Palestine – La vallée du Jourdain annexée le 1er juillet ?

Le 17 mai, le nouveau gouvernement israélien est entré en fonction, rassemblant l’ex-Premier ministre Netanyahou et son rival Benny Gantz. Au centre de son programme : l’annexion par Israël, le 1er juillet, de la vallée du Jourdain. C’està- dire d’un tiers de la Cisjordanie, actuellement « territoire palestinien » prétendument « autonome ». C’est la mise en oeuvre de l’« accord du siècle » de Trump (janvier 2020) qui vise à franchir un nouveau cran dans l’expulsion du peuple palestinien de ses terres.

En visite en Israël pour superviser les opérations, le secrétaire d’État américain, Pompeo, a appelé ses interlocuteurs à accélérer : « Cela fait maintenant quelques mois que vous êtes venus à Washington (…). Il reste du travail à faire, et nous devons encore progresser, mais je suis impatient. » Trump a besoin de brandir ce « succès » dans sa campagne pour l’élection présidentielle de novembre.

Mais des inquiétudes ont commencé à s’exprimer, y compris dans la haute hiérarchie militaire israélienne. Fin avril, un groupe de 220 anciens généraux et officiers supérieurs de l’armée et des services de sécurité a rendu publique une déclaration s’inquiétant de ce que l’annexion pourrait « compromettre la coopération en matière de sécurité avec la Jordanie et avec les forces de sécurité palestiniennes ». La hiérarchie militaire sait que l’absence de « coopération sécuritaire » avec l’Autorité palestinienne et les régimes arabes réactionnaires (notamment la monarchie jordanienne et la junte militaire égyptienne) pourrait provoquer, explique la déclaration, « une réaction en chaîne sur laquelle Israël n’aura aucun contrôle ». D’autant que ces mêmes généraux et officiers s’inquiètent que l’annexion de nouvelles portions de territoire palestinien – et donc de leurs habitants – remettra en cause « le caractère juif de l’État ».

Le 15 mai, dans un communiqué consacré au soixante-douzième anniversaire de la Nakba (1), le groupe « Un État Laïque et Démocratique de Palestine » écrit :
« Après soixante-douze ans d’échecs consécutifs des plans sionistes pour briser la volonté du peuple palestinien, et malgré la complicité arabe et internationale officielle, ainsi que celle de la direction politique palestinienne, la lutte palestinienne quotidienne continue à résister pour effacer les conséquences catastrophiques de la Nakba (…).
Des années d’occupation, d’expulsion, de déplacement, d’expropriation des terres palestiniennes et d’expansion des colonies n’ont pas réussi à affaiblir la détermination de notre peuple à libérer sa terre et à revendiquer le droit des réfugiés au retour et à l’indemnisation pour les soixante-douze années de souffrance. (…) Nous affirmons notre confiance en notre peuple et en sa capacité à mener sa bataille pour corriger les choix politiques adoptés par l’OLP et ces organisations qui nous ont menés à l’impasse (…).
Il n’y aura pas de solution en dehors du cadre de la lutte pour construire un État unique démocratique et laïque, de la mer au fleuve (2). Un État pour tous ses citoyens garantissant le retour de tous les réfugiés dans leurs foyers d’origine et leur permettant de recouvrer leurs droits d’indemnisation et de citoyenneté. Un État de la citoyenneté est l’État de la justice, de l’égalité et de la liberté sans aucune discrimination sur la base de la religion, de la couleur de la peau et du sexe. Un État qui inclut les Palestiniens et les résidents actuels à l’abri de l’idéologie sioniste (3). »


Dominique Ferré


(1) Le Nakba (la catastrophe), c’est-à-dire l’expulsion de 800 000 Palestiniens de leurs villes. et villages, le 15 mai 1948, en vertu du plan de l’ONU de partition de la Palestine (novembre 1947) qui allait donner naissance à l’État d’Israël.
(2) De la mer Méditerranée au fleuve Jourdain, c’est-à-dire sur le territoire historique de la Palestine.
(3) C’est-à-dire les populations juives émigrées en Palestine.