Coronavirus : le système capitaliste en faillite et les gouvernements à son service

24 mars 2020 – Déclaration du Comité d’organisation pour la Reconstitution de la Quatrième Internationale (CORQI)

Le système capitaliste en faillite et les gouvernements à son service : responsables et coupables de l’expansion de l’épidémie de coronavirus !

À l’heure où nous écrivons cette déclaration, nul ne peut prédire l’issue, forcément catastrophique, de la pandémie de coronavirus qui, aujourd’hui, menace la vie de centaines de millions de femmes, d’hommes et d’enfants à travers le monde.

En revanche, les conditions qui ont permis et permettent à cette pandémie de prendre ces proportions catastrophiques, les conditions qui permettent son extension rapide à toute la surface du globe, elles, sont connues des travailleurs et des peuples du monde entier.

Car elles découlent de toutes des décisions politiques prises et mises en oeuvre depuis des décennies par les gouvernements des grandes puissances capitalistes, mais aussi par des gouvernements dans les pays dominés sur tous les continents, les uns et les autres guidés par la seule défense des intérêts des grandes multinationales, des grandes banques et de la spéculation. Des décisions politiques découlant de la subordination de toute la civilisation humaine à la loi du profit capitaliste.

Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes, qu’ils se disent de « gauche », « progressistes » ou de droite, qui démantèlent les systèmes de protection sociale, que les travailleurs avaient arrachés par leur lutte de classe.

Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes qui démantèlent et privatisent les systèmes publics de santé, liquident des centaines de milliers d’emplois de médecins et de travailleurs hospitaliers, des centaines de milliers de lits dans les hôpitaux, ainsi que des milliers d’hôpitaux, de services médicaux, de dispensaires.

Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes qui étranglent financièrement la recherche publique fondamentale, rendant impuissants les scientifiques dans leurs recherches sur les virus émergeants.

Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes qui permettent aux trusts pharmaceutiques d’accumuler des profits gigantesques par la production au plus bas « coût du travail », aboutissant à la pénurie actuelle de produits aussi simples que des masques, des tests de dépistage ou des produits désinfectants.

Ce sont les décisions politiques de ces gouvernements capitalistes, comme ceux des États-Unis, de Grande-Bretagne, d’Allemagne, de France ou du Canada, qui organisent le pillage des nations d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Pillage qui aboutit à ce que, selon l’Unicef, 3 milliards d’êtres humains (40 % de la population mondiale) n’ont accès ni au savon ni à l’eau courante, et ne peuvent donc se laver les mains plusieurs fois par jour pour limiter la transmission du virus. Sans parler des milliards d’êtres humains qui ne peuvent se nourrir qu’une seule fois par jour.

Aux conséquences dramatiques de ces décisions s’ajoutent désormais les conséquences sociales du nouveau krach financier, qui était annoncé depuis des mois dans la continuité de la crise de 2008-2009 et dont la pandémie a accéléré l’éclatement. Ce qui se traduit d’ores et déjà par l’annonce de gigantesques plans de licenciements dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, des banques, du commerce et des services, du secteur textile et du tissage.

Aujourd’hui, la plupart des gouvernements capitalistes – à commencer par l’administration américaine, les gouvernements des grandes puissances impérialistes d’Europe et leur Union européenne –, saisis de panique, sont amenés à annoncer des mesures d’exception pour tenter de faire face. Plus que jamais déterminés à « renflouer l’économie », c’est-à-dire à offrir aux capitalistes des milliards de dollars ou d’euros, certains annoncent « remettre en cause les politiques de limitation de déficits », d’autres parlent de nationalisations temporaires, d’arrêt des expulsions et des saisis de logements pendant la durée de la crise. Tout ce qui, hier, était réputé impossible, est aujourd’hui évoqué par des gouvernements éperdus. Mais les travailleurs ne sont pas dupes !

Ils savent que ces gouvernements dévoués aux intérêts capitalistes, ces gouvernements anti-ouvriers n’ont pas changé de nature.

Ils savent que, quand bien même ces mesures sont évoquées, et quand bien même ces mesures ou une partie d’entre elles seraient mises en oeuvre, partiellement et temporairement, ces gouvernements reprendraient demain au centuple ce qu’ils auront fait mine de donner pendant quelques semaines.

La vérité, c’est qu’aucun de ces gouvernements, quelle que soit l’étiquette politique, de droite ou de « gauche » des partis qui les composent, ne prend la moindre des véritables mesures de sauvegarde de la population qui s’imposeraient aujourd’hui pour vaincre la pandémie* !

Car quelles mesures à la hauteur de la situation prendrait un gouvernement soucieux de protéger la santé de l’immense majorité ?

Un tel gouvernement mettrait sous le contrôle de l’État l’ensemble de l’appareil productif pour l’orienter immédiatement vers la production des biens indispensables pour juguler l’épidémie : masques, tests de dépistage, produits désinfectants, médicaments, etc. Il organiserait le dépistage systématique de toute la population. Il n’hésiterait pas pour cela à réquisitionner les grandes entreprises (en commençant par les trusts pharmaceutiques) et les avoirs des banques.

Un tel gouvernement rouvrirait immédiatement l’ensemble des structures hospitalières fermées, il réquisitionnerait l’ensemble des locaux disponibles nécessaires pour y aménager dans les plus brefs délais les structures hospitalières et services de réanimation indispensables pour répondre aux besoins.

Un tel gouvernement prendrait les milliards là où ils sont, afin d’assurer la gratuité des soins pour tous, et le financement de tout le personnel médical et des équipements nécessaires au bon fonctionnement des hôpitaux.

Un tel gouvernement organiserait le confinement de toute la population, en particulier en contraignant les entreprises à assurer le paiement des salaires de tous les salariés confinés. Et dans les pays dominés, où l’immense majorité de la main-d’oeuvre relève du « secteur informel », sans salaire régulier ni garanties, un tel gouvernement garantirait à chaque travailleur un revenu permettant de vivre en période de confinement. Il organiserait la distribution des denrées alimentaires et produits de subsistance de base nécessaires à la population.

Un tel gouvernement nationaliserait ou renationaliserait la recherche fondamentale et attribuerait aux équipes scientifiques les moyens nécessaires à la recherche sur les virus émergeants et autres maladies.Un tel gouvernement procèderait immédiatement à la réquisition des bâtiments d’habitation pour y loger l’ensemble des sans-domicile, des mal-logés, pour qui les mesures annoncées de « confinement » ne veulent rien dire tant qu’ils ne disposent pas d’un logement.

Un tel gouvernement décrèterait l’arrêt immédiat des expulsions, prononcerait un moratoire sur le paiement des loyers et des charges, il déciderait l’interdiction immédiate des licenciements.

Un tel gouvernement décrèterait un contrôle des prix des biens de première nécessité et des médicaments, considérant que les grandes chaînes de distribution et de pharmacie font partout monter les prix au prétexte de la pandémie et de la crise économique.

Un tel gouvernement réquisitionnerait en particulier pour cela les budgets militaires des grandes puissances, qui continuent aujourd’hui à financer les interventions militaires impérialistes contre les peuples. Plus généralement et quels que soient les pays, il réorienterait l’ensemble des crédits militaires vers les besoins des hôpitaux.

Un tel gouvernement cesserait immédiatement le paiement de la dette, interne comme externe. Il confisquerait les milliards de la spéculation (et en particulier de la spéculation en cours des grands groupes sur la baisse de leurs propres actions !) pour les mettre au service de la santé de l’immense majorité.

Car un gouvernement qui prendrait de telles mesures nécessaires à la survie de la population travailleuse, mesures contradictoires avec les exigences de la classe capitaliste, n’hésiterait pas à rompre avec celle-ci.

Pour notre part, organisés dans le CORQI, combattant pour la reconstitution de la IVe Internationale, nous nous prononçons dans chacun de nos pays pour que se constituent de tels gouvernements, exclusivement au service de l’immense majorité, et nous appuierons tout pas en avant des organisations ouvrières qui irait dans ce sens. Des gouvernements qui n’hésiteront pas à réquisitionner les trusts pharmaceutiques, les grandes entreprises et les immenses avoirs des banques pour financer les mesures de préservation des travailleurs, des paysans, de la jeunesse.

Mais force est de constater qu’aujourd’hui aucun des gouvernements capitalistes en place, quelle que soit son étiquette politique, ne veut s’engager dans cette voie.

Même quand ils parlent de « faire la guerre » à la pandémie, ils refusent tous de s’attaquer à la sacro-sainte propriété privée des moyens de production, dont la préservation passe, pour eux, bien avant les besoins de l’humanité travailleuse.

Non seulement ils ne prennent pas les mesures nécessaires, mais ils utilisent la pandémie et la crise pour renforcer toutes les mesures anti-ouvrières et antidémocratiques.

L’administration américaine en particulier, en maintenant et aggravant ses sanctions criminelles contre l’Iran et le Venezuela, Cuba, le Zimbabwe et d’autres, profite de la pandémie pour tenter d’aggraver la pression sur les nations.

Et que dire de la prison à ciel ouvert qu’est la bande de Gaza, l’un des territoires les plus denses du monde, où, comme résultat de quatorze ans de blocus meurtrier imposé avec la complicité de la « communauté internationale », plus de deux millions de Palestiniens ne disposent que d’à peine 50 tests de dépistage et une centaine de masques de protection ?

Et que dire des millions de réfugiés chassés de chez eux par les guerres impérialistes, dont des dizaines de milliers sont parqués dans les camps insalubres des îles grecques, auxquels l’Union européenne et tous ses gouvernements refusent de donner asile, les livrant à la maladie ?

Alors, en dépit de leurs déclarations tonitruantes et de leurs promesses d’aujourd’hui, tous ces gouvernements capitalistes sont responsables et coupables de la barbarie que révèle la pandémie.

Dans ces conditions, n’est-ce pas une honte de voir, dans de nombreux pays du monde, les dirigeants des organisations politiques qui parlent au nom des travailleurs se rallier à « l’union sacrée » avec les gouvernements capitalistes ?

N’est-ce pas une honte de voir les partis qui parlent au nom des travailleurs soutenir les gouvernements capitalistes en place, précisément au moment où ceux-ci font voter, dans les différents Parlements, les mesures « d’état d’urgence » qui aggravent l’offensive des gouvernements capitalistes contre les conquêtes sociales et les libertés démocratiques ?

S’ils savent que les mesures sanitaires pour ralentir l’épidémie sont nécessaires, les travailleurs n’en tirent nullement pour autant la conclusion qu’ils doivent tomber dans le piège qui leur est tendu de l’« union sacrée » avec les exploiteurs et leurs gouvernements.

Les travailleurs sont en droit d’exiger de toutes les organisations qui parlent en leur nom qu’elles rompent immédiatement avec « l’union sacrée » que leurs dirigeants ont scellée avec les gouvernements capitalistes.

À l’inverse, on a vu ces derniers jours aux États-Unis, en Italie, en France, en Algérie, au Chili, au Pérou et dans d’autres pays se multiplier les grèves, grèves sauvages, arrêts de travail, menaces de grèves, initiatives collectives des travailleurs et autres actions de classe, qui voient les travailleurs avec leurs organisations syndicales refuser d’être contraints de continuer à travailler sans aucune protection face à la pandémie.

On a vu dans de nombreux pays les travailleurs refuser que les gouvernements capitalistes utilisent la crise en cours pour renforcer toutes les attaques contre les acquis arrachés par la lutte de classe et les libertés démocratiques, tout comme ils refusent les appels des capitalistes à leur faire payer « leur » crise et ses conséquences.

On a vu en Chine, dès le début du ralentissement de la pandémie, les travailleurs reprendre le chemin des grèves et des protestations de masse pour imposer leurs droits.

Plus que jamais, les travailleurs ne peuvent compter que sur leurs propres forces, comme l’affirment les paroles du chant international des travailleurs, L’Internationale : « Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes ! »

Pour notre part, organisés dans le CORQI, combattant pour la reconstitution de la IVe Internationale, nous affirmons que les événements que l’humanité est en train de vivre sont la confirmation de la validité de la lutte de classe, du combat pour en finir avec le système failli du capitalisme fondé sur la propriété privée des moyens de production.

Les événements confirment la validité du combat pour un gouvernement de sauvegarde de la population travailleuse, qui réalise les changements structurels nécessaires au bénéfice de l’immense majorité, c’est-à-dire le combat pour le socialisme.

Il s’agit ni plus ni moins de la défense et de la préservation de la civilisation humaine.

Les organisations, les groupes et les militants à travers le monde qui combattent pour la reconstitution de la IVe Internationale savent que dans ce combat ils se retrouvent au coude-à-coude avec les travailleurs, les militants, les jeunes, les tendances et les courants qui cherchent à préserver l’indépendance de la classe ouvrière et de ses organisations.

Et tous particulièrement au coude-à-coude avec tous ceux qui, dans plus de 50 pays, préparent le succès de la conférence mondiale contre la guerre et l’exploitation, pour l’Internationale ouvrière, qui se réunira à Paris, les 5 et 6 novembre 2020.

Pour en finir avec la guerre et l’exploitation !
Pour en finir avec la barbarie capitaliste !
Pour la défense de l’humanité et de la civilisation !
Rejoignez le combat de la IVe Internationale, rejoignez les rangs des organisations du CORQI !

* Le CORQI condamne avec la plus grande vigueur les déclarations racistes de Trump et de ses acolytes, accusant la Chine d’être responsable du coronavirus. La vérité, c’est que la bureaucratie chinoise, après avoir nié l’épidémie et réprimé ceux qui avaient lancé l’alarme, a été contrainte de mobiliser les immenses ressources de la propriété d’État, faisant sortir de terre des hôpitaux en quelques jours pour endiguer l’épidémie, objectif en cours d’être atteint en Chine… ce qui n’est le cas dans aucune des principales puissances capitalistes d’Europe et d’Amérique du nord. De la même façon et quel que soit le point de vue que l’on puisse avoir sur la politique de la bureaucratie cubaine, il est un fait : l’envoi de médecins cubains dans les pays les plus touchés, malgré des décennies de blocus criminel dont Cuba est victime.

Signent cette déclaration :
Afghanistan : militants du CORQI en Afghanistan.
Algérie : Comité d’organisation des socialistes internationalistes d’Algérie (COSI)
Allemagne : section allemande du CORQI. Azanie-Afrique du Sud : section azanienne de la IVe Internationale (AS-FI). Bangladesh : section du Bangladesh de la IVe Internationale
Belgique : Organisation socialiste internationaliste, section belge de la IVe Internationale.
Bénin : Comité de liaison des trotskystes du Bénin (CLTB).
Brésil : Organisation communiste internationaliste (OCI, organisation brésilienne liée au CORQI).
Burundi : section burundaise de la IVe Internationale.
Canada : Comité de liaison des trotskystes du Canada.
Chili : Groupe trotskyste chilien.
Corée : Conseil des militants de Corée – Solidarité
Côte d’Ivoire : M., militant ivoirien.
États-Unis : Socialist Organizer, section de la IVe Internationale aux États-Unis (CORQI).
France : Tendance communiste internationaliste du POID, section française de la IVe Internationale (membre du CORQI).
Grande-Bretagne : Charles Charalambous, éditeur de Labour internationaliste, publication des partisans britanniques du CORQI.
Grèce : Andreas, éditeur de Ergatika Nea.
Haïti : Berthony Dupont, Haïti Liberté, membre du COI
Hongrie : les partisans de la IVe Internationale.
Inde : groupe Spark, Franklynd d’Souza, Subhas Naik.
Italie : section italienne de la IVe Internationale.
Maroc : les partisans du CORQI au Maroc.
Mexique : Ligue communiste internationaliste (CORQI).
Pakistan : section pakistanaise de la IVe Internationale.
Pérou : Groupe socialiste internationaliste, section péruvienne du CORQI.
Portugal : Groupe « A Internacional » (CORQI)
Roumanie : section roumaine du CORQI.
Russie : Groupe des partisans du CORQI.
Sénégal : militants sympathisants du CORQI.
Serbie : Jacim Milunovic, militant ouvrier.
Suisse : Wolfgang Eichenberger, pour Tribune ouvrière
Togo : Steve, militant togolais de la IVe Internationale.
Tunisie : L., militant tunisien.
Turquie : Ligue ouvrière marxiste (section du CORQI).
Zimbabwe : Mafa Kwanisai Mafa, CORQI-Zimbabwe.

Pour nous contacter au plan international ou national, s’adresser à corqi_ocrfi@gmail.com qui transmettra.