André Breton : le fil rouge des enchantements – Jean-Pierre Plisson (31€)

Description –

Encore une fois, qu’est-ce que le surréalisme ? Alors que le mouvement surréaliste organisé a disparu, la question pourrait relever du seul passé, d’un simple retour sur ce qu’il reste d’un groupement d’artistes et d’intellectuels qui en son temps a défrayé la chronique. S’il évoque en vrac les états de rêve, un certain goût de la provocation, les rencontres troublantes, l’« amour fou », ou l’« humour noir », le terme lui-même couvrant aujourd’hui les situations hors norme, tend à le fragmenter et le dissoudre dans la banalité ambiante. Au mieux en limite-t-on son usage à ses œuvres plastiques confortablement placées aujourd’hui sur le marché de l’art.

Le surréalisme a pourtant sollicité fortement la vie et posé des questions qui incluent et dépassent en même temps celles de l’art, comme nul autre mouvement ne l’avait fait avant lui. Sa place est hors catégorie. Pour le poète André Breton (1896-1966) son co-fondateur et théoricien, la poésie est la source de la vie à « réinventer » (Rimbaud). Si celle-ci « doit mener quelques part », c’est à notre propre réalité, dont l’enjeu est « l’émancipation totale de l’homme ». C’est en prise sur cette question à laquelle se ramènent toutes les autres, que le surréalisme a surgi.

Le surréalisme comme mouvement est né en 1924, dans une conjoncture marquée par la guerre de 14-18 et par son corollaire que fut la révolution russe d’Octobre 1917. C’est en totale rupture avec l’ordre ancien qui prétendait renaître de ses cendres après quatre ans de feu et de sang, qu’André Breton et ses amis Louis Aragon, Paul Éluard, Benjamin Péret et quelques autres, lui donnent l’impulsion décisive. De cette rupture procède la découverte de l’écriture automatique où les mots se libèrent et s’associent sans limite, mettant à jour les désirs profonds refoulés dans la conscience, en convergence avec les recherches de Sigmund Freud. « Il faut aboutir à une nouvelle Déclaration des droits de l’homme », « Nous sommes à la veille d’une révolution » annonce le premier numéro de la revue La Révolution surréaliste.

Le postulat suivant lequel « libération de l’esprit » et « libération sociale » doivent « marcher d’un même pas » est la marque même du surréalisme. Il ne cessera de s’affirmer tout au cours de son histoire « contre vents et marées ». « “Transformer le monde” a dit Marx, “changer la vie” a dit Rimbaud : ces deux mots d’ordre pour nous n’en font qu’un », tel le formulait Breton.

Jean-Pierre Plisson est né en 1943. Après quinze mois de service militaire (dont sept en Algérie, après les accords d’Évian), il rencontre le surréalisme en 1964, en visitant par hasard la librairie de l’éditeur Éric Losfeld, et l’exposition « Enseignes sournoises » du peintre Jean- Claude Silbermann. Son attrait en parallèle pour la photographie le conduit à passer seize mois en Allemagne où il rencontre à Berlin le photographe spartakiste John Heartfield, mais aussi la jeune génération de reporters allemands. De retour à Paris et après quelques années d’études de sociologie et d’allemand, il se destine au photo-journalisme. Sa passion conservée pour le surréalisme le conduit un peu plus tard à reprendre pour lui-même l’ensemble des fils de cette histoire dont il découvre ainsi l’inépuisable richesse.

537 pages (format 15×24)