Manifeste d’alarme du Comité d’organisation pour la reconstitution de la Quatrième Internationale (CORQI)

Aux travailleuses, travailleurs, jeunes, militants ouvriers du monde entier et à tous ceux qui veulent en finir avec l’exploitation capitaliste (8,9 et 10 novembre 2020)

Notre 3e Conférence du Comité d’organisation pour la reconstitution de la IVe Internationale se tient dans un contexte très particulier. Au nom de la lutte contre la pandémie de Covid-19, les gouvernements du monde entier ont pris des mesures d’exception rendant impossible la libre circulation et remettant en cause, dans la plupart des pays, les libertés d’organisation et d’expression qui sont la seule arme des travailleurs dans leur lutte contre l’exploitation capitaliste. Confrontés à ces circonstances exceptionnelles, déterminés malgré tout à rassembler les forces de ceux qui combattent pour reconstituer la IVe Internationale sur la base de son programme et de ses principes, nous avons réuni cette 3e Conférence du CORQI en recourant aux nouvelles technologies de communication. Elle a été préparée par une large discussion internationale, avec publication de cinq bulletins intérieurs internationaux reproduisant les contributions de camarades de seize organisations nationales. Au terme de trois sessions de cinq heures chacune, quinze heures durant lesquelles la discussion la plus libre s’est menée, nous avons décidé de nommer cette 3e Conférence du CORQI « Conférence d’alarme ». Nous avons adopté ce manifeste.

1/ La IVe Internationale a été fondée en 1938 sur un programme dont la base était la suivante : les conditions objectives de la révolution prolétarienne sont « non seulement mûres ; elles ont même commencé à pourrir » ; mais sans « révolution socialiste, la civilisation humaine tout entière est menacée d’être entraînée dans une catastrophe ». La IVe Internationale affirmait dans ce programme que sa constitution résultait de « grands événements : les plus grandes défaites du prolétariat dans l’histoire » provoqués par la trahison des dirigeants sociaux-démocrates et staliniens : « La IIIe Internationale,  après  la IIe,  est  morte pour la révolution.  Vive la IVe Internationale ! »

Car, affirmait le programme, « la situation politique mondiale dans son ensemble se caractérise avant tout par la crise historique de la direction du prolétariat ». D’où cette conclusion : « Tout dépend du prolétariat, c’est-à-dire au premier chef de son avant-garde révolutionnaire. »

Dans la période suivant immédiatement sa constitution, la IVe Internationale dut faire face au déferlement de la Seconde Guerre mondiale. Alors que ses militants étaient partout frappés par la répression, que les conditions de circulation entre les travailleurs, les militants dans le monde entier étaient rendues impossibles, la IVe Internationale a tenu en 1940 une conférence qui a adopté un « manifeste d’alarme ». Ce dernier proclamait que, si la guerre impérialiste portait en elle de terribles destructions, il en surgirait aussi les plus grands bouleversements révolutionnaires. Ils mettraient en cause l’existence du régime capitaliste d’exploitation tant dans les pays impérialistes déstabilisés par la guerre que dans les empires coloniaux où les masses opprimées et exploitées se soulèveraient contre la domination impérialiste.

À la différence de celle de 1940, notre Conférence d’alarme de 2020 se tient dans un contexte où, dans le monde entier, malgré les obstacles et les restrictions de libertés, les travailleurs et les peuples se soulèvent contre les gouvernements impérialistes et les gouvernements qui relaient leur politique. Depuis l’été 2019, en Algérie, au Chili, au Liban, en Biélorussie, en Chine, aux États-Unis, en Indonésie, en Thaïlande, au Mali, au Soudan, au Nigeria, en Guinée, en Irak et en Inde (où le mouvement de la jeunesse, rejoint par des secteurs essentiels du mouvement ouvrier, s’est dressé contre la tentative de diviser la classe ouvrière et les masses exploitées par la discrimination à l’encontre des Indiens de confession musulmane), les travailleurs et les jeunes se dressent pour leurs revendications économiques et aussi pour les revendications politiques et démocratiques. Nul doute que, dans les mesures prises par les gouvernements, intervient un calcul : profiter des circonstances pour étouffer les libertés d’organisation, d’expression et de manifestation. Il reste que ce développement continu de ces luttes de résistance et de mobilisations ouvrières constitue une claire indication. Pour l’impérialisme, l’heure est au déchaînement de la barbarie, enfant légitime d’un système failli qui ne peut que conduire l’humanité de crise en crise. Mais pour la classe ouvrière, la perspective est tout autre : la reconstruction de la société sur d’autres bases, celles de l’appropriation des moyens de production par le plus grand nombre.

L’heure est à en finir avec le système capitaliste failli. L’heure est au combat pour le socialisme, pour l’émancipation ouvrière qui exige la socialisation des moyens de production et le transfert du pouvoir politique à la classe ouvrière prenant le contrôle de l’économie.

2/ Dans ce contexte, la tenue de notre Conférence d’alarme prend une signification particulière. Venus de Chine, de Corée, du Pakistan, du Bangladesh, d’Inde, d’Afghanistan, de Russie, de Grèce, d’Allemagne, de Suisse, de Belgique, de Grande-Bretagne, de Hongrie, d’Italie, du Portugal, de France, d’Algérie, du Maroc, de Tunisie, du Sénégal, du Togo, de Côte d’Ivoire, du Bénin, du Zimbabwe, d’Afrique du Sud, du Burundi, de Palestine, du Pérou, du Brésil, du Mexique, d’Haïti, des États-Unis, du Canada, de Roumanie et de Serbie, soit de 35 pays (les camarades de Turquie ayant été empêchés car hospitalisés), nous, délégués, représentant les organisations, courants, groupes, partie prenante du combat ouvrier dans nos pays respectifs, nous rassemblons nos forces dans cette Conférence d’alarme pour la reconstitution de la IVe Internationale (8, 9 et 10 novembre).

Pour beaucoup d’entre nous, membres d’organisations qui, depuis des décennies, combattent sur le programme de la IVe Internationale fondée par Léon Trotsky en 1938 ; pour d’autres, militants ouvriers issus d’autres courants, nous affirmons que, plus que jamais, il est nécessaire d’œuvrer à la reconstitution de la IVe Internationale. Reconstitution qui repose sur l’actualité du programme historique adopté dans la conférence de fondation de la IVe Internationale de 1938 et sur la continuité du combat pour la reconstruction de la IVe Internationale qui a abouti à la conférence de reproclamation en 1993.

Surmontant les obstacles, nous nous sommes donnés les moyens de mener cette discussion dans cette Conférence d’alarme pendant trois jours parce que nous partageons la conviction qu’aucune issue, aucun avenir pour l’humanité ne sont possibles dans le cadre du maintien de ce système capitaliste fondé sur la propriété privée des moyens de production. Quelles qu’en soient les formes, les illusions sur une possible amélioration ou humanisation du système se sont toujours brisées sur la réalité d’un système capitaliste qui ne connaît qu’une loi : le profit fondé sur l’exploitation de la force de travail du salarié, et qui, pour préserver ses marges de profit, n’hésite pas à détruire en masse les forces productives existantes, à commencer par la première d’entre elles, la force productive du travailleur.

Notre expérience dans la lutte des classes dans nos pays respectifs nous conduit à considérer que des millions et des millions de travailleurs engagés dans le combat de résistance ne sont pas animés seulement par la volonté d’arracher la satisfaction des revendications les plus immédiates. À travers ce combat, la classe ouvrière pose avec force la nécessité d’une réorientation du cours de l’humanité, donc d’une rupture avec ce système capitaliste. C’est le combat pour le socialisme qui est à l’ordre du jour.

Cette réorientation exige la construction d’authentiques partis ouvriers sous les formes propres à chaque pays, partis ouvriers qui ne pourront assumer la tâche de la prise du pouvoir par la classe ouvrière qu’à la condition de se doter du programme révolutionnaire prolétarien de la IVe Internationale.

Affirmer cela n’est pas avoir une démarche ultimatiste. Nous comprenons que les processus de la recomposition du mouvement ouvrier sur un nouvel axe sont complexes. Ils passeront par le regroupement nécessaire de travailleurs et de militants plongeant leurs racines dans tous les courants qui historiquement ont vertébré le mouvement ouvrier. Mais il est de notre devoir, sur la base de l’expérience historique du mouvement de la classe ouvrière depuis près de deux siècles et armés de l’expérience de la Ire, de la IIe, de la IIIe Internationale et de la longue histoire parsemée de crises de la IVe Internationale elle-même, d’affirmer la nécessité de doter les partis ouvriers révolutionnaires, dont la construction est indispensable, de l’outil théorique, pratique et d’intervention que constitue le programme concentré de toute l’expérience du mouvement ouvrier : celui de la IVe Internationale. Cela dès lors que l’objectif n’est pas simplement la résistance économique, indispensable, sur telle ou telle revendication, mais le combat pour le socialisme.

3/ Le 24 mars dernier, alors que l’épidémie du Covid-19 se transformait en une catastrophique pandémie frappant tous les continents, les organisations membres du CORQI adoptaient une déclaration intitulée : « Le système capitaliste en faillite et les gouvernements à son service : responsables et coupables de l’expansion de l’épidémie de coronavirus ! »

Nous y affirmions notamment ceci : « À l’heure où nous écrivons cette déclaration, nul ne peut prédire l’issue, forcément catastrophique, de la pandémie de coronavirus qui, aujourd’hui, menace la vie de centaines de millions de femmes, d’hommes et d’enfants à travers le monde. En revanche, les conditions qui ont permis et permettent à cette pandémie de prendre ces proportions catastrophiques, les conditions qui permettent son extension rapide à toute la surface du globe, elles, sont connues des travailleurs et des peuples du monde entier. Car elles découlent toutes des décisions politiques prises et mises en œuvre depuis des décennies par les gouvernements des grandes puissances capitalistes, mais aussi par des gouvernements dans les pays dominés sur tous les continents, les uns et les autres guidés par la seule défense des intérêts des grandes multinationales, des grandes banques et de la spéculation. Des décisions politiques découlant de la subordination de toute la civilisation humaine à la loi du profit capitaliste. Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes, qu’ils se disent de “gauche”, “progressistes” ou de droite, qui démantèlent les systèmes de protection sociale, que les travailleurs avaient arrachés par leur lutte de classe. Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes qui démantèlent et privatisent les systèmes publics de santé, liquident des centaines de milliers d’emplois de médecins et de travailleurs hospitaliers, des centaines de milliers de lits dans les hôpitaux, ainsi que des milliers d’hôpitaux, de services médicaux, de dispensaires. Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes qui étranglent financièrement la recherche publique fondamentale, rendant impuissants les scientifiques dans leurs recherches sur les virus émergeants. Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes qui permettent aux trusts pharmaceutiques d’accumuler des profits gigantesques par la production au plus bas “coût du travail”, aboutissant à la pénurie actuelle de produits aussi simples que des masques, des tests de dépistage ou des produits désinfectants. Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes, comme ceux des États-Unis, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, de France ou du Canada, qui organisent le pillage des nations d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Pillage qui aboutit à ce que, selon l’Unicef, 3 milliards d’êtres humains (40 % de la population mondiale) n’ont accès ni au savon ni à l’eau courante, et ne peuvent donc se laver les mains plusieurs fois par jour pour limiter la transmission du virus. Sans parler des milliards d’êtres humains qui ne peuvent se nourrir qu’une seule fois par jour. Aux conséquences dramatiques de ces décisions s’ajoutent désormais les conséquences sociales du nouveau krach financier, qui était annoncé depuis des mois dans la continuité de la crise de 2008-2009 et dont la pandémie a accéléré l’éclatement. Ce qui se traduit d’ores et déjà par l’annonce de gigantesques plans de licenciements dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, des banques, du commerce et des services, du secteur textile et du tissage. »

4/ Près de huit mois se sont écoulés depuis le 24 mars. Cette déclaration reste d’une totale actualité. L’humanité est confrontée à la deuxième vague de la pandémie qui risque d’être encore plus dévastatrice. Déjà, certains gouvernements capitalistes (parmi ceux qui ont le plus failli face à la crise) pronostiquent qu’après la deuxième vague une troisième pourrait surgir.

Des experts du capital financier nord-américain ont d’ores et déjà baptisé la période ouverte comme « l’autre Grande Dépression », en référence explicite à la crise de 1929-1933. Les experts du capital financier le plus puissant du monde fondent cette appréciation d’abord sur la situation du marché du travail aux États-Unis mêmes. La force de travail y a subi un choc sans précédent. En avril 2020,  50 % de la force de travail totale,  80 millions de travailleurs américains sur 160 millions ont été au chômage pour au moins deux mois. En octobre 2020, ce taux de chômage est encore supérieur à 25 %. Cet effondrement du marché du travail n’est pas conjoncturel. La plupart des branches de l’industrie ont annoncé des plans de dizaines de milliers de licenciements définitifs, à quoi s’ajoutent les suppressions d’emplois du gouvernement fédéral (plus d’un million), les millions de faillites de petites et moyennes entreprises. L’ancien secrétaire d’État au Trésor Lawrence Summers que la pandémie en cours constitue « la plus grave menace contre la prospérité à laquelle les États-Unis aient été confrontés depuis la Grande Dépression ». Sur la base d’études, ce dirigeant politique de l’impérialisme américain estime les pertes occasionnées jusqu’à présent à l’économie capitaliste américaine par cette première vague du Covid-19 à 16 000 milliards de dollars, quasiment l’équivalent du PIB annuel de la première puissance capitaliste du monde. Encore ne sommes-nous qu’au début de cette pandémie.

Telle est la réalité aux États-Unis et dans le monde entier, non pas des conséquences économiques de l’épidémie en tant que telles, mais de l’effondrement du système capitaliste fondé sur la propriété privée des moyens de production. Effondrement qui, mûrissant dans la phase précédant l’épidémie, s’est précipité en cette occasion. La destruction en masse des emplois de l’industrie – plus généralement des forces productives – dans la première puissance impérialiste du monde a évidemment son corollaire dans tous les pays et sur tous les continents. Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), dans le seul deuxième trimestre de 2020, l’équivalent de 400 millions d’emplois à temps plein a été perdu. Les travailleurs et les entreprises de l’« économie informelle » sont les plus touchés. L’OIT estime à 1,6 milliard le nombre de travailleurs de l’économie informelle (soit 76 % du travail informel à l’échelle mondiale) significativement impactés par les mesures de fermeture, les jeunes étant en première ligne. Les pertes de salaire pour ces travailleurs particulièrement vulnérables sont considérables et provoquent une progression fulgurante du taux de pauvreté.

5/ Dans le monde entier, la situation est marquée par cette destruction en masse des forces productives et tout particulièrement de la force productive du prolétaire. Des centaines de millions d’emplois ont été détruits en quelques mois. Les secteurs les plus vulnérables de la classe ouvrière sont les premiers touchés. Emplois précaires, emplois du secteur dit informel, contrats à durée déterminée, petits boulots permettant aux étudiants de survivre, sont liquidés généralement sans préavis, sans garantie, sans indemnité. Des centaines de millions de prolétaires et leurs familles sont ainsi précipités dans le dénuement absolu. Les femmes et les jeunes constituent souvent la majorité des travailleurs brusquement privés d’emploi, tout comme les Dalits en Inde, les travailleurs noirs et d’origine latino aux États-Unis et partout les « minorités discriminées ». Au-delà de ses couches les plus vulnérables, les plus surexploitées, c’est l’ensemble de la classe ouvrière – y compris les couches les plus qualifiées, les travailleurs disposant de contrats permanents et de statuts – qui se voit aujourd’hui poussée sur la voie de la précarité.

6/ La crise profonde qui se manifeste au cœur même des Etats-Unis, la plus grande puissance impérialiste, clé de voûte du système capitaliste mondial, trouve ses racines dans la résistance croissante des travailleurs et des jeunes, à l’avant-garde de laquelle il y a le mouvement « Black Lives Matter ». Ce mouvement exprime l’intervention sur la scène politique des couches les plus exploitées et les plus opprimées de la classe ouvrière : la classe ouvrière noire. Il replace au premier plan la question démocratique de l’égalité effective des droits pour tous les citoyens. Ce faisant, il s’attaque aux fondements mêmes du système politique par lequel la classe capitaliste exerce sa domination aux États-Unis.

La population noire, d’abord livrée à l’esclavage utilisé comme moyen de l’accumulation capitaliste aux États- Unis, a, depuis, toujours été maintenue dans un cadre institutionnel lui déniant ses droits les plus élémentaires. La révolte qui monte et qui s’affirme dans les manifestations dans toutes les grandes villes contre les assassinats et les brutalités policières vise les institutions mêmes de l’État qui assure les conditions de l’exploitation capitaliste.

La volonté des travailleurs et des jeunes noirs de s’organiser pour lutter, de forger leurs propres organisations, constitue un appel à tous les travailleurs, à tous les opprimés pour qu’ils brisent le carcan des deux partis impérialistes, le Parti républicain et le Parti démocrate, pour qu’ils ouvrent la voie au parti de tous les travailleurs, un Labor Party auquel la lutte pour un parti ouvrier noir est liée.

7/ Cette destruction en masse du prolétariat (qui prend aussi la forme de la remise en cause des garanties qui, arrachées par la lutte de classe depuis deux siècles, limitent et contrecarrent l’exploitation) s’accompagne à l’autre pôle de la société d’un enrichissement considérable, d’une véritable explosion des profits capitalistes. Un rapport publié au mois de septembre, indique que les 643 milliardaires les plus fortunés des États-Unis avaient déjà gagné 845 milliards de dollars en six mois. Les Bourses mondiales sont agitées de convulsions dont l’origine est le flot de liquidités déversées par les banques centrales. Destinés officiellement à « relancer » l’économie et l’emploi, ils aident en réalité les multinationales à restructurer, c’est-à-dire à se débarrasser de dizaines de millions d’emplois qu’elles jugent « improductifs » ou insuffisamment productifs. Mais – et c’est la contradiction – ces montagnes de liquidités doivent coûte que coûte trouver les moyens de se valoriser. Cela malgré l’absence de relance de la consommation.

S’exprime ici la contradiction fondamentale du système capitaliste dans sa phase de putréfaction impérialiste : d’un côté, la tendance à un développement illimité des forces productives capables de produire plus que ce dont l’humanité a besoin pour vivre dans des conditions convenables ; et, de l’autre côté, la recherche du profit qui, en permanence, passe par la destruction des forces productives, réduisant encore plus la capacité du marché à absorber ce qu’il serait possible de produire.

Cette crise qui restera sans aucun doute dans toute l’histoire du capitalisme comme celle de la plus gigantesque destruction des forces productives à l’échelle mondiale (en dehors des deux guerres mondiales du XXe siècle). Mais en même temps, parce qu’il faut coûte que coûte dégager du profit, le bourgeonnement de l’activité économique parasitaire connaît un nouvel essor, qu’il s’agisse de la spéculation, de l’économie de la dette, de l’automatisation destructrice des postes de travail ou encore de l’économie d’armement.

8/ En pleine crise du Covid, les cinq multinationales de l’économie numérique (Google, Amazon, Apple, Facebook, Microsoft) ont affiché des profits battant tous les records. Leur capitalisation boursière est évaluée aujourd’hui à 7 000 milliards de dollars (soit l’équivalent du PIB de l’Allemagne et de la France réunies). Étant toutes en situation de quasi-monopole sur leurs marchés, elles ont largement bénéficié de la pandémie avec le développement du télétravail, de la numérisation des procédés de production. L’affirmation par tous les gouvernements de leur volonté de continuer sur cette voie les conforte. Elles ont vu leur chiffre d’affaires augmenter de 40 % depuis la période d’avant la pandémie. Quant à la fortune des PDG de ces groupes, elle atteint des sommets, dépassant les 500 milliards de dollars.

Ces records monstrueux prennent d’autant plus de signification qu’au même moment s’effondrent les secteurs plus anciens du pétrole, de l’aéronautique, de l’automobile. S’effondrent aussi les secteurs dits des services dont on assurait il y a quelques années qu’ils sauveraient les emplois et qui, aujourd’hui, liquident des emplois par millions.

9/ Se vérifie ici à une échelle inédite l’analyse de Marx selon laquelle « à un certain stade de leur développement, les forces productives se transforment en forces destructrices », forces destructrices au premier rang desquelles Marx rangeait « le machinisme et l’argent ». Le machinisme qui lui-même remplaçait le travail vivant (humain, productif de plus-value) par du travail mort (la machine qui transfère une part de sa valeur sans créer par elle-même de valeur nouvelle) a cédé la place à un « super-machinisme » qui remplit la même fonction, à une échelle un million de fois supérieure.

Comme pour tous les progrès techniques et scientifiques, on pourrait imaginer que, libérées du diktat de la production à seule fin du profit et mises au service d’un développement harmonieux des forces productives, les nouvelles technologies permettraient de mettre fin à la dégradation physique et morale du travailleur, de diminuer le temps de travail nécessaire de chacun et de dégager du temps libre pour l’épanouissement personnel et les loisirs. Mais dans cette société capitaliste, mortelle est l’illusion sur le fait que le recours aux nouvelles technologies améliore le sort de la classe ouvrière. La réalité est à l’inverse : l’économie numérique agit principalement comme force destructrice en masse du travail humain : centaines de millions d’emplois détruits ou menacés de l’être, garanties collectives arrachées par la classe ouvrière détruites sur l’autel du travail à distance, de l’individualisation, de l’externalisation, de la contractualisation, de l’auto-entreprenariat.

Tous les besoins humains les plus élémentaires sont soumis à cette logique de recherche du profit. Ainsi, la lutte féroce pour savoir qui mettra au point en premier les vaccins n’est pas une lutte pour savoir qui va sauver le genre humain de la pandémie, c’est une lutte entre États, entre multinationales dont les seuls moteurs sont pour l’accaparement des voies nouvelles du profit.

Il en est de même pour la dette. Selon une projection de l’agence de notation Standard & Poor’s, la dette globale à l’échelle mondiale (dette des États, dette des particuliers, dette des entreprises) aurait connu dans la seule année 2020 une progression de 10 %. Elle atteindrait désormais le total astronomique de 200 000 milliards de dollars, soit plus de deux ans et demi du PIB mondial de production des marchandises. Cette dette d’une ampleur sans précédent dans l’histoire, les dirigeants capitalistes la fabriquent en inondant les marchés de milliers de milliards de dollars fictifs. Elle est destinée de manière immédiate à gonfler la spéculation. Mais, au-delà, si le régime capitaliste n’est pas mis à bas avant, elle sera utilisée des décennies durant pour écraser les classes ouvrières, démanteler tous leurs droits collectifs, et pour pressurer les nations dominées.

L’édifice de la dette mondiale ne peut tenir que sur la base de la puissance militaire hégémonique de l’impérialisme américain. La dette est donc aussi un moteur de l’économie d’armement, autre force destructrice. En octobre 2020, un communiqué de presse de l’OTAN rendait compte de l’augmentation des dépenses militaires des trente pays qui composent cette alliance sous la conduite des États-Unis. En pleine période de récession, les dépenses militaires ont augmenté de 4,3 % en moyenne dans les pays de l’OTAN. Ils y consacrent désormais plus de 1 000 milliards de dollars. L’objectif (qui semblait naguère difficile à atteindre) des 2 % du PIB engagés en dépense militaire pour chaque pays de l’OTAN est désormais dépassé pour les États-Unis, la Grèce, le Royaume-Uni, l’Estonie, la Lituanie, la Lettonie, la France. Et cela pas seulement à cause de la contraction du PIB mais du fait de l’augmentation absolue des dépenses d’armement.

Cette croissance généralisée des budgets d’armement est aussi en rapport avec le rôle de volant d’entraînement parasitaire d’une économie capitaliste en faillite que constitue l’économie d’armement. Mais force destructrice par excellence, l’industrie d’armement est aussi à mettre en relation avec les guerres qui se multiplient, disloquent et dépècent les États-nations.

La nation a été constituée par la bourgeoisie dans sa phase ascendante, comme cadre où pouvaient se développer les forces productives et la conquête du marché mondial. L’impérialisme décomposé remet en cause l’existence des nations poussant à une politique de dislocation et de démembrement. Cela prend des formes diverses comme, par exemple, dans la région du Sahel, la combinaison entre groupes terroristes et interventions militaires impérialistes (notamment française). Le peuple palestinien, lui, se voit toujours nier le droit à la nation.

Le drapeau du combat pour la souveraineté des nations est définitivement passé aux mains du prolétariat.

La multiplication des conflits armés prépare la possibilité de guerres à un autre niveau. Les travailleurs n’oublient pas qu’en 1945 l’impérialisme américain n’hésita pas à détruire par le feu nucléaire Hiroshima et Nagasaki pour affirmer sa position prépondérante à l’échelle mondiale. Aujourd’hui, quels que soient les risques que cela entraîne pour la stabilité de la domination capitaliste, le recours à la guerre généralisée peut s’affirmer à un moment comme le seul moyen de tenter d’imposer une solution à la crise qui étrangle le système capitaliste.

10/ Une autre expression de la barbarie capitaliste peut être constatée quotidiennement avec les dizaines de millions d’hommes, de femmes, d’enfants, jetés sur les routes de l’exil. Cela car leurs nations ont été détruites par les ravages des guerres fomentées par l’impérialisme par les plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale, par les politiques dites de libre-échange des multinationales. Des images glacent le sang : dizaines de milliers de personnes venues de toute l’Afrique noyées dans la Méditerranée, Rohingas massacrés et chassés de leur pays, jeunes et les travailleurs mis en prison à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis avec des centaines d’enfants enfermés dans des cages, séparés de leur famille, flot innombrable de réfugiés venus de Syrie et du Moyen-Orient contenus derrière des barbelés en Europe. Selon les rapports des Nations-Unies, près de 80 millions de personnes dans le monde ont été contraintes de quitter leur foyer tandis que nombre total de réfugiés a plus que doublé dans la dernière décennie.

11/Sur un autre plan, les mêmes menaces se multiplient concernant le rapport entre l’humanité et son environnement. Nous, participants à la Conférence d’alarme, partageons pleinement le document de fondation de l’Alliance internationale des jeunes pour le socialisme (septembre 2019) qui affirme : « Le socialisme n’est pas une utopie, c’est même tout simplement la seule voie possible pour protéger le genre humain et son environnement et pour ouvrir à nouveau la voie du progrès. » La survie du système capitaliste a des conséquences destructrices sans limite dans un nombre considérable de domaines. Aujourd’hui, l’existence même du genre humain est menacée et de ce fait inévitablement, c’est l’environnement du genre humain qui est lui-même menacé. Ces deux questions sont intimement liées.

Nous rejetons toute tentative de considérer la menace sur l’environnement comme une chose en soi, séparée des forces destructrices de l’humanité qui commencent par la destruction de la force de travail humaine. Une telle distinction conduit inévitablement à des positions telles que le mouvement pour la décroissance condamne « la société industrielle » et « la surconsommation » et non le capitalisme comme responsables de la destruction de l’environnement de l’humanité.

Cette position conduit au nom du combat contre le réchauffement climatique à l’Union sacrée avec la classe capitaliste qui est en réalité la seule force responsable de la prolifération des forces destructrices de l’humanité et de la nature.

Le régime de la propriété privée est organisé sur un principe fondamental : le droit inaliénable à réaliser du profit par l’exploitation à la fois de la force de travail des travailleurs et de la nature. Cette logique n’a en vue que l’intérêt à court terme. Le développement totalement anarchique de la production capitaliste a produit des conséquences dévastatrices sur le plan de l’environnement. Des banlieues des grandes villes d’Amérique latine où la population vit au milieu d’invraisemblables entassements de déchets toxiques jusqu’au désastre de l’entreprise chimique de Bohpal en Inde en passant par la contamination des ressources d’eau à Flint dans le Michigan, à la destruction de l’Amazonie et d’autres forêts essentielles qui jouent un rôle majeur pour préserver la couche d’ozone, tout ceci exprime le fait que ce qui est en vue, c’est uniquement le profit à court terme.

Il est pourtant possible d’imaginer une société capable de prendre en compte non seulement les besoins à court terme du genre humain mais aussi ses besoins historiques à long terme. Une telle société ne peut pas être basée sur la recherche du profit pour quelques-uns. Elle doit être basée sur la recherche de la satisfaction des besoins humains et du développement de l’humanité dans une relation totalement différente et harmonieuse avec son environnement. Cela suppose de mettre un terme au système de la propriété privée des moyens de production. Cela exige de mettre à l’ordre du jour la socialisation des moyens de production, leur appropriation collective et cela pose donc la nécessité d’un gouvernement de la classe ouvrière, d’un gouvernement des conseils ouvriers. Cela pose donc la nécessité d’une révolution ouvrière remettant en cause le régime d’exploitation.

12/ Subissant les coups terribles contre leurs conditions d’existence, menacés dans leur chair et dans leur vie, les travailleurs se heurtent aux mesures antidémocratiques contre la liberté d’expression et d’organisation prises par les gouvernements au prétexte de la pandémie. La répression la plus brutale s’abat contre leurs mobilisations, que ce soit en Algérie, en Biélorussie, en Russie, au Mali, en Chine et à Hong Kong, ou en Catalogne dans l’État espagnol. Et aussi de manière spectaculaire aux États-Unis avec la situation de quasi-guerre civile que le capital financier encourage contre le soulèvement des travailleurs et de la jeunesse contre l’assassinat des Noirs victimes du racisme institutionnel.

Ce déploiement de répression policière et judiciaire se généralise également dans de nombreux pays impérialistes réputés démocratiques. Dans un très grand nombre de régimes politiques soumis à l’impérialisme, la tendance générale est celle de l’accentuation des dérives antidémocratiques, semi- dictatoriales (à défaut d’être totalement dictatoriales). Partout, ces mesures se combinent avec la remise en cause des limitations au libre jeu de l’exploitation que les travailleurs ont imposées par des décennies de combat. Partout les lois protégeant les travailleurs sont menacées ou abrogées, ou annulées par une dérèglementation généralisée. Ainsi, pour ne donner qu’un exemple, en Inde, le gouvernement Modi a, utilisant la situation créée par l’épidémie, rendu caducs les lois et règlements qui s’opposaient aux licenciements.

13/ Sur un autre plan, les derniers mois ont été marqués par la tentative de l’impérialisme américain et de l’État d’Israël d’en finir définitivement avec la révolution palestinienne, au nom de l’« accord du siècle » Trump-Netanyahou, avec la complicité désormais revendiquée des régimes arabes réactionnaires. Paradoxalement, cette volonté d’expulsion sans limite du peuple palestinien fait s’effondrer tout l’enfumage sur la prétendue « solution à deux États », faisant de la perspective d’un seul État laïque et démocratique la seule issue démocratique possible.

14/ Mais c’est un fait : les terribles destructions et ravages que les gouvernements imposent en arguant de la pandémie ne font qu’alimenter le vent de révolte contre les gouvernements en place. Dans les derniers mois, il a balayé la planète. Depuis les manifestations de protestation contre l’assassinat de George Floyd et le racisme institutionnel aux États-Unis, jusqu’aux manifestations de masse en Biélorussie en passant par les manifestations de l’Extrême-Orient russe, les grèves ouvrières au Brésil, le Hirak en Algérie, la multiplication des grèves aux États-Unis et en France, le soulèvement au Liban… L’incapacité des gouvernements capitalistes à aller jusqu’au bout de leur politique d’union sacrée résulte, pour une large part, de ce rejet par la classe ouvrière et les peuples de cette politique de destruction et de leur recherche instinctive, confuse parfois, des voies de l’organisation et de l’action indépendantes.

D’un côté, la faillite du capitalisme s’étale au grand jour. De l’autre côté, des millions de travailleurs et de jeunes prennent chaque jour davantage conscience que c’est le système capitaliste lui-même qui est en cause. Des millions et des millions se sentent ainsi encouragés, poussés par les circonstances à élargir le combat de résistance contre les coups qui leur sont portés. Cette contradiction donne le caractère très fragile de la situation des gouvernements. Car il leur faut à la fois porter les coups les plus destructeurs et en même temps éviter une déstabilisation politique majeure par laquelle les masses chercheront à les chasser. Les mots d’ordre « Dehors le gouvernement ! », « À bas le système ! », « Chassez-les tous ! », qui ont résonné en août à Beyrouth, font finalement le tour de la planète. Ils s’inscrivent en particulier dans la profondeur de la crise qui ravage l’impérialisme le plus puissant, les États-Unis. Ils se manifestent dans la dislocation accrue de l’Europe, au cours de laquelle tous les régimes impérialistes européens, dans une situation critique, se retrouvent plongés dans de nouvelles contradictions entre eux et dans leur relation à l’impérialisme américain.

Dans le monde entier, le système capitaliste vacille sur ses bases, pris entre l’enclume de sa propre crise de décomposition et le marteau du mouvement des masses. C’est pourquoi il faut tout faire, aussi bien du point de vue des gouvernements impérialistes et de leurs partisans directs que du point de vue des appareils issus des vieilles organisations du mouvement ouvrier, pour occulter que ce dont il s’agit, c’est d’une guerre de classe. Il leur faut tenter d’accréditer l’idée que la pandémie serait une espèce de catastrophe à laquelle tous, patrons et ouvriers, riches et pauvres seraient confrontés à égalité et que, par conséquent, c’est en se serrant les coudes dans le soutien aux plans d’urgence qui distribuent des milliers de milliards aux capitalistes que des solutions pourraient être trouvées. Telle est la justification avancée par la plupart des appareils aux sommets des organisations ouvrières pour justifier leur ralliement à l’union sacrée. Et cela vaut, y compris pour les renégats de la IVe Internationale qui ont rompu avec elle dans la crise de 2015, et qui, en l’espace de quelques mois ont affiché leur soutien aux régimes bonapartistes corrompus et conspués par les masses (celui de Bouteflika en Algérie, ainsi que la monarchie franquiste contre la République catalane), apporté leur soutien de fait à la candidature de Biden et au Parti démocrate aux États-Unis, ou qui, en France, soutiennent la coorganisation entre le gouvernement et certains appareils syndicaux des coups portés aux salariés.

15/ Aider la classe ouvrière à s’ouvrir le chemin de l’émancipation exige de combattre l’union sacrée. Dans la déclaration du 24 mars, nous écrivions : « En dépit de leurs déclarations tonitruantes et de leurs promesses d’aujourd’hui, tous ces gouvernements capitalistes sont responsables et coupables de la barbarie que révèle la pandémie. Dans ces conditions, n’est-ce pas une honte de voir, dans de nombreux pays du monde, les dirigeants des organisations politiques qui parlent au nom des travailleurs se rallier à l’“union sacrée” avec les gouvernements capitalistes ? N’est-ce pas une honte de voir les partis qui parlent au nom des travailleurs soutenir les gouvernements capitalistes en place, précisément au moment où ceux-ci font voter, dans les différents Parlements, les mesures d’état d’urgence qui aggravent l’offensive des gouvernements capitalistes contre les conquêtes sociales et les libertés démocratiques ? S’ils savent que les mesures sanitaires pour ralentir l’épidémie sont nécessaires, les travailleurs n’en tirent nullement pour autant la conclusion qu’ils doivent tomber dans le piège qui leur est tendu de l’“union sacrée” avec les exploiteurs et leurs gouvernements. Les travailleurs sont en droit d’exiger de toutes les organisations qui parlent en leur nom qu’elles rompent immédiatement avec l’“union sacrée” que leurs dirigeants ont scellée avec les gouvernements capitalistes.»

Rien de ce qui se passe aujourd’hui ne serait possible sans cette union sacrée de fait scellée à l’échelle internationale et dans chaque pays. L’union sacrée de 2020 ne prend pas toujours la même forme que l’union sacrée de 1914-1918 (bien que, parfois, elle le fasse). Elle n’implique pas obligatoirement la participation aux gouvernements impérialistes (bien que, dans de nombreux pays, ce soit la situation). L’union sacrée de fait scellée aujourd’hui par les dirigeants du mouvement ouvrier officiel dans la plupart des pays est fondée sur leur soumission au régime de la propriété privée des moyens de production. Or, précisément, la source de la crise majeure que connaît l’humanité, c’est ce régime. Le fait que les appareils dirigeants du mouvement ouvrier acceptent de se ranger sous sa coupe crée le cadre permettant l’application de ces politiques désastreuses.

Est-ce une exagération de notre part ? Sous toutes les latitudes, on a vu les dirigeants des principaux partis se réclamant – de près ou de loin – des travailleurs apporter leur soutien aux plans de sauvetage du capital et des banques. En France, c’est à l’unanimité que les députés du Parti socialiste, du Parti communiste français et de La France insoumise ont voté, le 19 mars à l’Assemblée nationale, le plan proposé par Macron qui offre 343 milliards d’euros (devenus depuis 560 milliards !) aux banques et aux capitalistes. En Grande-Bretagne, non seulement les députés du Labour Party (incluant l’aile « gauche » du parti) ont activement participé au consensus pour approuver un semblable plan de sauvetage, sans vote même au Parlement, mais en outre la direction des TUC (avec l’aval de la direction du Labour) a proposé au gouvernement conservateur la constitution d’un « comité de redressement national » qui n’a qu’un seul but : enchaîner les syndicats ouvriers au patronat et au gouvernement. En Belgique, les dirigeants du PS votent les « pouvoirs spéciaux » au gouvernement bourgeois. En Allemagne, la direction du SPD est depuis bien longtemps engluée dans la « grande coalition » avec les partis bourgeois. Dans l’État espagnol, c’est le gouvernement du parti « socialiste » PSOE, avec Podemos et les débris du Parti communiste, qui est directement aux commandes de l’État pour sauver les capitalistes au détriment des travailleurs, tout comme au Portugal sous la direction d’un gouvernement du PS qui a décrété l’État d’urgence et interdit les grèves au nom de la lutte contre la pandémie. Et que dire du vote, au Brésil, des parlementaires du Parti des travailleurs, du Parti communiste du Brésil et du PSOL en faveur des mesures du gouvernement Bolsonaro-Mourão de gel des salaires des fonctionnaires, de baisse des salaires dans le privé et de 1 200 milliards de reais de cadeaux aux banques et aux capitalistes ? Et on pourrait prendre de nombreux autres exemples.

16/ Il revient à qui veut rester fidèle au combat historique de la classe ouvrière d’affirmer en toutes circonstances la perspective du socialisme, donc du gouvernement ouvrier qui procédera à la socialisation des moyens de production. Ce qui intègre de manière immédiate, pour assurer l’avenir du genre humain la nécessité d’un plan d’urgence de sauvegarde du peuple travailleur. Les révolutionnaires prolétariens sont les seuls à même de pouvoir poser cette question dans toute sa dimension. Par exemple, un tel plan, partant des besoins de l’humanité et non du profit, pose obligatoirement la nécessité de l’interdiction des licenciements, c’est-à-dire du principe de ce que l’économie doit avoir comme socle le maintien des emplois. C’est le moment d’avancer le mot d’ordre du Programme de transition : « Partage du travail disponible entre toutes les mains sans baisse des salaires », quitte pour cela à confisquer les profits capitalistes et les milliers de milliards qui leur sont distribués par les gouvernements en place, et à poser la question de la « nationalisation sans indemnité ni rachat », c’est-à- dire de l’expropriation.

La période dans laquelle nous sommes entrés fait obligation aux partisans de la reconstitution de la IVe Internationale de mettre en œuvre la méthode du Programme de transition, en partant de la nécessité de réorganiser l’ensemble de la production et de la société sur la base du droit du peuple travailleur à vivre. Le plan de reconstruction prolétarien met la priorité sur l’essor d’une recherche scientifique, dégagée de l’exigence de rentabilité et de profit et sur l’édification d’une industrie nationalisée de production des vaccins (dès lors qu’ils seront sur la place publique), de production des masques et des tests de dépistage, de production des lits d’hôpitaux, de formation des infirmiers, infirmières, des soignants, des médecins, comme une priorité nationale. Donc construisons des hôpitaux, rouvrons ceux qui ont été fermés, mettons en œuvre la reprise de la production, le fonctionnement des moyens de transport indispensables, embauchons des enseignants, construisons des écoles ce qui permettrait les cours en petits groupes et en respectant la distanciation physique. C’est le moment ou jamais de fabriquer, fabriquer encore des trains là où on les a supprimés, fabriquer des ordinateurs pour que chaque enfant, contraint par les gouvernements à l’enseignement à distance, puisse en disposer, etc.

Du Liban aux États-Unis, de la Biélorussie à la France, chaque mobilisation des masses entend résonner le mot

« révolution » dans les cortèges. Des millions expriment par là leur exigence de chasser les régimes en place et de rupture avec les institutions existantes. De nombreux de ces processus soulignent toute l’actualité de la théorie marxiste de la révolution permanente : la moindre revendication démocratique, la moindre revendication en faveur de la souveraineté nationale des peuples opprimés se heurte à l’impérialisme pourrissant, et fait de la classe ouvrière la seule force sociale en situation de prendre la tête du combat pour la démocratie et la souveraineté, reliant ces tâches à celles du combat pour le socialisme.

Un fossé sépare la nature objectivement prolétarienne de nombreux processus révolutionnaires en cours et la conscience qu’en ont leurs acteurs. Ce fossé exprime à quel point la crise de l’humanité exige, pour être résolue, que soit résolue la crise de la direction de la classe ouvrière. Comme l’affirme le Programme de transition, « surmonter la contradiction entre la maturité des conditions objectives de la révolution et la non-maturité du prolétariat et de son avant-garde constitue la raison d’être de la Quatrième Internationale. Cette tâche est plus urgente que jamais. » C’est tout l’enjeu du combat pour que soit reconstituée la IVe Internationale.

17/ Dans les premières semaines de la deuxième guerre impérialiste, Trotsky, dans un texte intitulé« l’URSS dans la guerre » (25 septembre 1939), formule le pronostic suivant : « Si cette guerre provoque, comme nous le croyons fermement, la révolution prolétarienne, elle entraînera inévitablement le renversement de la bureaucratie en URSS et la résurrection de la démocratie soviétique, sur des bases économiques et culturelles infiniment plus hautes qu’en 1918. (…) Si l’on considère, au contraire, que la guerre actuelle provoquera non point la révolution mais la déchéance du prolétariat, il n’existe alors qu’une autre issue à l’alternative : la décomposition ultérieure du capitalisme monopoliste, sa fusion ultérieure avec l’État et la disparition de la démocratie, là où elle s’est encore maintenue, au profit d’un régime totalitaire. L’incapacité du prolétariat à prendre en main la direction de la société pourrait effectivement dans ces conditions mener à l’émergence d’une nouvelle classe exploiteuse issue de la démocratie bonapartiste et fasciste. Ce serait, selon toute vraisemblance, un régime de décadence, qui signifierait le crépuscule de la civilisation. On aboutirait à un résultat analogue dans le cas, aussi, où le prolétariat des pays capitalistes avancés, ayant conquis le pouvoir, apparaîtrait incapable de le conserver et l’abandonnerait, comme en URSS, à une bureaucratie privilégiée. Nous serions alors contraints d’admettre que la rechute bureaucratique n’a pas été due à l’arriération du pays et à l’encerclement capitaliste mais à l’incapacité organique du prolétariat à devenir une classe dirigeante. Il faudra alors rétablir rétrospectivement que, dans ses traits fondamentaux, l’URSS actuelle est le précurseur d’un nouveau régime d’exploitation à l’échelle internationale. »

Reprenant sous une forme différente ce même pronostic alternatif, Trotsky précise : « Si, contrairement à toutes les probabilités, la révolution d’Octobre ne trouve pas, au cours de la présente guerre, ou immédiatement après, son prolongement dans l’un ou l’autre des pays avancés ; et si, au contraire, le prolétariat est rejeté en arrière partout et sur tous les fronts, alors nous aurions à coup sûr à poser la question d’une révision de notre conception de la présente époque et de ses forces motrices, il ne s’agirait pas de savoir quelle étiquette coller sur l’URSS ou la clique stalinienne, mais d’une réévaluation des perspectives mondiales pour les décennies, si ce n’est les siècles, à venir : sommes-nous entrés dans l’époque de la révolution sociale et de la société socialiste, ou au contraire dans l’époque de la société décadente de la bureaucratie totalitaire ? »

Ce pronostic alternatif ne s’est de toute évidence pas réalisé sous la forme où Trotsky l’avait formulé. Cette question est restée plus ou moins en suspens tant que le sort de l’URSS n’avait pas été réglé. Elle a ressurgi avec une certaine force après 1989-1991, quand il est apparu clairement qu’en dépit de soulèvements ouvriers indiscutables, la classe ouvrière de l’ex-Union soviétique n’a pas réalisé une révolution politique renversant la bureaucratie et rétablissant la démocratie des soviets. Le pronostic de Trotsky ne s’étant pas réalisé sous la forme où il l’avait indiqué – puisque la révolution prolétarienne n’a pas surgi de manière victorieuse au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et pas davantage la révolution politique en ex-URSS –, alors, fallait-il en conclure que la perspective de la révolution prolétarienne n’était plus à l’ordre du jour ? Fallait-il en conclure que la IVe Internationale n’avait plus de raison d’être ?

Ce pronostic alternatif de Trotsky mérite qu’on y revienne. Mais avant tout, rappelons à ceux qui ironiseraient sur l’erreur de pronostic de Trotsky, que ce dernier, précisément, écrivait à propos des pronostics : « Le pronostic historique est toujours conditionnel, et plus il est concret, plus il est conditionnel. Ce n’est pas une traite dont on puisse exiger le paiement un jour déterminé. Le pronostic ne fait que mettre en lumière des tendances déterminées du développement, mais en même temps que lui agissent des forces et des tendances d’un autre ordre qui, à un moment donné, passent au premier plan. Quiconque désire obtenir une prédiction précise des événements concrets doit se tourner vers les astrologues. Le pronostic marxiste ne fait qu’aider à s’orienter » (Bilan de l’expérience finlandaise, 25 avril 1940).

Certes, la première branche de l’alternative (celle d’une victoire de la révolution prolétarienne au lendemain de la Seconde Guerre mondiale) ne s’est pas réalisée. Mais force est de constater que le second terme de l’alternative ne s’est pas réalisé non plus : il n’y a eu ni fusion du capitalisme monopoliste avec l’État, ni disparition de la démocratie au profit d’un régime totalitaire (bien que les éléments de démocratie politique à l’échelle internationale soient de plus en plus ténus et les éléments de régime totalitaire de plus en plus accentués dans tous les pays capitalistes développés). Il n’y a, à ce stade, pas eu non plus émergence et hégémonie d’une bureaucratie privilégiée. La bureaucratie en tant que telle s’est disloquée après 1989-1991 et s’est transformée en autant de bandes mafieuses, plus ou moins reliées entre elles et surtout subordonnées à l’impérialisme mondial. Il n’est pas exact non plus que le prolétariat, après la Seconde Guerre mondiale, ait été rejeté en arrière et partout sur tous les fronts. Partant des faits du processus historique tel qu’il s’est développé, il nous faut analyser pourquoi le pronostic de Trotsky ne s’est pas réalisé et, d’autre part, établir rigoureusement le déroulement des faits et leurs conséquences aujourd’hui.

Il y a bien eu processus révolutionnaire prolétarien à l’échelle mondiale à la fin de la Seconde Guerre mondiale : explosions révolutionnaires, constitution d’organes ouvriers sur la quasi-totalité du continent européen, indépendance de l’Inde ouvrant tout un cycle de décolonisation, victoire du processus révolutionnaire en Chine (certes, avec un pouvoir politique immédiatement confisqué par la bureaucratie issue de l’appareil du stalinisme mais procédant néanmoins à l’expropriation des rapports de propriété capitaliste dans le pays le plus peuplé du monde). L’expropriation du capital par les moyens bureaucratico-militaire s’est également imposée dans la moitié orientale de l’Europe et, sous d’autres formes, des processus comparables à la Chine ont eu lieu au nord de la Corée et au Vietnam.

Dans les pays capitalistes eux-mêmes, une puissante vague révolutionnaire prolétarienne s’est développée menaçant la domination capitaliste en France et en Italie. Il a fallu toute la coopération contre-révolutionnaire entre l’impérialisme et la bureaucratie stalinienne pour imposer l’ordre contre-révolutionnaire par la division de l’Europe et du monde en zones d’influence. Dans les pays capitalistes développés, les appareils et tout particulièrement l’appareil stalinien auréolé de la victoire contre le nazisme (dans laquelle les peuples d’Union soviétique avaient joué un rôle majeur) ont donc occupé un rôle majeur dans le rétablissement de l’ordre bourgeois. Mais cela s’est fait à un certain prix, il a fallu que la bourgeoisie concède à la classe ouvrière des conquêtes considérables. C’était le prix à payer pour rétablir le régime d’exploitation capitaliste. Mais contradictoirement, d’une manière dialectique, cela a renforcé considérablement le poids social et politique du prolétariat, lui permettant de s’adosser à des conquêtes qui, soixante-dix ans plus tard, sont loin d’être complétement démantelées (bien qu’elles aient subi des coups majeurs depuis leur instauration). Ce processus a eu pour effet de constituer par les conquêtes salariales et autres des travailleurs un marché consommateur dans les pays développés qui nourrissait un essor de la production pendant un certain temps. À l’échelle internationale, le fait que près de la moitié de la population mondiale vive, dans les années 1940-1950, dans des pays où les rapports de propriété capitaliste ont été expropriés, a constitué aussi un point d’appui au mouvement de la classe ouvrière. Mais contradictoirement, cela a eu aussi pour effet de renforcer l’appareil contre-révolutionnaire du stalinisme et plus généralement les appareils contre-révolutionnaires au sein du mouvement ouvrier, leur donnant une capacité plus grande à contenir puis faire refluer les vagues révolutionnaires.

Jusqu’à la fin des années 1980, l’impérialisme a ensuite saisi toutes les occasions de mener une offensive visant au rétablissement du capitalisme dans tous les pays où il avait été exproprié, tout en cultivant une alliance contre-révolutionnaire avec la bureaucratie stalinienne (car c’était le prix du maintien de l’ordre mondial contre la classe ouvrière).

Pour autant, on sait que la bureaucratie stalinienne, dont le sort dépendait du maintien de la propriété étatisée en ex-URSS, s’est révélée (et là, conformément au pronostic de Trotsky) incapable de la défendre. Confrontée aux processus de la révolution politique en Hongrie, en Pologne, en Tchécoslovaquie, au développement du mouvement prolétarien de plus en plus puissant y compris en ex-URSS, elle a finalement reçu un coup mortel par le développement du processus révolutionnaire en Allemagne qui, en 1989, a imposé l’unité de la classe ouvrière allemande contre la sainte alliance nouée entre l’impérialisme et la bureaucratie.

En même temps,  du  fait de l’absence d’un parti révolutionnaire de la IVe Internationale combattant pour l’unité socialiste de l’Allemagne, les appareils sont parvenus à contenir le mouvement révolutionnaire du prolétariat allemand. Celui-ci ayant imposé l’unité de l’Allemagne, l’impérialisme et les appareils ont agi pour que cette unité s’inscrive dans le cadre de l’extension à toute l’Allemagne du régime de la propriété privée des moyens de production (et non de l’extension de la propriété étatisée). En conséquence de quoi, le démantèlement de la propriété d’État et la privatisation aboutirent à des destructions effroyables.

Pour autant, force est de constater que, de ce processus, n’a pas surgi une caste bureaucratique étendant ses tentacules à l’échelle mondiale, pas plus que le capitalisme n’a connu un nouvel essor. Ce fut au contraire (comme cela a été analysé lors de la conférence de reproclamation de la IVe Internationale) le point de départ d’un processus de décomposition accéléré du capitalisme. Les mafias issues de l’ex-bureaucratie ont préfiguré une « mafioisation » générale de l’économie mondiale. L’économie parasitaire et de pillage est devenue la norme.

Durant les trente dernières années, face à ces processus de décomposition, la lutte de classe est apparue plus que jamais comme le moteur de l’histoire. Le régime social en place est toujours celui de l’exploitation de la force de travail, de l’extorsion de la plus-value dans des conditions de plus en plus difficiles de valorisation du capital. Et, plus que jamais, ce régime d’exploitation nourrit la résistance à l’exploitation. Les lois du capital s’exercent dans des conditions de plus en plus difficiles, soulignant chaque fois davantage l’impasse d’un capitalisme sans avenir qui conduit à la barbarie, conformément au pronostic de Trotsky.

Mais la barbarie n’est pas encore chose faite. Plus que jamais, le socialisme fondé sur la socialisation des moyens de production apparaît comme la seule alternative. Moins que jamais il ne convient de déserter le terrain du prolétariat. Ceux qui ont provoqué la scission de 2015 se sont ralliés au réformisme dans sa pire espèce, celui qui accompagne les contre-réformes et les détruit. Ils se sont ralliés à Bouteflika, au Parti démocrate aux États-Unis, à Lula au Brésil et, contre l’indépendance du mouvement ouvrier, à des mouvements comme les gilets jaunes en France. Mais le mouvement de la classe ouvrière continue à dessiner la seule issue alternative dans la situation. Cela suppose d’accorder toute son importance à l’aide qu’il faut apporter à la recomposition du mouvement ouvrier sur un nouvel axe, celui de l’indépendance de classe. C’est le rôle particulier des militants qui combattent pour la IVe Internationale sur le terrain du marxisme que d’y contribuer.

18/ Les relations entre la Chine et les États-Unis ont été marquées par une escalade croissante dans la période qui a précédé le surgissement de la pandémie. Les racines de cette escalade sont à mettre en rapport avec la nature même de l’État chinois. La République populaire de Chine est née d’un processus révolutionnaire qui, en 1949, a vu le renversement révolutionnaire du pouvoir de la bourgeoisie. Sa particularité, c’est que dès le renversement de la bourgeoisie, le pouvoir politique a été confisqué par une couche sociale soustraite à tout contrôle du peuple travailleur : la bureaucratie issue de l’appareil du stalinisme.

Il est indiscutable que cette bureaucratie, et tout particulièrement dans les dernières décennies, a œuvré systématiquement dans le sens de l’ouverture de l’économie chinoise (fondée depuis 1949 sur le monopole de la propriété d’État), à la pénétration impérialiste et tout particulièrement des multinationales nord-américaines.

Le caractère spécifique de la propriété d’État s’est exprimé dans la manière même dont la direction chinoise a fait face à la pandémie. Contrainte de mobiliser les immenses ressources de la propriété d’État, la direction du Parti communiste chinois a, c’est un fait, fait sortir de terre des hôpitaux en quelques jours (ce qui n’a été le cas dans aucune des puissances capitalistes d’Europe et d’Amérique du Nord). Mais après avoir mobilisé ces moyens gigantesques (ce qui était rendu possible par le fait que la bureaucratie centralise le pouvoir de l’État et que l’État lui-même centralise encore la propriété de larges secteurs des forces productives), la bureaucratie chinoise s’est empressée de faire payer à la classe ouvrière les conséquences de la situation. Il ne fallait surtout pas que les travailleurs y voient un encouragement à agir sur leur propre terrain. D’aucune manière la classe ouvrière chinoise ne devait pouvoir saisir l’occasion d’intervenir. D’où les mesures particulièrement brutales contre les travailleurs et la jeunesse à Hong Kong qui visent à terroriser non seulement cette partie du peuple chinois, mais, à travers elle, tous les secteurs du prolétariat.

D’autant que, contrairement à tous les discours de propagande intéressés qui depuis des années présentaient la Chine comme un nouvel Eldorado du capitalisme,  la  brutalité de la crise a provoqué la destruction de 200 millions d’emplois en Chine. C’est tout l’aspect contradictoire de la situation. La bureaucratie chinoise, qui a fourni une main-d’œuvre privée de droits aux multinationales du monde entier, a créé les conditions d’une concentration rapide et considérable de forces productives (au prix de la destruction de forces productives dans d’autres pays). De ce fait, elle a accru sa dépendance vis-à-vis du marché mondial, et précisément sa dépendance vis-à-vis du capital financier nord-américain. Quand la crise est arrivée, la destruction en masse des forces productives a été projetée directement sur la Chine, dont les marchandises (à la différence de la phase précédente) n’étaient plus les bienvenues dans le monde entier et dont la main-d’œuvre n’était plus requise. Elle a subi directement l’impact de la dislocation de l’économie mondiale.

Cette situation tranche la question soulevée périodiquement par la presse capitaliste, à savoir : le leadership américain sur l’économie mondiale peut-il être mis en danger par la « concurrence chinoise » ? Non, d’aucune manière. Depuis l’avènement du stade suprême du capitalisme, les puissances impérialistes ne tolèrent plus le développement de l’industrialisation autonome de pays « émergents » dont l’économie ne devrait désormais n’être qu’une pièce de la division mondiale du travail contrôlée par l’impérialisme international. La violence de Trump et de son administration contre la Chine depuis des années témoigne de ce qu’il n’est pas acceptable pour l’impérialisme américain qu’un développement économique quelconque puisse avoir lieu de surcroît dans un pays où, comme résultat de la révolution de 1949, l’économie repose sur la base sociale de l’expropriation du capital.

Le fait est qu’aujourd’hui la Chine, ses 350 à 400 millions de prolétaires, sont directement impactés par la crise mondiale. La Chine a joué dans la phase antérieure un rôle de stabilisation essentielle pour l’impérialisme en lui fournissant une main d’œuvre surexploitable et maîtrisée par l’appareil bureaucratique et son arsenal de répression. Pour autant, cette interdépendance complexe entre la Chine et les États-Unis n’a pas, à ce stade, détruit la base sociale qui se concentre dans la propriété d’État.

Les plans de relance chinois face à la crise se heurtent au fait que la hausse de la production supposerait un appel du marché mondial. L’économie chinoise est par trop dépendante du marché mondial pour qu’un plan de relance puisse reposer essentiellement ou même principalement sur une relance de la consommation intérieure. Le secteur de l’exportation est un volant d’entraînement indispensable et majeur au fonctionnement de l’économie dans son ensemble. Dans ce contexte, l’impérialisme a été et est amené à multiplier les menaces, y compris militaires, contre la Chine, visant à détruire les obstacles à la libre circulation des marchandises et des capitaux qui pour l’instant empêchent encore l’effondrement définitif de la propriété de l’État. Il n’est pas tolérable pour lui que cette économie aux dimensions considérables puisse être commandée par autre chose que la nécessité du profit, donc des besoins de l’impérialisme américain lui-même.

Pour la IVe Internationale, il est clair que l’offensive de l’impérialisme américain a comme objectif d’aller jusqu’au bout, c’est-à-dire au démantèlement de la propriété d’État en Chine, comme il l’a fait naguère vis-à-vis de l’Union soviétique. S’il y parvenait, ce serait un coup majeur porté non seulement au prolétariat chinois mais au prolétariat mondial. C’est pourquoi la IVe Internationale se prononce pour la défense inconditionnelle de la Chine face à l’impérialisme américain. Inconditionnelle veut dire sans aucune « condition » adressée à la bureaucratie. Car, dans ce soutien, il n’entre aucune illusion sur le fait qu’une mission historiquement progressiste serait attribuée à la bureaucratie.

La résistance de la classe ouvrière chinoise met en son centre l’exigence de la démocratie. Voilà pourquoi la IVe Internationale, inconditionnellement partisane de la défense de la propriété d’état en Chine, ne confie aucune mission historique à la bureaucratie et considère que la voie la plus sûre de préservation des conquêtes de la révolution de 1949, c’est le combat par lequel la classe ouvrière chinoise dans toutes ses composantes cherche à imposer son droit à l’organisation, à construire ses organisations indépendantes. C’est sur le terrain de son indépendance (y compris vis-à-vis de l’appareil d’État bureaucratique) que la classe ouvrière chinoise préservera les conquêtes.

Pour la IVe Internationale, le sort du peuple travailleur chinois ne peut être dissocié de la lutte de classe internationale.

19/ Notre conférence d’urgence du CORQI se tient au lendemain de l’élection présidentielle américaine. Compte tenu de la place prééminente de l’impérialisme américain à l’échelle mondiale, cette élection est par elle-même un événement international.

Le mot d’ordre de Trump, « America First » a guidé toute la politique étrangère des Etats-Unis. Cette politique n’était pas orientée vers l’établissement d’un « ordre mondial ». Elle était tournée vers l’affirmation de l’hégémonie capitaliste américaine par tous les moyens et sous toutes les formes. Dans ce but, Trump a tourné le dos à toute une série d’institutions multilatérales internationales : l’ONU, le FMI, l’OMS, l’OIT, etc. Biden, successeur de Trump, ne va pas faire marche arrière quant à l’affirmation et la volonté d’expansion du pouvoir économique du capital financier des Etats-Unis. Mais, c’est un fait que durant sa campagne électorale il a dit qu’il agirait dans ce sens en rétablissant la présence des Etats-Unis dans nombre des institutions multilatérales du vieil « ordre mondial », dans l’objectif de fournir un semblant de légitimité à cette recherche permanente de l’expansion par l’impérialisme US. De la même manière que Biden va tenter de remettre en place des structures de partenariat visant à coopter sur le plan interne et à enrôler les dirigeants syndicaux dans l’acceptation de la destruction des emplois et des services sociaux aux Etats-Unis, de la même manière Biden a déclaré qu’il renouvellerait des alliances sur le plan international de manière à fournir une couverture à l’offensive grandissante de l’impérialisme contre les travailleurs et les peuples opprimés dans le monde entier.

Il a ainsi annoncé qu’il rejoindrait les accords de Paris sur le climat, qu’il rétablirait le rôle des USA dans l’OTAN, qu’il rejoindrait le partenariat transpacifique. Cette devanture remise en place sera réactive, a-t-il dit, pour rétablir la position des Etats-Unis en tant que Global leadership et aussi, a-t-il précisé, pour repousser les menaces grandissantes « contre notre sécurité nationale ».

Est-ce que Biden va réellement mettre en œuvre ce programme ? Ou va-t-il continuer plus ou moins dans la voie ouverte par Trump ? La réponse à cette question sera donnée ultérieurement en relation avec la nécessité pour le président nouvellement élu de défendre par tous les moyens nécessaires les intérêts spécifiques du capitalisme des Etats-Unis.

La Palestine est une des questions en jeu. Trump a rejeté toute solution dite des deux États et a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem. Il a donné carte blanche aux attaques grandissantes contre le peuple palestinien par l’État d’Israël. Il a poussé à la reconnaissance de l’État sioniste par des États arabes, ce qui est également la politique de Biden. Est-ce que Biden va faire revivre le projet de la prétendue solution de deux États tout en continuant à parrainer l’étranglement de Gaza et l’extension des colonies israéliennes qui créent en réalité des bantoustans de plus en plus minuscules et chassent les Palestiniens de leurs terres ? Ou bien va-t-il plus ou moins accepter de considérer ce que Trump a fait comme un fait accompli et renoncer, par exemple, à ramener son ambassade de Jérusalem vers Tel Aviv ? Tout cela nous le saurons bientôt.

En tout état de cause et en un mot, Biden va chercher à imposer l’hégémonie impérialiste américaine par tous les moyens nécessaires.

20/ C’est dans ces conditions que l’aide à la reconstruction du mouvement ouvrier sur l’axe de l’indépendance doit s’opérer et ne peut s’opérer qu’en partant d’emblée de la situation internationale de la classe ouvrière. La pertinence des mots d’ordre du Programme de transition, partant des revendications immédiates pour conduire invariablement à la nécessité pour la classe ouvrière de prendre le pouvoir entre ses mains, est aujourd’hui plus cruciale que jamais. Il en découle la nécessité d’œuvrer à la reconstruction de la représentation politique de la classe ouvrière.

Avancer vers la reconstitution de la IVe Internationale est inséparable de l’aide aux processus par lesquels des courants, des militants, des groupes, des organisations issus de l’expérience de la classe ouvrière dans différents pays et différents continents sont amenés à poser le problème de la construction de partis ouvriers indépendants. Les militants qui se regroupent sur le programme de la IVe Internationale ne prétendent pas dicter leurs vues. Ils ambitionnent d’être partie prenante de ce processus dans un dialogue fraternel, une action commune dans le cadre du Comité ouvrier international pour l’Internationale ouvrière (COI), tout en préservant   leur   indépendance   dans   l’expression   et   la   propagande   en   faveur   des   positions   de   la   IVe Internationale. Les organisations du CORQI contribueront, avec des militants de toutes tendances, à la réalisation de l’enquête internationale à l’initiative du COI pour préparer la deuxième conférence internationale contre la guerre et l’exploitation. Partant des conséquences de la pandémie pour la classe ouvrière et les peuples du monde entier, cette enquête contribuera à établir, sur la base des faits, la responsabilité des gouvernements capitalistes et de ceux qui se couchent devant eux.

21/ Nous l’avons établi, la situation est marquée par le fait que, dans tous les pays et sur tous les continents, les directions des organisations qui ont été constituées historiquement par la classe ouvrière, partis et syndicats, sont engagées dans l’union sacrée avec les gouvernements bourgeois.

Affirmer cela ne signifie pas pour autant que les travailleurs ont renoncé à utiliser ces instruments issus historiquement de leur lutte de classe pour défendre leurs intérêts. Les situations sont différentes d’un pays à l’autre, selon les traditions nationales de la lutte de classe. Mais il est un fait : bien que tous soient partie prenante d’une manière ou d’une autre de l’union sacrée, partis et syndicats n’occupent pas la même place. Les syndicats entretiennent généralement avec la classe ouvrière, dont ils constituent « la forme élémentaire du front unique » (Trotsky), un rapport différent de celui des partis. Qu’ils restent dans un certain nombre de pays liés organiquement à des partis ouvriers ou que, dans d’autres, ce ne soit pas le cas, le fait est que la puissance de la lutte de classe conduit les travailleurs à se saisir en « bas » des instruments que sont, en particulier, les organisations syndicales. L’appareil « ouvrier-bourgeois » de la plupart des organisations syndicales traditionnelles est de plus en plus bourgeois (c’est-à-dire subordonné à l’État) quand on remonte vers son sommet ; il reste de plus en plus ouvrier, c’est-à-dire lié aux revendications de la classe ouvrière et à son mouvement quand on descend « en bas ». Ce qui ne veut pas dire que, même en bas, il n’est pas subordonné à l’appareil bourgeois. L’indépendance totale, vis à vis de l’État et de la classe capitaliste, n’est possible que lorsque les syndicats sont dirigés par des militants consciemment engagés sur la voie de la révolution prolétarienne,  donc  sur le programme de la IVe Internationale.

Le mouvement de la classe ouvrière saisit, dans tous les pays, les organisations syndicales pour les grèves et les mobilisations, y compris pour les combats politiques. Dans bien des cas il contraint les sommets à ne pas aller jusqu’au bout de l’intégration corporatiste. C’est ce mouvement de la classe ouvrière qui préserve l’aspect ouvrier des organisations syndicales. C’est pourquoi, plus que jamais, il est crucial de se conformer à la recommandation du Programme de transition concernant les syndicats : « Il faut poser ici comme un principe inébranlable : l’auto-isolement capitulard hors des syndicats de masses, équivalant à la trahison de la révolution, est incompatible, avec l’appartenance à la IVe Internationale. » Rappelons ce qu’écrit Trotsky dans le dernier texte qu’il a rédigé avant d’être assassiné : « Chaque organisation, chaque parti, chaque fraction qui prend une position ultimatiste à l’égard des syndicats, c’est-à-dire qui en fait tourne le dos à la classe ouvrière, simplement parce que ses organisations ne lui plaisent pas, est condamnée à périr. » On se souvient de la manière dont Trotsky traite de cette question : « Les syndicats en France, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et dans les autres pays soutiennent à fond la politique contre-révolutionnaire de leur bourgeoisie. Cela ne nous empêche pas d’appeler ces syndicats des syndicats, de soutenir chaque pas progressiste qu’ils peuvent faire et de les défendre contre la bourgeoisie. » Donc un syndicat peut être à la fois dirigé par un appareil contre-révolutionnaire qui défend la bourgeoisie et faire des pas progressistes qui nous amène à le défendre contre la bourgeoisie. Ce n’est pas contradictoire. Et Trotsky poursuit : « Du point de vue de notre programme, le syndicat doit être une organisation de lutte de classe. Quelle attitude adopter alors vis-à-vis de l’American Federation of Labor (l’organisation syndicale américaine très droitière) ? Ses dirigeants sont des agents notoires de la bourgeoisie. Sur toutes les questions fondamentales, (…) ils mènent une politique directement contradictoire aux intérêts du prolétariat. (…) Cet appareil est devenu définitivement un facteur réactionnaire. Mais il ne s’ensuit nullement que l’AFL cesse d’être une organisation syndicale. » Et Trotsky précise : « Le caractère de classe de l’État est défini par son rapport avec les formes de propriété des moyens de production. Ce qui définit une organisation ouvrière comme syndicat, c’est son rapport avec la répartition du revenu national. »

Autrement dit : le syndicat qui ne fait que défendre – même « que » défendre – la part que la classe ouvrière arrache dans le revenu national est un facteur de défense de la classe ouvrière, même si, pour le reste, il s’adapte complètement au gouvernement. Et Trotsky ajoute : « Pour ne pas rompre avec sa base, la direction de l’AFL est contrainte dans certaines limites (tout est bien sûr dans cette formule « dans certaines limites ») de diriger le combat des travailleurs pour l’augmentation des salaires ou au moins contre la diminution de la part qui leur est réservée dans le revenu national. Ce signe objectif suffit pour nous permettre de tracer dans toutes les occasions importantes une ligne de démarcation entre les syndicats les plus réactionnaires et les organisations jaunes. Nous sommes contraints par là même (…) de défendre l’AFL.»

Cela, car la classe ouvrière n’est rien sans l’organisation.

Dans la dernière période, des courants – les mêmes qui renoncent au combat pour en finir avec le système capitaliste – appellent à abandonner toutes formes d’organisation du mouvement ouvrier (syndicats et partis) pour se dissoudre dans des mouvements informels niant tout caractère de classe. La IVe Internationale rejette sans équivoque possible toutes les tentatives de nier la nécessité de construire des organisations de classe.

22/ « Place à la jeunesse ! Place aux femmes travailleuses ! »

Cet appel lancé dans les pages de conclusion du programme de fondation de la IVe Internationale trouve sa traduction dans l’activité des organisations du CORQI.

La défense des droits spécifiques des femmes travailleuses, dans la situation présente, revêt une importance particulière. Elles sont les premières victimes de la politique des gouvernements. La situation au cours des mois qui viennent de s’écouler le confirme: en première ligne pendant la crise du Covid en raison des emplois occupés (dans les secteurs des hôpitaux, de la grande distribution, du ménage, de l’aide à domicile, etc.), elles ont dû également faire face, en raison du confinement instauré dans de nombreux pays, aux difficultés engendrées par l’école à distance en raison de l’absence ou de l’insuffisance d’équipement informatique, de l’exiguïté des logements…

Dans plusieurs pays, au cours des dernières années, des initiatives ont été prises par les organisations du CORQI pour combattre cette double exploitation spécifique et cette double oppression et ainsi répondre aux préoccupations des femmes travailleuses, et notamment à l’occasion du 8 mars au Pakistan, en France, aux États-Unis, en Italie… Au Mexique, la campagne contre les assassinats de femmes travailleuses est reliée au combat contre l’exploitation capitaliste, à l’origine de cette barbarie.

À la lumière de ces réalisations, les organisations du CORQI décident d’accorder la plus grande importance à ce combat et de réfléchir aux initiatives à prendre, ainsi qu’à la mise en place d’une campagne d’ensemble, sur le plan international, en direction des femmes travailleuses.

De même, les organisations du CORQI accordent la plus grande attention à la jeune génération. Il est significatif qu’elle se soit trouvée aux avant-postes des luttes de classe et soulèvements populaires dans la dernière période, car elle est la plus durement frappée par la barbarie capitaliste. De la révolte des lycéens chiliens contre l’augmentation du tarif des tickets de métro à la place particulière qu’elle a joué au Mali en août tandis que toutes les forces politiques appelaient à une trêve dans l’affrontement contre le régime d’Ibrahim Boubacar Keïta, des soulèvements en Irak aux mobilisations de masse à Hong Kong, sous des formes diverses, une nouvelle génération de combattants fait ses armes et son expérience dans l’affrontement contre le régime capitaliste, aux côtés de la classe ouvrière et de ses organisations.

La 3e Conférence internationale du CORQI salue la constitution de l’Alliance internationale des jeunes pour le socialisme (AIJS), qui a réuni en août 2019 en région parisienne 63 jeunes d’Allemagne, d’Algérie, d’Azanie/Afrique du Sud, de Belgique, du Brésil, du Burundi, des États-Unis, de France, d’Inde, du Mexique, de Palestine et de Russie (les délégués du Burkina Faso et du Maroc ont été empêchés de venir par le refus des autorités de leur accorder un visa). Est particulièrement positif que se réunisse chaque mois son comité de liaison, auquel participent des jeunes qui ne sont pas forcément militants du CORQI, qui est un cadre de discussion et d’action, d’élaboration de communiqués, brochures, articles et de campagnes internationales permanentes.

Ainsi, malgré les tentatives multiples visant à la détourner du combat pour le socialisme et à la cantonner à des questions spécifiques séparées du mouvement de la classe ouvrière, la jeunesse résiste et combat. Elle affirme son droit à un avenir. Jeunes, partout dans le monde rejoignez les rangs du parti mondial de la révolution socialiste.

23/ Déterminés à reconstituer la IVe Internationale sur la base de son programme historique, nous n’ignorons pas que la lutte de classe, si elle est internationale dans son contenu, reste nationale dans sa forme. Nous estimons toutefois que, dans tous les pays, la question de la lutte pour un gouvernement des travailleurs des villes et des campagnes doit être mise en avant face à la faillite de tous les gouvernements en place, impuissants à contrer la pandémie, qu’il s’agisse de gouvernements capitalistes « classiques » ou de gouvernements auxquels participent les vieux partis issus du mouvement ouvrier, voire composés essentiellement par eux.

Avec le Programme de transition, nous affirmons : « La tâche centrale de la IVe Internationale consiste à affranchir le prolétariat de la vieille direction, dont le conservatisme se trouve en contradiction complète avec la situation catastrophique du capitalisme à son déclin et constitue le principal obstacle à son progrès historique. L’accusation capitale que la IVe Internationale lance contre les organisations traditionnelles du prolétariat, c’est qu’elles ne veulent pas se séparer du demi-cadavre politique de la bourgeoisie. »

Avec le Programme de transition, nous affirmons : « De tous les partis et organisations qui s’appuient sur les ouvriers et les paysans et parlent en leur nom, nous exigeons qu’ils rompent politiquement avec la bourgeoisie et entrent dans la voie de la lutte pour le gouvernement ouvrier et paysan. »

24/ Dans notre déclaration du 24 mars, nous écrivions : « Quelles mesures à la hauteur de la situation prendrait un gouvernement soucieux de protéger la santé de l’immense majorité ?

Un tel gouvernement mettrait sous le contrôle de l’État l’ensemble de l’appareil productif pour l’orienter immédiatement vers la production des biens indispensables pour juguler l’épidémie : masques, tests de dépistage, produits désinfectants, médicaments, etc. Il organiserait le dépistage systématique de toute la population. Il n’hésiterait pas pour cela à réquisitionner les grandes entreprises (en commençant par les trusts pharmaceutiques) et les avoirs des banques. Un tel gouvernement rouvrirait immédiatement l’ensemble des structures hospitalières fermées, il réquisitionnerait l’ensemble des locaux disponibles nécessaires pour y aménager dans les plus brefs délais les structures hospitalières et services de réanimation indispensables pour répondre aux besoins. Un tel gouvernement prendrait les milliards là où ils sont, afin d’assurer la gratuité des soins pour tous et le financement de tout le personnel médical et des équipements nécessaires au bon fonctionnement des hôpitaux.

Un tel gouvernement organiserait le confinement de toute la population, en particulier en contraignant les entreprises à assurer le paiement des salaires de tous les salariés confinés. Et dans les pays dominés, où l’immense majorité de la main-d’œuvre relève du “secteur informel”, sans salaire régulier ni garanties, un tel gouvernement garantirait à chaque travailleur un revenu permettant de vivre en période de confinement. Il organiserait la distribution des denrées alimentaires et produits de subsistance de base nécessaires à la population. Un tel gouvernement nationaliserait ou renationaliserait la recherche fondamentale et attribuerait aux équipes scientifiques les moyens nécessaires à la recherche sur les virus émergeants et autres maladies. Un tel gouvernement procèderait immédiatement à la réquisition des bâtiments d’habitation pour y loger l’ensemble des sans domicile, des mal-logés, pour qui les mesures annoncées de “confinement” ne veulent rien dire tant qu’ils ne disposent pas d’un logement.

Un tel gouvernement décrèterait l’arrêt immédiat des expulsions, prononcerait un moratoire sur le paiement des loyers et des charges, il déciderait l’interdiction immédiate des licenciements. Un tel gouvernement décrèterait un contrôle des prix des biens de première nécessité et des médicaments, considérant que les grandes chaînes de distribution et de pharmacie font partout monter les prix au prétexte de la pandémie et de la crise économique. Un tel gouvernement réquisitionnerait en particulier pour cela les budgets militaires des grandes puissances, qui continuent aujourd’hui à financer les interventions militaires impérialistes contre les peuples. Plus généralement et quels que soient les pays, il réorienterait l’ensemble des crédits militaires vers les besoins des hôpitaux.

Un tel gouvernement cesserait immédiatement le paiement de la dette, interne comme externe. Il confisquerait les milliards de la spéculation (et en particulier de la spéculation en cours des grands groupes sur la baisse de leurs propres actions !) pour les mettre au service de la santé de l’immense majorité. Car un gouvernement qui prendrait de telles mesures nécessaires à la survie de la population travailleuse, mesures contradictoires avec les exigences de la classe capitaliste, n’hésiterait pas à rompre avec celle-ci.

Pour notre part, organisés dans le CORQI, combattant pour la reconstitution de la IVe Internationale, nous nous prononçons dans chacun de nos pays pour que se constituent de tels gouvernements, exclusivement au service de l’immense majorité, et nous appuierons tout pas en avant des organisations ouvrières qui irait dans ce sens. Des gouvernements qui n’hésiteront pas à réquisitionner les trusts pharmaceutiques, les grandes entreprises et les immenses avoirs des banques pour financer les mesures de préservation des travailleurs, des paysans, de la jeunesse. »

25/ Huit mois ont passé, nous n’avons rien à retrancher à cette déclaration. Aujourd’hui, il nous faut lancer un cri d’alarme. Pendant huit mois, tous les gouvernements de « gauche » comme de droite se sont montrés impuissants à combattre l’épidémie. En huit mois, ils auraient eu le temps d’embaucher des médecins et des soignants et d’ouvrir des lits de soins intensifs supplémentaires. Non seulement ils ne l’ont pas fait mais dans certains pays, ils ont même continué à fermer des lits, des services et même des hôpitaux entiers.

Ils avaient huit mois pour construire des écoles, créer des salles de classes, pour embaucher plus d’enseignants permettant des effectifs réduits par classe. Rien de tel n’a été fait. Tandis que les gouvernements et leurs spécialistes prêchent quotidiennement la responsabilité personnelle de chacun individu, les bus, les trains et les métros sont bondés de gens qui ne peuvent absolument pas respecter la distance sanitaire.

Huit mois ont passé depuis la première apparition de l’épidémie sans qu’on ait prévu de nouveaux bus et métros, sans qu’on ait embauche massivement des conducteurs et techniciens pour utiliser les ressources existantes et augmenter la cadence.

Le constat est clair : le principe du capitalisme reposant sur le profit n’est en aucun cas capable de protéger les hommes et les femmes et en particulier les travailleurs et leurs familles d’une pandémie. Les mesures de tous les gouvernements sont marquées par la répression contre la majorité. Elles servent de prétexte pour prendre des mesures contre les travailleurs et les droits qui les protègent tels que la journée de huit heures, le droit de grève, les garanties contre les licenciements pour remettre en cause les acquis des jeunes, le droit à l’instruction et au travail, la libre expression, le droit de manifester et de s’organiser.

Les droits les plus élémentaires, la santé, ne peuvent être défendus que si les gouvernements bourgeois sont chassés. Seuls des gouvernements des travailleurs, de la majorité de la population, peuvent défendre les intérêts de la majorité. Pour cela, il faut l’unité des travailleurs et de leurs organisations. Les militants de la IVème Internationale s’engagent à intervenir partout pour l’unité des travailleurs et de leurs organisations autour des revendications d’urgence.

Les rues de toutes les villes des États-Unis ont raisonné de ce mot   d’ordre : « Black lives matter », la vie des Noirs compte. Oui, la vie des Noirs, la vie des travailleurs, la vie des jeunes et des peuples opprimés du monde entier compte. Mais pour qu’elle compte, il faut qu’elle puisse se libérer de l’exploitation capitaliste.

Travailleurs, jeunes, femmes travailleuses, pour libérer l’humanité des chaînes de l’exploitation et de l’oppression, pour écraser la barbarie hideuse qu’un capitalisme aux abois nous offre comme seul avenir : rejoignez le combat pour le socialisme libérateur, rejoignez le combat pour la IVe Internationale  !

Ont adopté ce manifeste :
Afghanistan : Délégation des militants afghans du CORQI
Algérie : Comité d’organisation des socialistes internationalistes d’Algérie (COSI)
Allemagne : Julius Monath, Günter Rex et Max Schumacher, membres de la section allemande du CORQI
Azanie/Afrique du sud : Section azaniennede la IVe Internationale (AS-FI)
Bangladesh : Section du Bangladesh de la IVInternationale
Belgique : Organisation Socialiste Internationaliste (OSI), section belge du CORQI
Bénin : Comité de liaison des Trotskystes du Bénin (CLTB)
Brésil : Organisation communiste internationaliste (CORQI)
Burundi :Section burundaise de la IVe Internationale
Canada : Comité de liaison des Trotskystes du Canada (CLTC)
Chine : Invité de Chine
Corée :La délégation coréenne à la 3e Conférence internationale du CORQI, Sikhwa Jung, militant coréen
Côte d’Ivoire : Prof. Ouattara Mamadou, vice-Président du comité de pilotage de la Réunification des fractions du syndicat de l’Enseignement Supérieur de Côte d’Ivoire (CNEC)
Etats-Unis : Socialist Organizer
France :Tendance communiste internationaliste, section française de la IVe Internationale
Grande-Bretagne : Les partisans britanniques du
Grèce : Andreas Guhl, éditeur d’Ergatika Nea
Haïti : Berthony Dupont, Haïti Liberté
Hongrie : Les partisans de la IVe Internationale
Inde : Groupe Spark
Italie : Dario Granaglia, Monica Grilli et Lorenzo Varaldo pour l’Organisation socialiste internationaliste (OSI-CORQI)
Maroc : Groupe des partisans marocains du CORQI
Mexique : Ligue communiste internationaliste (LCI-CORQI)
Pakistan : Section pakistanaise de la IVInternationale
Palestine : Invité de Palestine
Pérou : Groupe socialiste internationaliste (GSI)Portugal: Groupe A Internacional
Roumanie : Groupe trotskyste roumain et sympathisants
Russie : Groupe des partisans du CORQI en Russie
Sénégal : Groupe sénégalais d’études révolutionnaires (GSER)
Serbie : Jacim Milunovic, militant ouvrier
Suisse : Pour la délégation Suisse, Wolfgang Eichenberger
Togo : Lawson Drackey Messan, militant de la Quatrième Internationale (CORQI)
Tunisie : L., militant tunisien
Turquie : Sosyalizm
Zimbabwe : Chimurenga Vanguard (CORQI)