée en 1988 par Larry Finck. Elle collecte des fonds de particuliers ou de professionnels, via des fonds de pension, afin de les placer sur des actifs financiers. Inconnue il y a encore dix ans, la société BlackRock est devenue le plus grand gestionnaire d’actifs au monde. Dans son rapport annuel pour l’année 2019, BlackRock annonçait gérer plus de 7.429 milliards de dollars (soit le troisième PIB mondial après celui de des USA et de la Chine) d’actifs avec un bénéfice de 4,48 milliards dollars.

Cette croissance faramineuse s’explique par la crise financière de 2008. Les Etats n’ayant plus confiance dans les banques se sont tournés sur les investissements de BlackRock qui se sont avéré plus solides.

Derrière l’image d’une société humaine et altruiste ( BlackRock s’est engagée à respecter des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance qui en réalité ne suivent que sa propre politique interne), se cache une société possédant un petit nombre de parts dans presque toutes les grandes sociétés de la planète. Cette stratégie permet à BlackRock de siéger dans tous leurs conseils d’entreprises et d’influencer les décisions des dirigeants dans le sens de ses intérêts propres.

De nombreux spécialistes de l’économie et du domaine de la finance s’inquiètent de la position de ce géant mondial. Ils soupçonnent BlackRock d’investir dans plusieurs entreprises concurrentes d’un même secteur. On appelle cela « la propriété commune ». Cette méthode permet à BlackRock de maximiser ses bénéfices et de diminuer les risques. De cette façon, un seul centre de décision orchestre la rivalité entre société concurrentes, ce qui peut accélérer les faillites et les licenciements massifs.

Un autre aspect du géant mondial est sa filiale de “consulting” et son outil créé tout spécialement dans ce but, le logiciel Aladdin (Asset Liability Debt and Derivative Network). Ce logiciel utilisant algorithmes et intelligence artificielle de pointe pour analyser et prévoir les risques des investissements, est la pierre angulaire de BlackRock.

Aladdin est un monstre analysant des quantités phénoménales de données et piochant parmi tous les clients de la société mère. Or, depuis 2018, BlackRock est mandaté par la Banque Centrale Européenne pour gérer les capitaux européens. Cette situation crée un conflit d’intérêt où des données sensibles publiques sont utilisées à des fins privées, avec la bénédiction des institutions de l’Union européenne.

A ce sujet, BlackRock rétorque en invoquant ses “Murailles de Chine”, c’est à dire des séparations étanches entre la filiale de gestion des actifs et la division de gestion des risques. Nous savons pourtant que les grands patrons sont très doués pour contourner les règles. De nombreux exemples prouvent l’inefficacité de ces mesures comme lors de la crise grecque de 2010, où BlackRock avait investi massivement dans l’immobilier peu de temps avant que le gouvernement grec ne soit obligé, par l’Union Européenne, de privatiser ses bâtiments publics pour éponger sa dette.

BlackRock a ainsi pu mettre main basse sur l’immobilier grec et bénéficier d’une privatisation à bas coût. Or, la société mère de BlackRock analysait depuis plusieurs mois la situation grecque pour le compte de la BCE. Les conflits d’intérêt sont si flagrants que les promesses d’y mettre fin sont très fréquentes mais toujours sans lendemain.

Concernant l’environnement, à nouveau, les mensonges sont nombreux et la société ne respecte pas ses critères ESG (environnement, social et gouvernance). Elle investit massivement dans de nombreuses entreprises extrêmement polluantes telles que Total ou Vinci mais aussi dans des banques comme BNP Paribas (première banque française dans l’investissement du charbon). Pour maximiser ses profits, en bon capitaliste, BlackRock est donc occupé à détruire les travailleurs et leur environnement.

Emmanuel Macron avec, à sa droite, Larry Fink, patron de BlackRock, 10 juillet 2019.

Sans que cela ne dérange, BlackRock est toujours en place et pèse énormément sur les décisions de l’Union Européenne. Par exemple, depuis l’arrivée du président Macron en France, le représentant français de BlackRock, Jean-François Cirelli, participe activement aux « réformes » pour remplacer progressivement la pension par répartition par un système de capitalisation individuelle.

En guise de conclusion, contre un capitalisme par nature insensible à l’avenir des travailleurs, il est essentiel d’exiger un gouvernement qui protège la classe ouvrière et qui donc, exproprie la société BlackRock.

BR