Iran-Irak : le 4 janvier aux États-Unis, par milliers, travailleurs et jeunes ont manifesté contre la guerre.

Le 29 décembre, des avions américains  bombardent  une  milice  irakienne  proche  de  l’Iran,  faisant  vingt-cinq  morts.  Cette  provocation suscite la colère à Bagdad, où une  manifestation  cherche  à  s’en  prendre  à  l’ambassade  des  États-Unis. C’est alors, selon la presse américaine, qu’un petit comité réunissant Trump, son secrétaire d’État Mike Pompeo, son chef d’état-major et son conseiller à la sécurité, décide de commanditer l’assassinat ciblé de hauts dirigeants iraniens.

Dans la nuit du 2 au 3 janvier, des drones américains pulvérisent un convoi d’une autre milice irakienne proche de l’Iran. Parmi les victimes : le général iranien de premier plan Ghassem Soleimani et d’autres responsables. Une véritable déclaration de guerre. Cet assassinat  provoque  des  manifestations  et  des  appels à la vengeance, en Irak comme en Iran.

Le gouvernement américain répond par de  nouvelles  provocations.  Il  venait  déjà  d’envoyer à Bagdad un bataillon d’intervention d’urgence de 750 soldats américains de la 82e division aéroportée stationnée au Koweït, s’ajoutant aux 5 000 soldats américains de la « coalition internationale » en Irak. Le Pentagone annonce l’envoi de 3.000 à 3.500 soldats supplémentaires. Puis un nouveau raid aérien américain frappe des forces pro-iraniennes à Bagdad. « Nous vous trouverons. Nous vous éliminerons », déclare Trump, qui ajoute que les États-Unis menacent de frapper « très rapidement et très durement » 52 sites « de très haut niveau et très importants pour l’Iran et pour la culture iranienne ». Côté machine de propagande, le vice-président Mike Pence affirme que Soleimani aurait couvert le voyage des auteurs des attentats du 11 septembre 2001. Il est pris en flagrant-délit de mensonge par le New York Times.

Quant  au  Parlement  irakien,  lorsqu’il  a  osé se prononcer pour le retrait immédiat des troupes étrangères d’Irak (qu’il avait acceptées sans broncher depuis des années), Trump l’a immédiatement menacé de « très fortes sanctions. (…) Nous avons une base aérienne extraordinairement chère là-bas. Elle a coûté des milliards de dollars à construire. Nous ne partirons pas s’ils ne nous remboursent pas. »

Sur les places boursières, l’annonce de la mort du général iranien provoque une hausse des cours du pétrole de plus de 4 %. Pour les «  marchés financiers », comme pour le complexe militaro-industriel, une nouvelle guerre au Moyen-Orient est prometteuse de futurs bénéfices et de perspectives de nouveaux pillages. Et à l’heure où, du Chili jusqu’en Algérie, de France jusqu’en Inde, et en Irak même, les travailleurs et les peuples cherchent à se dresser contre les régimes subordonnés à l’impérialisme, la principale « grande puissance » se doit de « reprendre la main ».

Les « alliés » des États-Unis et l’OTAN, qui n’avaient pas été prévenus des initiatives de Trump, sont invités à s’aligner au garde-à-vous. Si Pompeo se dit « reconnaissant » aux gouvernements  britannique  et  allemand,  il  a dû, en revanche, brutalement recadrer la secrétaire d’État aux Affaires européennes de Macron, de Montchalin, qui avait déclaré sur RTL : « On se réveille dans un monde plus dangereux », après l’assassinat de Soleimani. « Les Français ont tort sur ce point », l’a brutalement corrigé Pompeo… amenant Macron à se « solidariser » avec Trump, désavouant sa secrétaire d’État.

Aux États-Unis toutefois, des inquiétudes s’expriment dans la classe dirigeante : « Oui, Soleimani était un ennemi, écrit le Washington Post (4 janvier), cela ne signifie pas que Trump a fait les choses correctement. » L’éditorialiste du New York Times s’inquiète aussi : « Trump est-il prêt ? ».

Les chefs du Parti démocrate au Parlement se sont, eux, élevés, comme leur porte-parole Nancy Pelosi, contre « une escalade dangereuse ». En fait, leur principal reproche est que le Congrès n’a pas été prévenu… Bernie Sanders, à la « gauche » du Parti démocrate, va plus loin, introduisant une procédure législative pour empêcher le déblocage de crédits militaires s’il n’y a pas accord du Congrès. Rappelons  que  tout  le  mécanisme  d’ingérence et de sanctions contre l’Iran, qui aboutit aujourd’hui à cette marche à la guerre, a été mis en place sous l’administration d’Obama.

Trump  veut  la  guerre…  mais  le  peuple  américain ne l’entend pas de cette oreille. Les expériences de l’Afghanistan (2001) et de l’Irak (2003) ont laissé des traces. Dès le 4 janvier, à l’appel des coalitions anti-guerre, des milliers de travailleurs, de jeunes, de militants ouvriers et noirs se sont rassemblés dans soixante-dix villes pour dire : « Retrait immédiat des troupes d’Irak ! », « Pas de guerre, pas de sanctions contre l’Iran ! ».

Dominique Ferré

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