DR n°9 – Pour l’indépendance des syndicats, pour l’unité des travailleurs, pour la rupture avec les partis capitalistes

Après les élections du 26 mai

Le 29 mai, la direction de la FGTB fédérale a publié un communiqué dans lequel elle se prononce pour que “les partis politiques assument leurs responsabilités et fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour former rapidement des gouvernements viables” et en particulier pour “la formation rapide d’un gouvernement fédéral” (1).

Or, comme chacun peut le constater, les résultats des élections ne permettent en aucun cas de mettre en place un gouvernement conforme aux intérêts des travailleurs. Pour qu’un gouvernement « viable » se mette en place, soit les partis socialistes doivent accepter de s’allier à la NVA (ce qui constitue le scénario « le plus plausible » selon le journal bourgeois La Libre du 1/6/19), soit ils doivent former une large coalition avec les partis de droite, libéraux en tête.

Force est de constater qu’en adoptant une telle position politique, ces dirigeants mettent gravement en danger l’indépendance de la FGTB vis-à-vis de tout gouvernement qui se mettrait en place. Qu’est-ce qui explique le soutien du sommet de la FGTB aux manœuvres et combines destinées à éviter un retour aux urnes ?

Le constitutionaliste Marc Uyttendaele s’est déclaré en faveur de nouvelles élections : “Le résultat du scrutin produit une multitude d’impossibilités au fédéral”. La situation “force presque tous les autres (partis) à se mettre ensemble pour faire une politique qui deviendra une sorte de magma informe parce qu’ils ne pourront pas s’entendre sur la mise en œuvre réelle des engagements promis aux électeurs”. Pour autant, Uyttendaele se dit partisan d’une discussion sur l’Etat belge : “Il faut retourner aux élections et ouvrir le débat institutionnel”, précise-t-il (2).

Ainsi, les travailleurs seraient placés devant ce dilemme : soit un gouvernement avec les partis de droite, étrangement soutenu par les dirigeants syndicaux, soit des élections ouvrant la voie à une révision de la constitution pour pousser plus loin la régionalisation et donc la dislocation des conquêtes ouvrières fédérales (Sécurité sociale, conventions collectives, etc.).

Certes, la situation est grave mais les travailleurs, avec leurs organisations, n’ont pas dit leur dernier mot. Le communiqué de la FGTB est bien obligé de tenir compte –de manière très déformée–  des aspirations des travailleurs à une politique ouvrière annulant les mesures antisociales prises ces dernières années : “Nous rappelons que les engagements pris par les différents partis progressistes dans la perspectives des élections doivent être concrétisés et enregistrés dans les accords des gouvernements flamands, wallons, bruxellois et fédéraux. Des accords qui devraient aboutir  à une politique qui prenne réellement en compte les demandes de changement économique, social…”

Nous savons que ces “changements” sont incompatibles avec la politique imposée par l’Union européenne au profit des capitalistes. Ces “changements” exigent la rupture avec l’Union européenne.

Avec beaucoup d’ambiguïtés voulues, le PTB a mené campagne, comme en octobre dernier lors des élections communales, contre les traités de l’Union européenne. Aujourd’hui (3), il cherche à se montrer “constructif” en proposant par exemple d’appliquer un point du programme du PS, à savoir une réforme du  calcul du déficit autorisé par la Commission européenne.

Le PS a pris en effet l’engagement de “réformer fondamentalement les règles budgétaires et comptables européennes en faveur des investissements, afin de sortir les investissements créateurs de patrimoine et de richesses ou ayant un impact environnemental et social positif du calcul de l’équilibre budgétaire”.

Aujourd’hui, tout investissement public est compté par l’Union européenne comme s’ajoutant aux déficits puisque financé par la dette (emprunts). Or cette dette doit être réduite à zéro selon les contraintes européennes. L’idée du PS et du PTB est simplement de considérer que les investissements ne compteraient pas dans l’augmentation de la dette, du moins en partie.

Mais l’intention du PS est d’attendre que les règles européennes soient d’abord modifiées et elle n’est certainement pas de prendre les devants en rejetant les règles européennes actuelles.

Le programme de fondation de la IVème Internationale, écrit en 1938, affirme ceci : “De tous les partis et organisations qui s’appuient sur les ouvriers et les paysans et parlent en leur nom, nous exigeons qu’ils rompent politiquement avec la bourgeoisie et entrent dans la voie de la lutte pour le gouvernement ouvrier et paysan. Dans cette voie, nous leur promettons un soutien complet contre la réaction capitaliste. En même temps, nous déployons une agitation inlassable autour des revendications transitoires qui devraient, à notre avis, constituer le programme du « gouvernement ouvrier et paysan ». (…) L’agitation, sous le mot d’ordre du « gouvernement ouvrier et paysan », garde dans toutes les conditions une énorme valeur éducative. Et ce n’est pas par hasard : ce mot d’ordre généralisateur suit tout à fait la ligne du développement politique de notre époque (banqueroute et désagrégation des vieux partis bourgeois, faillite de la démocratie, montée du fascisme, aspiration croissante des travailleurs à une politique plus active et plus offensive). C’est pourquoi chacune de nos revendications transitoires doit conduire à une seule et même conclusion politique : les ouvriers doivent rompre avec tous les partis traditionnels de la bourgeoisie pour établir, en commun avec les paysans, leur propre pouvoir.”

Un mot d’ordre à valeur éducative

Pour notre part, nous estimons ces lignes d’une actualité brûlante. Nous savons que les partis parlant au nom des travailleurs ne veulent pas rompre avec les capitalistes. S’ils le faisaient, ce ne serait d’ailleurs certainement que momentané.

Mais nous aidons les travailleurs à se dégager des illusions qui demeurent vis-à-vis de ces partis. Nous voulons construire un parti qui rassemble les travailleurs quel que soit le parti qu’ils soutiennent aujourd’hui.

Dans ce sens, nous ne partageons pas le point de vue de ceux qui pensent qu’il est secondaire de savoir si des ministres socialistes siègent ou non en compagnie des représentants des partis capitalistes.

Pour les travailleurs, le fait que les partis, qui parlent en leur nom, participent avec les partis de droite à la poursuite et à l’aggravation de l’application de la politique de l’Union européenne, est capital.

Le fait que les dirigeants de leurs organisations syndicales appuient ces gouvernements est encore plus déterminant pour les travailleurs parce que leur liberté d’agir contre ces gouvernements est mille fois plus entravée que si l’inverse se produisait.

Il ne suffit pas de dire : “Avec ou sans gouvernement fédéral, la lutte des classes continuera, menée par le grand patronat et les gouvernements contre le monde du travail.” (Lutte ouvrière). Ou encore : “Quelle que soit la manière dont les gouvernements sont formés, nous devons mettre nous-mêmes nos revendications et nos préoccupations à l’ordre du jour en les défendant en masse.” (Parti Socialiste de Lutte)

La lutte des classes sera facilitée si aucun gouvernement fédéral à participation socialiste ne se met en place et si le mouvement ouvrier belge, dans son ensemble, se réorganise – au niveau national – sur un axe de rupture avec l’Union européenne et les partis capitalistes.

Laisser les socialistes former tranquillement un gouvernement avec les partis contre lesquels les travailleurs se sont battus pendant 5 ans, c’est renoncer à aider les travailleurs à résister aux énormes pressions pour les freiner et les empêcher d’agir et de défendre leurs intérêts.

Avant les élections, un appel de soutien au PTB avait été lancé par de nombreuses personnalités, dont Carine Russo. Sans partager le contenu de cet appel quant à sa demande de voir le PTB s’intégrer dans des majorités prétendument “progressistes” (4), il faut relever ce qui est dit à propos du PS : “Il est nécessaire à la fois de barrer la route à la droite libérale et d’empêcher que, comme dans le passé, des coalitions hétéroclites finissent par appliquer l’essentiel de son programme. Il faut s’opposer aux traités européens – acceptés par tous les autres partis- qui imposent les politiques d’austérité. (…) Nous partageons la volonté de la FGTB wallonne de voir se constituer une majorité progressiste si elle s’avère possible. Mais force est de constater que le PS nous a habitués à mener des campagnes électorales à gauche et à appliquer ensuite des politiques sociale-libérales.”

Nous y sommes. Aider les travailleurs à rompre avec les partis bourgeois, c’est en effet aujourd’hui empêcher l’alliance entre le PS et le SP.A. avec les partis réactionnaires rejetés le 26 mai. En premier lieu, c’est aider les militants syndicaux à se démarquer de la position des dirigeants en faveur de la constitution rapide d’un gouvernement fédéral.

Contre les dangers de voir de nouveau à l’ordre du jour la scission de la Sécurité sociale et du droit du travail, les organisations syndicales doivent se remettre en ordre de bataille, comme en 2007. Rappelons à cet égard la résolution du congrès de la FGTB en 2010, (publiée dans Syndicats du 11 juin 2010).

Non à toute coalition des socialistes avec le MR ou la N-VA ! Non à toute discussion sur la scission des conquêtes ouvrières nationales !

1) www.fgtb.be/-/elections-2019-le-temps-d-une-veritable-politique-sociale-est-venu-

2) www.rtbf.be/info/article/detail_marc-uyttendaele-il-faut-retourner-aux-elections-et-ouvrir-le-debat-institutionnel?id=10233503

3) Ce  numéro a été rédigé avant la rupture des “négociations” entre le PS et le PTB à la Région wallonne.  Il reste à voir si le PS va s’allier avec le MR.

4) Nous ne confondons pas l’aspiration légitime des travailleurs de voir se former un gouvernement PS-PTB en rupture avec la politique d’austérité, avec les tentatives de ramener le PTB dans la norme, en lui imposant le respect des règles européennes.