Enseignement – la rentrée vers l’inconnu.

Note : texte rédigé le 17 mai 2020.

Ce lundi 18 mai, les écoles francophones rouvriront leurs portes aux élèves de 6è secondaire et de 6è primaire, suivis par les élèves de 1è et 2è primaire et de ceux de 2è secondaire le 25 mai suite à la décision du Conseil National de Sécurité du 24 avril. Deux jours plus tôt, le ministre flamand de l’Enseignement Ben Weyts (NVA) avait déjà annoncé sa décision de renvoyer les élèves du nord du pays sur les bancs de l’école à partir du 15 mai. Le lendemain du CNS, c’est au tour de la ministre de l’enseignement de la FWB Caroline Désir (PS) de confirmer la date du 18 mai comme rentrée partielle des classes. Affirmons d’emblée une chose : cette décision précipitée d’ouvrir les établissements scolaires le 15 et le 18 mai n’obéit à aucune raison sanitaire, ni pédagogique. Il s’agit clairement, en rouvrant les établissements, de « libérer » les parents pour que ceux-ci retournent très vite se faire exploiter dans les entreprises, comme l’exige le patronat du Nord au Sud du pays. Une nouvelle fois, le système capitaliste fondé sur la propriété privée des moyens de production, montre qu’il n’est plus capable que de mettre en danger la santé et la vie de l’immense majorité.

Que disent les enseignants et leurs organisations syndicales ?

La CGSP-Enseignement de Charleroi a organisé une consultation en ligne à laquelle ses affiliés ont répondu à 87%, via un formulaire en ligne, pour dire qu’un retour à l’école avant le 30 juin 2020 n’était pas judicieux.

Et pour cause : suite à la distribution de masques de conforts pour les enseignants et les élèves et répondant à la question « Quelle est la différence entre un masque de confort et un masque FFP2 ou un masque chirurgical ? », la CGSP Enseignement de Liège répond : « Les masques médicaux ou chirurgicaux et les masques FFP2/FFP3 sont des masques de protection respiratoire qui protègent du coronavirus. Les masques de confort sont destinés au grand public et ne sont ni des dispositifs médicaux, ni des équipements de protection individuelle. »

Aussi, suite une série de constations que cette même régionale a pu faire, les secrétaires régionaux font état de leur conviction que « le moment de la rentrée est prématurée ».

A Bruxelles, les sections syndicales de deux athénées bruxellois se sont clairement positionnées pour exiger que « les décisions prises le samedi 25 avril soient annulées afin de maintenir le système actuel jusqu’au 30 juin 2020 avec maintien du salaire », se sont prononcé « en faveur de la santé de tous avant les profits de quelques-uns » et ont dénoncé « les gouvernements qui envoient les travailleurs et les enfants courir un risque irresponsable pour leur santé, celle de leur famille et celle de l’ensemble de la population. »

De telles réactions des enseignants et de leurs organisations syndicales ont également été constatées du côté flamand.

Ces premières réactions d’enseignants et de sections ou régionales syndicales sont parfaitement légitimes !

D’autant que l’on apprend que les « critères » sur la base desquels telle ou telle école devait fermer ou pas se basent sur une circulaire du ministère et sur une check-list élaborée en commun avec ce même ministère mais aussi avec le syndicat libéral (Slfp). Or à ce jour, il existe bel et bien des écoles qui n’ont pas rempli ces conditions sanitaires et qui ont décidé de tout de même ouvrir leur établissement.

Rappelons qu’à l’heure qu’il est, les plus grands spécialistes des maladies virales sont encore dans le flou, que nous apprenons des découvertes scientifiques liées au virus chaque semaine, que l’apport pédagogique d’une telle rentrée est presque insignifiant et que de nombreux parents ont décidé de ne pas renvoyer leurs enfants dans les établissements scolaires.

Rappelons également que plusieurs conseils communaux de différentes villes ont tout simplement décidé de ne pas rouvrir les écoles de leur pouvoir organisateur avant septembre.

Et que dans d’autres pays européens aussi touchés que la Belgique par la pandémie, les autorités ont décidé de ne pas rouvrir les portes des écoles avant le 30 juin. A l’inverse, l’exemple de la France, où Macron obéissant aux mêmes ordres du patronat français, a fait reprendre les écoles le 11 mai, les conditions de la « reprise » nous indiquent ce qui nous attend en Belgique : une école publique disloquée, où ne sont accueillis finalement qu’une minorité d’élèves, pour des activités qui relèvent de la « garderie » et non de l’instruction.

Du côté des partis socialistes PS et SP.a qu’en est-il ? On exprime certes « de vives inquiétudes ». Mais ces partis, prisonniers de leur participation aux coalitions gouvernementales avec les partis bourgeois, et au plan fédéral de leur vote du 26 mars en faveur des pouvoirs spéciaux au gouvernement Wilmès, s’alignent sur les décisions prises en avançant, au mieux, des conditions pour que cette reprise ait lieu.

Dans le cadre d’une réunion organisée le 30 avril par le Comité unité-Eenheidscomité au sujet de l’enseignement, un appel a été adressé aux partis PS-PTB-ECOLO, leur demandant de s’opposer à cette décision aux conséquences dramatiques, au nom du principe de précaution. À ce jour, seule Elisa Groppi (PTB) nous a répondu, nous renvoyant à lire ses différentes interventions au sein du parlement de la FWB qui, à nouveau, conditionnent la reprise des cours. Va-t-on voir, comme lors de la mise en place du « Pacte d’excellence », les directions des organisations qui parlent au nom des travailleurs se positionner à nouveau aujourd’hui pour un accompagnement des décisions gouvernementales qui menacent l’école publique, les élèves et les enseignants ?

Pour notre part, nous appelons les enseignants à signer et à se regrouper autour de l’appel lancé par plus de 100 travailleurs, jeunes, syndicalistes et militants, avec le Comité unité-Eenheidscomité « contre les pouvoirs spéciaux et toute forme d’union nationale ! Pour la réquisition des 50 milliards alloués aux banques et aux patrons ! ».

Gaëtan Coucke