Etats-Unis : en pleine pandémie, 135.000 travailleurs hospitaliers licenciés !

Incroyable mais vrai :  parmi  les  millions  de  travailleurs  licenciés  ces  dernières  semaines  aux  États-Unis,  un  million  et  demi  travaillaient   dans   le   domaine   de   la   santé,   dont   135. 000 dans les hôpitaux ! L’afflux de patients atteints du Covid-19 a amené les  hôpitaux  à  reporter opérations et examens. Résultat : les hôpitaux, privés du paiement des opérations, ont procédé à des suppressions de poste massives.   La   responsabilité   de   cette   situation   incombe aux administrations républicaines et   démocrates   successives   qui   ont   maintenu  le  monopole  des  assurances  privées  et  refusé  l’instauration  d’un  système  de  sécurité  sociale  universel.

Dans le pays, après une vague de licenciements créant les pertes de 20,5 millions d’emplois, le chômage atteint un taux record de 14,7% soit 33 millions de personnes (1). Les groupes les plus touchés sont les femmes, les jeunes et les personnes racisées. Les demandes d’aide alimentaire explosent comme dans cet exemple de la banque alimentaire d’Omaha (Nebraska) qui s’est vue approchée par 900 personnes en une journée au lieu de 100 en moyenne.(2) Cette situation n’a d’égale que la Grande Dépression de 1929.

Dans ces conditions et vu le manque de soutien concret de la part du gouvernement fédéral, des milliers de locataires de l’Etat de New-York ont décidé de participer à la grève des loyers en ce mois de mai. La Upstate-Downstate Housing Alliance, à l’initiative de cette grève, réclame au gouverneur Cuomo et aux élus fédéraux « l’annulation du payement des loyers pendant quatre mois au moins, et pour toute la durée de la crise sanitaire ; le gel des loyers ; le relogement immédiat et permanent de tous les New-Yorkais sans abri ; l’investissement dans un programme public de construction de logements sociaux dans l’Etat de New-York. » Il s’agit de la plus grande action commune des locataires de l’histoire du pays. 

Dans l’état de New York, des manifestants ont convergé vers le bureau du gouverneur Cuomo à Manhattan demandant la suppression des loyers et le soutien aux travailleurs n’ayant pas droit aux allocations de chômage tels que les travailleurs immigrés sans papiers.  Les affiches étaient claires : « cancel rents » (annulez les loyers) – « make the billionaires pay » (faites payer les milliardaires).

Cuomo avait déjà interdit les expulsions dues au non-paiement de loyer « mais ce n’est pas suffisant pour les personnes sans emploi et les minorités frappées durement par la crise » selon Julissa Bisono, co-directrice de Make The Road New-York. (3)

Des actions similaires se sont répandues dans tout le pays. À San Francisco, le San Francisco Labor Council et la coalition Jobs With Justice exige que les autorités « soulagent immédiatement les locataires en annulant le paiement des loyers, et par la création de logement d’urgence pour ceux qui n’ont pas la possibilité de se loger. » À Los Angeles, les militants des droits des locataires ont exigé au maire que l’on « cesse toutes les expulsions et suspende le paiement de tous les loyers et les versements hypothécaires pendant la pandémie. »

Dans ce contexte de pandémie et de période pré-électorale, la chambre des représentants a accepté le projet de loi Heroes Act introduit par le parti démocrate. Ce Plan de 3000 milliards de dollars a pour but « d’honorer nos héros » a déclaré Nancy Pelosi, porteuse du projet (4). Il y est question de revalorisation des allocations de chômage, d’aides aux états et aux gouvernements locaux, de refinancement des food stamps, mais aussi de fonds pour le service postal et pour permettre de voter par courrier. Un projet qui semble hautement social mais qui a toutes les chances d’être refusé au Sénat et par le Président Donald Trump. S’agirait-il d’une tentative de la part des démocrates de s’assurer les votes des travailleurs aux élections prévues le 3 novembre 2020 ?

Pendant que des citoyens doivent choisir entre se nourrir ou payer leur loyer, l’administration Trump achète des armes anti-émeutes et réinvestit dans la sécurité. (5) De son côté, le Parti démocrate semble se concentrer sur les prochaines élections. Une conclusion apparait : La nécessité d’un parti des travailleurs aux Etats-Unis n’a jamais été aussi évidente. C’est dans cette idée que ce sont réunis en mars dernier différents mouvements ouvriers militants : le Labor Fightback Network (réseau de résistance ouvrière), le Ujima People’s Progress Party (parti dirigé par des travailleurs noirs basé à Baltimor, dans le Maryland) et le Labor and Community for an Independent Parti (coalition de militants ouvriers et d’organisations populaires pour un parti indépendant). (6)

Ils y ont lancé un appel à une conférence nationale qui aura lieu à Baltimore du 31 juillet au 2 août 2020 et qui portera le projet de « briser l’emprise du système bipartite » à savoir le système dirigé par les deux partis de la classe bourgeoise : le parti démocrate et le parti républicain. Comme le dit une militante syndicale, « la  fiction des  deux  partis  politiques  (républicain  et  démocrate)  qui  auraient  une  politique  différente  est  une  vaste blague ».

(1) USA Today – 11 mai 2020. A savoir que des travailleurs momentanément sans emploi pour cause de crise et sensés en retrouver après la crise ne sont pas comptabilisés. En les comptabilisant, le taux est de 20%.

(2) New-York Times – 06 mai 2020

(3) Make The Road New-York – 1 mai 2020

(4) Bloomberg – 12 mai 2020

(5) The Intercept – 17 mai 2020

(6) La Tribune des Travailleurs – 13 mai 2020