DR n°1- Le problème des syndicats.

Le 3 septembre 1938, la Conférence de fondation de la IVème Internationale proclame la nouvelle internationale, héritière des traditions révolutionnaires des trois précédentes, et adopte son programme dont le titre complet est : « L’agonie du capitalisme et les tâches de la IVème Internationale (la mobilisation des masses autour des revendications transitoires comme préparation à la prise du pouvoir) ». Un chapitre du Programme est consacré aux syndicats.

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Premier congrès de l’Association internationale des travailleurs, Genève, septembre 1866

« Dans la lutte pour les revendications partielles et transitoires, les ouvriers ont actuellement plus besoin que jamais d’organisations de masse, avant tout de syndicats. (…) Les bolcheviks-léninistes se trouvent aux premiers rangs de toutes les formes de lutte, même là où il s’agit seulement des intérêts matériels ou des droits démocratiques les plus modestes de la classe ouvrière. Ils prennent une part active à la vie des syndicats de masse, se préoccupent de les renforcer et d’accroître leur esprit de lutte. Ils luttent implacablement contre toutes les tentatives de soumettre les syndicats à l’État bourgeois (…). C’est seulement sur la base de ce travail, qu’il est possible de lutter avec succès à l’intérieur des syndicats contre la bureaucratie réformiste, et en particulier contre la bureaucratie stalinienne. »

Le Programme ajoute : « En même temps, la IV° Internationale rejette et condamne résolument tout fétichisme syndical, également propre aux trade-unionistes et aux syndicalistes. (…) Les syndicats ne peuvent avoir de programme révolutionnaire achevé; c’est pourquoi ils ne peuvent remplacer le parti. L’édification de partis révolutionnaires nationaux, sections de la IV° Internationale, est la tâche centrale de l’époque de transition. (…)

La majorité la plus opprimée de la classe ouvrière n’est entraînée dans la lutte qu’épisodiquement, dans les périodes d’essor exceptionnel du mouvement ouvrier. A ces moments-là, il est nécessaire de créer des organismes qui embrassent toute la masse en lutte : les COMITÉS DE GREVE, les COMITÉS D’USINES, et, enfin, les SOVIETS. »

Dans son dernier discours en tant que secrétaire général de la FGTB, Marc Goblet a déclaré en conclusion (9/6/2017) : « Quand il n’y aura plus de FGTB en tant que réel contre-pouvoir, il n’y aura plus de démocratie ». Auparavant, il avait indiqué : « Nous sommes historiquement socialistes. Mais si des relais politiques sont nécessaires pour nous faire entendre, nous devons préserver notre indépendance syndicale et chercher des alternatives de gauche à opposer aux politiques de droite actuellement menées. » Robert Verteneuil, le nouveau secrétaire général de la FGTB, s’exprime dans les colonnes du Soir (9/6/2017): « Sur le plan politique, j’appelle au rassemblement de la gauche. Et cela ne se limite pas au plan politique d’ailleurs. La gauche, c’est plus que des partis. C’est un rassemblement de mouvements et de partis qui cherchent une société de partage. (…) Aux mouvements de jeunesse aux associations culturelles, à la société civile et aux partis politiques. Si aujourd’hui, en Europe, on mène des politiques de droite, c’est parce que la gauche est décousue. Et il n’y a aucune raison qu’elle le soit parce que la société de partage fait consensus à gauche. Donc j’en appelle à ce qu’on arrête de se regarder le nombril et qu’on mène un beau projet solidaire. Il ne m’appartient pas de donner des injonctions à des partis, mais sur un certain nombre de sujets, ils (le PS et le PTB, ndr) ont des visions similaires. Il y a probablement des points de convergences et, plutôt que d’avoir un PTB qui crie de l’extérieur et un PS affaibli, je trouve qu’une coalition des gauches serait plus intéressante. (…) Une coalition de gauches qui soit en mesure d’exercer le pouvoir. Rester dans l’opposition, sans prendre ses responsabilités, ce n’est pas comme cela qu’on transforme la société.»

Nous pouvons résumer ainsi le point de vue des dirigeants de la FGTB : ils appellent le PS et le SP.A., dans la perspective des prochaines élections, à enlacer le PTB et à s’appuyer sur ce dernier pour revenir au pouvoir et « prendre leurs responsabilités ». Pour mener quelle politique ? En réalité, ce n’est pas parce que la gauche est « décousue » que des politiques de droite sont menées. C’est parce que les partis dits de gauche s’inscrivent avec le plus grand zèle dans le cadre des exigences destructrices de l’Union européenne qu’ils sont abandonnés par leur électorat traditionnel.

Certes, les dirigeants de la FGTB se réclament formellement de l’indépendance syndicale, mais leur orientation consiste en réalité à pallier à l’effondrement des partis socialistes et à en faire porter par la FGTB le poids de ses conséquences.

Pour notre part, nous défendons les syndicats en tant que « bastions de la démocratie prolétarienne insérés dans les interstices de la démocratie bourgeoise », pour reprendre la formule de Trotski. Pour autant, nous ne prenons pas pour argent comptant l’orientation de leurs dirigeants, lesquels, non seulement sont loin de développer un programme révolutionnaire, mais s’accrochent à la survie des institutions de l’Union européenne, garantes du maintien du régime capitaliste en pleine putréfaction.

Un des effets de ce soutien à la « gauche européenne » est la référence « aux associations culturelles, à la société civile » et à « la société du partage », qui sont des thèmes propres au monde chrétien. Cela consiste à noyer la FGTB dans un ensemble aux intérêts multiples, en mettant sur pied d’égalité les millions de travailleurs syndiqués et les associations, pour plupart subsidiées par les gouvernements.

Pour illustrer le fait que ce problème n’est pas nouveau, il faut remonter à la bataille politique qui eut lieu au Congrès de Genève en 1866 de la 1ère Internationale.  C’était le premier Congrès de l’internationale et une résolution à propos des syndicats y fut adoptée.

Au sein du congrès, les partisans de Proudhon étaient majoritaires. Ils étaient hostiles aux syndicats auxquels ils opposaient des sociétés de crédit à bon marché dont les membres s’entraideraient et se rendraient  mutuellement des services. Malgré cela, la résolution rédigée par Marx, absent du congrès, fut adoptée grâce à l’obstination des délégués londoniens. La résolution s’intitule : « Trade Unions, leur passé, leur présent et leur avenir » : « Passé – Les TU originairement sont nés des essais spontanés des ouvriers luttant contre les ordres despotiques du capital pour empêcher ou au moins atténuer les effets de cette concurrence faite par les ouvriers entre eux (…). L’objectif immédiat des TU est toutefois limité aux questions de salaire et des heures de travail. On ne peut y renoncer tant que le système actuel dure (…). D’un autre côté, les TU ont formé à leur insu des centres organisateurs de la classe ouvrière de même que les communes et les municipalités du moyen-âge avaient contribué pour la bourgeoisie. Présent – Les TU s’occupent trop exclusivement des luttes immédiates. Avenir – A part leur œuvre immédiate de réaction contre les manœuvres tracassières du capital, elles doivent maintenant agir sciemment comme foyers organisateurs de la classe ouvrière dans le grand but de son émancipation radicale. »

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