Fin d’année scolaire : bilan et perspectives

Article paru dans le Bulletin Unité N°59 de juillet 2021.

Au sein de la Fédération Wallonie-Bruxelles, suite à la situation sanitaire, nous venons à nouveau de terminer une année scolaire chaotique. En effet, pour la deuxième année de suite, rien n’a sérieusement été mis en place pour préserver le cursus scolaire des élèves et le bien-être de tous ceux qui travaillent dans ce but. Pas de dédoublement des classes, pas d’embauche massive de personnel, etc.

Dès lors, à nouveau, pour masquer la catastrophe au niveau des statistiques, la Ministre Désir (PS) a reformulé son envie que les conseils de classe se passent en toute bienveillance pour les élèves. Malheureusement, de fait, la bienveillance signifie pour nos dirigeants qu’il faut laisser passer la quasi-totalité des élèves en première session malgré parfois quatre, cinq échecs et plus encore.
Finalement, nous avons ici un aperçu de l’école du futur présentée dans le Pacte pour un Enseignement d’Excellence dans lequel ses rédacteurs (partis, syndicats, société civile) préconisent un tronc commun pour tous les élèves jusqu’à la fin de 3ème secondaire et où le redoublement deviendrait l’exception.
C’est au bout de ce tronc commun que ceux-ci participeront pour la première fois à une évaluation sommative afin qu’ils puissent soit continuer leur cursus dans l’enseignement général, soit dans l’enseignement qualifiant. Cette manœuvre a pour unique but d’éviter le coût financier d’un redoublement qui sera limité à l’exception. Nul doute qu’une telle école verrait les inégalités sociales s’amplifier davantage.

Dans le même temps, depuis janvier, la Ministre profite de la pandémie pour avancer dans l’élaboration de quatre décrets mortifères pour l’ensemble des « acteurs de l’enseignement » : les réformes de l’évaluation des enseignants (Bulletin Unité n°53 et 54), de l’enseignement qualifiant (n°55 et prochain numéro), des rythmes scolaires (n°56) et des pôles territoriaux (n°58) (1).
Comme nous l’expliquions dans nos précédents numéros, ces quatre projets de décret contenus dans le Pacte visent in fine à faire des économies dans notre système éducatif (pourtant déjà très critiquable) sur le dos des élèves et des travailleurs.

Bien que certains puissent être surpris qu’une telle politique soit menée par le Parti Socialiste (aidé d’une manière ou d’une autre par tous les autres partis institutionnels), nous devons l’analyser dans son contexte d’austérité dans lequel, au nom du « réalisme » et de « prise de responsabilité », le remboursement de la dette et le retour des critères de Maastricht obligent les mandataires politiques qui ne veulent pas œuvrer pour une organisation de la société en opposition aux grands patrons à prendre en main le détricotage de nos acquis sociaux.
C’est dans ce contexte que Frédéric Daerden, le ministre PS du Budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles a rappelé ces derniers jours que la situation financière n’était pas tenable. L’enseignement ne sera donc pas épargné.

Dès lors, tout travailleur honnête est en droit de s’interroger sur la signification de l’absence de lutte sérieuse face au Pacte d’Excellence et, notamment, face à ces quatre projets de décrets qui font l’actualité.
De son côté, après avoir mené une campagne contre « la taxe tartine », le PTB a organisé en cette fin d’année scolaire une action à la gare centrale de Bruxelles pour revendiquer « des classes plus petites ». Il semblerait que peu de gens aient été convaincus par la pertinence de ce mot d’ordre puisque seule une poignée de camarades ont fait le déplacement malgré les capacités de mobilisation sérieuses de « la gauche authentique ». D’autres sujets comme la tenue vestimentaire des élèves ou la décolonisation de l’école animent leurs combats mais très peu concernent le Pacte.

Aussi, ces derniers mois, un groupe « école en lutte » s’est mis sur pied et a organisé ses premières réunions auxquelles des membres du Comité Unité ont participé. Là aussi, malgré les nombreuses demandes des participants afin d’y mener une lutte ouverte contre le Pacte d’Excellence, force est de constater dans les publications et autres interventions que celui-ci n’est jamais mentionné.
Nous sommes d’accord avec l’essentiel des revendications qui y sont portées (maximum 15 élèves par classe, rénovation des infrastructures, engagement de personnel, etc.) mais peut-on vraiment espérer de tels changements alors qu’on n’est pas capable d’arrêter les contreréformes contenues dans le Pacte d’Excellence ?

Et pourtant, au niveau syndical, il y a des points sur lesquels nous pouvons nous appuyer. En effet, la pression de la base pousse certains dirigeants syndicaux à sortir de leur silence.
Le vendredi 25 juin au matin, une quarantaine de militants de la CSC-Enseignement Liège-Verviers se sont rassemblés devant le domicile du ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Pierre-Yves Jeholet, afin de dénoncer le « piétinement » de la concertation sociale dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires.
L’après-midi, plusieurs militants de leur régionale bruxelloise ont rencontré la ministre à son cabinet pour lui faire part de leurs vives craintes concernant les conséquences de la réforme annoncée.

Le 28 juin, une délégation de la CGSP Enseignement s’est entretenue avec la Ministre de l’Enseignement afin de lui faire part de leurs inquiétudes concernant la mise en œuvre des pôles territoriaux.
Le lendemain à la radio, le président communautaire de la CGSP enseignement Joseph Thonon a affirmé qu’il « faut concentrer le métier d’enseignant sur son corps de métier. C’est à dire enseigner et qu’on mette un frein à toutes les réformes qui sont en cours. Il faudra réfléchir à savoir si le timing est encore approprié après cette crise sanitaire. »

Certes, toutes ces actions et déclarations ne vont pas dans le sens du rejet pur et simple des quatre décrets en cours et encore moins du Pacte d’Excellence dans son ensemble que pourtant les affiliés tant CGSP que CSC seraient en droit d’attendre de leurs dirigeants mais elles reflètent la pression que les affiliés des syndicats font peser sur leurs dirigeants car ils vivent enfin au jour le jour le côté réactionnaire de cette vision de l’enseignement développée depuis environ six ans.

Les militants du comité unité, considérant qu’il est indispensable de construire l’unité des acteurs de l’enseignement à tous les niveaux pour bloquer le Pacte et toutes les mesures qui en découlent, appellent les lecteurs de ce bulletin à les rejoindre, à leur écrire pour faire part de leurs luttes dans leurs établissements, à faire de ce bulletin l’instrument du combat pour l’unité pour la reconquête d’une école publique qui instruise, conquête de toute la classe ouvrière.

Gaëtan Coucke

L’école en action avant les vacances

Lundi 28 juin dernier, une délégation syndicale a été reçue par la ministre de l’Enseignement Caroline Désir. Une quarantaine de personnes ont fait le déplacement de Liège jusque Bruxelles pour exprimer leur opposition à la réforme sur l’intégration des élèves à besoins spécifiques et au Pacte d’Excellence en général.
La ministre a promis une deuxième entrevue à Liège en octobre pour discuter de l’intégration. Pour rappel, la ville de Liège perdra de 70 à 80 enseignants et logopèdes en intégration d’ici 2022.
Cette action survient suite à des demandes de la base syndicale et d’un groupe de logopèdes qui ont souhaité se mobiliser avant la fin de l’année. La discussion avec la ministre n’a pas diminué la volonté de la base de continuer le mouvement à la rentrée de manière plus intense.

Lionel Briké

Désorganisation de la rentrée scolaire dans le spécialisé

Le site rtl.be publiait le 30 juin le texte suivant : « Les écoles spécialisées ne savent toujours pas le nombre de profs engagés pour la rentrée: « C’est inquiétant » »
« A l’aube des grandes vacances, l’inquiétude grandit déjà dans l’enseignement spécialisé concernant la rentrée scolaire. Il faut savoir que chaque année, ces écoles reçoivent des circulaires pour définir notamment le nombre de professeurs engagés. Sauf que cette fois ces informations ne sont pas encore arrivées. C’est un vrai problème pour les responsables de ces établissements.
(…) Alors, aujourd’hui, Béatrice Barbier est en colère car elle ne sait toujours pas comment sera organisée sa rentrée. « On ne sait rien. Alors on fait des projections mais elles sont très difficiles à faire. (…) C’est vraiment très compliqué. Comment faire pour dire à tel enseignant, tu peux rester, à tel autre tu dois partir », demande la directrice qui est présidente de l’association des directeurs du spécialisé.
« On rumine, on ressasse. Pendant les vacances, c’est sûr on va regarder notre téléphone, on va se demander si on a eu un appel pour savoir si on est repris. C’est inquiétant », confie Florence Boulanger, logopède de l’école.
C’est inquiétant également pour les élèves qui l’année prochaine n’auront peut-être plus les professeurs ou paramédicaux qu’ils ont l’habitude de côtoyer. »
La ministre Désir a répondu aux enseignants que les circulaires seront envoyées «avant leur départ en vacances».


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