Coronavirus : si le gouvernement ne le fait pas, qui doit le faire ?

Que fait le gouvernement pour rencontrer les revendications du secteur des soins de santé ?

Ce 3 avril, Paris-Match publie en ligne une interview de deux chirurgiens du CHU Saint-Pierre de Bruxelles, réalisé le 23 mars. Extraits (https://parismatch.be/actualites/societe/387152/guy-bernard-cadiere-chef-de-service-au-chu-saint-pierre-le-gouvernement-doit-mettre-a-contribution-nos-industriels) :

« Ne nous dites pas que la Belgique n’est pas capable de produire des masques, des équipements de protection individuelle et des réactifs. Ne nous dites pas que nous n’avons pas les budgets nécessaires pour doubler les salaires du personnel de laboratoire et leur donner le soutien logistique dont ils ont besoin pour effectuer des tests sur tous les patients. »

« J’ai du mal à comprendre qu’on ne puisse pas adapter nos usines à la fabrication de masques. Je songe notamment aux industries automobiles qui maîtrisent la technologie du filtre. »

« Nous avons des ministres et hommes politiques qui font des annonces dans les médias comme s’ils géraient la situation mais nous qui sommes au front n’avons pas du tout cette impression. Et nous le disons encore : on ne nous donne pas le casque et les munitions pour nous défendre ».

« En tant que chef d’un service hospitalier et que citoyen, je n’ai pu que constater que ces dernières années on a fait des coupes terribles dans les budgets des soins de santé. L’an dernier, une somme phénoménale a été retirée du budget de la santé. »

« Le gouvernement n’assure pas les besoins et protections élémentaires. Ils ne gèrent pas jusqu’à présent le matériel nécessaire à la sécurité de tous ceux qui officient sur le front – personnel hospitalier, bénévoles de la Croix-Rouge, pompiers etc. Ils ont mis les soins de santé par terre et cela contraint en effet certaines structures comme la nôtre à demander l’aumône à des privés ! Souvenons-nous aussi qu’on a remplacé les F16 pour des milliards d’euros… »

« Pourquoi ne pourrait-on pas réquisitionner ici ? »

 « Le gouvernement doit s’assurer qu’il y aura suffisamment de médicaments, d’appareils et de produits incontournables – respirateurs, masques, vêtements de protection – et de réactifs pour les tests de diagnostic. »

Pour faire bref, cette interview illustre parfaitement la nécessité d’un gouvernement qui prenne les mesures d’urgence : production et réquisition de matériel de protection, augmentation des capacités de tests, annulation des mesures d’économies en soins de santé, refinancement des hôpitaux, etc.

Comment la situation a-t-elle évolué en 15 jours ? D’un côté, avec le soutien du Parlement, le gouvernement a dégagé un budget de 50 milliards pour les banques (au lieu de voter contre cette forfaiture, le PTB s’est seulement abstenu), et de l’autre côté, il oblige les hôpitaux à recourir aux dons et aux bénévoles.

Une dépêche de presse du 4 avril expliquait : « Pour sa part, le CHU de Liège manque de matériel de protection, dont des blouses. Le centre hospitalier vient d’en recevoir 10.000, mais la date de la prochaine livraison est incertaine. Il lance donc un appel aux couturiers et couturières pour réaliser environ 6.000 blouses à partir de toile utilisée généralement dans les salles d’opération. Un prototype a été validé et un exemple ainsi qu’un patron sont prévus. (…) Autre exemple: plus de quatre millions d’euros ont été récoltés dans le cadre de la campagne lancée le 18 mars par le CHU Saint-Pierre (Bruxelles) pour financer 10 respirateurs coûtant près de 50.000 euros chacun.»

Et pendant ce temps-là, le gouvernement Wilmès a refusé d’élargir la liste des entreprises soumis aux obligations de distanciation sociale. La Libre du 3 avril : « Alors que la FGTB Chimie espérait que le gouvernement réduise les activités au sein de l’industrie chimique, en éliminant de la liste des productions comme la peinture, la colle, le vernis ou les bougies parfumées, il reste dans son ensemble considéré comme essentiel. « Ce n’est pas un arrêté ministériel. C’est un arrêté patronal », lance Andrea Della Vecchia, permanent FGTB de l’industrie chimique. »

Dans son discours du dimanche 5 avril, Sophie Wilmès n’a rien répondu à la colère de la population. Pour se défendre face au déferlement de critiques, elle s’est contentée d’expliquer que la Belgique n’est pas seule à être confrontée à ces pénuries de matériel, ce qui constitue un aveu de taille.

Regardons ce qui se passe au Brésil, par exemple. Inquiets de l’expansion des cas de coronavirus, les ouvriers commencent à protester contre l’insistance des patrons à faire tourner les chaînes de montage dans les usines. Dans l’« ABC », la « ceinture rouge » industrielle de São Paulo, où se concentrent les grandes usines automobiles, le syndicat des métallurgistes a déjà prévenu les multinationales : «Si d’ici au 30 mars les usines ne s’arrêtent pas, c’est nous qui arrêterons les usines. » La centrale syndicale CUT affirme pour sa part : « Nous n’acceptons pas qu’un pouvoir législatif confiné persiste à débattre du vote sur des projets qui portent atteinte à nos droits et aux services publics. » Alors que l’aspiration à chasser Bolsonaro grandit parmi les travailleurs et les masses populaires, la CUT appelle désormais à des initiatives sur le mot d’ordre : « Fora Bolsonaro ! » (Dehors Bolsonaro !).

« Dehors Bolsonaro ! », c’est certain. Mais cela pose la question : quel gouvernement devra le remplacer ? Les quatre gouverneurs d’État membres du Parti des travailleurs (PT) des États du nord-est viennent de signer avec des gouverneurs de droite un appel qui affirme : « L’heure est à l’union, il faut oublier nos différences politiques et partidaires. »

Est-il possible de gouverner dans l’intérêt de la majorité, des travailleurs et du peuple, en réalisant « l’union » avec ceux qui, aujourd’hui, seraient prêts à écarter Bolsonaro pour poursuivre sa politique au service du grand capital ? Est-il possible de réaliser « l’union » avec ceux qui ont mené, avec Bolsonaro, la réforme des retraites, la loi EC-95 qui a taillé brutalement dans le budget de la santé publique ? Les mesures annoncées par le gouvernement Bolsonaro montrent au contraire que jamais le fossé n’a été aussi profond entre les intérêts des travailleurs et du peuple et ceux des capitalistes et de leurs représentants aujourd’hui au gouvernement.

En Belgique, ne sommes-nous pas bloqués sur le plan politique par le soutien apporté plus ou moins ouvertement par les partis de gauche (PS-SP.A & PTB) au gouvernement Wilmès ?

Cependant, il ne faut pas en rester à cette question. Il important de se regrouper, de s’organiser, même si les conditions sont difficiles, même si les circonstances nous plongent dans l’angoisse. C’est par l’action collective qu’il possible de débloquer la situation sur le plan politique. Le Comité Unité lance un appel à tous les travailleurs et jeunes, quelle que soit leur opinion politique par ailleurs, à renforcer ensemble le combat pour la rupture des organisations des travailleurs (partis, syndicats, etc.) avec le gouvernement Wilmès, et aussi pour nous préparer aux attaques antisociales sans précédent qui se profilent à l’horizon. Ensemble, échangeons et discutons des possibilités de prendre des initiatives dans ce sens.