DR n°3- L’ONU et la guerre.

Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, vient de se rendre au Mali et au Tchad pour annoncer le renforcement de la place de l’armée belge dans le dispositif de l’ONU de maintien de troupes étrangères. Le communiqué indique que le Ministre a rendu visite à « la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), quatrième plus importante opération onusienne de maintien de la paix dans le monde. Son commandement militaire est actuellement assuré par le général-major belge Jean-Paul Deconinck, ancien patron de la composante Terre de la Défense. » Le Mali est un pays qui a plongé dans la guerre comme effet direct de l’intervention impérialiste en Lybie, intervention menée avec l’aval de l’ONU.

Par ailleurs, sous couvert de l’ONU, les grandes puissances organisent la présence militaire de troupes étrangères en  Centrafrique, au Congo, au Soudan, au Libéria, à Haïti, en Afghanistan, au Kosovo, au Sud Liban,… A propos de cette dernière occupation, Israël et les Etats-Unis viennent d’obtenir une modification du mandat de l’ONU pour permettre à ses forces de lutter contre l’approvisionnement en armes pour le Hezbollah libanais, soutenu par l’Iran.

L’ONU est née après la Deuxième guerre mondiale comme un cadre de collaboration entre l’impérialisme US et la bureaucratie du Kremlin. L’acte fondateur de l’ONU est la naissance d’Israël, fondée sur l’expulsion de 800.000 Arabes palestiniens de leurs terres et villages (Al-Nakba). C’est la résolution 181 de novembre 1947 sur « le partage de la Palestine » qui déclenche immédiatement la guerre. Son vote n’a été possible que par l’appui de Staline. Le 15 mai 1948, la partition décidée par l’ONU est concrétisée. Néanmoins, 70 ans après, la révolution palestinienne n’est pas vaincue. La revendication du droit au retour est plus que jamais vivante (1).

Une grande partie des descendants des réfugiés de 1948 se trouve dans la bande de Gaza, où plus de deux millions d’habitants – en majorité entassés dans les camps de réfugiés – sur 365 kilomètres carrés. La bande de Gaza est étranglée par le blocus imposé depuis l’été 2014 par l’État d’Israël, avec la complicité des grandes puissances et du régime égyptien du maréchal al-Sissi. Récemment, l’ONU s’est distinguée à propos de la décision d’Israël de réduire l’approvisionnement en électricité. Le coordinateur humanitaire dans les territoires occupés en 1967, Robert Piper a, le 14 juin, « appelé l’Autorité palestinienne, le Hamas et Israël à faire passer le bien-être de la population gazaouie avant tout et de prendre les dispositions pour prévenir des souffrances supplémentaires ». Car pour lui, « le gouvernement israélien a donné son accord pour réduire la fourniture d’électricité à la bande de Gaza, conformément à une décision de l’Autorité palestinienne ». Cette déclaration de l’ONU a suscité une indignation justifiée de nombreux Palestiniens. Car si le peuple palestinien a bien des choses à reprocher à ceux qui disent le représenter – qu’ils siègent à Ramallah ou à Gaza – c’est bel et bien les grandes puissances et l’ONU qui permettent à l’État d’Israël d’étrangler à petit feu deux millions de Palestiniens assiégés dans Gaza.

Concernant la Palestine, le PTB se réfère positivement à l’ONU : « La résolution 2334 qui a encore été votée à l’ONU le 23 décembre 2016 exhorte ainsi à nouveau Israël à « cesser immédiatement et complètement toute activité de colonisation en territoire palestinien occupé, dont Jérusalem-Est ». (…) Il faut que la colonisation et les lois qui la permettent cessent. Il faut obtenir le respect immédiat des résolutions des Nations Unies à ce propos. (…) » (proposition de résolution déposée par le PTB à la Chambre en juin 2016).

Or l’ONU a toujours été le cadre international au service des intérêts du gouvernement américain. En 1948, la bureaucratie stalinienne collaborait avec l’impérialisme pour écraser le peuple palestinien car elle escomptait qu’en retour elle préserverait ses intérêts propres. Aujourd’hui, alors que la bureaucratie a fait place à une couche mafieuse liée au marché international, le gouvernement américain continue à utiliser l’ONU quand ce cadre lui permet de mettre en œuvre sa politique. Si un accord n’y est pas possible, il passe outre et envoie ses troupes, comme cela a été le cas en Irak en 2003.

Outre Israël, l’impérialisme US compte sur le régime saoudien pour la défense de ses intérêts au Proche-Orient, et en particulier pour l’aider dans ses guerres de décomposition des Etats de la région. L’Arabie saoudite est un allié-pivot pour le gouvernement américain quelle qu’en soit sa couleur.

Lorsque l’ONU a décidé en avril dernier d’élire un représentant du gouvernement de Ryad à sa commission des droits de la femme, la Belgique a voté pour. La vraie raison était que la Belgique est alignée sur la politique américaine. Par la suite, le ministre Reynders a pris sur lui en invoquant une erreur du diplomate belge qui a voté pour l’Arabie saoudite sans en référer à Bruxelles et a juré que cela se reproduirait plus.

A la Chambre, cette polémique a débouché sur une résolution adoptée le 8 juin intitulée : « Résolution visant à reconsidérer la politique étrangère de la Belgique à l’égard du Royaume d’Arabie saoudite. » Cette résolution est supposée montrer l’indépendance de la Belgique vis-à-vis de la politique du régime saoudien dans la guerre en Syrie.  Le PTB s’est abstenu sur cette résolution après avoir déposé des amendements.

Il nous a semblé intéressant d’en faire un commentaire. Le PTB a déposé d’abord un amendement qui demande au gouvernement fédéral « de mettre immédiatement fin à toute participation militaire aux côtés de l’Arabie saoudite, notamment en Syrie où le chaos nourrit le terrorisme, et donc de retirer la Belgique immédiatement de toute opération militaire conjointe avec l’Arabie saoudite, dont la Combined Joint Task Force – Operation Inherent Resolve (CJTF–OIR) en Syrie ». Doit-on comprendre que la Belgique pourrait intervenir en Syrie ou ailleurs dans le monde à condition que l’Arabie saoudite ne soit pas impliquée ?

Un deuxième amendement déposé par le PTB demande au gouvernement Michel « de s’opposer à l’approfondissement de la coopération militaire entre le Conseil de coopération du Golfe et l’OTAN au vu du rôle prépondérant que joue l’Arabie saoudite dans celui-ci, et exiger la suspension de cette coopération ». Doit-on comprendre que l’on reconnaît à l’OTAN un rôle positif à condition que l’Arabie saoudite ne soit pas impliquée ?

Un troisième amendement demande au gouvernement Michel « de travailler au sein de l’ONU à une condamnation des crimes de guerre commis par les bombardements saoudiens et occidentaux en Syrie, en Irak, et au Yémen, sachant que chaque victime innocente est susceptible de renforcer le terrorisme ».

Dans le débat général (séance du 8 juin), les élus du PTB ont déclaré : « Voilà des années que nous réclamons un débat sur nos relations avec l’Arabie saoudite. Nous l’avons demandé dès le lendemain des attentats en France en novembre 2015 et cela faisait partie intégrante de la résolution pour une lutte efficace contre le terrorisme que nous avons déposée en janvier 2016 déjà. (…) Nous avons donc déposé plusieurs amendements en commission qui visaient à rompre les liens effectifs d’alliance que nous avons comme État au niveau fédéral avec l’Arabie saoudite (…). Par ailleurs, nous sommes très attachés aux principes de la Charte des Nations unies, y compris à ses articles traitant de la souveraineté de tous les États et de l’ordre international basé sur la paix et l’égalité entre nations. Si nous voulons revoir la politique à l’égard de l’Arabie saoudite, c’est bien au regard des violations de celle-ci des règles du droit international et des principes de la Charte de l’ONU. C’est en ce sens que nous avons proposé ces mesures élémentaires via nos amendements. »

Succédant à celle de Yalta, la conférence de Potsdam en août 1945, réunissant Staline et Truman (avec la Grande-Bretagne en troisième larron), jette les bases de la collaboration entre l’impérialisme et la bureaucratie du Kremlin, pour aboutir à la création de l’ONU et d’Israël.

Clairement, l’horizon politique du PTB, c’est le lien de subordination à l’ONU, cadre dans lequel pourrait être « condamnée » l’atroce guerre menée par les USA contre le peuple yéménite via ses auxiliaires régionaux,  comme si une condamnation de l’ONU contestant la politique des gouvernements liés à l’Administration américaine pouvait entraîner des résultats positifs pour les peuples qui en sont les victimes.            

A la différence du PTB, un parlementaire réellement attaché à la défense de la souveraineté des peuples et à la solidarité ouvrière internationale, plutôt que de s’abstenir, aurait voté contre la résolution du gouvernement qui, amendée ou non, ne peut que servir à faire diversion et à camoufler les enjeux de la situation actuelle. Il s’en serait justifié comme suit :« La Belgique doit se retirer de l’OTAN et de toutes les instances similaires. Nous exigeons le retrait inconditionnel des troupes belges hors de Syrie, d’Irak et de tous les pays où elles interviennent au compte de l’OTAN. Ces guerres ne sont pas les nôtres. Le chaos au Proche-Orient n’est pas de la seule responsabilité de l’Arabie saoudite sur laquelle il est bien hypocrite de faire porter le chapeau. Le premier responsable du chaos est le gouvernement des Etats-Unis qui a décidé de mener des guerres, directement ou par l’intermédiaire de ses supplétifs, afin de disloquer les nations et détruire les peuples à coup de milliards de dollars d’armes meurtrières afin de renforcer l’économie d’armement, première économie mondiale, condition essentielle à la survie du capitalisme. La Belgique doit se doter d’un gouvernement qui respecte la souveraineté des peuples, seule véritable garante de la paix. »

(1) Lire le dossier « La IVe Internationale contra la partition de la Palestine » dans L’Internationale n° 7, revue du CORQI (4 euros), à commander à l’adresse mentionnée ci-dessus.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s