Brussels Airlines : Pourquoi aucun parti ne propose la nationalisation immédiate ?

La direction de Brussels Airlines, compagnie d’aviation devenue une filiale à 100% de la société Lufthansa depuis 2017, a annoncé le 13 mai un plan de restructuration qui supprimerait 1000 emplois (25% du personnel). La direction compte profiter de l’impact du coronavirus pour obtenir l’accord des organisations syndicales. De son côté, le gouvernement belge compte garantir l’avenir de la filiale en apportant des fonds à la compagnie (on parle de 290 millions). Pour l’instant, les représentants syndicaux conditionnent leur accord à la décision du gouvernement d’aider l’entreprise. Pour rappel, Brussels Airlines a été vendue par l’Etat belge pour une bouchée de pain (67,6 millions).

Dans pareille situation, l’exigence de la renationalisation de Brussels Airlines s’impose comme une évidence tant pour garantir l’emploi que l’offre de transport sur Bruxelles-Zaventem (Lufthansa veut supprimer 30% des vols). Quelle est la position des partis de « gauche » dans cette affaire ?

Le PS s’est déclaré solidaire des travailleurs et de leurs familles. Mais concrètement, le PS soutient l’aide du gouvernement Wilmès à condition que l’accord porte des garanties sur l’emploi restant et sur l’entrée de l’Etat belge dans le capital avec minorité de blocage (c’est-à-dire un droit de veto destiné à protéger les intérêts des actionnaires minoritaires). En clair, les représentants du PS laissent le plan de restructuration se mettre en place avec l’aide de l’argent public.

En réalité, la maison-mère Lufthansa est en faillite virtuelle et demande une aide (un prêt) de 9 milliards auprès du gouvernement allemand. La question de la nationalisation se pose des deux côtés de la frontière.

Le PTB a exprimé la position suivante : « Le maintien des emplois doit être au centre des préoccupations chez Brussels Airlines. La Belgique doit garder une possible nationalisation comme moyen de pression et alternative. Notre gouvernement ne devrait pas se mettre à plat ventre comme il l’a fait par le passé. » (https://www.ptb.be/le_gouvernement_doit_refuser_la_suppression_d_emplois_brussels_airlines)

Posons la question simplement : comment la nationalisation pourrait être un moyen de faire peur aux fonds de pension qui sont actionnaires de la Lufthansa ? Si on doit faire dépendre l’avenir des travailleurs des décisions du gouvernement Wilmès, on n’est pas sortis de l’auberge.

Si la nationalisation est possible, pourquoi devrait-elle servir de menace dans les négociations ? Cette menace ne serait-elle pas plus efficace pour sauver tous les emplois si elle était mise à exécution sans tenir compte d’éventuelles négociations avec les requins de la finance ?

Le PTB ne se prononce vraiment pas pour la nationalisation immédiate de Brussels Airlines. Il écrit : « L’aide d’État belge de 290 millions d’euros doit être un tremplin pour l’acquisition d’une part importante de Brussels Airlines dans le groupe groupe Lufthansa. » Autrement dit, point d’avenir sans la Lufthansa  qui est pourtant elle-même au bord du gouffre ! (https://www.ptb.be/et_si_on_prenait_en_main_l_avenir_de_notre_aviation)

On nous dit d’ailleurs : « D’autres préconisent de nationaliser la compagnie, mais alors là, bonne chance, car cela risque d’être un gouffre financier pour les finances de l’État belge. » (Ahmid Faljaoui, consultant tenant une chronique économique sur la rtbf) On constate que l’argument du gouffre financier n’est jamais valable quand il s’agit de renflouer les banques et les actionnaires privés (non plus quand il est question d’armement). En revanche, les capitalistes s’offusquent quand il s’agit de sauver l’emploi et le service public.

On ne peut pas exclure qu’à l’occasion de la catastrophe économique en cours, les gouvernements s’engagent dans la voie de la nationalisation temporaire au sens de l’Union européenne, c’est-à-dire avec indemnité de rachat et dans l’attente d’une prochaine privatisation. Il en est question en France et en Italie.

Pour notre part, la renationalisation de Brussels Airlines doit être définitive et sans indemnité de rachat. Il nous faut un gouvernement au service des travailleurs qui s’engage dans ce sens.

            RG

Lors des grèves du personnel de Brussels Airlines en 2018.