Enseignement – La ministre Caroline Désir (PS) veut faire des économies dans les projets d’intégration

Article paru dans le Bulletin Unité N°58 de juin 2021.

Le Soir (24/1/2021) présente ainsi la « réforme » (1) de la ministre : « Quatorze millions en 2014… Cent millions en 2020… En six ans le budget consacré à l’accompagnement d’enfants à besoins spécifiques dans l’enseignement ordinaire via le système dit « d’intégration » a été multiplié par sept.  Le nombre de bénéficiaires a suivi la même courbe. Tenable à long terme ? Pas tenable, et philosophiquement, et financièrement. C’est en tout cas le constat que font les auteurs du Pacte d’excellence et le monde politique. Raison pour laquelle la ministre de l’Education Caroline Désir met la dernière main à un projet de décret. »

Ajoutons que pour les prévisions budgétaires reprises dans l’avis 3 du Pacte, les auteurs annoncent, dans la rubrique « Élèves du spécialisé versés dans le tronc commun », une économie annuelle de 29 millions d’euros. (Pour rappel, les syndicats siégeaient au groupe central chargé de rédiger le Pacte.)

C’est clair et net : la ministre veut tout faire pour que le système d’intégration, destiné à aider les élèves de l’enseignement ordinaire (pas l’enseignement spécialisé) souffrant de certains problèmes, ne plombe pas le budget de la Communauté française. C’est proprement scandaleux.

Précisons encore que les moyens attribués à l’enseignement spécialisé seront conservés pour les élèves qui y restent mais dont le nombre va diminuer puisque, comme le dit élégamment le Pacte, beaucoup doivent être « versés » dans l’ordinaire. Et c’est pour ceux-là que les moyens attribués jusqu’ici aux élèves transférés du spécialisé à l’ordinaire (ou gardés dans l’ordinaire pour éviter un transfert vers le spécialisé) vont diminuer drastiquement.

Comment la ministre présente sa mesure ? Elle dit : « Aucun enfant ne sera sacrifié. Tous les enfants aujourd’hui accompagnés vont continuer à l’être. » Traduisons : à l’avenir, les enfants qui auraient dû être accompagnés ne le seront sans doute pas, faute de moyens.

La ministre précise dans ce sens : « Cette réforme est complexe mais elle permettra une répartition plus équitable des moyens dans toutes les zones géographiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles ». Traduisons de nouveau : si globalement, les moyens restent au même niveau, dans certaines régions, les moyens seront diminués et de nombreux emplois seront supprimés.

La ministre ajoute, sans gêne : « Alors oui, ça va diminuer après les cinq années de transition quelque peu les heures d’accompagnement, mais il y aura toujours des unités de temps consacrées à la proximité avec les enfants ». Précisément, les heures d’accompagnement vont diminuer parce que l’enveloppe de financement de 100 millions d’euros dédiés va rester bloquée.

Cette « réforme » s’appelle officiellement « décret portant création des pôles territoriaux ». Comme l’indique la ministre, plus de 11.000 élèves à besoins spécifiques bénéficient aujourd’hui d’un accompagnement dans l’enseignement ordinaire. Il s’agit d’enfants qui présentent un handicap ou qui présentent des troubles d’apprentissage (TDA, TDAH, dyslexie, dyscalculie…). Jusqu’ici, leur accompagnement était prévu par le mécanisme de l’Intégration : lorsqu’un élève passait de l’enseignement spécialisé à l’enseignement ordinaire, il bénéficiait de plusieurs heures de soutien assurées par un enseignant, un kiné ou encore un logopède issu de l’enseignement spécialisé.

La Ministre veut mettre fin au financement par élève et laisse entendre que le secteur privé paramédical sera une composante particulière des pôles, hors personnel de l’enseignement : « Concrètement, les pôles territoriaux seront composés de professionnels du monde de l’enseignement spécialisé et du secteur paramédical (logopèdes, kinés, etc.). Chaque pôle sera placé sous l’autorité d’une école de l’enseignement spécialisé, appelée école siège (…). De leur côté, les écoles de l’enseignement ordinaire devront conclure une convention avec le “pôle territorial” situé dans leur zone (…) On le voit, dans ce nouveau mécanisme, les moyens ne sont plus attachés à un élève mais octroyés à un pôle (…). Le pôle est alors chargé de les affecter au mieux en fonction des besoins des élèves situés sur son territoire. »  Il est prévu de créer 77 pôles.

Ce projet suscite la plus grande inquiétude. Une institutrice explique à la Rtbf : « Cette réforme nous met en colère car depuis 2008 nous avons testé une multitude de choses avec ces enfants. Nous sommes parvenus à tisser des liens avec toute une série d’interlocuteurs pour leur bien-être, mais surtout leur donner une chance de rester dans l’enseignement ordinaire. (…) Nous ne pourrons plus suivre des enfants comme nous le faisons actuellement. »

Il est important que les organisations syndicales, et la CGSP-Enseignement en particulier, mobilisent contre cette réforme pour la mettre en échec. La position des responsables se limite pour l’instant à vouloir amender le projet : sortir le budget de fonctionnement des pôles de l’enveloppe ou encore, tenir compte des indices socio-économiques des élèves dans le calcul des dotations (2).

Certes, ces remarques sont justifiées, mais elles ne s’opposent à la réforme. Les enseignants en colère ne sont pas soutenus. Nous reviendrons dans le prochain numéro du Bulletin Unité sur les mobilisations en cours contre la réforme.

Gaëtan Coucke (et collectif)

(1) – Logiquement, une « réforme » constitue un progrès, une amélioration graduelle d’une situation jusque-là pénible ou insupportable. La « réforme » de la Ministre est tout le contraire de cette définition. Voilà ce qui justifie les guillemets.

(2) – Cette politique ne respecte personne : ni les élèves transférés du spécialisé qui perdront une bonne partie de leur accompagnement, ni ceux de l’ordinaire qui en subiront les conséquences par contrecoup, ni les enseignants contraints de travailler  dans des  conditions encore plus difficiles  mais à qui on demandera  de concocter de beaux plans de pilotage expliquant comment ils vont améliorer leur enseignement tout en réduisant le taux de redoublement.

Cette mesure constitue un exemple de plus qui confirme que le Pacte de prétendue Excellence n’est pas une réforme pédagogique mais un plan financier.

Comme le souligne le pédagogue Dirck Van Damme, directeur du Centre de recherche en éducation de l’OCDE (qu’on ne saurait taxer de sympathies gauchistes), on remarque une tendance à la constitution d’une armée mexicaine. En effet, les moyens retirés à l’accompagnement des élèves seront, du moins en partie, consacrés à rémunérer des coordonnateurs de pôles. Même remarque que pour les Directeurs de zones (DZ) et les Délégués au contrat d’objectifs (DCO) des plans de pilotage.


DERNIERE MINUTE – Des enseignants n’attendent pas la rentrée pour bouger

Dans le cadre de la lutte contre le Pacte d’excellence et en réponse au mépris venant de la ministre de l’Enseignement et de leur pouvoir organisateur, les enseignants de l’ICTIA (Liège) ont décidé en assemblée générale de faire trois arrêts de travail d’ici la fin de l’année.

La réforme sur l’intégration (Pacte d’excellence) leur enlèverait deux logopèdes. Il a d’ailleurs été conseillé à celles-ci de se réorienter professionnellement lors d’une réunion avec la direction de l’Enseignement liégeois. Pour les enseignants de l’ICTIA c’est inadmissible. Pour cette école technique et professionnelle, il faudrait au contraire plus d’intégration vu les difficultés de certains élèves.

« Nous exigeons le maintien des emplois pour l’intégration à Liège », revendiquent les enseignants. En effet, il a été annoncé que 80 postes sur 100 seraient supprimés d’ici 2022 à Liège.

« Ça fait un an qu’on attend des toilettes pour nos élèves, si elles ne sont pas là en septembre, nous ne viendrons pas travailler en octobre », annoncent-ils également, « on en a assez du mépris de la ministre et de notre pouvoir organisateur ».

Ce jeudi 3 juin c’est à la fois contre les prochains décrets du Pacte d’excellence, contre les licenciements et contre le manque de moyens matériels des écoles que l’ICTIA se positionnera.

Réforme des rythmes scolaires : 3 gros mensonges

Ces dernières semaines, tous les journaux ont repris en boucle « C’est officiel, le calendrier scolaire changera à partir de septembre 2022 ».

Premièrement, rien n’est encore officiel. Seul un vote d’intention a recueilli une majorité (PS-MR-Ecolo) au Parlement de la fédération Wallonie-Bruxelles. Aucun décret n’est encore à la table des négociations.

Deuxièmement, aucun consensus scientifique n’établit la nécessité de changer les rythmes scolaires (1).

Et, enfin, les deux semaines de vacances ajoutées au congé d’automne et de carnaval ne concernent que les élèves et non le personnel qui devra « être mis au travail » durant une partie de ces deux semaines.

Dès lors, le combat contre cette enième attaque contenue dans le Pacte d’Excellence ne fait que commencer.

(1) https://www.lepoint.fr/societe/le-calendrier-des-vacances-scolaires-repose-sur-un-mythe-06-01-2017-2095066_23.php.


Abonnez-vous au Bulletin Unité ! 10 numéros pour 7 euros.

Versez au compte Belfius : BE37 7506 9878 4728 – Titulaire du compte : comité unité – eenheidscomité

Ecrivez vos coordonnées par courrier à Olivier Horman, rue Franche 26, 7020 Mons ou par mail à
comiteunite.eenheidscomite@gmail.com

Retrouvez-nous aussi sur la page facebook : https://www.facebook.com/eenheidscomiteunite/

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s