Inde – la législation du travail suspendue dans quatre Etats.

Les gouvernements de quatre États de l’Inde (1), appartenant tous au BJP, le parti nationaliste hindouiste du Premier ministre Narendra Modi, viennent de suspendre brutalement toute la législation du travail, au nom de la lutte contre la pandémie. Le camarade Nambiath Vasudevan, coordinateur du Comité ouvrier international, transmet à La Tribune des travailleurs les réactions unanimes des organisations syndicales condamnant cette déclaration de guerre contre les travailleurs.

Dans un communiqué daté du 9 mai, intitulé : « Arrêtez cette guerre contre les travailleurs ! », un groupe d’organisations syndicales, dont la New Trade Union Initiative (NTUI), déclare : « Le Premier ministre, Narendra Modi, a une fois de plus versé des larmes de crocodile après la mort de seize travailleurs dans la tragédie ferroviaire d’Aurangabad (2). Ce que M. Modi et son parti BJP font mine de ne pas comprendre, c’est la cause de cet incident. Qu’est-ce qui pousse les travailleurs de ce pays à marcher des centaines de kilomètres par jour et à dormir sur des voies ferrées la nuit ?

Le gouvernement de Modi et son parti refusent de reconnaître que le confinement chaotique qu’ils ont décrété face à l’épidémie de coronavirus a conduit à la misère et au désespoir des centaines de millions de travailleurs. Pour les écraser encore plus, alors qu’ils sont déjà abandonnés et désespérés, et pour les priver de leur dignité, les gouvernements des États membres du BJP viennent de décider de liquider complètement la législation du travail (…).

Les États rivalisent entre eux : qui sera le plus exploiteur ? C’est ce que font les gouvernements de quatre États, dirigés par le BJP : Gujarat, Himachal Pradesh, Madhya Pradesh et Uttar Pradesh. Le gouvernement du Gujarat propose d’accorder à tout nouvel investisseur dans l’État la suspension de toute législation du travail pendant 1 200 jours, à l’exception de la loi sur le salaire minimum et de celle sur les accidents du travail. Dans l’État d’Himachal Pradesh, le gouvernement a publié un décret autorisant des journées de travail de 12 heures et la semaine de 72 heures, sans le paiement d’heures supplémentaires. Dans l’État de Madhya Pradesh, le gouvernement BJP a déjà publié des décrets déchargeant les employeurs de toutes les responsabilités qui sont les leurs selon la loi industrielle (eau courante et toilettes dans les usines, mesures de santé et de sécurité élémentaires) (…). C’est le gouvernement BJP de l’Uttar Pradesh qui a été le plus loin, par la suspension complète de toutes les lois du travail, à l’exception de la loi sur les accidents du travail, de la loi sur les travailleurs du bâtiment et d’un article de la loi sur les salaires (date du paiement du salaire) et, sous réserve, la loi sur la maternité et celle sur le travail des enfants. »

Ces mesures d’une brutalité sans nom ne procèdent pas de l’initiative particulière des gouvernements régionaux, affirme la déclaration syndicale : elles procèdent des « réformes » du Code du travail engagées par le gouvernement central pour obéir aux injonctions des capitalistes.Comme elles portent atteinte à des lois du travail fédéral, elles doivent maintenant être validées au niveau national par la présidence de la République. En exigeant de la présidence « le rejet de ces mesures », la déclaration conclut : « Pour le BJP et ses gouvernements, la pandémie et ses conséquences ne sont qu’un prétexte pour retirer à la classe ouvrière tous ses droits, pour priver les travailleurs du moindre droit démocratique ou économique. »

Une prise de position qui a été suivie, le 11 mai, par celle de toutes les grandes centrales syndicales de l’Inde qui, dans une déclaration commune, « considèrent ces mesures comme un crime inhumain et une agression contre les travailleurs, en plus d’être une violation flagrante du droit à la liberté d’association (convention 87 de l’Organisation internationale du travail, OIT), du droit de négociation collective (convention 98 de l’OIT) et également de la norme de la journée de travail de huit heures, adoptée par les conventions fondamentales de l’OIT ». Annonçant la possibilité d’une initiative nationale sans plus de précision à ce stade, les centrales « appellent la classe ouvrière à s’opposer à cette tentative d’imposer l’esclavage aux ouvriers et aux employés dans l’intérêt de la classe des employeurs ».

(1) L’Inde est un État fédéral qui compte 29 États fédérés. (2) Le 8 mai 2020 à Aurangabad. (État du Maharashtra), le déraillement d’un train de marchandise a tué seize travailleurs migrants qui dormaient à proximité. Ils faisaient partie des millions de travailleurs migrants chassés des grandes villes par la faim, après que le gouvernement Modi eut décrété un confinement sans aucune préparation.