Des conséquences du coronavirus dans l’enseignement

Le jeudi 12 mars, face à la crise du Coronavirus, la Première ministre Sophie Wilmès (MR) a annoncé que les cours étaient suspendus.

Quelques jours plus tard, une circulaire de la ministre de l’Enseignement Caroline Désir (PS) encadrait la « continuité pédagogique » en affichant l’objectif de ne pas renforcer les inégalités sociales. En particulier, la circulaire affirme qu’aucun nouveau savoir ne peut être transmis aux élèves et que chaque professeur peut (sans obligation) assurer des cours en ligne à condition que ceux-ci ne portent pas sur de nouveaux savoirs mais uniquement sur de la remédiation, la consolidation et le dépassement (RCD) ; à condition de s’assurer que chaque élève en bénéficie. Pour autant, comment un enseignant peut-il certifier que tous ses élèves participent à ce RCD ? En outre, qu’en est-il des élèves qui n’ont pas d’ordinateur ou pas de connexion internet ?

Qui peut croire que les inégalités sociales ne seront pas renforcées quand on sait que certains élèves doivent travailler à plusieurs dans la même chambre, que certains ne peuvent pas bénéficier d’aide de leurs parents, que des élèves ont des besoins spécifiques, etc. ? Toutes ces questions que beaucoup d’enseignants se posent et qui relèvent d’un épisode exceptionnel mettent en relief des situations que la vie courante banalise.

Qui plus est, selon un sondage mené par le Comité des élèves francophones (CEF), près de la moitié des élèves sondés en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) reçoivent de la nouvelle matière à étudier à la maison et ce, malgré l’interdiction du gouvernement.

L’égalité scolaire n’est certainement pas assurée à partir du moment où certains chefs d’établissement se permettent, en contradiction avec la circulaire ministérielle, d’envoyer des injonctions culpabilisantes aux professeurs comme dans cet athénée bruxellois : « (…) Mais à ma grande déception, malgré 2 ordres de services précédents, je constate que 15 enseignants n’ont toujours pas transmis de travaux. (…) J’en appelle donc à un minimum de professionnalisme en ces temps particulièrement difficiles au regard d’autres catégories de métiers qui n’hésitent pas à mettre leur vie en jeu. »

Face à l’absence de certitude quant à la date de réouverture complète des écoles, certains prennent les devants. C’est le cas du ministre de l’Enseignement flamand Ben Weyts (N-VA) qui affirme que « si les écoles ne rouvrent pas après le congé de Pâques, il faudra enseigner de la matière nouvelle », comme d’ailleurs c’est déjà le cas en France depuis le début du confinement.

Que la NVA ou Macron ne se préoccupent pas de l’égalité entre les élèves, cela ne nous surprend pas. Mais qu’en sera-t-il de l’enseignement francophone dirigé par une ministre socialiste ?

À ce jour, nous ne savons toujours pas comment sera organisée la fin de l’année scolaire. Quand la ministre Désir affirme que prolonger l’année scolaire ne fait pas partie des scénarios envisagés, elle est rapidement reprise par Pierre-Yves Jeholet (MR), le ministre président du gouvernement de la FWB qui, lui, ne veut exclure aucune possibilité. Un pas a d’ailleurs été franchi dans ce sens.

En effet, le front commun syndical enseignant a sorti un communiqué concernant la fin de l’année académique dans l’enseignement supérieur.

Ce communiqué mentionne que « Notre rôle en tant qu’organisations syndicales est de défendre les personnels de l’enseignement, en l’occurrence supérieur, et d’être vigilantes quant à leurs conditions de travail, notamment en termes de protection de leur santé. Une reprise du travail lors du déconfinement – dont on ne sait ni quand ni comment il se produira – devra se faire en accordant une attention toute particulière à leur santé et leur sécurité tant par rapport aux risques de contagion qui demeureront qu’en termes de charge mentale.

Nous rappelons que les enseignants du supérieur assurent aussi la continuité du service public et ne sont dès lors pas en congé. (…) Le droit aux congés d’été du personnel dans leur durée décrétale nous apparaît comme un élément intangible. » Cela est parfaitement juste.

Pourtant, en contradiction totale avec ce qu’il déclare et sans le moindre mandat donné par la base, le front commun syndical se positionne ensuite pour affirmer « Par contre, au vu des circonstances exceptionnelles que nous traversons et de la nécessaire solidarité, une prolongation du deuxième quadrimestre jusqu’au 10 juillet serait envisageable. » Qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit bien ici de dix jours de travail supplémentaires. Qu’en est-il de la rémunération de ces jours ? Qu’en est-il des enseignants et des élèves qui ont déjà prévu leurs vacances ?

Dans l’enseignement obligatoire, pour Joseph Thonon, président communautaire de la CGSP-Enseignement, un prolongement de l’année scolaire est difficilement envisageable : « Le fonctionnement obligatoire reste en tout cas le 30 juin. Il y a à peu près un tiers des enseignants qui sont licenciés le 30 juin, ce sont des temporaires, et il faudrait donc à ce moment-là les réengager. » N’est-ce pas là une porte ouverte à la prolongation de l’année académique au-delà du 30 juin à condition de trouver une base légale pour ce faire ?

De plus, le communiqué déplore que les discussions se déroulent « les Organisations syndicales d’un côté, les PO et les étudiants de l’autre. Cela ne permet pas une co-construction directe des solutions. »
Non, les organisations n’ont pas pour vocation de « coconstruire » les réformes avec les gouvernements comme ce fut le cas avec le prétendu pacte d’excellence !

D’ailleurs, qu’en est-il de ce pacte d’excellence qui s’est avéré être une réforme managériale de l’enseignement ?
Une circulaire du 17 mars informe que « A ce stade, le délai de dépôt des plans de pilotage pour les établissements de la vague 2 est reporté de 15 jours ouvrables scolaires à partir du 30 avril 2020, délai qui prévalait jusqu’à aujourd’hui. Les écoles concernées sont donc invitées à remettre leur plan de pilotage au plus tard le 26 mai 2020. »
La ministre semble plus impliquée dans la continuité des contrats d’objectif que dans la lutte contre les inégalités scolaires et sociales.

Le déconfinement que le gouvernement prépare commencerait par les écoles. Avec quelles protections pour les élèves et les travailleurs ? Seront-ils tous dépistés pour ne pas relancer une vague de contamination ? L’ensemble des établissements vont-ils être enfin aménagés afin de respecter les mesures sanitaires ? À ce jour, on peut en douter !

L’ensemble des politiques nous disent aujourd’hui qu’il y aura un avant et un après Coronavirus. Force est de constater que ceux-ci ne semblent pas changer leur feuille de route d’austérité et de destruction des services publics. Dans l’enseignement comme dans les autres secteurs, pour sortir de la crise, les travailleurs ne peuvent pas compter sur ceux-là mêmes qui les y ont plongés. Organisons la riposte !

Stop aux inégalités face aux apprentissages !

Non aux cours pendant les vacances scolaires !

Rejet de tous les décrets liés au « Pacte » d’« Excellence » !

Stop au gouvernement Wilmès !